‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 3)Chapitre 108 sur 141 · LIVRE *I, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE *I, CHAPITRE IX

très idées qui nous viennent par les sens, si ,ce n'est par rapport à l'ordre du* temps. C'est ce qu'on ne peut pas dire des principes m/ze^, qu'on suppose d'une nature tout- à- fait différente, puisqu'ils ne viennent point dans Famé à l'occasion d'aucun changement, ou d'aucune opération qui se fasse dans le corps; mais que ce sont comme autant tie caractères 'gravés originairement dans l'amé, dés le premier moment qu'elle commence d'exister.

On ne peut saifoir évidemment quelles sont les premières idées qui entrent dans V esprit.

Comme il y a des* idées que nous pouvons raisonnablement supposer être introduites dans l'esprit de& enfants , lorsqu'ils sont encore dans le sein de leur mère, je veux dire celles qui peuvent servir à la conservation* de leur vie, et à leurs différents besoins , dans l'état où ils se trouveht alors ; de même les idées des qualités sensibles, qui se présentent les premières à eux, dès qu'ils sont nés , sont celles qui s'impriment le plus tôt dans leur esprit, entre lesquelles celle de la lumière n'est pas une des moins considérables, ni des moins puissantes. Et l'on peut conjecturer, en quelque sorte, avec quelle- ar-

^§4 ^^. l.'ewtbkpeme]^'^; humain.

deur Y^me désire d'acquérir toutes les idées dont . les impressîçns. ne lui^ causent aucune douleur , par ce qu'on remarque dans les enfanta nouyellqiïient nés, qui, de quelque manièrtr qu'on Içs place ^.tour^neut toujours les yeuoc^ du côté d,e la liunière. JMais parce que les premières idé^ qui deviennent femilières aux enfants^ sont ^iSéreiçit^^ ^^1^ 1^ diverses circonstances, où il^ sîe trouvent et la manière dont on les conduit dès leur entrée dans ce monde , l'ordre dans lequel plusieurs idées commencent à s'introduire dans leur esprit, est fort différent et incertain; c'est d'ailleurs une chose qu'il n'importe pas beaucoup de savoir..

Les tdées qui vienneni par sensaHon sont souvent altérées par lejtjuffêment

Un autre observation qu'il est à propos de faire au sujet de la perception , c'est que les idées qui viennent par voie de sensation , soiU souvent altérées par le jugement dans V esprit des personnes faites y sans quelles s'en aperçoivent Ainsi, lorsque nous plaçons devant nos yeux un corps rond d'une couleor uniforme, d'or, par exemple, d'albâtre, ou dejayet, il est certain que l'idée qui s'imprime dans notre esprit

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à la vue de ce ^lohe , repré^iite un (et 0\ç plat i, diversement ombragé, avec dij^éri^nts degrés <jl^ lunûère fi^nt nos yeux se trqpveut frappés.

Majis pomme nous sommes accoutumés par^ Yn^ sage , à distingue!? quelle s(H:te d'image les. 'dorps coavetes produisent ordinairem ^t ,çn i)ous , et quels changements arrivent da^n&^la réflexion dç la lumière 9 selon la dill^rence des figurées sensU;)!^ des co^ps, no^s . mi^ttons ai^sitpt^ à la place de ç^.^i nous parak, 1^ cause même de

l'image que i^ous voyons, et cela , en vertUsii'un jftgemept qw la à^o^utnme nous a rendu habituel : de sorte que,, joignant à la yi^ion un jugemeiit quei^.nous confoi^p^^ç ^veç eUe ^ toous nous armons l'idée d'une figure cpniiÇÇ3E»e>j et d'une couleur uniforme, quoique dans le fond nos yeux ne nous représentent qu'un plan ombragé et coloré diversement , comme il parait dans la peinture (55). A cette o<;casioo , j'insérerai ici

*^»»**»| ■ I ^*^^*»^»^— T>^»^p^^^i^ii^i^»i^^—^p»^<lhy^fcHi^«^»i»^«wA黫

(55) « Lorsqu'une peinture... nous trompe ^ il y a une « double erreur » da»s , »os jugeiuents ; car , premièremeot , « nous mettons )a cause poiu* l'effet , et croyons voir immé- ' « diatement ce qui est la tause de l'image , quoique nous ne « voyions qu'elle proprement, puisque nous ne sommes « affectés que par le$ rayons. Of , comme les rayons de la ft lumière ont besoin d'un temps ( quelquç pet;it qu'il soit ) , « il est possible que l'objet soit détruit, dans cet inter- « vallç p et ne subsiste plus quand le rayon arrive à l'œil ?

un probléve du ' savant M. MaUneux , qui empioie si utilement son' beau génie -à Tàvancement <£es sciences. Le voici' tel qull'ine Ta comnïiinicjué lui-même dans une lettre 'qu'il m*a fait !%onneur de ita'écrire il y a quelque temps : Supposez un aveugle de naissance y qui SfUt'pré^ seniemenû homme fait y auquel éh ait appris à distinguer, par VaUouchefnetity un cube et un globe du friênie métal, et àpèii près de là même grosseur, en sorte que, lorsqu^il touche Vun et ràwtre, il puisse dire quel est le bube, et quel est le globe. Supposez que, le cube et le gloBe éùM^ posés -suf une tablé, cet at^eugle vienne' â j€kuir de la *Bué: on denietnde si, en ^tes voyant sans léttouchlèt^^Û pourrait lé^disceriier, et dire

« et ce qiii n*est pliis ne saurait être l'objet présent de la «r vue. En $ec6hd lieu, nous nous trbiÂpùtu 'énfcore lorsque « nous mettons une 4^]âe pour l'autre', et lôroyons .que ce « qui ne vient que d'une plate peinture est dérivé d'un t corps; de sorte qu'en ce cas il y -a dans nos jugements, » tout à-la-fois , une métonymie et une métaphore \ car les a figures mêmes de rhétorique passent en sophismes^ lors- « qu'elles nous abusent. Cette cotifûsion de l'effet avec la « cause, ou vraie ou' prétendue, entre souvent dans nos « jugements encore ailleurs. C'est ainsi que nous sentons nos a corps ou ce qui les touche , ' et que nous remuons nos. « bras par ime influence^ physique immédiate que nous « jugeons constituer le commerce de l'ame et du corps ; « au lieu que véritablement nous ne sentons et ne chan- ^ geons , de cette manière-là ,• que ce qui est en nous. »

^wv^pww>^qVi^wx^H^^B^^^VM^^^<^a^

' tiVfefe II, 'é'BTA'RITftE IX. 297

iftùeî esiiegidbe et quel est le citée? Le-pénétrant ëf jiidicienx auteur de' cette questioïi répond en même temps <Jue iïoi? : 'ëàr, ajoute4-îl; bien que cet aveugle lattappris; par expérienccy de quelle rntùiièrè le glùbe et le c<ée affectent son attou-* chem0nê\ il' ne sait pourtant pas "encore que ce qui affecte son attouchement dé telle ou de telle manière , doive frapper ses yeux de telle ou de telle manière , ni que Vansle aisance d^un cube qui presse sa main y dfune manière ihegcdej doive paraitrè à ses yeux tel qu'il paratt dàns'lê càbei Je suis tout^-à-faît du senti-' mèfilt dfe» cet hâBile homme ^' que j*ài pris là liberté* d'app^Ifer mon ami , quoiqîle je n'aie pas tvt^ncôre le 'bonheur de le voir. Jfe crois , dis-je , qtie^cet aveugle lie serait point capable, à la preitiiérè '- Vue /de dire ' avec certitude cjuel serait îe gldbfe et quel sevait Je cube, s'il' se contèirfàWdé léi regarder, quoiqû'en lés touchant il plat lès hÀmriier et les distinguer sûrement par la •diffërencfe de leurs figurés qit'il apercevrait' par 'l'attouchement. J^ai voulu proposer ceci à mon lectîeur, pour lui fournir une occasion d'examiner combien il est redevable à l'expérience dé quantité d'idées acquises, dans le temps qu'il ne croit pas en faire aucun usage, ni en tirer aucun secours; d'autant plus* que M. MolineuA: ajoute, dans la lettre où il me com-

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stant et, pour ainsi dire, dans un clin-d'œil, toutes les parties d'une déttionslration , qui peut fort bien passer pour longue, si nous considérons ' le temps qu'il faut employer pour l'exprimer par des paroles, et pour la faire compreridre pied-à-^ied à une autre personne ? En second lieu • nous ne serons pas si fort surpris que cela ée passe en nôtis, sans- que nous en ayons presque aucune • connaissance , si nous considérëiis combien la facilité que nous acquérons par habitude de faire certaines choses, nous les 'fait Taire fort souvent sans que nous nous en apercevions nous-mêmes. Les habitudes^ sur-tout celles qui commencent de bonne heure,* nous portent enfin à des actions que nous faisons souvent sans y prendre garde. Combien de. fois dans un jour nous arrive-t-il de fermer les paupières , sans nous apercevoir que nous sommes tout-à-feit dans les ténèbres ? Ceux qui se sont fait une habitude de se servir de certains mots hors d'oeuvre (a), si j'ose ainsi

{a) Voici un passage du Menagiana , qui explique fort distinctement ce que j'entends par ces mots hors d œuvre. « Ce n'est pas d'aujburd'hui , nous dît-on dans ce livre , « qu'on Mde mauvaises accoutumances. C'en était une au « président Charreton de dire continuellement sticd, c'est- '< à-dire, ye dis cela. Il n'est pas le premier: Diogène Laërce « remarque j]u*Arcésilaûs disait éternellement mu' tyw , qui

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