AUX ENFANTS, ET POURQUOI
S cvi.
L^s enfants aiment naturellement t empire.
Je you$ ai déjà fait remarquer que les enfants aiment la liberté , et qu'ainsi l'on doit leur faire faire les choses auxquelles ils ont de la disposi* tien, sans les y contraindre eu aucune manière. J'ajouterai maintenant qu'il y a une chose qu^ les enfants aiment encore plus que la liberté, c'est V empire; et cette passion est la source de la plupart des habitudes vicieuses qui leur s<mt le plus faoïilières. Cet amour qu'ils ont pour la puissance et pour l'empire, éclate de ioct bonne heure- Voici deux choses qui le prouvent évidemment.
ï®. Nous voyons que les enfants, presqu'aus^* tôt qu'ils sont nés, ou, pour m'exprimer plus exactement, long-temps avant qu'ils sachent parler, pleurent, se dépitent, deviennent chagrin^ I i5
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et de maoyaise humeur, seulement pour avoir la liberté de faire tout ce qui leur vient en fantaisie : ils voudraient que les autres se soumissent entièrement à leur volonté. Ils n'oublient rien pour se faire rendre une prompte obéissance par tous ceux qui sont autour d'eux y et sur-tout par tous ceux qui sont à-peu-près du même âge et de la même condition , ou qui leur sont inférieurs à ces deux égards; ils tâchent, disje , de jouir de ce petit empire dès qu'ils viennent à considéi'er les autres sous ces sortes de distinctions.
2^. Les enfants font encore pai'aître leur pas^ sion pour Fetnpire, par le désir qu'ils témoignent d'avoir des choses dont ils soient absoluinent les maîtres. Ils aiment i en être les propriétaires pour avt>ir le plaisir de jouir du pouvoir que cette possession semble leur procurer, ou du droit qu'ils ont par*là d'en ^-^ poser à lem* fantaisie. Quiconque n'a point apetçu que les enfants sont bientôt sujets à ces deux passions, ne les a pas examinés de fort prës; et celui qui ne sent point la nécessité qu'il y a d'étouffer promptement ces inclina^ tions, d'où naissent la plupart des injustices et des querelles qui troublent si fort ta vie humaine, et de leur substituer des habitudes contratres , perd la véritable saison d'inspirer à ses
,t^Sii,mMMÊÊÊÊÊÊÊ^Ê^iÈÊm
DES EKFANTS. %2'J
enfants les sentiments qu'ils doivent aypir< pour devenir habiles et vertueui^. Voici ^^ si j,€j\pe, me trompe, des moyens eapab^lçs en.^^qi^;^]:$e d'éteindre ces dangerejases paajsionç. f, , ^ f^yj
Il ne faut pas satisfaire lés désirs des èhfahls: ^
i^ lJ.nejFautpaS'pern^ttre qu'un ^fant ait jamais Qê^q^'il dem^^ e.xp^essément lui-ipéme^ et moins eiKore. ^^'iJL se rpet à ple^^ fioPF; 1'^^ Voir. // ^faut pa^,jnéj^fs le jf^àojpjn^^^ â^faisr. je dit ^ dans la première; • ^éditiofi ^e^ ce liw^e » sHl fait conhaitre par ySies y^rcfles qqik çn aJf^ enviei Mais,;pajYCfi,|pifi egl^ai p9ijrf?it^^riq,^ii^l-, entendu comme si j'avais voulu dire par -là qu'un en&nt ne deMràif ^jkniais demander quoi que ce soit à 3e^^r^t^, pç, qui piasserait peutêtre poiir une trop grande sujétion ^ peu conipatiblë avec fàdôùt' fet'1'àÉfection' qUÏ doivent être entre' ùii pèi'e W së^ ' enfanta , jéS^ais èx- J>liqtièr un pëu'pliis AétînciéiBréiit^^iiâ iîenééé. Il éSt 11 pi*diias sâïf^'tfôtité i^ué téé eiifants àiferit la liberté dé faire c<)hïiâirrè ïèiirs îiesôifis à îeurà parents, 6l les pairents doivent écoiltef leurs demandes avec tduté èiorte de dôucètîret de sensibilité, et suppléer à leurs besoitis durant le temps dfe' lenr* plus tendre enfeiice : itiàis autre
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éhose eàt de dire^ Taijbim; et de dire, Je 'VOU' draiê a^it du rôti. LdHque les enfants ont faiC Céhdatt#è leàrs besoins Naturels, coxtaaer est Fîncommodité que tetir causetit la faim , la soif, le froid, ou telle autre nécessité naturelle, c'est le devoir de leurs pafeiits et de ceux qui sont auprès d'eux, de les assiste^ dans, ces occasionslà ; maïs il faut que les enfants laissent à leurs parents ta liberté de leur donner ce «Jtt'ils jugent êti:*e îé plus aVâhfa^ettît et en téWe quantité qu'ils le trouvent It'propbs; et biéii loin de pettûtettite an* ettfeiÉtts et chdîàlr ètti-teêrtics ce qti\Is- vcfdledt , fet dë'dii'e pareiètttpfe, Je Voa-^ àtùis ï& %ih, àti âu'paùi blanc: dès-là qu'ils Otit nèiktaé ces cho^eiS, 9 ïàiit lèâleûf refuser.
'.'... ,.• «il. • • »- * •
Ici donc les parents devraient prendre ^in de distinguer exactement ent]çp jies besoins de pure fantaisie ^t ceux^ qui sont naturels.. Ces derniers $e réduisent^ selon la j iji.diisiei^se . remarque 4*un ancien, à ce petit nombre.de choses,
Ncsaorait te passer $«p$ peine (i).
( I ) Queis hufnana sibi dçleat natura negatis.
hoaAT. lib. I , sat. L
DES £^FATIT&. aig
Ce sont Ik vérUaLt^meat 4^ hesfiim nat^r^s que Ja raison toutç wule , Qt sans itre jB«0(nuMe d'ailleurs, ne sauiiait s^tisfeH-fÇ.KÛ çiapétïb^ q))'d$ ne troublent notre rç|}o6. I4S doul^0f3 qpe KJ^usent une maladie , une blf^ur^ , \» laîip , la s^^ le froid , le besoin de doTPÙr, ou 49 donner 4a relâcbe à notre coqis ^Hii^ parle tEav^i), sem^ des incommodités que tous les b(»am«s vea^ea-r tent^et dont les plus grandes âmes ne sauraient 'éviter les atteinte». Il est dpnc à {b^os de les éloigner par des pioyens copvenables , igoais sans impatience ni précipitation, lorsqu'il di^ férant de s'c^i délivrer on ne s'eipose poitU à un mal irréparable. I^es doulewis que les nécessités de la nalure .produisient son} autant d'avis que la nature nous donne de n<^us garder de plus grands maux, dont elkp somt les avant^oureurs; et par conséquent il ne feut ni les n<^lij«r eotièrenient , j)i les laisser raoptfff 1 à un trop baut point. Mais du reste plus 00 eadurcira les enfants à cette espèce de fatigue, afin de les rendre plus vigoureux: de corps çt d'esprit, mieux ce sera pour eux. Je n'ai p^s besoin d'ajouter qu'il ne faut mettre les enfants à cette épreuve que pour leur bien , et que c'est à qu(H l'on doit se borner exactranent , en prenant bien garde que les incommodités qu'on leur &it souffrir ne leur abattent pas le cœur et
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ne causent aucun préjudice à leur santé : car les pèrcS et les mères n'ont que trop de peuchant k donner ikiHs Textrémité opposée.
Mai^ quelque complaisance qu'on doive avoir pour lesenfants lorsqu'il s'agit de subvenir à leurs besëins- naturels , on ne devrait jamais contenter leurs désirs pour des besoins qui ne sont fondés que sur leur pure fantaisie, ni même leur permettre d'en faire mention; et par cela seul qu'ils s'émancipent à les Êiire connaître, il faudrait être sourd à leurs sollicitations. Ontils besoin d'habits, il faut leur en donner : mais s'ils demandent une telle étoffe ou une telle couleur , il faut la leur refuser absolument. Je ne prétends pas par - là engager les pères et les mères à contrecarrer , de dessein formé , les désirs de leurs enfants dans les choses indi£Férentes. Bien loin de là, je crois qu'âfin qu'un enfant trouve du plaisir à remplir ses devoirs, il hut, autant qu'il est possible , faire en sorte que toutes chbèes ^contribuent à lui donner du contentement lorsqu'il l'a mérité par une bonne conduite, et qu^on est assuré que cela ne lui gâtera pas Fesprit , et ne le passionnera point pour des bagatelles. Le meilleur serait pour les enfants qu'ils ne fissent point consister leur plaisir dans ces sortes de choses, et que, Jians écouter leurs fantaisies, ils considérassent comme iiidîf-
férent tout ce qui l'est en effet : c'est à leur inspirer ces sentiments que leurs parents et leurs précepteurs devraient s'appliquer principalement. Mais en attendant qu'ils en soient venus à bout, tout ce que je blâme en cette occasion, c'est la liberté qu'on laisse aux enfants de demander qu'on satisfasse leurs désirs à Fégard de tous ces besoins de pure fantaisie : car c'est une licence qu'il faudrait réprimer, en les privant constamipent de la chose même qu'ils demanderaient.
Ceci paraîtra peut-être trop sévère aux pères et aux mères que leur tendresse pour leurs enfants porte naturellement à l'indul^nce. Mais il ne laisse pourtant pas d'être absolument néc^s- 6aire; car, puisque dans la méthode que je propose la verge doit être bannie, ce frein qu'on mettra à la langjue des enÊints servira beaucoup à leur inspirer la crainte dont j'ai déjà parlé, et à les maintenir dans le respect qu'ils doivent à leurs parents. D'ailleurs , en tenant leurs désirs renfermés, ils apprendront l'art de les étouffer dès leur naissance , c'est-à-dire , dans le temps que ces désirs sont plus aisément réprimés ; car ce qui donne de la vie et de la vigueur à nos appétits , c'est la liberté que nous prenons de les faire éclater ; et quiconque a la confiance de convertir ses souhaits en demandes.
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n'est pas fort éloigné de se figurer qu'on est obligé de lui accorder ce iju'il demande. Je suis du moins fort assuré qu'il est beaucoup plus aisé de se refuser une chose à soi - même que de souffrir d'en être refusé par quelque autre personne que ce soit. On devrait donc accou* tumer de bonne heure les enÊints à consulter leur raison , et à en faire usage , avant que de déclarer leurs propres désirs. C'est être bien près de dompter ses inclinations , que de les réprimer et de s'empêcher «d'en parler; et si les enfants s'accoutument à réfréner leurs appétits , et à examiner en eux-mêmes s'ils sont raisonna* blés ou noii , avant que de les faire connaître ^ cette habitude leur sera d'un ^and avantage tout le reste de leur vie , dans des choses beau-*coup plus comsidérabies ; car je ne saurais dire et répéter trop souvent que, soit que les choses que fiait un enfant soient importantes ou non en elles-mêmes, ce qu'il faudra considérer pria* cipalement (j'ai pensé dire uniqu^ooent) dans toutes ses actions, c'est quelle influence elles doivent avoir sur son ame, quelle habitude il y a apparence qu'elles produiront en kd, com* ment cette habitude lui siéra quand il sera plus âgé , et à quoi elle pourra le conduire lorsqu'il sera homme fait , si elle est autorisée tout ouvertement.
^ÉÉAkM[^MiAiMkMflfe^«ai^JlÉli
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Vous voyez donc que je suis fort âoigné de penser qu'il faille Êiire de la peine aux en&nts à dessein, de les chagriner. Il y aurait dans cette conduite trop de barbarie et de malignité; et cela même serait capable de les infecter de ces vices. Il faudrait leur £iire prendre Thabitude de réprimer leurs désirs, trouver moyen de leur rendre l'esprit souple et vigoureux aussi-bi^i que le corps, en les accoutumant à tenir leurs inclinations en bride, et à exercer leur corps au travail, mais sans leur donner sujet de craindre ou de soupçonner qu'oi^ eût la moindre envie de les inquiéter. On devrait leur appren-r dre k être modestes, soumis et retenus, en les prîvaat constamment de tout ce qu'ils se donnent la liberté de d^nander, ou de pi^ndre d'eux-mêmes. Mais ceux qui les obligei:^ à cette exacte obéissance devraient aussi leur donner des assurances de l'af&ction qu'ils leur portent, en récompensant lemr silence et leur modestie. Se passent-ils aujourd'hui sans répugnance de certaines choses qu'ils désirent; c'est une vertu dont il faut les récompense dans un autre temps, en leur donnant ce qui leur convient le mieux , et qui est le plus à leur gré; mais de telle sorte qu'on leur £isse regarder ces faveurs comme des suites naturelles de leur bonne conduite , et nullement comme des conditions d'une es^
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pèce de traité fait avec eux. Du reste , vous perdrez toute votre peine, et, qui pis est, l'amour et le respect qu'ils vous doivent , s'il arrive que quelque autre personne leur donne ce que vous leur refusez; c'est ce que vous devez tâcher de prévenir avec tout le soin possible; et ici les domestiques viennent encore rompre nos mesures.