CXXVI
De la nonchalance, de çertàiixs enfants,
vJn remarque quelquefois dans le^ enfaots une disposition d'esprit directement contraire à ce tempérament actif qui porte à s'enquérir de tout; je veux parler de cette molle nonchalance qui leur fait n^gaYder les choses d'un œil tout-^à^ fait indiffèrent ^ et leur inspire même urée es-^ pèce de mépris pour leurs occupations. Cette disposition est, selon moi, l'une des plus mauvaises qualités que puisse avçir un enfant, et des plus difficiles à corriger lorsqu'elle est naturelle. Mais comme on peut s'y tromper en cer* taines rencontres, il £aut tâcher de bien connjiâtre cette indififérence que les enfants ont pour leurs livres ou pour leurs ^occupations, et qu'on peut quelquefois trouver à redire dans un eti&nt.
a88 • DE l'éducation
Sur le premier soupçon qu'a un père que ^n enfant ne soit d'une humeur paresseuse et indifférente , il doit l'observer avec soin , pour savoif* s'il est froid et indifférent dans tout ce qu'il fait, ou bien s'il n'est lent et paresseux qu'à regard de certaines occupations , mais ardent et empressé pour d'autres; car quoiqu'on s'aperçoive qu'il n'étudie sa leçon que négligemment , et qu'il laisse écouler sans rien faire une bonne partie dU tçmps qu'il passe dans sa chambre ou dans son cabinet , on n^dn doit pas conclure tout aussitôt que cela vient de son tempérament négligent et paresseux : c'est peutêtre par un efifet de son jeune âge qu'il en use ainsi, et parce qu'il prière à ses études certaine
chose qui occupe .toutes ses pensées ^ et que d'un autre coté il ne. prend pas plaisil: à étudier sa leçon par une raison fort natiirelle/ qui est qu'on l'y oblige comme à ube chose . indispensable. Pour distipguer exactement» ce' qui en est, observez yotre enfant dans ses jeux et dans, ses divertissements lorsqu'il est hors du lieu où il est obligé d'étudier, et qu'il a pleine liberté de s'occupera ce qu'il veut : examinez, dis-ie, s'il est vif et agissant dans ce temps-là , s'il se propose quelque dessein , et s'il en poursuit Texéciition avec application et avec ardeur, jusqu'à ce
qu'il en soit venu à bout, ou bien s'il laisse
passer le temps négligemment sans songer à rien faire. Si cette humeur froide et lente ne paraît en lui que lorsqu'ihést après à étudier sa leçon , je crois qu'on peut l'en corriger aisément ; mais si c'est un efFet de .son tempérament, il faudra prendre un peu plus de peine pour le guérir de ce défaut
S cxxvii.
Moyen de corriger la nonchalance j si elle
n est pas universelle.
Si par l'empressement que votre enfant fait paraître pour ses divertissements , ou pour quelque autre chose à laquelle il* applique son es^ prit dans les intervalles de temps qui s'écoulent entre les heures de ses occupations, vous êtes convaincu qu'il n'est pas porté de lui-même à la fainéantise , mais qu'il n'y a que le . dégoût qu'il a pour ses livres qui le rend négligent et paresseux lorsqu'il est obligé d'étudier sa leçon , il faut commencer par lui représenter dour cément combien cette conduite est déraisonnable et à quels inconvénients elle l'expose, puisqu'il perd par-là une bonne partie de son temps qu'il pourrait employer à goûter un véritable plaisir : mais souvenez-vous bien de lui dire cela avec beaucoup de douceur et de modération, 1 J9
290 0B I.'iDFCATI09
sans y iosister beaucoup la prenûère fois, tous coDteolant de hn ptoposer ces raisons oommuoes en peu de mots. Si cela fût effet sur son esprit^ Yons serez Tenu à houl de cette a£Eaûre par les moyens qu'on doit le plus souhaiter d'^tn* ployer en ces sortes d'occasions, je ^eux dire la raison et la douceur. Mais si cette première tentative ne vous réussit point, tâchez de lui £aiire honte de sa manière d'agir en le raillant de sa lenteur. Pour cet effet demandez-lui chaque jour lorsqu'il vient k. table , pourvu qu'il n'y ait aucun étranger, combien de temps il a employé à ses occupations; et. s'il n'a pas fait sa tâche dans le temps qu'on a droit de supposer qu'il aurait du l'achever, £aites-lui-en la guerre; tournez en ridicule cette négligence, mais sans ajouter aucune censure. Contentez^vous seulement de le regarder dès-lprs avec froideur: Continuez d'en user ainsi avec lui jusqu'à ce qu'il change de conduite; et ayez sein que durant tout ce temps-là, sa mère, son gouverneur, et tous ceux qui sont auprès de lui, fassmit la même chose; que si cela ne produit point l'effet que vous désirez , dites-lui qu'il né sera pas inquiété davantage par un gouverneur qui prenne soin de son éducation , que vous ne voulez plus dépenser de l'argent pour tenir* une personne auprès de lui sans rien bàre; mais que, puisqu'il
i^xne mieux s'amuser à tel ou tel jeu (quel qu'il soit) que d'étudier $a leçon, H ne doit pas employer son temps à autre chose. Après cela, obligez-le sérieusement à s'appliquer au jeu qui lui plaît le plus, et cela constiimm eut le matin et Faprès-midi jusqu'à ce qu'il en soit dégoûté, et qu'il veuille, à quelque prix que ce soit, donner certaines heures du jour à l'étude au lieu de les employer a, ses divertissements. Mais en lui imposant la nécessité de s'amuser ainsi ^ certains jeux, il faut nécessairement le voir feire vous-même, ou en charger quelque autre personne qui puisse règlement lui voir fournir cette tâche, de sorte qu il n'ait pas la liberté de s'en dispenser. Je vous dis d'observer vous-même votre enfant, parce que c'est une chose bien digne des soins d'un père ( quelque affaire qu'il ^it d'ailleurs ) d'employer deux ou trois joints pour guérir son enfant d'un aussi grand défaut qu'est une molle indifférence pour ses occupar tions* s