‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 3)Chapitre 111 sur 141 · LIVRE II, CHAPITRE X. SOg · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE X. SOg

• dans ce sens qu on peut dire que nos idées sont dans la mémoire, quoique, à proprement pai-ler, elles ne soient nulle part. Tout oe qu'on peut dire là-dessus, c'est que l'amê a la puissance de réveiller ces idées lorsqu'elle veut, et de se les peindre, pour ainsi dire, de nouveau à elle-* même ; ce que quelques-uns font plus aisément et d'autres avec plus de peine, quelques-uns plus vivement et d'autres d'une manière plus faible et plus obscure. C'est par le moyen de cette faculté qu'on peut dire que nous avons dans notre entendement toutes les idées que nous pouvons rappeler dans notre esprit , «et faire redevenir l'objet de nos pensées , sans l'intervention des qualités sensibles qui les ont premièrement excitées dans l'ame. .

V attention y la répétition ^ le plaisir et la douleur ^ servent à fixer les idées dans V esprit.

L'attention et la répétition servent beaucoup à fixer les idées dans la mémoire. Mais

« pressions passées, dans Famé aussi bien que dans le corps, « mais dont on ne s'aperçoit que lorsque la mémoire en « trouve quelque occasion; et si rien ne restait des pensées « passées , aussitôt qu'on . n'y pense plus , il ne serait point « possible d'expliquer comment on en peut garder le sôu- « venir : et recourir pour cela à cette faculté nue , c'est ne « rien dire d'intelligible. »

3io DE l'ektekpjsmënt humain.

le» îdée3 qiû nalureUemeot icmt d'abonl ks pkis pixrfo&deft <H le(i plus durables impressikms , sont celles qui sosit accompagnées de pkiisîr .ou de douleur. Gomaie la fia pruicîpale des sens eoa«* sîfite à nous £ufe co&nakre ce qui iak da bien ou du .mal à notre coxps,. la naturs ^ sagement établi (comme nous l'avcms déjà BMpitfé) que ia douleur accompagnât l'impressian de ositaînes idées : pâme que^ tesojBoA la ^oe du taisoomement dans les en&nts, et agissant dans les hommas &its d'iiae manière bien plm prompte qup le caisonaement, elle dblige les jeunes et les vieux à s'éloignep des objets ncdsibies ^ ^wee toute la pcomptitude qin est nécessaire pour lewr eonsenratioa ; et par le mofea de la mémoÎBe, elle leur inspire de la précaution pour l'avenir.

Lejf idées ieffacerU de la Mémoire.

Ma^ , pour ce qui est de la différence qu il y a dans la durée des idées qui opt été gravées dans la mémoire , nous pouvons remarquer que qpelques-uu^§ de ces idées ont éjté produites dans l'entendenient par nn otijet qui n'a afiiscté les sens qu^une seule fois, et que d*autres s'étant présentées plus d'une fois à l'esprit, ^ooX pas été imK rem»nquées, resprit ne i^ les imprimant

LIV&JB II, CHAPiXAE X. 3l I

pM ptafoudément, soît par noiicbialanoe^coiiime dims île» lofants, s<Mt poitr être oooiiifié à ^aulve dioa^, ccMume ^ans les faoasames faits ^ forte^me&t appUqoés à tto 3eul objet. £t il se trouve qaelqiies personnes ea qui ces idées ont ^é gravées avec soiu^ ^ par des iaipMssions mu^ veal; réitérées; et qui pourtant (0nt ia mémoirc irès-Êâfale, soit en Gooséquence du l2^apéra^ ment de leur ecops , ou par qu^qoe autre dé- Ssmt, Dans tou5 ces cas, les idées qui â'iinpriaihent dans l'atne, s'âffaibUssaat bientôt >^ et souvent a'diafitfit pour toujours de Tentetidentent) çaos laisser aucunes traeee^ non plus que FombiPe que le vol d'un oiseau fait sur la terre; de ^orte qu'elles «^e eont pas plus dans l'esprit , que si 4^$ n'y avaient }amais été.

Ainsi, plusieurs des idées qui ont été produites dans l'esprit des enfants , dès qu'ils ont iCdiitanencé d'avoir des sensations (qudques-uoiies jdesqueUes, comme celles qui consistent en itextains plaisirs et en certaines douleurs, ont peut^ être été e&citées en eax avant leur naissance, et d'attirés pendant leur etafanœ) ; plasieurs , dis-je , de ces idées se perdent entièrement, sans qu^il en r.este le moindre vestige , ei elles ue sont pas KBOUvdées flans la suite de kur nie. C'est ce

312 DE l'eNTÏINDEMENT HUMAIN.

qu'on peut remarquer dan» ceux qui , par quel* que malheur, ont perdu la vue lorsqu'ils étaient fort jeunes : car; comme ils n'ont pas fait grande réflexion sur les couleurs , ces idées n'étant plus renouvelées' dans leur esprit, s'efiacent entière» ment, de i^rte que , quelques années après , il ne leur reste non plus d'idée ou de souvenir des couleurs qu'à des aveugles de naissance. Il y a,' à la vérité, des gens dont la mémoire est •lieureu^e jusqu'au prodige. Cependant il me ^ei|(ible qu'il arrive toujours du déchet dans toutes nos idées, dans celles-là même qui sont gt^avées le [4ub profondément, et dans les esprits qui les conservent le plus long*Cemps < de sort6 que si elles ne sont pas renouvelées quelquefois par le moyen des sens , ou car la réflexion de l'esprit sur cette espèce d'objets qui en a été la première occasion, l'empreinte s'efface , et enfin il n'en reste plus aucune image. ' Ainsi les idées de notre jeunesse , aussi bien que nos enfants , meurent souvent avant nous! En -cela notre esprit ressemble à ces tomJ>eaux dont la matière subsiste encore : on voit l'air^ân et le marbre, mais le temps en a effacé Jes inscriptions , et réduit en poudre tous les caractères. Les images tracées dans notre esprit , sont peinte^ avec des couleurs légères ; si on ne les rafiraichk quelquefois, elles passent et disparaissent

Page 1