‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 2)Chapitre 87 sur 144 · CXXXIII · texte numérisé non relu

CXXXIII

Il faut permettre aux enfants d^ avoir les choses

qui servent à leurs jeux.

Les enfants devraient , à mon avis , avoir >ies jouets^ et de différentes espèces : mais il faudrait que leurs gouverneurs ou quelque autre personne les eussent en garde , et que l'enfant n'eût qu'une sorte de jouet* à la fois, de sorte qu'on ne lui en donnât un second qu'après qu'il aurait rendu le premier. Par ce moj^en les enfants apprennent de bonne heure à prendre garde de ne pas perdre ou gâter les choses qu'ils ont en leur pouvoir : au lieu que s'ils ont plusieurs sortes de jouets à. leiu* disposition , ils ne songent qu'à folâtrer sans en prendre aucun soin , par où ils se font, dès leiu* enfance, une habitude d'ét^ prodigues et dissipateurs. Ge sont là, je l'avoue, des choses peu considérables en elles-mêmes, et qui paraîtront -indignes des soins d'un, gou* vemearrmais rien de ce qui peut .contribuer à former l'esprit des enfants ne doit être - négligé ; et tout ce qui tend a établir en eux des habitudes , bonnes ou mauvaises , «st digne du soin et de l'application de leurs . gouverneurs , et ne saurait être méprisable dans ses , conséquences.

Sur les jouets des enfants^ il me reste à reipar-

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quer une chose qui n'est pas, à mon avis, indigne du soin de leurs parents. Quoique je tombe d'accord que les eqfants doivent avoir diffiçrentes espèces de jouets, je ne crois pourtant pas qu'il faiUe leur en acheter aucun. Cela fera qu'ils ne seront pas surchargés, comme il arrive souvent, de cette grande variété de habioles , qui ne sert qu'à leur inspirer un fol amour pour le cbai^gement et pour la superfluité , et à leur remplir Tesprit d'inquiétude et de vains désirs d'avoir toujoui's quelque chose de plus sans savoir quoi, et sans être jamais contents (Je ce qu'ils ont* Les jouets que bien des gens ont wiu de présenter aux enfants de qualité pour faire leur cour à leiips parents, nuisent beaucoup à ces tendres créatures. On les rend par là ô^rs? vains et avares presque avant qu'ils sachent parler. J'ai connu un jeune enfant si absorbé par le nombre et la variété de ses Jouets, que chaque jour il fatiguait «a gouv^nante du soin d'en faire la revue. Il était si accoutumé à œtte abondauce, que 'ne croyant jamais avoir assez de jouets , il était toujours après à en demander de nouveaux* "Quoi! phis? quoi! plus? disait -t il à tout mo* ment; que me donnera-tfOn de nouveau? Wé^ tait-ce'pas là un bon moyen de modérer ses désirs, et de* lui apprendre, à savoir vivre content de sa condition?

DES ENPAirTS. 3o3

Mais, direz-YOUS, comment les enfants auronU ils donc des jouets, A l'on ne leur en achète aucim? Il faut qu'ils Ven fassent eux-mêmes, pu du moins qu'ils mettent la main à l'œuvre pour cela. Jusqu'alors ils n'en devraient point avoir; et avant ee temps là , ils n'auront pas grand besoin de jouets travaillés avec beaucoup d'art. De petits cailloux, un morceau de papier, le troii^seau des clés de leur mère, et telle autre choae. avec laquelle ils ne sauraient se faii^ du mal ; tout cela sert autant à divertir lés petits enfants que toutes les curieuses bagatelles qu'on leur achète biedu cher dans des boutiques , et qu'ils gâtent et brisent tout aussitôt. Les enfants ne sont jamais tristes ou chagrins f«lute d'avoir ces sortes de jouets, à moins qu'on ne leur en ait déjà donné. Lorsqu'ils sont petits, ils se diver^ tissent de tout ce qui leur tombe sous les mains : et à mesure qu'ils deviennent gr^ids, ils se feront bientôt des jouets eux^ménles, si l'an ne s'est mis imprudemment . en dépens pour leur en fournir. A la vérité , lorsqu'ils commencent à travailler à quelque jouet de leur invention, il faudrait les diriger et les aider dans leur travail. Mais on ne devrait point songer à leur en four* nir, tant qu'ils attendent, les bras croisés, que, sans qu'ijs sedoniient aucune peine , d'autres tra-^ vaïfte]H>9t à leur en £sivre. D'ailleurs si, lors*-

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qu'ils s'amtisent eux-mêmes à faire des jouets, ils sont arrêtés par quelqu*e difficulté, et que vous les aidiez à s'en tirer, ils vous en aimeront davantage que si vous leur achetiez des jouets du plus haut prix. Il faut pourtant leur en donner quelques-uns que leur adresse ne saurait leur procurer, comme des sabots, des volants, des battoirs, et. telles autres choses qui servent à leur exercer le corps; il est, dis-je, nécessaire qu'ils aient ces sortes de jouets, non pour varier leurs amusements, mais pour faire exercice : encore devrait - on avoir sofai de les leur donner aussi simples qu'il est possible. Ainsi , après leur avoir fait présent d'un sabot, il faudrait leur laisser le droit de se pourvoir eux-mêmes d'un bâton et d'une courroie pour le fouetter : et , s'ils attendent nonchalamment que ces choses leur tombent des nues , il ne faut pas faire semblant de le voir; ils s'accoutumeront par- là à chercher eux-mêmes ce qui leur manque, à modérer leurs désirs^' à penser, à s'appliquer, à être inventifs et bons ménagers : qualités qui leur seront d'un grand usage pendant la meilleure partie de leur vie, et qui par conséquent ne peuvent leur être enseignées trop tôt, , ni prendre de trop fortes racines 'dans ieur ame. Tous les jeux, tous les <livertissements des enfants devraient tendre à former en eux de bonnes et d'utiles habitudes :

autrement, ils leur en çpmmuniguerpnt cjg aa»yaises. Car tout ce que font les enfants laisse sur cet âge teiïdre des impressions qui les portent au bien 09 ^y ni^l; et i^ep ^ ce qui peut avoir une telle influence ne devrait être négligé

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