LIVRE II, CHAPITRE IX. I
produit ordinairement l'idée dû sou, vienne à frapper actuellement l'oreille, on n'entend pourtant dQcun son. Dans ce cas , le manque de senr sation ne vient ni d'aucun défaut dans l'organe, ni de ce que l'oreille de l'homme est moins frappée ^que dans d'autres temps où il entend, mais de ce que le mouvement qui a accoutumé de produire cette idée, quoiqu'introduit par le même organe, n'étant point observé par l'entendement , et n'excitant par conséquent aucune idée dans l'ame , il n'en provient aucune sensation. De sorte que par-tout où il y a sentiment , ou perception , il y a quelque idée actuellement produite , et présente à Ventendernent.
De ce que les enfants ont des idées dans le sein de leur mère y il ne s'ensuit pas quils aient des idées innées.
C'est pourquoi je ne doute point que les enfants, avant que de naître, ne reçoivent, par
'< de quantité de petites perceptions dont nous ne nou^ « apercevons pas ; et un bruit dont nous avons perception:, «c mais où nous ne prenons pas garde , devient aperceptible « par une petite addition ou augmentation y car si ce qui «précède ne faisait rien sur Famé, cette petite addition *< n'y ferait rien encore , et le tout n'y \ ferait ritti non plus. »
agsi DE l'entïndetmeeht humaiit.
l'impression que certains objets peuvent faire sur leurs sens dans le sein de leur mère , quelque petit nombre d'idées , comme des effets inévitables des corps quljes environnent, ou bieii deà besoins où ils se trouvent, et des incommodités qu'ils soufirent. Je compte parmi ces idées ( s'il est permis de conjecturer clans des choses qui ne sont guère capables d'examen), celles de la faim et de la chaleur, qui, selon toutes les apparences , sont des premières que les enfants aient, et qu'à peine peuvent -ils jamais perdre.
Mais quoiqu'on ait raison de croire ,* que les enfants reçoivent certaines idées , avant que dé venir au monde, ces idées simples sont pourtant fort éloignées d'être du nombre de ces principes innés y dont certaines gens se déclarent les défenseurs, quoique sanis foncfement, ainsi que nous l'avons déjà montré. Car les idées dont je parle en cet endroit, étant produites par voie de sensation, ne viennent que de quelque impression faite sur le corps des enfants, lorsqu'ils sont encore dans le sein de leur mère ; et par conséquent elles dépendent de quelque cbose d'extérieur à l'ame : de sorte que , dans leur origine , elles ne diffèrent en rien des au-