‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 3)Chapitre 116 sur 141 · A.P1TRE XL · texte numérisé non relu

A.P1TRE XL

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// ny a point de connaissance sans Discernement,

Une autre faculté que nous pouvons remarquer dans notre esprit, c'est celle de discerner ou distinguer ses différentes idées. Il ne suffit pae que l'esprit ait une perception confuse de * quelque chose en général; s'il n'avait pas, outre cela, une perception distincte de divers objets et de leurs différentes qualités, il ne serait capable que d'une très-petite connaissance^ quand même l'action des corps qui nous environnent serait aussi vive et aussi constante qu'elle l'est présentement, et quoique l'esprit fut coutinuellement ocpupé à penser. C'est de cette faculté , de distinguer une chose d'avec ime autre ,

lilYUE II, GHABITRE XI. 3^3

ipie dépend Tévidence et la ceilitude de plusieurs propositions, de celles-là méms qui sont le plus générales, et qu'on a regardées comme, des vérités innées; parce que les faommts , Q^ eonsidéri^nt pas la véritable cause qui fait recevoir ces propositions avec un consentement universel , Font entièrement attribuée à une im^ pression natur^le et uniforme , quoique dans le fond ce consentement dépende proprement de cette Jacuké que V esprit a de discerner neHsteiH^nt les objets, par où il aperçoit que deux 4dée& sont les mêmes, ou différentes entr^ elles. Maise'esi: de quoi nous parlerons plus au long d^tii^Ja suite. I

Différence entre i^ Esprit et le fugemèhtL

Je ^ exaBdûieral poiot ioi cpi^bieft l'ji^pf rJÇjp-

tiondatis Ja iau^ulté dtà bite dicilingiM^ }$s yj^, f^>e»d de 1^ gnossim^eté ou 4i^ d4faut 4e$ orgiu[iies , ou i* rxoan^e â» pépét^^aU w i d>xeFcke e;: d'a|t4;e9lion du côté de Ji^e»A€;o4€RWt > ffl* il'une ttx^p grandf pr,éciipife3i(^Q» fe^u|?elle 4 «cer-

taras tGtnpèr^mmi^* Jl sufi&t die remarquer quf cette faculté est une deS'X>pé.ii»};iou$ /sur Ip^r ^uctiqs l'aime peut lîéfl^diir , ^t q^'islle .pf ut isfffr server en elle-même^ Elle est, w ir§st^9.fl'iW9P ^fiUe conaéqufitnce par orappprt tk QQ$ ^^tfes çç^f

ai.

naissances, que plus cette faculté est. grossière^ ou mal. employée à marquer la distinction d'une chose d'avec une autre, plus nos notions sont confuses , et plus notre raison ^'égare. Si la vivacité de l'esprit consiste à rappeler prompte* ment et à point nommé les idées qui sont dans la mémoire,- c'est à se les représenter nettement, et à pouvoir les distinguer exactement l'une de l'autre (lorsqu'il y a de la différence entre eUes, quiôiqùe petite qu'elle soit ) , que consiste , pour la -plus gvandé/part, cette justesse et cette netteté de jtigement, en quoi l'on voit qu'un homme excelle ai|f-déssus d'un autre. Et par-4à on pourrait, peut-être, rendre raison de ce qu'on c^ serve communément , que les personnes qui ont le plus. d'esprit, et la mémoire la plus prompte, n'ont pas toujours le jugement le plus net et le plus profond. Car*, au lieu que ce qu'on isippelle esprit , consiste pour l'ordinaire à assembler dés idées, et à joindre promptement, et avec une agréable variété , celles en qui on peut observer l^elque ressemblance ou quelque rapport, pour en faire de belles peihjtures qui divertissent et Irappent agréablement-' Fimaginatian y- au con* traire , le jugemèiit consiste à^ dlslingMr exacte* mirit ùoe idél^^d'avec bhé autrcy si l'bn^ut y trouter lâmoiudre diflféfence, afin d'éviter qu'une similitude , ou^quelque affinité,/ xie pous donne

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le change, en nous faisant prendre une chose pour l'autre. Il faut, pour'cela, faire autre chose que chercher une métaphore et iiiie allusion , en quoi consistent , pour l'ordinaire ,* ces bdles et agréables pensées qui frappent si vivemçnt rimagination , et qui plaisent si ^ fort à tout le monde , parce que leur bëàuf é paraît d'abord , ^t qu'il n'est pas besoin. d'une graiide application d'esprit^ pour examiner ce qu'elles renfej:'ment de vrai ou de raisonnable. L'esprit satisfait de la beauté de la peinture, et de la vhnâcité de rimagiaation , ne songe point, à pénétrer plus ayant Et c'est en effet faire tort, en quekju^ manière, à ces sortes de pensées spirituelles y que de les examiner par les règles sévères de la vérité ie t. ide la saine raison ;: d'oir il parait que ce qu'on nomme ^.f/irif^^ icônsiste en; quelque chose qui n'est pas toAt-à^fait^ d'accord avec la* vérité et là raison. ^ ; ■

Bien distinguer nos i^ées , est ce qui contribue le plus à faire qu'elles soient claires et détermi'' nées ; et si elles ont une- fois ces qualités, nous ne risquerons point de les confondre, ni de tomber dans aucuiïe erreur à leur occasioli , quoique ixô^ sens lious^ les représentent , de la part du même objet, diversement: en différentes

à26 BE z.'BNTïiriiBMrEir't nvumn.

rencontres (comme il utire quelquefois), et qu'ainsi ils semblent* être dUn^ Terreor. Gar^ quoique un homme IrpUve , dans la fièvre , un goût amer an sucre qui, dans nti hntce temps, âu^t excité èa lui Fldée de la doucedr; cepeiidànt ridée de Ytmiêr, dans Fesprit de cet homme, eét une idée aussi distincte de celle du éhux que s'il eût goûté du fiel. Et de ce qlte le même Corps produit par le sens du goût l'idée du doux dans un temps , et celle de Vamet^ dans nik autre temps ^ il n'en arrive pas plus de conlusioii etitre ces deux idées qti'entre lee deisx idées de bùmc et de doux, ou de ù^laMc et de r&nd, que le même morceau de ^cre produit eh «nous dans le même temps. Ainsi ^ les idées de couleur citrine et . d'a:suf y qui sont exdtées dans l'esprit pac ;la. seule infusion du bois qu'on nomme oèmomniéœent lignùm Dfepkrkicum, ne sont pas des idées moins distinctes, que -celtes de ces mêmes couleurs produites par deux différents corps.

De la faculté que nous aidons âe coingàrer nos

Une autre opération de l'esprit à Tégard de ses idéëi9sy d'est la comparwè^ofî qu'il fait déifie idée, avec l'autre par rapport à l'ét^tidue^ ktxx

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4égré^, kn tmapê^ au lieu, ou à qnelqvie aubre dretmstasice; et c'est de là qive dépend ce ^and nombpe d'idées qui sont éomprises sous le nom de j^ekuion. Abk j'aurai oeeasion» dans la suHe d^exatmmcir quelle en est la vaste étendre.

Les 'Bétes ne eômparenî des idées que d'une

manière impaffaite.

H n*est pas aisé de déterminer jusqu'à quel point cette faculté se trouve dans les b)êtes« Je croîs, pour moi, qu'elfes ne la posstèdenl pas dans un fort grand degi^é ; car , quoiqu'il soit probable qu'elles ont plusieurs idées assez distinctes , il itte seittble pourtant quç c'est un privilège particulier de l'entendiémefflÈt humain, lorsqu'il a suffisamment dii^tîngué deu:x itfees, jusqu'à reconnaître qu'elle^ sont parfaitement différentes, et à s'^assorfêr par conséquent que ce sont deux idées; c^est , (Ms-Je , une de ses prérogatives , de voir et d'examiner en quelles circofiistani^es «lies p^uvept être comparas? ensemble. C'est pourquoi je crois que les? bêtes ne comparçnt (a) leurs idées que par rappQÎi: à

{a) « Aux spectacles de Rome, dit Montaigne* sur la foi (*) Lîv. n ; €*»|). XII , tôin. n , p. ik"^o , «tfUîMi 4elji Ha^fï) '7** 7-

aa8 DE L'EBîTEîCDEMElfT UVHAÏV.

quielques circonstance sensibles, attachées aux objets mêmes* Mais pour ce qui est de l'autre

«de Platarque, H se vojoit ordinaireBieiit des éléphants

« dressés à se mouvoir, et danser, au son -de la voix, des (c danses à plusieurs entrelassures , coupures et diverses ca- <t dences t^ès - difficiles à a{^rendre. » Dira-t-on que ces animaux ne comparaient lès idées qu'ils se formaient de tous ces différents moavements que par rapport à quelques circonstances sensibles , comme au son de la voix , qui réglait et déterminait tous leurs pas ? On le veut , j'y souscris. Mais que dire de ces éléphants qu'on a vus , dans le même temps, « qui, comme ajoute Montaigne, en leur privé re~ « mémoroient leur leçon , et s'exerçoyent par soing et par « él;ude pour n'être tancez et battus de leurs maîtres ? » Ëtaient-ils déterminés à répéter leur leçon par des circon* stances sensibles, attachées aux objets mêmes? Nullement; puisque leurs sens ne pouvaient être affectés par aucun objet , comme Pline (*) , qui rapporte le même fait , ans^ ^ien .que Plutarqué , noas l'assure positivement ; Certum «!f^,«iit-il, i//i<//» ( elephantem ) tardions inf^enii in accipten-

f/is quœ trçulehantur^ sœpius castigatum verberibus, eadem illa meditantem nacth repertum. Cet éléphant, d'un esprif mbkis'vif que» les autres \ répétait sa leçon durant la nuit , foi;t éloigné , par conséquent , de cpmparer ses idées , par rapport à des circonstances sensibles , attachées à quelque objet extérieur. « Nous devons conclure de pareils éBets, 't pareilles facultés, et de plus riches effets, des fecultés plus .«riches, et ^jpnfpsser, par cionséquen^, que ce mcme/lis> « cours, cette même voie que nous tenons à œuvrer, aussi « la tiennent les animaux, ou quelque autre meilleure {^*). » Il me souvient à ce propos, qu'en conversant un jour avec

(*) PUn. Hiat. nat. liv. VIII , ch. III.

y) Ecsaia de.MoHti»'gne , liv. II , ch. XII , p. 55 , t. III.

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