‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 2)Chapitre 98 sur 144 · CXLVI · texte numérisé non relu

CXLVI

Au lieu que le dé£aiut d<mt nous venons de p^ler consiste en ce ^ne nous nous bisons une trop grosto afi&ire de la rotoière dont nous de* vofas nous conduire avec les autres hommes , l'autre défaut que produit une mairraise éducatic^, consiste au contraire en ce que noos paraissons 4DiOU8 mettre trop peu en pcâiie de plaire, et de témoigner du respect' à ceux avec qui nous avons affaire. I>eux.dM>ses «ont nécessaires pour éviter ce dernier inconvénient : la première, de n'avoir aucun ' penchant k offenser personne ; et la seconde , de trouver le moyen le plus insimiant de feire paraître cette disposition d'esprit : par la première , les hommes passent pour civils; et par la dernière^ pour getft« polis. La politesse est une grâce , ime bienséance qui accompagne les' regards, la VoisD, les paroles , les gestes et tout le maintien dHme personne, qui nous rend agréables en ccmipagnie, et qui fait que ceux avec qui nous conversons sont contents et à leur a:be. C'est, pour

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ainsi dii^, un langage par lequel on exprime les sentiments de civilité et .d'honnêteté qu'on a dans le cœur ^ et qui y. dépen49||||^ntièrement de l'iKage de chaque pays; comme les autres langues (i)» se doit apprendre par règles et, par pratique, et sur • tout «en observant et en iréquentant ceux qui passant <lan^ le monde pour être tout-à*fait polis et bien élevés. L'autre de«* voir, dont le principe réside dans le fond du coeur, c'est une bienveills^ncç générale pour tout le monde; c'est cette humanité qui inspire à tous ceux qui en sont pénéti^s,, la précaution de ne pas faire paraître, par leur conduite, qu'Us négligent ou méprisent qui que ce soit, mais plutôt de témoigna à chacun, par tous les moyens qui sont en usage dans le pays où ils se trouvent, toute l'estime et tous les égards gui

(i) C'est à-peu-près ce qu'a pensé sur tout ceci -le pénétrant et délicat La Bruyère. Le tour fin et singulier qu'il donne à ses pensée, me fait croire que je -puis citer i^climent %es paroles sans qu*eii se plaigne de la répétition. « L'on « peut , dit-il , définir l'esprit de politesse, l'on ne peut en « fixer la pratique. £lle suit l'usage et les coutume^ reçues : «^ elle est attachée au temps , auK lieux , aufs, persosnes. L'ea- «prit fioujt^eul ne la fait pas ^vin^; il ^ait qu'jCMi.lfL »^it « par ioMtatian et qu'on s*y peri^ctionne-. ... II me semble .q^e «.l'esprit de politesse est une certaine attention à faire que, A par nos paroles et par nos manières, ies autres «oient con* « tents de nous et d'eux-mêmes. » Chap. V y, de la Société. ,

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lui sont dus selon sa condition et le rang qu'il tient dans le monde. En uii mot, la civilité est une disposilAÉI* d'esprit qai nous engage à nous conduire de telle manière que notre compagnie ne soit à charge à personne.

Je remarquerai à ce propos quatre qualités directement contraires à cette vertu, qui est la première et la plus charmante de toutes les vertus sociales : c'est d'une de ces quatre sources que découle communément l'incivilité ( i ). Je les proposerai donc ici , afin qu'on prenne soin de préserver ou de délivrer les enfants de leur mauvaise influence.

I. La première est cette férocité naturelle, qui fait qu'un homme est sans complaisance pour les autres hommes ; de sorte qu'il n'a aucun égard à leurs inclinations , à leur tempérament, ou à leur état. Le vrai caractère d'un

(i) La Brayère a renfermé en peu de mots la nature et les principales causes de rinciyilité. Le passage est si beau , que je ne saurais m'empècher de le mettre ici. «t L'ineirilitéy « dit-il, n'est pas un vice , elle est l'effet de plusieurs Tices: « de la sotte vanité , de l'ignorance de ses devoirs , de la patresse, de la stupidité,' de la distraction, du mépris des « autres, de la jalousie. Pour ne se répandre que sur les de- « hors, elle n*en est que plus haïssable, parce que c'est tou- «jours un défaut visible et manifeste : il est vrai cependant « qu'il offensé plus ou moins , selon la cause qui le ^ro- « duit. » Ghap. XI , de t Homme.

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hoiDine grossier et rustique, c'est de ne point faire de réflexion sur ce qui plaît pu déplaît à ceux avec lesquels il se trouve; mais il n'est que trop ordinaire de voir des gens quij avec des habits à la mode , rassemblent à des paysans par cet endroit -là : je veux dire, qui s'abandon* nent sans retenue à leur humeur, soumettant à leurs bizarres fantaisies tous ceux qui se rencontrent sur leur chemin, sans se mettre aucunement en peine comment ils le prendront. C'est une brutalité que tout le monde voit et dé^ teste : car qui pourrait s'en accommoder ? Et par conséquent quiconque veut persuader aux autres qu'il a la moindre teinture. d'éducation, ne saurait se rendre coupable d'un tel vice; puisque l'essence et la vraie fin de l'éducation, c'est d'adoucir la férocité ' naturelle des hommes, et de vaincre la rudesse de leur tempérament, afin qu'ils puissent s'ajuster à ceux avec lesquels ils ont affaire.

a. Un autre défaut contraire à la civilité, c'est le mépris ou le manque de respect, qui se découvre par les regards , les paroles ou les gestes < et qui déplaît toujours , de telle part qu'il vienne; car personne ne peut voir sans peine qu'on le méprise. ^

3. Vesprit de critique est encore direclement contraire à la civilité. Que les hommes soient;

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coupables <nx non, ils ti'aiâieal; pas qu'on re* ' lève leurs fautes, et qu'on les expose en plein jour à leurs propres yeux, ou, de vaut d'autres personnes. Un reproche est toujours acc<»pipagné de quelque honte; et la découveite^ ou même l'iniputation de quelque défaut, Eût toujours de la peine à la personne qui en est le sujet. La raillerie est uâ des moyens les plus raffinés d'exposer les fautes d'autrui. Mais parce qu'elle est ordinairement accompagnée d'esprit, et d'un tour d'exprei^ion . délicatt , et qu'elle divertit la compagnie , où s'imagine fausse^nent quelle n'a rien d'incivil, pourvu qu'elle soit ren* fermée dans de certaines bornes. De là vient qu'elle s'introduit dans la <ionversatîon des pér- . sonnes du premier rang , et que ceux qui ont du talent :pj^i|fula raillerie , sont écoutés &LV«nblemeot en <x>mpagnie , et généralement applaudis par de grands éclats de rire de tous ceux qui donnent dans leur sens. Mais les railleurs devraient ^considérer, que, s'ils r^ouissent le reste de la comipagnie, c'est aux dépens d^une personne (Qu'ils tournent en ridicule, et qui pab conséquent en doit sou£&ir, à incâns que la chose dont il est raillé ne soit en effet un vrai sujet de louange. Car, en ce cas -là, des idées agréables ^ qui constituent la raillerie , n'étant pas mdins flatteuses que divertissantes , là .per-

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sonne raillée .y trou-ve son compte., et .prend, part au divertissement tout .aussi rbien que les * autres. ,Mais parce que. tout le monde n'a pas l'adresse de bien manier une affaire si délicate , où la moindre méprise peut tout gâter , je crois que ceux qui sont bien-aises de ne se brouiller aveo personne , et qu'en particulier, tous les jeunes gens devraient s'abstenir absolument de railler, puisque, par i;^ne petite méprise ou par * une mauvaise interpri^tation , la raillerie peut laisser dans l'esprit de ceux qu'elle attaque , un perpétuel souvenir 4'y a wir été exposés d'une manière piquante, quoique spiritueUe;^pour quelque défaut digne de censure, dont ils.se sentant coupables. , .

Outre la raillerie, une autre espèce de critique qui marque une médiante éducation , c'est Ve^ritde, €onîradicti»f^ La complaisance ne nous impose pà9 la nécessité d'approuvier ^ns cesse les raisonnements ou les contes qu'on fait en notre présence, ni m^me^e laisser passer sans rien dire tout ce qui se débite d^ns les compagnies où nous nous rencontrons. La vérité et la charité nous obligent quelquefois à réfuter le|s opinions des autres , et à redresser leurs méprises ; et la civilité ne s*oppose point du tout à cela, pourvu que nous le fassions avec toutes les précautions* que les circonstances ^liigent.

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nécessairement. Mais on voit des gens possédés , ' pour ainsi dire , d'un esprit de contradictroa , qui, sans considérer si ce qu'on dit en compagnie est bien ou mal dit, ne cessent de contredire (i) une partie de cedx qui la composent, ou peut-être tous , chacun à son tour. Ce procédé est si visiblement injurieux , qu'il n'y a pei*sonne qui n'en soit choqué; et en général on est si porté à soupçoiïner que toute opposition à ce qu'un autre dit part • d^un esprit de critique , et il est si rare, que la critique soit reçue sans quelque espèce de mortification, qu'il ne faut se déclarer contre les sentiments d*autmî que de la manière la plus obligeante et dans les termes les plus doux qu'on puisse imaginer; de

(i) « Le silence et la modestie, dit Montaigne , sont qna- «Utés très -commodes à la conversation. On «dressera cet « enfant à être épargnant et ménagei^ de sa suffisance , quand tt il l'aura acquise , et à ne se formaliser point des sottises ^'et fables qui se diront en sa présence ; car c'est une ineÎTile «c importumté de choquer tout ce qui n'est pas de notre ap- «petit. Q|i>*il se contente de se corriger soi-même, et ne n semble pas reprocher à autrui tout ce qu'il refuse à faire, «ni contrarier aux mœurs publiques. lÂcet sapere sine vpùmpd^ sine invidid. Fuis ces images régenteuses dn monde « çt ii|civilesy cette puérile ambition de vouloir paroitre plus « fin pour être autre ; et comme si ce fût marchandise malci aisée que repréhensions et nouvelletés , vouloir tirer de là «nom de quelque péculière valeur. » J^^^aûr , liv. I, cb. XXY.

sorte qu'il ne paraisse aucun empressement à contredire dans tout le reste de notre conduite, qui pour cet effet doit être accompagnée de yraie.s marques de respect et de bienveillance , afin qu'en remportant Tavantage de mieux raisonner/nous ne perdions pas l'estime de ceux qui nous écoutent.

4. Une humeur vétilleuse, qui se choque de la moindre chose, est encore un défaut fort con- ^ traire' à la civilité , non-seulement parce qu'elle nous engage à £ûre des choses malséantes, et /"

à employer de$ expressions grossières, et choquantes; mais encore pa^ce que c'est une accusation et un reproche tacite de quelque incir vilité que nous trouvons à redire en ceux qui $ont l'objet de notre chagrin. Or un tel reproche ne peut que faire de la peine , outre qu'il ne faut qu'une personne de cette humeu^ dans une compagnie pour y mettre le désordre et en troubler toute l'harmonie.'

Comme la félicité que les hommes recherchent constamment consiste dans le plaisir, il est aisé de voir pourquoi les gens civils sont mieux reçus dans le monde que ceux qui peuvent être utiles. L'habileté, la sincérité et la bonne intention d'un homme de , poids et de mérite , ou même d'un véritable ami, dédommagent rarement de l'inquiétude que produisent ses graves '

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et solides remontrances. La puissance, les ri-

chesses et la vertu elle-même ne sont estimées qu'en tant qu'elles contribuent à notre félicité; et pai^ conséquent celui qui veut persuader à d'autres qu'il a leur félicité k cœur, s'y prend fort mal , si , en leur rendant service , il le feît d'une manière propre à les choquer et à leur déplaire; et au contraire quiconque sait plaire à ceux avec lesquels il converse , ^'ans s'abaisser à des flatteries lâches et serviles, a trouvé Tàrt de vivre dans le monde , et ' le vrai moyen d'être aimé et bien reçu partout où il se tirouverâ. Il faudrait donc, avant toutes choses, n'épargner aucun soin pour faire en sorte que la cîviKlJé dc- .vint habituelle aux enfants et aux jetiiies gens.

s €XLvn.

Un excès de civilité blâmable.

Un autre défaut contraire à*k véritablef politesse , 'c'est un excès de cérémonies et vs%f attachement opiniàti^é a engager une personne à recevoir un honneur qui né lui appartient pas , et qu'il ne peut accepter sans passisr poisr fou ou sans se couvrir de confusion. Il semble qu'en cela on a plutôt eh vue de chagriner tm homme que de l'obliger, ou du moins qu'on veut £siire voir par cette espèce de: combat qu'on

est au-dessus de lui. Enfin, à regarder cette conr duite par son plus bel endroit, ii est certain qu'elle n'est propre (i) qu'à embarrasser, et qu'aiusi elle ne peut être la marque d'une bonne éducation-, dont Tusage et la fin consistent à ikiré en sorte que les autres jbommès se plaisent dans notr& cotiipjsignié* On trouve peu de jeunes gens iSOjets à, ce défont; mais s'ils ^ tombent jamais, ou qu'ils paraissent y a:Toir quelque pen^ chant, il &ut les en avertir, -et leur faire voir que c'est une civiiîtë ' ma( entendue ; ce qu'ils doivent se proposer dans la conversation, c'est de £îire paraître du respect, de l'estime et de la bienveillance pour tout le monde , eu traitant chacun en particulier avec toutes les hônnètetés qui leur sobt dues selon les règles de la civilité. Faire cda. sans être soupçonné dé flat* terie , <)e dissimulation et de bassesse , c'est un grand art, et rien n^ peut nous l'enseigner que le bon sens , la raison et le commerce des hoti*^ nétea gens (i); et du reste la chose est d'un si

(i) CVst ce qu'avait observé Montaigne, qui dit plaisamnent à ce «ujet : « J'ai tu des hommes incivils par trop de « civilité , et imporkuas de courtoisie. » Essais , liv. I , ft chap. XIII.

(q) Cté secours sont admirables sans doute, pourvu qu'on ait le cœur. bien fait et qu'on soit véritablement incapable de donner dans la dissimulation et dans la flatterie;

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grand usage dans la vie civile, qu'elle mérite

bien que nous l'étudiiops avec quelque soin.

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