CXLVIII
Quoique cet,art porte le nom de bonne éducatioa , couime si le prindpal effet de l'éducadoQ consistait à avcùr des manières polies et engageantes, a ne faudrait pourtant pas, comme je l'ai déjà remarqué, tourmenter beaucoup les enfants sur cet article ;;jeveu:^ dire, pourles oMiger à lever le chapeau, et à Ëiire la révérenct dans les règles. Apprenez^leur, si vous pouvez, à être modestes et bienfaisants, et l'on ne th>uvera point cela à dire en eux, la civilité n'étant autre. cbose dans le fond qu'une applicaticm à ne ^ire paraître da^S la conversatioa aucun mépris pour qui que ce- soit. Quant aux moyens les plus autorisés dp -faire conniib% ces sentiments, nous en avons déjà parlé. Cesmt^eos sont aussi particuliers, et aussi différents en diverses pûties du mcode- que les langues qu'on y parle; et, à le bien prendre, il est aussi- inutile et aussi déraisonoah^ de prescrire des règles et de feire de grands discours aux enfants sur
mab »aiii cela lei réfleiion* Ui plus soUdei et la meilleurs exemples terônt toajonrs inutilei; car ponr parsitre vertnenx , il faut l'être eâectiTemeDt.
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«e sujet, qu'il le serait de doâti^r de temps e» temps uttt on deux règles stir la langtie e^pa^ ^noFe k une persoime qui ne fréquente qore dés Françaîsr. BecoUdmandez tant qu'il vous plaira la civilité k votre eniBsint; telle sera la compagnie c|tt'il fréquentera,* telles seront ses manières. Prenez^moi un laboilifeur de votre voisinage qui ne soit jamais sorti de sa paroisse, £aites-lui tant de discours ^œ vous voudrez pouor lui donnef un extérieur agréable , il ressemblera à un cour*tisan par le langage tout aussitôt que par les manières, e'est-à-dire qu'à ces devoL égards il n'aura jamais plus de politesse que ceux qu'il jBréqueaf e ordinairement. Ainsi tout le soin qu'on peut prendre dés enfants à cet égard , se rédtM à les tenir le plus qfi'on peut en bonne com^^ pagnie jusqu'à ce qu'ils soient en âge d'être mis sous la conduite d'un gouverneur qur soit , lui-même poli et bien élevé; et pour vous dire librement ma pensée , si les enfants ne font rien par opiniâtreté y par orgueil, ou. par quelque autre méchant principe, peu importe de quelle manière ih lèvent le d^peau ou font la révérence. Si vous pouvez leur apprendre à aâmef et à respecter les autres hommes, ils trouveront bien, lorsqu'ils seront d'âge pour cela, le moyen de le faire sentir obligeamment à chacun selon les manières auxquelles ils auront
été accoutumés. Pour ce qui est des mouvements du corps, un maître à danser leur enseignera, comme j'ai déjà dit, ce qui sied le mieux à cet égard quand il en sera temps. Du resté, lorsqu ils sont encore jeunes, on n'attend pas dVux qu'ils s'attachent fort exactement à toutes ces ce* rémonies ; on leur permet au contraire d'être négligents sur cet article, et cette négligence sied" aussi bien aux enfants que^ les compliments aux grandes personnes; ou si elle passe pour un défaut dans l'esprit de certaines gens fort délicats, je suis assuré du moins que c^esl un défaut auquel il ne faudrait pas prendre garde, et qui ne devrait être corrigé que par le temps et par la conversa1;ion des honnêtes gens. Je ne crois donc pas que vous deviez vous donner la peine de chagriner ou de censurer sur cela votre enfant comme j'en vois souvent qu'on tourmente pour ces sortes de choses ; niais s^il fait paraître dans ses manières quelque marque d'orgueil ou de mauvais naturel , c'est de quoi vous devez le corriger à quelque prix que ce soit, ou par des raisons, ou en lui faisant honte d'un tel procédé.
Quoiqu'on ne doive pas embarrasser beaucoup lés enfants de règles et de préceptes sur ce qui regarde les manières lorsqu'ils sont encore fort jeunes, il y a pourtant une sorte d'incivi-
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lité que les jeunes gens contractent fort aisément si on ne les en détourne de bonne heure : c'est un empressement à interrompre ceux gui parlent, et à les arrêter en les contredisant. Je ne sais si cet e^xipressement des jeunes gens à relever ce qui se dit en leur présence , et à ne pas laisser échapper la moindre occasion de faire paraître leur esprit, vient de la coutume de disputer, si fort établie dans les écoles, et de la réputation d'esprit et de savoir qu'on y attache ordinairement, comme si la dispute était la seule preuve d'habileté : mais je trouve que les savants de profession sont les plus blâmés de ce défaut. Du reste rien «l'est plus grossier que d'interrompre quelqu'un au milieu de son discours : car si nous ne tombons pas . dans l'inconvénient ridicule de répondre à un homme avant que de savoir ce qu'il veut dire , du moins nous déclarons nettement par là que nous sommes dégoûts de l'entendre plus longtemps; et que, méprisant ce qu'il dit comme peu propre à servir d'entretien à la compagnie, nous demandons audience pour dire des choses qui sont beaucoup plus dignes de leur attention. Un tel procédé est visiblement l'effet d'un grand mépris des autres, et ne peut qu'être trèsvchoquant ; c'est néanmoins ce qu'emporte presque toujours la licence qu'on se donn£ d'in-
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terrompre; et si l'on joint à cela, cjatnme c'est
Fordinaire, la censure de ({iielqUe faute, ou une opposition formelle à ce qui Vieht d'étte dit, c'est une marque d'orgiieil et d'éntétement de soi-même , encore plus . insuppovtable , puisqu'-en ce cas4à notl^ liotas érigeons ndus-mémes en docteurs , prenant la liberté de rtedîresser les autres sur quelque point de fait s'ils sont engagés dans le récit d'une histoire , on d'ëxposet les fautes dé jugement quç nous croyons qu'Us tiennent de commettre»
Je ne T^ux pas. dire par là qû'oii dôt bàteûr dès conversations la dispute et la différence des sentiments. Ce serait Se priver du plus grand fruit de la société et de l'instruction qu'dn peut retirer de* la compagnie des gens d'esprit : car leurs raisonnements opposés, nous montrant les choses par leurs différents côtés ^ contribuent par cela même à nous les faire connaître, au lieu que la considération ^le leurs différents aspects et de tant de différents degrés de probabilité que cette opposition présente à l'esprit, serait perdue pour nous , si en conversation chacun était obligé d'approuver l'opinion de celui qui parle lé premier. Ce b'est pas l'opposition aux Sentiments d'autruî que je blâme, mais la tnanière de contredire. Il faut apprendre • aux jeuiies gens à ne pas s'empresser de dire leur
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avis, qu'ik ne soient priés de le faire, ou que les autres n'aient achevé de parler, et à ne •déclarer alors leur piensée qu'en forme de question ppiir être instruits, et non pas pour in-^ struire l^s autre^. Ils devraient s'abstenir (i) d'afiQrmep les choses positivement et d'un ton de maître , et se contenter de proposer modestement leurs qi^estions comme des gens qui veulent apprendre, lorsque le silence général de toute la compagnie leur en fournit le moyen.
Cette modestie, qui sied si bien à leur âge, n'obscurcira point Ipurs talents, et ne diminuera en aucune manière }a fofce de leurs raisons, mais leur procurera au contraire une attention plus favorable , et donnera plus 4^ poids à leurs paroles. Une méchante raison, une observation triviale si^^ proposée avec quelque préambple civil qui marque de la déférence et 4u respect pour les sentiments d'ai^trui, leur fera plus d'hon-
(i) «r J^aîme, dit !e bon Montaigne, ces mots qui amol- «lissent et modèrent la témérité de nos propositions, à « l'aduenture, aucunement ^ on dit, je pense ^ et semblables; cet si î'ensse eu à dresser des enfants, je leur eusse tant mis « en la boiicbe cette façon de respondre , enquestante , |ion • « rétointiT^ :. Qu'est-^e à dire ? je ne V entends pqs ; il pour- «rait estre; est-il vrai? qu'ils eussent plustost gardé la « ferme d'apprentis à soixante ans^ que de représenter les « docteurs à dix ans, comme ils font: qui veut guérir de « rignorlnce^ |1 faiU If i:oi|fe9ser. > Essais ^ Ut. IU, ch. !».
neur que beaucoup d'esprit et de saVoir accompagné d'une conduite grossière, insolente et tumultueuse, qui ne manque jamais de choquer les auditeurs, 'et de leur donner mauvaîise opinion de celui qui a des manières si désagréables , quoiqu'il remporte l'avantage d'avoir mieux raisonné que personne.
II faudrait donc observer de près les jeunes gens sur cet article , s'opposer de bonne heure au penchant qu^ils ont à contredire et à inte^ rompre, et leur faire prendre l'habitude opposée dans toutes leurs conversations, et avec d'autant' plus de soin, qu'il n'est que trop commun parmi nous de voir des hommes faits et d'un rang distingué, qui en conversation s'empressent de prendre la parole , s'interrompent à tout moment les uns les autres, et disputent 3'une voix haute et emportée. Les Indiens, que nous nommons barbares, font paraître bien plus de civilité et de bienséance dans leurs entretiens, s'écoutant l'un l'autre tour-à-tour sans ouvrir la bouche, que celui qui a la parole n'ait entièrement achevé de parler, et répondant alors tranquillement sans bruit et sans passion. Si Ton en use autrement dans cette partie du monde si civilisée, ce qui fait qu'on n'a pas encore ré-formé parmi nous ce reste de barbarie , c'est sans doute le peu de soin qu'on prend dé l'éducation
des enfants à cet. égard. N'était-ce pas, à votre avis, un spectacle bien plaisant de. voir deux femmes de qualité, assises par accident aux deux côtés opposés d'une chambre que le reste de la compagnie occupait tout autour, entrer en dispute, et s'emporter si fort, que, faisant avancer peu-à-peu leurs chaises dans la chaleur de la contestation , . elles se trouvèrent bientôt tout près l'une, de l'autre au milieu de la chambre ,. où, pendant un assez long temps, semblables à ces coqs qu'on £siit battre au milieu d'un amphithéâtre ,. elles continuèrent leur dispute avec beaucoup de fureur sans avoir le moindre égard pour le reste de la compagnie , qui ne pouvait s'empêcher de sourire à la vue d'un tel combat? Je tiens la chose d'une personne de qualité qui était présente., qui ne manqua pas de faire réflexion sur les indécences où l'on peut être entraîné par la chaleur de la dispute ; et puisque la coutume n'en fournit que trop d'exemples, il faudrait prendre d'autant plus, de soin de les prévenir dans les enfants. Il n'y a personne qui ne cQndamne ces. indécences dans les autres, quoiqu'il ne les aperçoive point en lui-même; et bien des gens qui les voient en eux-mêmes , et qui désirent de s'en corriger , né sauraient pourtant secouer le joug d!une méchante cou-
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tume changée en habitude par la négligence de ceux qui' ani; été diargés du scûn de leur éda* jcatîon.