‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 2)Chapitre 77 sur 144 · CXVII · texte numérisé non relu

CXVII

Si un enfant se jette témérairement dans le péril, ce qu'il faut faire pour le corriger de ce

défaut.

JLa lâcheté et le courage ont une liaison si étroite avec les qualités dont je viens de parler, qu'il ne sera pas mal den toucher ici un mot en passant. La crainte est une passion qui, bien ménagée , a ses usages ; et , quoique pour l'ordinaire l'amour de notre propre conservation rende cette passion assez vigilante en nous,, et la maintienne dans un assez haut point , il peut arriver pourtant qu'on tombe dans l'extrémité opposée, et qu'on pèche par trop de hardiesse; car il est aussi déraisonnable d'être téméraire et insensible au danger, que de trembler et de frémir à l'approche du moindre mal.

a56 DE L'iDUCATlON

La crainte nous a été doimée pour exciter notre application , et pour nous tenir en garde contre les approches du mal; de sorte que ne craindre point un mal prêt à éclater, et ne pas juger sainement de l'importance d'un danger, mais s'y précipiter aveuglément, sans considérer quelles peuvent en être les suites, c'est agir en bête féroce, et non pas comme une créature raisonnable. Ceux qui ont des enfants de ce tempérament n'ont qu'à leur ouvrir un peu les yeux en les engageant à consulter la raison, dont ils seront bientôt disposés à écouter les avis par l'amour de leur propre conservation, à moins que quelque autre passion ne les force (comme il arrive d'ordinaire) à courir bride abatte dans le danger. L'aversion pour le mal nous est si naturelle , que personne , je pense , ne peut s'empêcher de le craindre , la crainte n'étant autre chose qu'une inquiétude causée en nous par la pensée qu'il peut nous arriver quelque chose de fâcheuk. Ainsi l'on peut assurer que toutes les fois qu'un homme se jette dans quelque danger, c'est ou par ignorance, ou pai*ce qu'il est maîtrisé par quelque autre passion plus impérieuse que la crainte : car personne n'est si ennemi dt soi-même, qu'il s'expose au mal de gaieté de cœur, et qu'il recherche le danger pour l'amour du danger même.

BES eAfaitts. aSj

Si donc on s'aperçoit que c'est l'orgueil , la vaine gloire ou l'emportement qui étoufifent la crainte dans un enfant , ou qui rempéchènt d'écouter ses conseils , il faut réprimer ces passions par des moyens convenables, afin qu'un peu de réflexion puisse modérer son ardeur , et l'obliger à considérer sérieusement en lui-même si l'entreprise mérite qvCil s'expose au danger qui en est inséparable. Mais comme c'est une faute que les enfants commettent rarement, je ne m'arrêterai pas à indiquer en détail les moyens de les en corriger. Les enfants sont communement sujets au défaut opposé , qui est un manque de fermeté ; et par conséquent il sera nécessaire d^insister particulièrement sur cet article.

Page 1