‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 3)Chapitre 30 sur 141 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

moi une chose a,us$i difficile à entendre , que d« concevoir qu'un homme connaisse et ignore une certaine vérité dans le même temps. Mais, cela posé , les principes qu'ifs ' nomment innés, ne sauraient être innés de leijir propre aveu, puisqu'ils ne sont pas reçus de ceux qui n'entendent pas les termes qui servent à les exprimer, ni par une grande partie de ' ceux qui ^ bien qu'il les entendent, n^ont jamais ouï parler de ces propositions, et n'y ont jamais songé : ce * qui, je f>ense, comprend pour le moins la moitié du genre humain. Mais , quand même le nombre de ceux qui ne connaissent point ces sortes de propositionjs , serait beaucoup moindre , quand il n'y aurait que les enfants qui les ignorassent , cela sufBrait pour détruire ce consentement universel dont on parle , et pour faire voir , par ' conséquent , que - ces propositions ne sont nullement innées^

Slies ne sont pas connues avant toute autre

chose.

Mais, afin qu'on ne m'accuse pas de fonder des raisonneynents sur les pensées des enfants , qui nous sqpt incoanues, et de tirer des conclusions de ce qui se passe dans leur entendement^ avant qu'ils fassent connaître eux-mêmes ce

58 JD£ L*£irT£NDEM£irT HUMAIK.

qui s'y passa effectivement , j'ajouterai que les deux (a) pr#positioafl> générales, dont nous avons parlé ci-dessus, ne sont point des vérités qui se trouvent les premières dans Tesprit des eu«o fants , et qu'elles ne précèdent point toutes les notions acquises , et qui viennent de dehors ; ce qui devrait être , si elles étaient innées. De savoir si l'on peut, ou si l'on ne peut point déterminer le temps auquel, les enfants .comment* «cent k penser , c'est de quoi il ne s'agit pas présentement ; mais il est certain qu'il ^^ a un temps auquel les enfants commencent à penser : leurs discours et lisurs actipns nous ea assurent incontestablement. Or, si les enfants sont capa^ hles de penser, d'acquérir des connaissances » et de donner leur consentement à différentes vérités , peut-on supposer raisonnablement qu'ils puissent ignorer les notions que la nature a gravées dans leur esprit, si ces notions y sont effectivemeril empreintes? Peut-^on if imaginer, avçc quelque apparence de raison, qu'ils re-^ çoivent des impressions de» choses extérieures , et qu'en inéme temps ils méconnaisseï^ ces caractères que la nature elle-^méme a .pris soin

(a)*Il est impossible qu'une chose soi^et S^ soit' pas en Ime temps; et Ce qui est la même chose n'est pas dif- '

Page 1