‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 3)Chapitre 47 sur 141 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

Enfin ^ cst-îl bien possible que, pendant qu'un homme se déclare ouvertement contre une loi innée y et contre le souverain législateur qui Fa gravée dans son ame; est-il possible, dis-je, que tous ceux qui le voient le laissent faire sans prendre aucun intérêt* à son crime? que lés gouverneurs même du peuple, qui ont la même idée da la loi ef de celui qui en est Fauteur, la laissent violer sans faire semblant de s'en apercevoir, sans rien dire, et sans. en témoigner aucun déplaisir, ni jeter le moindre blâme sur une telle conduite?

Nos appétits sont à la vérité des principes d'action, mais ils sont si éloignés de pouvoir passer pour des principes de morale, gravés naturellement dans notre ame, que si nous leur laissions un plein pouvoir de déterminer nos actions, ils nous feraient violer tout ce qu'il y a de sacré dans le monde. Les lois sont comme une digue qu'on oppose à ces désirs déréglés pour en arrêter le cours ; ce qu'elles ne peuvent faire que par le moyen des récompense» et des peines qui contre-balancent la satisfaction que chacun peut avoir dessein de se procurer en transgressant la loi. Si donc il y avait quelque chose de gravé dans Fesprit de l'homme sous ridée de loi , il faudrait que tous les hommes fussent assurés, d'une manière certaine et à n'en

98 DE l'eNTEÎïDEMENT UUMAIjy.

pouvoir jainaîs douter, qi^'unç^ p^i^e v^énf^Me sera le partage de cew^ qjui vioLçront cette Ifii^ Car , ci • les h^QpiiQes «peu veijtjt igiioi;er ou réyoquier çn doute ce qui est .^iné^ c'est en vain qu'on nous parle de principe^ innés y et qu'on en veut faire vpijc la nécessité. Bien loin qu'ils puis^ept servir à nous iiji^truire de la vérité et de la certitude des cho^^, comme on le préten^, nous nous, trouverons 4^0^ ^^ ipeme état d'ii^ertir tudç avec ces principes, que s'ils^ n'étaient point Ç9 nous. Une loi innée doit être SK^compagnée de la connaissance claire et certaine d'une punition indf^bijtable , et ass^ez grande pour faire qu on ne puisse être teinté de vipler cette loi si l'on çons^ulte sçs véritables intérêts; à moins qu'en s,uppoç^ ijne loi innée^ on ne vei^ilk supposer ausi^i un. éva^ngile inné. Du reste , df ce que je nie q^'il y ajit aucune loi innée ^ on aurait tort d';en conclure que jç crois qu'il n'y a que des lois pgçj^tiyeSr Ce serait prendre tout-àfait mal m.^ pens^^e. Il y a une graxide différei^ce entre une loi innée et une Içâ de na);ure; entre une vérité gravée ori^inainemeuit dans l'amç , et une vérité que nous ignorons, mais dont nous pouvons acquérir la con^issance ei) qous savant, coxnme il fwt, des £si,ci4ljbés que nous avons reçues de la nature.. Et. pouT moi, je croi^j que ceux qui donneiit dîuas les extrémités op-

Page 1