‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 3)Chapitre 51 sur 141 · I.IVRE I, CHAPITRE II. lOQ · texte numérisé non relu

I.IVRE I, CHAPITRE II. lOQ

duire dan.8 ce triste état? Cette proposition est sans doute très t véritable. Elle est aussi trèspropre à .être inculquée dans l'esprit de ceux qu'on suppose avoir appris quelles actions sont des péchés dans les différentes circonstances de la vie ; .et elle doit être reçue de tous ceux qui ont acquis ces connaissance^ Mais on ne saurait concevoir que cette proposition ni la précédente, soie'nt des principes innés, ni qu'elles soient d'aucun usage, quand bien même elles seraient innées; à mt^ns que la mesure et les bornes précises de toutes les vertus et de tou# les vices n'eussent aussi été gravées dans l'ame des hommes, et ne fussent autant de pritlcipes innés; de quoi l'on a, je pense, grand sujet de douter. D'où je conclus qu'il ne semble presque pas possible que Dieu ait imprimé dans l'arae des hommes des principes conçus en termes vagues, tels que ceux de vertu et de péché, qui, dans l'esprit de différentes personnes, signifient des q)ioses fort différentes. On ne saurait , disje, supposer que ces. sortes de principes puissent être attachés. à certains mots, parce qu'ils sont, pour la plupart, composés de termes généraux qu'on ne saurait entendre , avant que de connaître les idées particulières qu'ils renferment. Car, à l'égard. des exemples de pratique, on ne peut en bien juger que par la connaissance des

110 DE t ENTBlfBKMElfT HUMAIHT.

actions raàmi^i et lies règles sur lesquelles ces ac- ÙPW sont folidées , doivent être indépendantes dfçs mots, et précéder* la connaissance du lang^ig^ : 4^ sorte qpi'un haouiie doit connaître ces Wg^^hj qualj(|ue langue qu'il apprenne , le Iran- . Ç9fS, l'anglais, ou le japonais, dût-il même n'appxefïdfe auQuae Ifeiogue et n'entendre jamais l'u;iage des mots, comme il anive aux sourds et au3^ miiiet^. Quand on aura fait voir que des hamnii^a 4^î n'entendent aucun langage , et qui n^ont paa appris , pap le ttnoyen des lois et' des ^Ultvme^ de leur pays, qu'une partie du culte 49 Qieu consiste à ne tuer personne , à n'avoir d$ coi^merce qu'avec une seule femme, à ne p^s* faire pàrir des en£auQts dans le ventre de leur méâpe ) k ne pas les eiepos^ , à n'6ter point aux avises ce qui leur appartient, quoiqu'on en ait bpscMp soi-même, mais au contraire à les secpm*ir dmsi leurs nécessités; et lorsqu'on vient à yiol(B|ï ces règles, à en témoigner du repen* tîje, à eo ètJ>» affligé, et à prendre une ^erme ri^p^utîpn de ne pas le faire une autre fois ; qti^nd) di^-^jci, on aura prouvé que ces gens - là jOQUili^iASieiit'et Beçoivent actuellement pour ré^le dç l9ur conduite tous ces préceptes et mille 2|Utpe^ semblabks, qui sont compris sous ces deurY m^U vertu et péché, on sera mieux fondé à regai^er ces: règles et aut]:ves semblables comme

LIVEE I, GHAPITILE II. III

.4e^ ^fri^n^, cqmm\3^njdB ^% des {»*mcipa6 de pratique. Mfâ^j a¥,^ to^t cela, qaand il serait ^ai que tous )e§ hp|ï^me& s'^iccop^der^ieiMi BW^ les p^ipicipes de morale, c^ consentement universel, donpé k 4es vérité^ qu'on peut connaîti?e autre<uent que par Le uioyei^ d'une i^^pressioi^ n<^%Ur relie, ne prou versait paç.fort bien que ces vérités fussent e|]{ectjv§i^enjt innées; et c'est 1^; tout c^ que je prétends soutenir»

On Qbj^ct;iç qup les prinjcipes innç^ peuvent

élire coj^rpjonpqs,.

Réponse à cette objection.

Ce serait i/;m|ilpxi^n1; qu'on. oppo;^ergit ici ce qivon a acqoutM^nié de dire ; Que la, cQutum^^^ l'éducation et les opinions générales' de ceux avec qui F on converse ^ peuvent obscurcir cesprincipes de morale qi/on suppose innés, et enfin Içs effacer entièrement de V esprit des hommes. Car si cette réponse e^ bonne, elle anéantit la preuve qu'on prétend tirer du consentement universel en faveur des principes innés, à moins qMC ceux qui pilent awsi ne s'imaginent que leur opinion particulière, ou celle de leur parti, doit passer pour un consentement général ; ce qui arrive assez souvent à ceux qui , se croyant

lift DE L E]yTENDEMENT UUMAIIT.

les seuls arbitres du vrai et du faux, ne comptent pour rien les suffrages de tout le reste du genre humain. De sorte que le raisonnement de ces gens -là se réduit à ceci : « Les principes « que tout le genre humain reconnaît pour véri- « tables sont innés ; ceux que les personnes de « bon sens reconnaissent sont admis par tout « le genre humain : Nous et ceux de notre parti « sommes des gens de bon sens : donc nos prince cipes sont innés. » Plaisante manière de raisonner qui va tout droit à l'infaillibilité ! Cependant , si l'on ne prend la chose de ce biais , il sera fort difficile de comprendre comment il y a certains principes que tous les hommes reconnaissent d'un commun consentement, quoiqu'il n'y ait aucun de ces principes^jue la coviume ou l'éducation n'ait effacé {\^) de V esprit de bien

(18) « Je m'étonne que Tauteur ait confondu obscurcir « et effacer , comme il a confondu précédemment n*étre « point et ne point paraître. Les idées et vérités innées ne « sauraient être effacées y mais elles sont obscurcies dans « tous les hommes ( tels qu'ils sont présentement ) par leur « penchant vers les besoins du corps, et souvent encore « plus par les mauvaises coutumes survenues. Ces caractères « de lumière interne seraient toujours éclatants dans l'enten- <( dément, et donneraient de la chaleur dans la volonté, ( si les perception^ confuses des sens ne s'emparaient de

f< notre attention. C'est le combat dont la Sainte Écriture ne

H parle pas moins que la philosophie ancienne et moderne. >>

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