‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 3)Chapitre 117 sur 141 · LIVRE II, GHAPITRB XI · texte numérisé non relu

LIVRE II, GHAPITRB XI

puissance de comparer, qu'on peut observer dans les hommes , qui est relative aux idées géné](*ales. et ne sert que pour les raisonnements abstraits ^ nous pouvons conjecturer probablement qu'elle ne se rencontre pas dans les bétes.

Autre faculté qui consiste à composer des idées.

Une autre opération que nous pouvons remarquer dans l'esprit de l'homme par rapport à ses idées, c'est la composition par laquelle l'es- «^

prit joint ensemble plusieurs idées simples, qu'il a reçues par le moyen de la sensation et de la réflexion , pour en faire des idées complexes.

M. JLocke, le discours venant à tomber sur les idées innées, je lui fis cette objection: Que penser de certains petits oiseaux, du chardonneret, par «.exemple, qui, éclos dans on nid que le père du la mère lui ont fait , s'envole enfin daiis les chaiftps pour y chercher sa nourriture, sans que le père ou la mère prenne aucun soin de lui, et qui, l'année suivante, sait fort bien trouver et démêler tous les matériaux dont* il a besoin pour se bâtir un nid , qui , par. son industrie, s«: trouve fait et agencé avec autant ou plus d'art que celui, où il est éclos lui-mexpe? D'où lui, sont venues les idées de ces différents matériaux, et de l'art d'en construire ce nid ? M. Locke me répondit brusquement : « Je n'ai, pas écrit mon livre pour expliquer les « actions 4Ïe& bêtes. »

33o DE L'E^TBÏTDElttfeHt" riÛMAîW.

On peut l»aïipoîtet à celte foctrfêé de ccxttposer des idées, celle de les étendre; es!t ^iieiqiïe d^s cette demiét*e épérB^iùn la composition ne paraisse pas tant , que dans faSsetoWage de plusieurs idées complexes , c'iest pôtirtàttt joindre plusieurs idées ensemble, mais qui sont de la même espèce. Ainsi, en ajoutant plusieurs unités ensemble , nous nous formons l'idée d'une douzaine; et en joignant ensemble des idées répétées de plu3ieurs toises ^ ^ous npus formons l'idée d'un stade>

Zes Bêtes f&nî peu de compositions d idées.

Je suppose encore que dans ce point le^ bêtes sont inférieures aux hommes; car, quoiqu'elles reçoivent et retiennent ensemble plusieurs combinaisons d'idées simples , comme lorsqu'un chien regarde son maître , dont la fi^re, l'odeur et la voîk forment /^eui^/^ ugie idée eoinfilexe dans le chien , ou *5ont , pour mieux dire, autant de marques distinctes auxquçlle$ U le reconnaît , cependant je ne crois pas que jamais les bétes les assembleat d'ellesmêmes, pour en faire des idées complexés. Et peut-être que dans les occasions où nous pensons que les bêtes ont des idécss complexes « il n'y a qu'une seule idée qui les^ dirige vers la

cë^MlësàHcè de f^ltfstéttk^ thoéei qu'elles distm-^ guent beaucoup moins par la vue, que nous ne (Toyons. Gar^ j'ai appris de gens dignes de foi, qu'une ehienûe nouttfirâ de petits iretiârds, badinera avec eux , et aura pour eux la TOeme passion que pour ses petits^ si l'on peut faire en sorte que les iteiiardeauit la tètent tout autant (Jû'il faut pour que son lait se répande par tout leur corps. Et il ne paraît pas que les anin^ux qui ont quantité àd petits à la fois , aient au^ cune connaissance de leut nombre; car quoiqu'ils s'intéressent beaucoup pour un de leurs petits qu'on leur enlève en leur présence, ou lorsqu'ils viennent à l^entendre , cependant si on leur en dérobe un ou deux en leur absence, o\i sans faire de bj'uit (a) , ils ne semblent pas

(â) ie tke sais ai ^<m ^«H ^ire cela de ta tigresse qui a tenjottt-s bon nombre de petits : car, s'il ut Ave qu'ils sm^mt ^erés en soh âlb^iehêe, elle ne etfêse de courir cà et ià qtt^elle ti'^t déebttvètt ùtt ils diirtvent éti*e. 1k ciiasseur qt(i, mmté à ehcrv«l, is'eiffoit à <tbiite htide après le^ avoir eslervés, ^n 'lâche un À Ta^pi^^he «le k tigrésse dont H etitebd le lï>é«mseftl«tit. Elle ^'eti saisit, le porte "dalis M tanière > et vétoortiaât ausdffôt ^vec {(lus de rapîcKté, elle ek rcrpx^d un ^tre ipC^n 4ftdîe ^eAoo^e snr soii chemui; et tott)ouk^ de «néiiié , lae oes^àiit . de i^eveilir «ijh* ses pas jusqu'à œ i^ue le chasseur , qui court totrj'ovups à haiée abattue, se soit jeté dans un bateau qu'il éloigne du rivage, où kl tigresae paraît WeuMt pldtne de rage xle ne

33^^ D£ l'entendement humain.

s'en mettre fort en. peine, ou même js'aperce-

«»»»»^«^T»^ , ^»— i*— — ^^) Il I y .i^i»y^»^^^^^ f I » — — ^w^— .«p^-^— »» 1 ■ I I »

pouvoir lui aller^^ôter lès'pftité qu'|l emporte avec loi. Tout cela uous est attesté par Pline., dont voici les propres paroles : Totus tigridis fœtus qui semper numerosus est, ab insidiante rapitur equo quàm maxime pemici^ atque in receiUes suhinde transfûrtur, At' ubi vacuum cubile reperit fœta (maribus enim cura noïf, ipst sobolisj fe'xtur prœctpÉ , odore vesti^ans, Raptor, . appropinquante frémit u , abjicit unum € catulis» Tollit illa morsu, et pondère etiam ocyor acta remeaty iterumque consequitur^ ac subinde^ donec in navem régressa itrita feritas sœvkin^Uttore. ISSst* natûr. Ub. y 1)1, cap. i8. A juger sincèrement et sans prétention de la tigresse , par tout ce qu'elle fait en cette occasion , il me semble qu'il est ti*ès-probable qu'elle s'aperçoit que le nombre de «es petits a été diminué; Quant à la faculté de calculer, on ne peut nier que certaines bétes ne la pQSsèdent jusqu'à up certain degré, témoin les bœufe de.Sujse^ dont parle Plutarque, lesquels comptaient jusqu'à cent. Si^ ce fait, atteste par un si judicieux écrivain, voici deux réflexions de Montaigne , que bien des gens* seront bien aises de rencontrer ici : <" Nous sommes en l'adolescence , « dit-il C*^), avant que nous sachions compter jusques à cent, « et venons de découvrir des nations qui n'ont aucune con- « noissance des nombres. » Ces boefafs faisaient précisément cent tours pour faire aller certaines roues à puiser de l'eau, dont on arrosât les jardins du rpi, sai|^ qu'il, fût possible de les faire avancer un pas de plus. De quel moyen se servaient-ils pour compter si juste jusqu'à cent? Je n'en sais rien ; et si je ne me trompe , nos plus fameux algébristm» les Bei;;iQumi, les de Poivre, ne pouixaienr jamais trouver ce moyen-:là, ou du moins être assurés, de l'avoir trouvé.... Que penser enfin de la tortjie de mer, qui après

{*) Lîv. n , chap. XII , p. 67 , tom. \il , «cUi. ii« 173^;

LIVKE ÏI, CHAPITRE XI. 333

voir que le nombre' en ait ëté diiàinué(5^).

Lorsque les enfants ont acquis, par dfes sensations réitérées , des idées qui se sont imprimées dans leur mémoire , ils commencent à apprendre par degrés l'usage des signes. Et. quand ils ont plié les organes de la parole, à former des sons articulés, ils commencent à se servir de 'mots pour faire comprendre leurs idées aux autres. Et ces signés nominaux ^ ils les apprennent ^Quelquefois des autres hommes, et quelquefois

^Ypir ppndu ses œufs sur le rivage, le^ eDfpiut, da^s te sable, où la chaleur du soleil les fait éclore dans quarante joui^s. Ce terme échu ', la tortue se rend au lieu où die avait mis ses œilfs, pour emriiener ses petits dans la mer. A^t-elle compté les giiarante jourç? Elie^n Tass^ positivement (*) , mais un de ses commentateurs soutient que la tortue n'est déterminée à cela que (**) par instinct, grand mot qui né signifie rien, ou d^it ngnifier une direction sûre y constante, infaillible. A\ ' { .'^

(57)^«c Quanjt à la tmultUude: précise, les homp^s qiéo]^ A ne sauraient connaître le9 nombres des choses que par « quelque adresse , comme en se servant des nioins nume- « raux' ■' Jjbur compter,' ou des dispositîbnrs en iigtire, qui ^( fasBent connaître '. d^abord , . satesn. compter , .s'it matoque «f quel^ae chos^. •» -.*... , .

(*) VarîîBHÎ8t.Ul):i,c.é. ' • ' ' • .

' (**) ImtinctaB ikitoraef (Sthefféru») , p. ©. ..';..'.» j ( .

3^ DE ]:«'E]fT¥2ffiBM£KT 9iJ]Pl4iir.

U» lep iovea^^t eux-mépu^s, c^mme chaciw peut le voir par ces noms nouveaux et inusités que les enfants donnent souvent aux choses lorsqu'ils coiximenoeut à parler.

Ce que d'est qu Abstrattion:

Or, <:oiiiine ou n^e9i(]flpie les mot$ quç ppw* être des sign^$ ejctérjeu^ des idé^s qw ^n% dap^ l'espiiit^ et que ç^^ \Aé^% sp^t pris^^ de cbo^s particulières , si ch^^fMe id^e psgrtiçuUièr^ que nous recevons devait être marquée -par un terme distinct , le nombre des mots serait infini. Pour prévenir cet inconvénient , Tesprit rend

gépéraLes ^es idées partioaUèrç» q!i'il a yeçuçs par l'entremise des objets partieuUi^rs , ce qu'il fait eti considérant ces idées comme des appa^ rençès séparées de toute autre chose , et de tomes l^s .cii?cpast»aces <^i £oq( j^'eUes r^ri^ sentent des êtres particuiieps actueUenent eiiir tm^', ctifcithe sottt Ife- te«ips , le = lieu et autres idëes concornittanes. Cest ce qu'on appelle abs-

tracUç^f pa^ pu )j^ idéç^ tffées de iftu^que étrç p^vtBfluliw , difisi6Bafit> généifaks ^ nefHaésetfSent tous les êtres de la même espèce,' de sorte que les noms généraux qu'on j[eur àoiwe pe^yjçnt être appliqués à liput i^er i{^i ., tdao» V^ ê^es

;^ptui^))emeiait ei^ist^ts,, confient à oes i4^e$ aba*^ tx^^itQS. Çç& idées âû[hples ^ préci^s qpe l'et^prit s^e rep^é&e^tç sajQ$ cqi^sidé^er coix^aeiat, d'où et avec quelles autces idées elles Iw SQut yqfiu^, l'cntendeiDent les met à part , avec les ^o^ls qu'on leur dpjwe çoBupuaément, Qonn^e aut^pt 4jç modèles , auxquels ou puisse rîypporter les elres r^els spus différente^ espèces , s?Iq^ qu'ils i^respçwdent àp^ exeïpplwes, i^piç^ i^iésiguaut ^m^y^ ç^la pa^ diÉfér^nts uonjpf, Ainsi^ pe^^W*^ fm^^t ^uj^i;M?d'hui ^; dans de la <;fvw^. om tjajjs Jîi fleigfi«,la.îpeïpe couleuB que le , ;^}t e?îçit^ ,J^ier 4^,flHQi^ s^pril, j^ C9^|iisidère.pet);ç^dé« u^ique^ je la regarde comme une représeiMalmo de (ti^Ut^ts les autres de cette espèce, et lui ayant donné le nom- de blancheur^ j 'exprime par ce son, la T^çfpe^qH^liféç^Uiquelqfle w^roit qpe je puisse ^î$viAglmrfWth r/^uço»tPe? ; ^t ç'^ ain^ qp^ %ç.formeut les.idç^ iipiyer^les^et les termes ^'qu emploie ; ppur les désigner, ^ .

Les ]^êt0*MeJ^Qr(i[^nt^jomt ^'a^t^astion*. ,

./Si l'on « ^ul; (i^QMter^ qua^ les . h^m» ecEmpasenl: W «6W*i(léfnt'ïëi»fe«4^ , k tîiù

certain dëgrel^'jê crois être èn'^rôit à*amriner que la puissance de former des ^bi$|tç^tiims Biii^

leur a pas été donnée , et que cette faculté de ' former des idées générales est ce qui met une

^ parfaite distinction entre l'homme et les brutes ,

e»;ellente qualité qu'elles ne sauraient acquérir en aucune manière par le secours de leurs facultés (5o); Car il est évident que nous n'observons dans les bétes aucunes preuves qui nous puissent faire connaître qu'elles se servent de signes généraux pour désigner des idées ufii- ^erselles; et puisqu'elles n'ont poin^ Tnsagedes mots ni d^aucuns autres signes généraux, nous avons raison de penser qu'elles n'ont point la faculté de faire des abstractions, ou de former des idées générales.

s II-

Or , on ne saurait dire , que c'est faute d'organes propres à former des soiis articulés qu'elles ne font aucun usage , ou n'ont aucune connaissance des mots généraux , puisque nous en voyons plusieurs qui peuvent fotifikeT de tels

(58) « Je suis* du même '^sentiment. Elles connaissent « apparemment la blancheur et la remarquent dans la craie «comme 'dans la'Béige; maié ce n'ebt pas encore abstrac- /(.tioi^: car; elle deo^fi^de. une cbnisidératiDn du commun « séparé du particulier ; et par conséquent il y entre la «( connaissance ' des vérités^ universelles ,' qui n'est point Vdonnééaiâac bétes. » ' •

LiVRX. Il, CHAPITil^ XI. 337

Sons, et prononcer des paroles asse^ tdi^incte-^ ment, mais qui nen font jamais une p^eille^ application. D'autre part, les hommes qui, par quelque défaut dans les organes, soft^ privés' de: l'usage de la parole, ne laissent pourtant pas d'exprimer leurs idées universelles par des signes qui leur tiennent lieu des termes généraux : fa* cuilté que nous ne découvrons ipoiiit dans ; les betes. Nous pouvons donc si^|}Q3ei^, et mito avis, que c'est en cela que les bêtes diff^preM • de^ Vhomn^. C'est ;là,dis-je, la différence cai'aotéris^i tique par laquelle ces deux sortes de cré^tlir^s SQat entiéa^emeiit séparées , et qui met enfin une. si vaste distance eatreelles; car si leÀ bétes €int quelques idées, et, ne sont pas de : pures mar* chines, comme quelques-uns le prétendent ^ nou^ ne saurions nier qu'elles n'ate^Mt 4e:.^a; raiât^aç: dans un certain degré. Et pourjpacHvi^^^îpamlt au^si évident qu'il y en a quelques-unes qui rai^ sonnent en certaines rencontres ^^ qu'il tne parait quelles ont du sentiment; ;mais c'est; seulement sur des idées particulières qu'elles naiàomœnt selon que leurs aens . les leur présentent (59)^

(S9) « Les bétes passent ^'une imaginadon^ à une autre « par la liaison qu'elles y ont sentie autrefois.... On^our- «taflt appeler 'celà conséquence et raisonnemeni dans un « sens fort étendu : mais j'aime tnieux me cûétorïAW à

338 DE i:,!KirTEj«i>EMj:iïT' suitAiir.

LQ9.p!wpati|pâtea' d'entre elles aont renfermées dâna Q^f étnoites ÏMMrnea n'ayant point , à ce que je.^roiA^} la iibeuUié de les étendre par aucune ssirte >d!al^stffactioni

, . Défaut des Imbécilles.

^^6i<Fon é«»»ftrtait"^tec soin les divers égare-* inênts é^^ iml^ttleâ, on déoouvtûraît sans doute j«i!9qA^>'tfâiit) jiôtnd leur in^bécîlUté procède dp \'^hà0no^'4^ti' àe la feîbles^e de quelqu'une des facultés doth fiJô^a^ venons de parler /ou de qes dMi^^'Obosès^^ ensemble. Cscf ceux qui n'apet^ ^oiveiit qu-'avee peine, qui ne- retiennent qu'impâtfeitemeptit les> idées qui leur vi^ennent ,daii^ Fesprltî,>eb.qiiin|e sauraient; les rappeler otit as-> sesûkleF^^rdm^Uenent, tiosifi que brès^peu de pensée^. Ceuk qui ne peuvent dîstîxigiiier , comparer et abstraire 1 des idées, ne saoràient ét«e fart capables^ de comprendre lei èbosets-, de faire ilsage dise termes:^ ou de joger 6t de raisonner passablement bieip. Leurs raisonnements, <}ili sofit rareà et ti^s4mparîkits,«e Hkmlentque siiÉ

«.Fy^a^ roçiify. e<(<«o^|iciraiit,^e» mots jk rbon^ipe» «t en «J^ rattreigfiMt.À.la ofmnaû^QCf^ ik <{|i^|io raison. ^if «ila.UaUon 4ie^. fK)l;caplM)n«^, que ]«s son^ti^Mi^-^^le» pe « sfturaiéht doimeftif.i »

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