‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 3)Chapitre 49 sur 141 · LIVRE I, CHAPITRE. II. lOI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE. II. lOI

cipes de pratique qu ils regardent comme innésj ^

ils ne mettraient dans ce rang que ceux qui , s'accordant avec leurs hypothèses, seraient pro-'^ prQS â faire valoir les opinions qui régnent dans leurs écoles ou dans leurs églises particulières : preuve évidente qu'il n'y a point de telles vérités innées. Bien plus, une grande partie des

hommes sont si éloignés de trouver en eux- |

mêmes de tels principes de morale innés, que dépouillant les hommes de leur liberté, et les changeant par-là en autant de machines ^ ils détruisent non-seulement les règles de morale qu'on veut faire passer pour innées, mais toutes lesautres , quelles qu'elles soient , sans laisser aucun moyen de croire qu'il y en ait aucune à tous ceux qui ne sauraient concevoir qu'une loi puisse convenir à autre chose qu'à un agent libre : de sorte que sur ce fondement on est obligé de rejeter tout principe de vertu , pour ne pouvoir allier la morale avec la nécessité d'agir en machine : deux choses qu'il n'est pas effective-

ment/ort aisé de concilier, ou de faire subsister ensemble.

JO!l DE L'EIiTCirDEHENT HUMAI».

Exùfnen des pfinc^es intiéâ , que propose

mylord Herbert.

Comme je venais d'ëcriiv ceci, l'on m'dpprit qtje mylord Herbert avast indiqué les f»încifies de morale qu'on prétéiid élre "innés , dani^ SQH ouvrage intitulé : bs VEarrâix ^ de la /^* n^^. Je le consultai aussitôt , espérant qu'un si habile homme aurait dit qu^que chose ifui pourrait me satisfaire et terminer toutes mes recbierches sur cet arttde. Dans le chapitre où il traite de Tinstinct naturel, de iastmctu mUuraii^ pag. 76,édit* i656, ¥<Hci les six marques auxquelles il dit qu'on peut reconnaître ce qu'il appelle notions oommunes : i*^ Prioritas^ ou l'avantage de précéder toutes les autres connaissances; %^ Jndependentia^ l'indépendance ; 3^ Unis^ersalitcLs ^ Funiversalité ; 4** Gertitudo y la certitude; S^ Nécessitas f la nécessité, c'est-à-dire^ comme il l'explique luionéme, ce qui sert à la conservation de l'homme, guœ faciunt ad hominis conservationem ; 6® Modus c^formationis , id est, Assensus nuUâ interpositâ morâ; la manière dont on reçoit une certaine vérité, c'iest-à-dire un prompt consentement qu'on donne sans hériter le moins du monde. Et sur la fin de son

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petit ttwté (i), de Réli^one laici, ît patle arnsi de ces prindpés innés , page 3 : ^deo ut non uniusmjusvis religiànis tonflnià àrctentur qtiœ ttbique vig^M 'ûèrttàtes. Sunt enùn in ipsâ mente càe- * litks dèscT^œ^ htdMsque traditionibus , sii^è ^criptis y siuèhon scr^tis obnoxtee ; c*eàt-à-dire : « Aini^i « cfès véi4te's qui sont reçues par-tout, ire sont « poMt rtSierf ées tdans les bornes d'une feligioh « particrLlièrè ; ear , létant . gt^avées danè Panïé « même , pàt le doigt de Dieu , élite ne d'épett- « dent d'aiïcane tiradition , écrite où non écrite. » Et , uii |>€il plus fcaiJ, Il ajoute: Véritaies no^ttcb cathùUt^y ^tiàs tatt^uam indubid Dei effàtày in fof-o ïnteriofi âescripiœ ; c'est-à-dire : « îf oS â vérités catfaoHc|ttes , qui sont étorites dans là c conscience, coiâtne autant d'oracles ihfaillibles « émanés de Dieu. » Mylord Herbert, ayant aiilsi proposé les caractères des principes innés ou notiotis communes , et ayant assuré que ces principes ont été gravés dans l'ame des hommes par le doigt de Dieu , il vient à les proposer , et les * réduit à ces cinq (a) : le premier est, qu'il jr a

(i) De la Religion du laïque. ^

(a) i^ Ës9e aliquod supreiflum numett; à^ Ntnnen iltliâ cbli debere; 3^ Virtut^m cfHH pietât6 conjtiiictain optimÂm esse ratienem caHâs divini ; 4^ Resipiscendom esse a peccads ; 5** Dari praemium vel pœnam post hatic vitâm transactaitu

io4 DE l'entenoemeict humaik.

up. Dieu, suprême; le second , que ce Dieu doit être servi ; le troisième , que la vertu , jointe avec la piété y est le culte le plus excellent qu'on puisse rendre à la Divinité ; le quatrième , qu «/ faut se repentir de ses péchés; le cinquième , K^û j a des. peines ou des récompenses y après cette vie y selon qu'on aura bien ou mal vécu. Quoique je tombe d'accord que ce sont là des vérités évidentes et d'une telle nature, qu'étant l)ien expliquées, une créature raisonnable ne peut guère éviter' d'y donner son consentement ; je crois pourtant qu il s'en faut beaucoup que cet auteur fasse voir que ce sont des impressions innées y naturellement gravées dans la conscience de tous les hommes , in foro interiori de-scriptœ (i6). Car je prendrai la liberté de £aire remarquer :

En premier lieu , que ces cinq propositions ne sont pas toutes des notions communes , gravées dans nos âmes par le doigt de Dieu; ou bien, qu'il y en a beaucoup d'autres qu'il fau-

(i6) « J'en demeute; d'accord , car je prends toutes les « vérités nécessaires pour innées , et j'y joins même les in- '( stincts. Mais j'avoue que ces cinq propositions ne sont « point des principes inuéis^ car je tiens qu'on peut «t « qu'on doit les prouver. »

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