CXIX
E parlerai maintenant d'un vice que j'ai souvent remarqué dans l^s en&nts, c'est ^z^, lorsquHls ont en leur puissance quelque pauyre animal^ ils jojft, pçrtés à le maltraiter. S'il leur tombe enjtrf . les ipains fie petits pisesjiq^, des papillon^ ,çt autres petitjçs bétes , il^ arrive squ* vent qu'ils le^; tQmrmentent ,^ et. les traitent avec la deini^e.jcri^çut^j, çt cela avjçc upe lespéqe de plaisir.. Je. se/vaiis d'avj^ qu'pn pjij^eryât, l.es enfants sur. cet afticlçi ^% que ,. si l'on décpuvrait qu'U;»,soiept siyçts à ççttç espèce de cruauté, on leur apprit. à tenir une çof^duite tout opposée : car la coutume de tournjienter et de tuer des bétes, les rendra insensibljÇipept durs et cruels à l'égard des hommes. Ceifix qui se plaisent à faire souffrir des créatures qui leur sont inférieures, ou à les tuer, ne isoiit pas fort por-
DES ISNFANTS. %Jl
tés à avoir pitié de celles qui sont de leur espèce. C'est sur cela qu'est fondé l'usage établi en Angleterre d'exclure lesi bouchers du nombre des jurés choisis pour les affaires criminelles où la condamnaUon emporte sentence de mort. Il faut donc pre{i4re soin .d'élever d'abprd les enùûoXs de telle sorte , qu'ils aient horreur de tuer ou.de tourmenter des animaux; et leur apprendre à ne pas gâter o^ détruire la moindre chose, si ce n'e$t pQur la cooservation ou pour le bien d'unC:. autre chpse <piisai| d'une nature plus excell^Plç. £t certainement , ,si chaque homme en pîffJûciiliQr ae g^oyait obligé de contribuer, autant qu!il e^t en son. pouvoir, à la conservation du genre bunçi^in ,. comme en effet c'est, là le devoir de. toyil 1.^ homiQ^e^v^l^ 1^ vrai principe sur lequel x^qvi^ de^vriQiis tous régler notre religion , notrQ politiquç,e( .notre morale, le monde serait bien pli|3 tranquille et plus civilisé qu'il n'est. Mais ppur venir à nK)n sujet,, je ne puis m'empéçher de louer ici la pnidence et la douceur d'uqe femme de ma connaissance. Elle avait accoutumé, de sati^i^ire toutes les petite» envies de ses filles, de leur donner des chiens, des écureuils, des oiseaux, et.aptrç^ petites bçtes^qui servent d'amusement aux jeunes filles. Mais lors-* qu'elles avaient une fois ces animaux çn leur puissance , elle les obligeait à les bien entrete-
nir, et à prendre garde que rien ne leur manquât, ou qu'ils ne fussent point maltraités : et si elles négligeaient d'en prendre soin, cela leur était, compté pour une grosse faute. Bien souvent on leur était ces petites bétes, ou du moins on les censurait pour leur négligence. Far ce mojen ces jeunes filles apprenaient de bonne heure à être exactes, et it avoir Ffaumeur douce et bienfaisante. Et pour moi , je crois qu'on devrait accoutumer les hommes à avoir, dès le berceau , de la tendresse pour toutes les créatures douées de sentiment , et à ne gâter ou détruire quoi que ce soit. Je ne saurais me mettre dans l'esprit que le plai^r que les enfants prennent à faire du mal ( par ou j'entends le plaisir qu'ils prennent à gâter les choses sans nécessité , mais plus particulièrement la joie qu'ils goûtent à faire souffrir de la douleur à des créatures vivantes), je ne saurais, dis -je, me figurer qu'une telle inclination leur soit naturelle, et que ce soit autre chose qu'une habitude produite par l'exemple et par la conversation des hommes. On apprend ordinairement aux enfants à se battre , et à rire lorsqu'ils font du mal aux autres , ou qu'ils voient qu'il leur en arrive; et la conduite de la plupart des personnes qui sont auprès d'eux , les confirme dans cette malheureuse disposition d'esprit Tout ce qu'on leur apprend de l'histoire
©BS ENFANTS. %j3
ne consiste presque en autre chose qu^'en récits de combats et* de massacres^ et enfin les glo- • rieux éloges dont on comble les conquérants (vrais bourreaux du 'genre humaiti, pour la plupart ) achèvent de corrompre l'esprit dès jetines^gens, qui dès-là se figurent que l'art de tuer les hommes est la chose du monde la plus louable et là plus . hérpïque. Par ce moyen, la cruauté, toute contraire qu'elle est à notre nature, s'empare insensiblement de nos c'œurs; et ce que l'humanité abhorre, la cotitume ' nous le rend agréable , en nous le faisant regarder comme un chemin qui conduit à* la gloire. Voilà com«ment la mode et Topinion générale font passer pour un plaisir ce. qui ne l'est pbint en soi , ni ne saurait l'être. C'est donc là un inconvénient auquel il faudrait remédier de bonne heure par toute sorte, de moyens, en substituant à la place de cette fatale passion, l'inclination contraire, qui est bien plus naturelle à l'homme,
je veux dirt la compassion et l'humanité ; dispositions qu'il faut tâcher d'entretenir dans les ' enfants , mai& toujours par dés voies de douceur, il ne sera peut-être pas hors de propos d'ajouter ici qu'à l'égard des malheurs ou des accidents qui arrivent en badinant et par inadvertance , ou par ignorance , et qui ne peuvent passer pour des effets de malice et d'une mau- I i8
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vaise . inteation , quoique peut ^ être ils aient quelquefois des suites très-facheuBes(i), il faut^ ou n'en prendre point du tout de connaissance, ou n en parler qu'avec beaucoup de- douceur; car , à mon avis , on ne saurait inculquer trop souvent à ceux qui se chargent d'élever )es m* £ants, ^tâe^ quelque faute que commeUe un en-font , et de quelque importanoe qu'elle soit, la seule chose à laquelle on doit avoir égard, lorsqu'on en prend connaissance*, c'est à la cause qui Va produite, et à V habitude qui en peut naître. C'est sur cela, dis-je, qu'il faut ré« gler la correction , sans jamais pençettre qu'un enfant soit: châtié pour quelque mal qu'il ait
* r I fc - 1 ■ I I I II.
(i)*IIine soutient ici d^uti exemple de donceur, qni, pour être accompagné de circonatances un peu différentes de celles que M. Locke "«ient de proposer, n'en est que pins propre à confirmer sa règle : c'est la manière dont Auguste en usa avec l'intendant de sa maison, qai se promenant un jour avec lui , fut si fort troublé de crainte à la Yue d'un sanglier qui vint tout d'un coup vers eux, qu'il se mit à couvert du danger eu y exposant Tempereur lui-même. La. faute était capitale par l*appdtt aux suites qu'elle pouvait produire ; mais Auguste né l'examinant que âa côté de l'intention, se contenta de tounler la'diose'en ndllene: Diomedern dispensatorem ^ a quo shnul canhulanie y incurrenti repente fero apro per metum objectas est y maluit timiditatis arg^ere quam n<yxœ : remque non minimi periculi y quia tamen /raus aberiat, in jocutn verUt. (SHETOirivs, in vitâ A.ugusti|l cap. LXVIL . •
fait en badinant, ou pai^ itlàdvertaTicé. Leâ foutes qui vientient'de la voloiité sont le» sc^ule» qu'il fiiut piihir : ^ même si elks sont de telle nâ^' €Ùre.qu'elles puissent être cotrigées par Tâge, ott qu'on n'ait aucun sujet de craindre qu'elles pro» duisent de mauvaises habitudes, il faut passer par dessus sans faire semblant de les remarquer^ de quelques fâcheuses drconstances qu'elles sbient accompagnées d'ailleurs.
S cxx.
Il faut inspirer aux enfants des sentiments d'humanitépour leurs inférieurs ^ et sur-tout pour * Aes domestiques. •
Un autre moyen d'inspirer de Thumanité aux jeunes gens , et d'empêcher qu'ils n'en perdent jamais le goût, c'est de les accoutumer à traiter cii4Iement^ et en paroles et en actions leurs inférieurs , le petit "peuple , et sur-tout les domestiques; car il n'est que trop ordinaire de Toir dans H[es bonnes familles que les enfants de la maison parlent 9ca% domestiques en termes in^ solents et pleins de mépris, et les traitent d'une n^nière hautaine et imp^euse comme s'ils étaient d'une espèce différente et fort inférieure à la^ leur. Que cette injuste fierté soit produite en eux, ou par de fnauvais exemples, ou par
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. la supériorité de leur fortune ^ ou par une vanité naturelle ^ il faut la prévenir ou l'extirper dès qu'elle vient à paraître, et substituer à la place un esprit de douceur et d'humanité qui les cande civils et affables envers les personnes dé la plus ba^se condition^ Us ne perdront rien pàrrlàde leur supérLorité. Au contraire l'autorité qui est attachée à leur rang n'en sera que plus grande, leurs inférieurs joignant à la soumission et à la déférence extérieure qu'ils auront pour eux im amour et une estime sincères pour leurs personnes; et en particulier les domestiques les serviront avçc plus d'empressement et de plaisir, voyant qu'ils ne sont point maltraités à cause que la fortune les a mis au-dessous des autres hommes, et, pour ainsi dire, sous les pieds de leurs maîtres. Il ne faudrait jamais souffrir que la différence des conditions. iFît perdre aux enfants le respect qu'ils . doivent à la nature humaine; plus ils sont élevés et opulents, plus ou devrait avoir soin de leur apprendre à être doux , tendres et obligeants envers ceux dé leurs frères , qiii sont d'un rang inférieur , et plus mal partagés des biens de la. fortune. Si dès le berceau on leur laisse la liberté de maltraiter
certaines personnes , parce qu'ils croient avou" quelque peu de pouvoir sur eux en vertu de la qualité de leur père , c'est tout au contraire
DBS EITFAWTS. a^-j
une marque de mauvaise éducation ; mais si Ton n*y prend garde , cette licence augmentant , leur fierté naturelle les accoutumera par degrés à n'a-^ voir que .du mépris pour leurs inférieur^; ce qyii ne doit aboutir, selon toutes les apparences^, qu'à Toppressioû et à la cruauté.
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