LIVRE I, CHAPITRE II. 'JJ
chez eux. Car où est cetle vérité de pratique qm soit universellement reçue sans aucune difficulté j comme elle doit l'être si elle est innée ? La justice et l'observation des contrats est le point sur lequel la plupart des hommes semblent s'accorder entre eux. C'est un principe qui est reçu, k ce-qu'on croit, dans. les*cavernes même des brigands et parmi les sociétés*' des plus grands scélérats ; de sorte que ceux qui ont le plus dépouillé le caractère d,'hpmmes, sont fidèles les uns aux autres et «^servent entre eux les règles de la justice. Je conviens que les bandits en usent ainsi les uns à l'égard des autres; mais c'est sans coiiSidéra* les rè^^ d& justice, qu'ils observent entre eux,* comme des principes innés, et comme des lois que la nature ait gravées dans leur ame.'Ils les oblervent seulement comme des règles de convenance dont la pratique est. absolument nécessaire pour conserver leur socfété : car il est impossible de concevoir qu'un homme regarde .la justice comme un ]Hincipe de pratique, si, dans Iç même temps quHl en observe les règles avec ses. compagnons voleurs /je grand chemin , il dépouille ou tue le premier homme qu'il rencontre. La justice et la vérité sont les liens communs de toute société : c'est pourquoi les bandits et les voleurs, qui ont rompu avec tout, le reste des hommes ^
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sont obligés d'aToJ!r de la fidélité et de garder f^uelqiies règles de jwtice entre eux, satis q«oi ils ne pourraient pas vivre ensemble (lo). M^. qui osj^ait conclure de là qàe ces gens, qui ne vivent que de fraude et de rapine, ont des principes de vérité et de justice, gravés natUrellemeiit dans Tame ^ auxquels ils donnent leur /qpnsentement ?
Qn objecte que les hommes démentent par leurs actions ce qu'ih croient dans leur ame. Réponse jà cette objection.
,' On dira peut-être, que la conduite des brigands est Contraire à leurs lumières , et q^^ils àpproùi^e^t'^a^itement dans leur amê ce quHls démentené^par leurs actions* Je réponds premiè-
. (i^Jk Qfx^e sàiii^aitTién dire de inièu:^ à régajxl de tons» « les h:ompg|es en g'é^éral. Et c'est ainsi qiie\ces lois sOot « gravées dans 1 aiwie :».^av6ir comme les . conséquences de « notre cohsçrtatîon 'et de n<^$ Vrais Biens.... Cépi^datit « :ceiix qui ne fdndl^nt la justice que sur 4es uécéssilés' d(^ « cette, vie et sur lehcsûin qji'ils e^ ont, pfauot que>^Hr-lQ « plaisir qu*ils y devraient peendre, qui est des'jpfùs grands « lorsque Dieu en est le ffondc^ent, ceux-là sont un peu « éirjeu à ressembler à la société de^ baÎQ(Bts :
Sît spes fallendi,iDiscebunt saora profaiiis.
Qoit. fipisf . ij i6, 54,
LITRE I, CHAPITRE J:ïi ', 73
rement que j'avais toujours crg;^u!on*ne pouvait mieux connaître les pensées 'tieà hommes que par leurs actipns. Mais , enfÎQ ^ puisqu'il est évident par la pratiquç dé la plujpart des hommes, et par la profession ouverte de quelques-uns d'entre eux, qu'ils ont riiis en question ou même nié là vérité de ces principes , il est impossible de soutenir qu'ils soient ' reçus d'un consentement universel , saps quoi Pou ne saurait condure qu'ils soient innés ; et d'ailleurs , îl n'y a que des hommes faits qui donnent leur consentement à ces sortes de principes. En second lieu , c'est une chose bien étrange et tout - àfait conti^ire à la raison, (te supposer, que des principes de pratique, qui ^ç, terminent à de pures spéculations, soient innés. Si la nature a pcis la peine de graver dana^notre amedes piincipps de. pratique', c'est, sans doiïte, afin cju'ils soient mis ^ en œuvre ; et par conséquent ils doivent .produire des actions qui leur soient con-;* formel '^t non pas un simple consentement qui les fasse recevoir comme véritables. Autremeftt , c'est en vaiji**'qu'op les distingue des nuÀimes de ]|mré: spé^ation. J'srvoue que la nature, a ittis^ dans toils les hommes , l'envie d'êtr€' \&èçfl^ux , et une fprte aversion ^pour h misère. Ce sont là des principes de ptatiquè, véritablement innés, et qui, selon fa destination
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de tout prifaclpe 4^ pratique, ont une influence continuelle sur toutes nos actiotis. On peut d'ailleurs les remarquer dans toutes sortes de personnes, de quelque âge. qu'elles soient, en qui ils paraissent constamment et sans discontinuation : mais Ce sont là des inclinations de notre ame vers le bien , et non pas des împressions de quelque ^vérité qui soit gravée dans notre entendement, Je conviens qu'il y a dans Famé des hommes certains penchants qui j sont imprimés nalurellenient ,' et qu'en conséquence des premières impressions qliie les hommes reçoivent par le moyen dfes sens, il se trouve certaines choses qui leur plaisent ^ et d'autres qui leur sont désagréables , certaines choses pour lesquelles ils ont du penchant , et d'autres dont ils ^'éloignent et qiç'ils ont en aversion; mais celia ne sert de rien pour prouver qu'il y a dans Tame des caractères innés , qui doivent être leS principes de connaissance qui règlent ajcfuellément notre conduite. Bien loin qu'on puisj^e étwblir pai: là l'existence de ces impressions naturelles, on peut en inférer, au contraire, ou'il n'y eni,a point dé telles : car^ s'il y avait dans notre î^me dfertains caractères qui y fussent gravés naturellement, comme autant de principes de connaissance y nous ne 'pourrions que les apercevoir agissant en nous, comme nous sen-