SECTION XVIII
th NE FAUT PAS GONTEAnflIRB I«ES ENFANTS A s'oCGVPBE AUX CHOSES qu'on VEUT LEUR FAIAE APPEENDEB.
§v CXXXI.
IN ous avons déjà remarqué que la diversité des occupations et la liberté , est ce qui plait le plus aux enfants, et que c'est là ce qui leur fait trouver du plaisir à leurs jeux ordinaires. Ainsi l'on ne devrait point leur faire une occupation de leur leçon ou de quelque autre chose que ce soit qu'on veuille leur faire apprendre. Mais c'est ce que leurs parents, leurs gouverneurs et leurs maîtres oublient aisément. L'impatience qu'ils ont de les voir appFiqués^ ce qu'ils doivent faire, ne leur permet pas de les tromper par cet in* nocexit artifice, et les enfants de leur coté distinguent d'abord par les ordres réitérés qu'on leur donne, ce qu'on exige et ce qu'on n'exige pas d'eux. Lors donc qu'il arrive que faute d'avoir mis cet artifice en usagé, un enfant vient à
contracter de l'aversion pour ses livres, il faut prendre un atitre tour pour remédier à cet inconvénient. Puisqu'il n'est plus temps alors de li^i faire regarder l'étude comme un jeu , vous devez l'y engager par une méthode toute contraire. Observez pour cet effet quel est le jeu qui lui plaît le plus ; ordonnez-lui de s'y appli* quer, et faites-le jouer tant d'heures par jour, non pas comme pour le punir par-là de l'inclination qu'il a pour ce jeu , mais comme si vous vouliez lui imposer cette tâche sous l'idée d'un devoir dont vous prétendez qu'il s'acquitte exactement : cela fera, si je ne me trompe, que dans peu de jours il contractera un si grand dégoût pour le jeu qu'il aimait le plus , qu'il ne s'y plaira plus tant qu'à l'étude ou à quelque autre chose; sur- tout si, en s'appliquant à l'étude, il peut se dispenser d'une partie de cette tâche, et qu'on lui permette d'employer à la lecture de ses livres ou à quelque autre semblable occupation, véritablement utile, une partie du temps qu'il est obligé de donner au jeu. Du moins cet expédient est, ce me semble, beaucoup plus propre à porter les enfants à ce qu'on veut , que tous les châtiments qu'on pourrait leur infliger,, ou que toutes les défenses qu'on pourrait leur faire ; ce qui pour l'ordinaire ne sert qu'à exciter en eux de plus yiolents désirs pour la chose dé-^
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fendue: car lorsqu'une fois vous avez aftsoavi leurs désirs (ce qu'on peut faire sans danger à l'égard de toutes choses, excepté le boire et le maiiger) jusqu'à les dégoûter par4à de ce que vous devritez leur' faire éviter, vous leur en avez inspiré assez d'aversion pour ne devoir plus tant appréhender que dans la »uite ils. le recherdii^it avec le même empressetnent.
§, GXXXII.
C'est , je crois , une chose assez connue qu'en général les enfants n'aiment f^s à demeuter sans rien faire. Cela étant, tout votre soin doit étl*ê de les occuper toujours à des choses qui puissent leur être de quelque utilité^ et pour cet effet vous ne devez ps^s leur faire une occupation , mais un sujet de divertissement de tontes les choses auxquelles votls souhaitez qu'ils s'appliquent. Le moyen d'en venir là, sans qu'ils pmssent s'apercevoir que vous vous en mêliez en aucune manière , c'est de leUt inspirer du dégoût pour ce que vous ne voudriez pas qu'ils fissent^ en les chsurgeant expressément de le fiûre sous tel ou tel prétexte. Si, par exemple, votre enfant se plaît à fouetter son sabot ^ et ^u'il j emploie trop de temp!», ordonnez -lui de le fouetter tant d'heures par jour, ayez soin qu'il n'y manque pas ; et vous verrez qu'ennuyé en
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peu de temps de cet exercice , il aura envie de l'abandonner. Comme vous lui ftVez , par ce moyen, une occupation onéreuse des jeux qui vous déplaisent, il s'attachera de lui-même avée plaisir aux choses que vous souhaiteriez qu'il fît, sur-tôut si elles lui sont proposées comme une récompense dé ce qu'il a rempli sa tâche au jeu qtai lui a été prêsi^riti Gai* si ou lui ordonne de fouetter chaque jour sotl sabot aussi long-témpâ qik'il faut pdur qu'il soit fatigué d'une telle occupation j ne croyei-vous pas qu'il sQuhaitéi*a sincèrement ses livres, et qu'il s'appliquera avec ardeur à les lire, si vous lui prodlettez cet amusement pour récompense d'avoir fouetté vigoureuseuiénl son sabot durant tout le temps que Vous lui • avez prescrit ? Les enfants ne den^andent qu'à être en action , et ne mettent pas grande diflGérence entre les diverse» choses qu'ils font , pourvu qu'elles conviennent à leur âge. Ce n'est que sur Fopinion d'autrui qu'ils estiment l'une plus que l'autre; de sorte que ce que les personnes qui soUt auprès d'eu!îc leur proposent sdus l'idée de récompense leur paraîtra tel effectivement. Pat cette adresse, il dépend de leurs gouverneurs de les faire sauter à cloche-pied pour leA récompenser de la peine qu'ils prennent de danger régulièrement; bu, au contraire, de les faire danser régulièrement pour
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les récompenser de ce qu'ils sautent à clochepied; de leup^fcdre trouver plus de plaisir à fouetter un sabot ou à lire un livre , à jouer à la fossette ou à étudier le globe : car ies en£Euits ne souhaitent que d'être occupés , pourvu que ce soit à des choses auxquelles ils s'imaginent être portés de leur propre mouvement ; et qu'ils regardent la liberté qu'ils ont de s'y appliquer comme une faveur qui leur est accordée par leurs parents ou par d'autres personnes qu'ils respectent , et dont ils voudraient gagner les bonnes grâces. Cela posé , des enfsLnts qu'on élèverait ensemble selon cette méthode, et qu'on empêcherait de se corrompre par le mauvais exemple des autres, apprendraient , je pense, avec autant d'ardeur et.de pls^isir à lire, à écrire, et toutes les autres choses qu'on voudrait leur enseigner, que les autres enfants appreni;ient leurs jeux ordinaires : et l'aîné étant une fois conduit de cette manière , la chose ayant comme passé en coutume dans la famille ; il serait aussi difficile de les empêcher d'apprendre, ces choses, qu'il l'est communément de détourner les enfants de leurs jeux.
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