LIVRE I, CHAPITRE II, y(J
haut point de perfection où elle soit capable de parvenir.
La vertu est généralement approus^ée y non pas
à cause quelle est innée, mais parce qu'elle
est utile.
C'est de ces différents principes que découle
naturellement cette grande diversité d'opinions , qui se rencontre parmi les Jiommes , à l'égard des règles de moçalfe, selon les différentes espèces de bonheur qu'ils ont en vue, ou dont ils se proposent l'acquisition : ce qui ne saurait être, s'il y avait des principes de pratique innés et gravés immédiatement dans notre ame par le doigt de Dieu. Je conviens que l'existence de Dieu paraît par tant d'endroits, et que l'obéissance que nous devoq^ à cet être suprême , est si conforme aux lumières de la raison , qu'une grande partie du genre humain rend témoignage à la loi de nature. Mais, d'autre p^rt, on doit reconnaître, à mon avis, que tous les hommes peuvent s'accorder à recevoir plusieurs règles de morale, d'un copsentcment universel, ,§ans connaître ou recevoir le véritable fondement de la morale , lequel :ne peut être autre chose que la volonté oii la loi deJDicu., qui^ voyant toutes les actions des hommes et pénétrant leuf s plus
8o DE l'ente^tdeiBient humain.
secrètes peà^s , tient , pour ainsi dire, entre ses mains les peiaes^çt les récompensés, et a assez de pouvoir poùipfaire rendre compte à ceu:?: qui violent ses ordres avec le plus d'insolence. Car, Dieu ayant uni par un li^^n inséparable la vertu et la félicité publique ^ •çt-'fyant rendu la pratique de la vertu nécessaire pour la conservation de la société humaine et visiblemen avantageuse à tous ceux avec qui les gens de bien ont affaire , jl n^ faut pas s'étonner que chacun s'empresse non-seukment d'admettre ces règles , mais ausl» de les recommander aux autres, puisqu'il est persuadé que s!iJs les observent il lui en reviendra à lui-même de grands avantages. Il peut, dis-je, être porté par intérêt, aussi bien que par 'conviction, à faire regarder : ces règles comme sacrées ; parce que , si elles viennent à être pro&née^s et foulées aux pieds , il n'est plus en sûreté hii-méme. Quoiqu'une telle approbatioi)ine diminue en rien l'obligaiion morale et ^térnelle que ces .fèg^es emportent évidemment avec elles, c'est pourtant une' preuve que le consentjement ^itéi^ieur et verbal que'les hommes, donijient à ces telles, jfjie prouve point que ce soient des principes' iimés. Que dis -^ je? Cette approbation nt prouve. pas même que les hommes les reçc^veutrintérieurement comnie des règles inviolables de leur propre conduite , puis-
JL^