X,ITE£ I, CHAPITRE I. ^J
lières, les place dans sa mémoire, et leur donne des noms. Ensuite ^ il viedt à se représenter d'autres idées , qu'il abstrait de celles-là, et il ap: prend l'usage des noms généraux. De cette manière l'écrit prépare des matériaux d'idées et de paroles, sur lesquels il exerce sa faculté de raisonner ; et l'usage de la raison devient , chaque jour, plus sensible, ^ mesure que ces matériaux, sur lesquels elle s'exerce, augmentent- Mais quoique l'acqu^isition des idées générales , l'usage des noms généraux qui les représentent, et l'usage de la raison croissent, pour ainsi dire, ordinairement ensemble, je ne vois pourtant pas que cela prouve en aucune manière quç ces idées soient innées. J'avoue qu'il y a cerr taines vérités dont la connaissance est d/afis l'esprit de fort bonne heure ; mais c'est d'une manière qui fait^ voir que ces vérités ne sont point innées. En effet, si nous y prenons, garde , nous . trouverons que ces sortes de vérités, âqi^t composées d'idées qui ne sont nullement inaégBj mais acqui3es; car les premières idées, qui^ f)Cr cupeut l'esprit des eùfants , ce sont exiles qui leur viennent par l'impression des choses extérieures, et qui font de plus firéquentes. impressions sur leiurs sens (6). C'est sur ces idées, :îK^'
(6) <t Lc^ idées qui viennent (les sens sont confuses, et k^
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quises de cette manière, que l'esprit vient à juger du rapport ou de la- différence qu'il y a entre les unes et les autres; et cela apparemnient, dès qu'il vient à faire i\jagé de la mémoire, et qu'il est capable de recevoir et de retenir diverses idées distinctes. Maiis que cela se fasse aAôts ou non, il est certain , du moins , que les enfants forment ces sortes dé jugements longtemps aVant qu'ils aient appris à parler , et qu'ils soient parvenus à ce que nous appelons l'âge de raison. Car avant qu'un enfant ^^âche parler, il connaît aussi ciertainement la xlifférence qu'il y à entre les idées du doux et de l'amer, c'est-àdine , que le doux n'est pas l'amer , qu'il sait dans la ^uite, quand il vient à pfarler, que l'abéihfhe et les dragées ne sont pas la iHéme chose.
"Un enfant ne vient à connaître qufe trois et ^îMtre sont égaux à sept, que lorsqu'il est' capàblé dfe compter jusqu'à sept ^ qu'il a acquis l'idée ide ce qu'on nomme égalité, lét qu'il sait Ëdmmèiit on la nomme. Du reste,* quand il en
<tWerit'és qîii en dépendent le sont aussi , au moins en partie; «ail lieu que les idées intellectuelkis , et lei'-vénlés cpiieh « dépendent, sont distinctes, etni les unes ni les autres n'ont « point leur origine des sens; quoi^'il soit yr^ii que nous n'y (I penserions jamais sans les sens. »
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est venu là, dès qu'on lui dit q^e (rpis et^fit^tff sont égaux €l sept y il n'a pas plutôt complais le sens de jççs paroles, qu'il donne SQn çonsenter ment à cette, jp»roposition, ou, poi>r ipieux dirp, qu'il en aperçoit la vérité. M^is ^'il y fiçquie$ce si facileinent alors , ce n'est pçôiji^ ii cause qijie ce^t une véçité innée. Et s*il avait différé iusqu'à ce temps-là à y donner 3pn ,çonçeiitement , ce n'ét^fit pas non plus à caijse q^'il^ ??:'?^^iî ppii^t encore l'usage de )a raison;, maip plutôt .^
reçoit cette proposition, parce , qu/^ij^ ^^'^efjpjin^H la vérité renfermée dans ce^ p^.oji^^s ,. frpis^ef quatre sont e^aux àsej^t^ dès qj\'/j^. à ^^^ l'esprit les idées claires çt distinç|gî^ ijjj'^11^ .^fgPf: fient. Par conséquent^ il conna^t^ |^ yérité dg cette proposition sur les jQ^é^e^ |çp^deflaents fj de la mepe mani^rp qu'^l . ^^^4f^^^
(jue la verge et une cerise n^AfiJiM^ Ifl Wm^ chose: ef c'est epcore ?^ijr les^^êm^^ qu'il pçu^ yepip à ,cçp;i^^kre,f4^p^'|a ^jfit^î, qif:ff ^st impossi^J^^:qu\^^^^ £?ifPm
amplement aitleurs. P^ ,s(>^jç, qi^e, pfe ^
vient à.connsdtre les idées générales dont ces maximes sont composées, ou à savoir la signification des tennes généraux dont on se sert pour les exprimer, qu à rassembler dans son esprit les idées que ces termes représentent; plus
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tard aussi on donne son consentement à ces maximes, dont les termes, aussi-bien que les idées qu'ils représentent , n'étant pas plus innés que ceux de chat ou de belette , il faut attendre que le temps et les réflexions que nous pouvons faire sur ce qui se passe devant nos yeux , nous en donnent la connaissance ; et c'est alors qu'on sera capable de connaître la vérité de ces maximes, dès la première occasion qu'on aura de joindre ces idées dans son esprit/ et de .remarquer si elles conviennent ou ne conviennent point ensemble , selon qu'elles sont exprimées dans ces propositions. D'où il s'ensuit qu'un homme sait que àix^huit et dix-neufsont trente -ieptj avec la même évidence qu'il sait qu'an et deux sont égaux à trois ; mais qu'ion enfant' ne connaît pourtant pas là première proposition sitôt que la seconde : ce qui ne vient pas de ce que l'usage de la raison lui' manqué;' mai^ de Ce qu'il n*a pas sitôt formé les idées signifiées par les mots rfr,r-Att//, dix-neuf et trënié-sêpi y que céfles qui s^nt exprimées
par les mots un y deux et trois.