CXIII
JLiEs enfants pleurent fort facilement. C'est une méchante habitude qu'il ne faut pas leur laisser prendre, non -seulement à cause du bruit tout -à -fait désagréable et choquant que cette ^ criaillerie répand dans la maison , mais pour des
raisons encore plus importantes qui concernent les enfants eux-mêmes, auxquels nous devons sur-tout avoir égard dans leur éducation.
Lies pleurs des enfants sont de deux sortes : ou ils sont l'effet de leur humeur opiniâtre et impérieuse , ou de l'inclination qu'ils ont à se plaindre pour le moindre mal qu'ils ressentent.
I. Licurs pleurs sont souvent de la première espèce; en ce cas les enËmts ne pleurent que pour se faire obéir; et leurs larmes sont ^tne preuve sensible de leur insolence et de leur opiniâtreté. Comme ils n'ont pas le pouvoir de faire
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DES ENFANTS. n/^']
ce qu'ils souhaitent^ ils Teule&t maintenir par leurs cris et par leurs larmes , le droit qu'ils s'imaginent avoir de faire tout ce qui leur vietit en fantaisie. Us prétendent par-là revendiquer ce droit, et donner en quelque ^sorte acte de leurs plaintes contre l'oppression et Tinjustice de ceux qui leur refusent ce qu'ils ont envie d'avoir.
a. En second lieu, les pleurs des entants sont quelquefois Tefifet d'un mal réel qui les oblige à se plaindre;
Si l'on y prend garde, on peut discerner ces deux différentes sçrtes de pleuts à l'air, au regard , à la contenance , et particnlièremetil au tonde voix<le celui qui se plaint. Mais il ne faut point permettre aux: enfants de verser dè^ labâies psor aucune de ces deux raisons, bien^loin de les y inbiter.
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irPour le» pleurs qui viennent d'opiniâtreté ou d'em^rtameitt / il ne faut point les souffrir-dans les eofànt», car oe «erait âatter leurs désirs et entretenir en eu|c oei ' dangereuses pasr sions que: nous devons pnoçipaléménr avoir en vue de déraciner, de leurs çoéursi Que s.'il arrive, comkne on 1« vdit^soiiveiit, qu'uki eafaïkt vienne à pieuFe|> en iieoevant quelque correction , cela anéantit dè&^lori^ tous les bons effets
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que la corr^ctioo pourrait produire ; car un châtiment qui laisse les enfants dans cette rébel* lion déclarée , ne sert qu'à les rendre plus méchants. Qu'on fasse des défenses aux enfants, qu'on leur inflige des châtiments tant qu'on voudra, tout cela est mal appliqué et inutile, s'il ne sert point à dompter actuellement leur yolonté^ s'il ne leur apprend point à vaincre leurs passions^ et si durant leurpoemière jeunesse il ne leur fait recevoir avec soumission les remontrances de leurs parents, pour les disposer par ce moyen à exécuter ce que leur propre raison leur dictera dans la suite« Si après les avoir contrecarrés en quelque chose, on leur laisse la liberté d'en témoigner leur mécontentement par des larmes, ils se confirment par4à dans leurs inclinations et dans leur mauvaise humeur, leurs pleiurs étant comme une déclaration du droit qu'ils prétendent avoir de se conduire à leur fantaisie, et un signe de. la résolution qu'ils prennent de satisfaire leurs, désirs à la* première occasion : et d'ici vous pouvee tirer une nouvelle raison de ne battre que rarement vos /enfants; car toutes les fois que i vous en veinez à cette extrémité, ce n'est pas assez de les fouetter ou de les battre simplemeiit^ mais il faut continuer de les châtier jusqu'à ce que vous ayez Êiit plier leur volonté, et: que par leur soumission
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DES EZTFANTS. lÀ^Cf
ils soient devenus sensibles à la correction; ce que vous reconnaîtrez sans peine à la manière dont ils obéiront à l'ordre que vous leur ferez d'arrêter leurs pleurs. Sans cela le châtiment qu'on inflige aux enfants n'est qu'une pure tyrannie, soutenue et animée par la pasôon : ce n'est plus une correction, mais une véritable cruauté qui vous porte à maltraiter leur corps sans faire au^ cun bien à leur ame. Ceci nous fournit «une rai* son de ne battre les ei^ants que fort rarement , il engage aussi les enfants à éviter d'être battus ; car lorsqu'on vient à ks châtier , si on le faisait comme je viens de dire, sans emportement, d'une manière modérée, mais qui produisit pourlasKi son effet, non tout d'une suite, mais ^lentement et par intervalles , en mêlant toujours [es raisonnements aux coups, en remarquant [impression que cela fait sur leur esprit,' et (l'on cessât entièrement de les battre lorsque châtiment les aurait rendus souples, et leur rait ins[Miiéun}véritable déplaisir de leur Êiute ; dis-jC) l'on s'y prenait de cette manière, il lèverait rarement qu'il fut nécessaire de leur de nouveau un semblable châtiment; qu'ils prendraient soin d'éviter les fautes »urraient les y exposer. D'ailleurs comme |ce moyen le châtiment ne serait point pour être trop léger ou pour avoir été
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sans effièl:,. aussi i^ seràit*îl pas à craindre qu'il fut Ipop rude y si l'on cessait de battre un enfant dès qu'on s'aperçoit que le châtiment a Eût une salutaire impression sur son esprit: csur puisque, soit en censurant, soit en battant les enfants , on doit to^ufours être aussi . modà*é qu'il est' .possible, lorsqu'on &it llune ou l'autre de ces choses dans le feu de-la^colèie, on garde rarement cette modération, mais au contraire on s'emporte ocdinaireoient aunlelà des justes bornes , quoiquW foiud tout cela ne suffise pas potu:. produire l^etfet qu'on désire. .
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En, second lieu, la plupart des enfante sont portés à pleurer, pour le moindre mal qu'ils aienlj. • Ils se ' . plaignent , ils crient; au^ moindre accidentquiletirarriTe^ily en a peu^qui évitent cet écueil; dar comme c'est là lé pretlûer moyen naturel qu'ils aient de feire. ^aoimaifxe leurs souffrances au leuts nécè^silés avant, qu'ils, puis* sent parleon^ la pitié quonsejcrdit obligé d'avoir pour eux .dans:cet.âgétendte et infirme les entretient dans; cette faiblesse, '€$ les engage à coli<iinuet de^rrecourxr .aux larmes long -temps après qu ils saVeot « parler/ C'est sans cloute le devoir de ceux qui sont actpnès des enfants d'avoir pitié d'eux lorsqu'ils souffrent quelque
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DES KITFAWTS. âSl
douleur, mais nuUemeat de le leur téflloigKer. Secourez-les, soulageantes autant qu'il tous sera possible, mais ne leur faites point paraître que vous êtes sensiblement touché de leul^ matix. Ces plaintes attendrissent le cœur, et sont cause que le moindre mal ' qui * lieur arrive> ^ pénètre fort avant dans cette partie , qui < seule est capable de sentiment, et y Sait une plaie plus pro*fonde qu'il ne ferait autrement; il * faut que les enfants s'endurcissent contre toute Isroite de maux, et sur- tout contre (i) ceux du corps : ils ne doivent être sensibles qu'à la honte et k ce qui intéresse l'honneur. Le grand nombre d'acci-^
(i) «Qui d'un enfant, dil: Montaigne, en veu|: faire un «bomme debien, san^ doute il hè le faut espargner en* cette « jtiuief te ,el; iaiit jsoqiyefit-.ehoquer les règles-de (am^dedsie':
VîtBinqiie sub dîo et trepidk' agaft in k«biiB**: ' ! • ^ ^ • ^ '
« Ce n'est pas assez de luiroidîr Tamë , îF iui' faut aussi roidft* « les nmfidis ; elle est trop > pressée <, -si 'eUe^ ii/est «ecorâdée, « et a trop à faire de seujip fournir à deux .offîcet r J'ai veu « des hommes , des femmes et dçs enfants , ainsi nays qu'une «bastonnade leur est moins qu*à moi une chiquenaude, « qui ne remuent Hï langue ni sourcil aux coups qu'on leur « donne.— *- Or raceouMomance ^ porter le traTâilrest aecous^ « tumance à porter la dpuleur : Iflbor callfim qbducH dolori\ n II le faut rompre à la peine et aspreté des exercices , pour « le dresser à la peine et aspreté de la dislocation et la co- « liqne, etc. « EfSiiis , lir. i , chap; XXV.
« floftit. ub. m, ad. n, V. s.
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dents fâcheux auxquels notre vie est exposée , nous oblige à n'être pas trop frappés de quelque petit mal particulier. Tout ce qui ne touche point notre ame, ne fait qu'une légère impresàon , et ne nous cause qu'une très-petite incommodité ; ce n'est que la sensibilité de notre esprit qui produit et qui perpétue le mal. La fermeté et l'insensibilité de Famé sont le meilleur bouclier que nous puissions opposer aux maux et aux accidents ordinaires de la vie ; et comme c'est par l'exercice et par la coutume qu'on peut acquérir cette vigueur du tempérament mieux que par aucun autre moyen , il faut commencer au plutôt à s'endurcir contre la douleur. Heureux celui qui y a été accou!;umé de bonne heure! Gomme les larmes servent plus qu'aucune autre chose que je sache à augmenter dans les enfants cette mollesse d'esprit qu'il faut prévenir ou surmont^ lorsqu'elle paraît, aussi n'y a-t-il rien qui puisse mieux la réprimer et l'anéantir entièrement que de lés empêcher de s'abandonner aux plaintes. Lorsqu'il leur arrive de se faire du mal en tombant ou en heurtant quelque chose, îui lieu de leur témoigner qu'o» en est touché ^ il faut leur dire d*y retourner, et par-là on les guérira mieux de leur chute qu'en les querellant ou en les plaignant. Enfin, quels que soient les coups qu'ils reçoivent, arrêtez leurs plem?s
tout aussitôt ; par ce moyen ils seront plus tranquilles sur l'heure, et deviendront moins sen* sibles pour l'avenir.