‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 3)Chapitre 54 sur 141 · LIVRE I, CHAPITRE II. II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II. II

aient apprises. Prévenus de Cette imagination , ils conservent ces pensées dans lenf esprit , et les reçoivent avec la même vénération que plui^eors ont accoutumé d'avoir pour leurs parents , non en vertu d'une im pressiez naturelle (car, en certains lieux où les enfants sont élevés d'une autre manière, cette vénération leur est in* connue), wais parce qu'ayant. été constaonment éJevés dans Ces idéesi, «t ne se souvemant plus du temps auquel ils ont coiminencé de eonce'-

voir ce respect, ils croient qu'il est naturel.

CMt ee qui parsdtra fort vraisemblable et presque inévitable, si l'on fait réflexion sur la nature^ de FhoHnne et sur la eouBtitution des afibircs^. de cette vie. De < la manière que les choses sont étâbbes dans ce monde, la plupasti des limnixies sont obEgés d'employer presque toizk leur teinps à tvaivailter à leur profession pour gagner leur vie, e€ ne sauraient néanmoins jouir de qnekfue repos d^esprit sans avoir des principes' epr'ils regardent comme indubitables,. et acexquels' ils acquiescent eidtièrement. Il n'y a personne qm s^tt d'un esprit sr superficiel ou si flattent, (Ju'iJ ne se déclare pour certaines proposiftions» qrfil' tient -^VÊÊ fondâimentaks , sur l^qoelles ii âppme ses raisoîmements, et qu il prend poui^ vègdle du

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ii8 DE l'entendement humain.

vrai et du faux, du juste et de l'injuste. Les uns n'ont ni assez d'habileté , ni assez de loisir pour les examiner; les autres en sont détournés par la paresse; et il y en a qui s'en abstiennent parce qu'on leur a dit, depuis leur enfance, qu'ils se devaient bien garder d'entrer dans cet examen : de sorte qu'il y a peu de personnes que l'ignorance , la faiblesse d'esprit , les distractions , la paresse, l'éducation ou la légèreté, n'engagent à embrasser les principes qu'on leiir a appris, sur la foi d'autrui , sans les examiner..

C'est là, visiblement, l'état où se trouvent tous les enfants et tous les jeunes gens ; et la coutume, plus forte que la nature, ne manquant guère de leur faire adorer , comme autant d'oracles émanés de Dieu , tout ce qu'elle a fait entrer une fois dans leur esprit, pour y être reçu avec un entier acquiescement, il ne faut pas s'étonner si, dans un âge plus avancé, lorsqu'ils sont ou embarrassés des affaires indispensables de cette vie, ou engagés dans les plaisirs, ils ne pensent jamais sérieusement à examiner les opinions dont ils sont prévenus, particulièrement si l'uii de leurs principes est que tes principes ne doivent p€Ls être mis en question. Mais, supposé même que l'on ait du temps, de l'esprit et de' l'inclina-

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tion pour cette recherche , qui est assez hardi pour entreprendre d'ébranler les fondements de tous ses raisonnements et de toutes ses actions passées ? Qui peut soutenir une pensée aussi mortifiante qu'est celle de soupçonner que Ton a été pendant long-temps dans l'erreur ? Qombién de gens y a-t-il qui aient assez de hardiesse et de fermeté pour envisager sans crainte les reproches que l'on fait à ceux qui osent s'éloigner du setitiment de leur pays, ou .du parti dans lequel ils sont nés? Et où est l'homme qui puisse se ré« soudre patiemment à supporter les noms de fantasque, de sceptique et d'athée, qu'on ne manquera pas de lui donner , s'il témoigne seulement qu'il doute de quelqu'une des opinions communes? Ajoutez qu'il ne peut qu'avoir encore plus de répugnance à mettre en question ces sortes de principes, s'il croit, comme font la plupart des hommes , que Dieu a ^avé ces principes dans son ame pour être la règle et la pierre de touche de toutes ses autres opinions. Et qu'est-ce qin poiurait l'empêcher de regarder ces principes comme sacrés , puisque de toutes les pensées qu'il trouve en lui , ce sont les plus anciennes, et ceUes tju'il voit que les autres hommes reçoivent avec le plus de res*pect ?

I20 DE t'EÎTTÊîrPEMENT titlMAlir.

Cbttirtiefit les hdrri>nes viennent, pour Pordi- ' nàùt / à se /aire dès Principes.

Il-èàt tti^ de ^lîttagineï*, aprèià cela, côttim^tti il àrHve tjffé les hommes vietanéïit à adoret led idoles qu'ilâ ont faites eui- mêmes, à se pàsàibnna: pour les idées qu'ils se sont rendiies fâ- Éftilières pendaiït long - temps , et à regarder , côAirne dêîs Vérités divipes, des erreurs et de puré^ àbsut^itéâ; feéléà adorateurs de singes et de vèâùîJt d'o^j je veux dire, de vaines et ridi* culfels opitiiohs , qn îh regardent kvtc un souverain respect , jusqu'à disputer , se battre , et mttui^it» ^ùt les défendre ;

.... Quum solos credat habendos Esse Deosy quos ipse colit — (a).

«cbacuik À'imâginfttit que les.dieu:s qu!il sert « sont seuls dignes de l'adoratio^ des hommest y» Gar, comme les Êicultés de raisonner, dont on fait presque toujours quelque usage ^ quoicpat^ presque toujours saïaâ aucune circonspection, n6 peuvent être ùùacs eU. action, faute de fondée' ment et d'appui , dans la plupart des hommes ^

{a) JuvEWALis, sat XV, v. 3? et 38.

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