XVJ PRÉFACE
quis la facilité de s'exprimer ayec beaucoup de tîvacité, de justesse et d agrément. Mais si*ron y prend garde, on trouvera que ces mêmes personnes nont appris à bien parler qu'à force de converser avec des hommes ou des femmes qui ont appris leur langue par les trois secours que je viens de marquer. Aussi est-il aisé de s'apercevoif que, pour l'ordinaire, leur talent est botné à cen^nes matières qui font le sujet le plus commun de ces sortes de conversations. Hors de là, leur discours est languissant , sec et' embrouillé, sans compter que des paroles qui sortent d'une belle bouche , qui sont prononcées avec grâce et d'un ton agréable, passent souvent pour excellentes, quoiqu'au fond elles soient peu exactes et assez mal rangées.
Un autre avantage de cette seconde édition, c'est que ce qui ayait déjà paru^ en français a été retouché avec beaucoup de soin. Outre plusieurs fautes .de style, j'ai corrigé quelques endroits où je n'avais pas bien pris la pensée de l'auteur. Je n'ai jamais si bien compris la difficulté qu'il y a à rendre exactement de l'anglais en français, qu'en remaniant cet ouvrage. Le style de M. Locke, quoique moins figuré que celui de plusieurs auteurs de sa nation, l'est pourtant assez pour mettre souvent à la torture un traducteur français, qui, pour s'accommoder au génie de sa langue, est obligé de s'exprimer plus simplement. Car la langue française n'aime pas trop les figures, et sur-tout celles qui sont hardies et tirées de fort loin. Elle se plaît beaucoup plus à ekpnmer
DU TRADUCTEUR. XVlj
les choaes naturellement et sans détour ; ce qui fait , à mon avis, quelle est plus correcte et plus exacte dans ses peintures que la plupart des autres langues. M. Locke m*a jeté dans un nouvel embarras par plusieurs petites additions insérées en divers endroits de son ouvrage. Ces nouvelles périodes m ont souvent obligé à refondre des' pages tout entières; et parce qu'en général les additions dont ce livre a été grossi j à divetses reprises , en ont un peu gâté l'économie, et y ont introduit quelques répétitions inutiles, je me suis servi de tous les adoucissements dont j'ai pu m'aviser pour cacher ce double défaut, dont il restera toujours des marques très-sensibles, jusqu'à ce qu'on veuille prendre la peine de dégager l'ouvrage de certaines réflexions que M. Locke nous retrace de temps en temps sans aucune nécessité apparente. En qualité de traducteur, je ne pouvais me charger avec bienséance d'ime pareille entreprise :
Maneat nostvos ea cura nepotes.
Enfin, pour rendre la lecture de ce livre plus utile, je l'ai divisé en autant de sections qu'il contient de matières différentes.
Du reste, quelque liberté que j'aie prise dans cette traduction j je me suis toujours souvenu de ne pas mêler mes pensées à celles de l'auteur. Mais ayant trouvé dans Montaigne plusieurs pensées qui ont un merveilleux rapport avec celles de M. Locke, je me suis fait un plaîsiii d'en citer une partie. C'est
iviij PRÉFACE DU TBADUCTEOB.
un« bordure qni pounadéluKragiàltleaent le'lec> tetur. Le tour vif et original qui mun^e à rm tnducbOD, il le trouven tonjoun dans Moou^se. Si je n'eusse cnint de trop grouir ce vohim^ j« l'atunùs orné de quantité d'autres pens^ de oM auteur, peu dîfKrentea de celles de H. Locke ; car il n'y a guère de dmes coacemam TMocatioo des ea&mts, que Montaigne n'ait touchées dans ses Essais. Comme celte Biatiàre lui tient an cnur, il j renent i tout prt^as.
■a 18 rr II
Combien il est important de bien élet^r les
enfants. •
JLiE bonheur dont oïi peut jouir dans ce monde se réduit (i) à avoir l'esprit bien réglé, et le corps en bonne disposition. Ceà deux avantages renferment tous les autres, et l'on peut dire que celui qui les possède tous deui^ n'a pas grand' chose à désirer : au lieu que celui qui est privé de l'un ou de l'autre n'est guère plus heureux , de quelque avantage qu'il puisse jouir d'ailleurs. La principale cause de la félicité ou de la misère des hommes, vient d'eux-mêmes. Celui qui n'a pas l'esprit droit, ne trouvera jamais le véritable chemin du bonheur : et celui dont le corps est faibletet malsain, li'y saurait faire de grands progrès. J'avoue qu'il y a des
(i) Mens sana in corpore sano. JuvÉïfAL , sat. X> v. 356. T 1.
!l * J>£ l'£BUGATI<ON
gens dont le corps et l'esprit sont naturellement si vigoureux et en si bon état, qu'ils n'ont pas grand besoin dU secours d'autinii» Dès le berceau , pour ainsi dire , ils sont portés par la force de leur bon naturel à tout ce qui est excellent, et se trouvent proprés à exécuter les entreprises les plus extraordinaires^ par le privilège que leur d#une une heureuse naissance. Mais les exemples en sont rares, et je 4i*ois pouvoir assurer, que de cent personnes il y en a quatre-vingt-dix qui sont ce qu'ils sont , bons ou mauvais , utiles ou inutiles à la société, par l'éducation qu'ils ont reçue. C'est de là que vient la grande différence des hommes. Les moindres et les plus insensibles impressions que nous prenons dès notre enfance , ont des conséquences très-importantes e# d'une longue durée. Il en est de ces premières impressions comme d'une rivière dont on peut , sans beaucoup de peine , détourner l'eau en divers canaux par des routes tout-à-Fait contraires ; de sorte que, par la direction insensible que l'eau reçoit au commencement de sa source, elle prend différents cours, et arrive enfin dans des lieux fort éloignés les uns des autres. C'est, je pense, avec la même facilité qu'on peut tourner l'esprit des enfants du côté que l'on veut.
DES ENFAITTS.
Mais quoique ïeiprit soit la pkis considérable partie de l'homme, et qu'on doive s'attacher principalement à lé bien régler , il ne £aut pourtant pas négliger entièrement le corps, à cause de l'étroite liaison qu'il y a entre eux.
m^^^mm^^mmmi^mr^^mmama^
DE l'Éducation