LIVRE II, CHAPITRE XIII
vide , il me semble que le laouvemeDt des corps que nous voyons, et dont nous sommes envi^ronnés, en démontre clairement l'existence. Car je voudrais bien que quelqu'un essayât de diviser un corps solide.de telle dimension qu'il voudrait , en sorte qu'il fît que ces parties. solides pusseï^ se mouvoir librement ^n haut , en bas, et de tous côtés dans les bornes de la superficie de ce corps, quoique dans l'étendue de cette superficie il n'y eût point d'espace vide aussi grand que la moindre partie dans laquelle il a divisé ce corps : solide. Que si lorsque la moindre partie du corps divisé est aussi grosse qu'un grain de semence de moutarde, il faut qu'il y ait un espace vide qui soit égal à la grosseur d'un grain de moutarde, pour faire que les parties de ce corps aient de la place pour se mouvoir librement dans les bornes de sa superficie; il faut aussi que , lorsque les parties de la matière sont cent millions de fois plus petites qu'un grain de moutarde, il y ait un espace vide de matière solide , qui soit aussi grand qu'une partie de moutarde, cent millions de fois plus petite qu'un grain de cette semence (74)- Et si ce vide pro-
(74) « Il est vrai que si le monde était plein de corpus- « cules , qui ne pourraient ni se fléchir ni se diviser , comme « Ton dépeint les atomes , il serait impossible qu'il y eût du
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3M DE l'entendement huhain.
portioanel est nécessaire dans le premier cas 9 il doit rétre dans le second, et ainsi à l'infini. Or, que cet espace vide soit si petit qu'on voudra,, cela suffît pour détruire l'hypothèse qui établit que tout est plein. Car , s'il peut y avoir un espace vide de corps , égal à la plus petite partie distincte de matière qui existe présente*^ ment dans le monde, c'est toujours un espace vide de corps , et qui met une aussi grande différence entre l'espace pur et le corps, que si c'était un vide immense [tiya x^V^- ^^^ conséquent, si nous supposons que l'espace vidé, qitt est nécessaire pour le mouvement , n'est pas égal à la plus petite partie de la matière solide ^ actuellement divisée, mais à vr ou à —-^^ de cette partie, il s'ensuivra toujours également qu'il y a de l'espace sans matière.
Les idées de F Espace et du Corps sont distinctes
Vune de t autre.
Mais comme ici la question est de savoir, si Tidée de l'espace ou de l'étendue est la même que
« mouvement; mais , dans la vérité , il n*y a point de dureté *< originale : au contraire , la fluidité est originale , et les * corps se divisent selon le besoin , puisqu'il n'y a ri«i qui « Tempéche. C'est ce qui ôte tout^ la force de l'argument » tiré du mouvement pour le vide. »
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celle du corps , il n'est pas nécessaire de prouver l'existence réelle du vide , mais seulement de montrer qu'on peut avoir l'idée d'un espace sabs corps. Or, je dis qu'il est évident que les hommes ont cette idée, puisqu'ils chercbent et disputent, s'il y a du vide ou non. Car, s^ils n'avaient pas l'idée d'un espace sans corps, ils ne pourraieift pas mettre en question si <;et espace existe ; et si l'idée qu'ils ont du corps n'enferme pas en soi quelque chose de plus que l'idée simple de l'espace , ils ne peuvent plus douter que tout le monde ne soit parfaitement plein. Et en ce ^cas4à, il serait aussi absurde de demander s'il y aurait un espace sans corps , que de demander s'il y aurait un espace sans espace , du un corps sans corps ; puisque ce ne seraient que différents noiïis d'une même idée.
De ce que Vétendue est inséparable du corps il ne s'ensuit pas que ^Espace et le Corps soient une seule et même clwse.
Il est vrai que l'idée de • l'étendue est si inséparablement jointe à toutes les qualités visibles, et à la plupart des qualités tactiles, que nous ne pouvons voir aucun objet extérieur, ni en toucher fort peu , sans recevoir en même temps
quelque impression de l'étendue. Or , parce que l'étendue se mêle si constamnfient avec d'autyes idées, je conjecture que c'est ce qui a donné occasion à certaines gens de décider qne toute l'essence du corps consiste dans l'étendue. Ce n'est pas une chose fort éjionnante , puisque quelques-uns se sont si fort rempli l'esprit de l'idée de l'étendue par le moyen de la vue et de rattouchèment ( les plus occupés de tous les sens), qu'ils ne sauraient donner de l'existence à ce qui n'a point d'étendue , cette idée ayant , pour ainsi dire , rempli toute la capacité de leur ame. Je ne prétends pas disputer présentement •«outre ces personnes , qui renferment la mesure et la possibilité de tous les êtres dans les bornes étroites de leur imagination grossière : mais comme je n'ai affaire ici qu'à ceux qui concluent que l'essence du corps consiste dans l'étendue, parce qu'ils ne sauraient, disent- ils, imaginer aucune qualité sensible de quelque corps que ce soit sans étendue ; je les prie de considérer (a)
(a) Lorsque je \ins à traduire cet endroit de \Essai concernant V entendement humain^ je m'aperçus de la méprise de M. Locke , et je Ton avertis : mais il me fut impossible de le faire convenir que le sentiment qu'il attribuait aux cartésiens, était directement opposé à celui qu'ils ont soutenu, et prouvé avec la dernière. évidence, et qu'il avait adopté lui-même dans cet ouvrage. Quelque tempt