‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 3)Chapitre 50 sur 141 · LIVRE I, CHAPITRE II. Io · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II. Io

drait mettre dans ce rang , si l'on était fondé à croire qu'il y en eût aucune qui fut gravée de cette manière. Car il y a d'autres propositions qui, suivant les propres règles de mylord Herbert, ont pour le moins autant de droit à une telle origine , et peuvent aussi bien passer pour. innées, que quelques-unes de ces cinq qu'il rapporte , comme , par exemple , cette règle de morale : Faîtes comme vous voudriez quil vous fût fait; et peut-être cent autres, si l'on prenait la peine de les chercher.

£n second lieu, toutes les marquq^ qu'il donne d'un principe inné y ne sauraient convenir à chacune de ces cinq propositions. Ainsi, la première, la seconde et la troisième de ces marques ne conviennent parfaitement à aucune de ces propositions ; et la première , la seconde , la troisième , la quatrième et la sixième , cadrent fort mal à la troisième proposition , à la quatrième et à la cinquième. Op pourrait ajouter que nous savons certainement., par l'histoire, non-seulement que plusieurs personnes, mais des nations entières, regardent quelques-unes de ces propositions , ou même toutes , comme douteuses ou comme fausses. Mais, cela mis à part, je ne saurais voir comment on peut mettre au nombre

I08 DE L'ENTEWDEMEIfT HUMAIIf.

à voir pratiquer ce qu'U commande y soit tei^e de'bien des gens pour un principe de morale, gravé naturellement dans l'esprit de tous les hommes , quelque véritable et quelque certaine qu'elle soit, puisqu'elle enseigne si peu de chose. Mais quiconque lui attribuera ce privilège, sera en droit de regarder cent autres propositions comme des principes innés ; car il y en a plu- * sieurs que personne ne s'est encore avisé de mettre dans ce rang , qui peuvent y être placées avec. autant de fondement que cette première proposition.

La quatrième proposition , qui porte que tous les hommes doivent se repentir de leurs péchés y n'est pas plus instructive , jusqu'à ce qu'on ait expliqué quelles sont les actions qu'on appelle des péchés. Car le mot de péché , étant pris ( comme il l'est ordinairement ) pour signifier eil général de mauvaises actions qui attirent quelque châtiment sur ceux qui les commettent , nous donnet-oi% un grand principe de morale , en nous disant que nous devons être affligés d'avoir commis, et que nous devons cesser de commettre ce qui ne peut que nous rendre malheureux , si nous ignorons quelles sont ces actions particulières, que nojis ne pouvons commettre sans Dioùs ré-

Page 1