LIVRE I, CHAPITRE II. lai
qui , pa^paresse ou par distraction , ne découvrent point les véritables principes de la connaissance-, ou qui, faute de temps ou de bons secours, ou pour quelque autre raison que ce soit , ne peuvent point les découvrir pour aller chercher eux-mêmes la vérité jusque dans sa source ; il arrive naturellement et d'une manière presque inévitable, que ces sortes de gens s'attachent â certains principes qu'ils embrassent sur la foi d^autrui ; de sorte que , venant à les regarder comme des preuves de quelque autre chose, ils s'imaginent que ces principes n'ont aucun besoin d'êti'e prouvés. Or , quiconque a admis une fois dans son esprit quelques-uns de ces principes , et les y conserve avec tout le respect qu^on a accoutumé d'avoir pour des principes, c'est-^dire sans se hasarder jamais de les examiner, mais en se faisant une habitude de les croire parce qu'il faut les croire; ceux, dis- je, qui sont dans cette disposition d'esprit, peuvent se tiromver engagés par réducatipn et par les coutumes de leur pays, à recevou' pour des principes innés les plus grandes absurdités d« ttibude ; (et à force d'avoir les yeux long-temps attachés Sur les mêmes objets, ils peuvent s'offusquer la vue jusqu'à prendre des monstres qu'ils ont 'forgés dans leur ceirveau , pour des images de la Divinité , et l'ouvrage même de ses mains.
139 DE I,'ENT£irJ>£M^NT PUMAIN.
Les Principes- doivent être examinés (19.)
On peut voir aisément, par ce progrès insensible , comment , dans cette grande diversité de principes opposés, que des gens de tout ordre et de toute profession reççivent et défendent comme incontestables, il y en a tant qui passent pour innés. Que si quelqu'un s'avise de nier que ce soit là le moyen par où la plupart des hommes viennent à s'assurer de la vérité et de 1 évidence de leurs principes , il aura peut-être bien de la peine à expliquer, d'une autre manière , comment ils embrassent des opinions tout-à-fait opposées , qu'ils croient fortement , qu'ils soutiennent avec une extrême confiance, et qu'ils sont prêts , pour la plupart , à sceller de leur propre sang. Et, dans le fond, si c'est
(19) « Nous sommes d'accord sur ce point; et bien loin « que ^approuve qu'on se fasse, des principes douteux, je « voudrais moi qu'on bherchât'jusqu'à la démonstration des « axiomes d'Ëuclide, comme quelques anciens ont fait aussi. « Et lorsqu'on demai^de le moyen de connaître «t d'examir <K ner les principes innés» je réponds qu'excepté les instincts, « dont la raison est inconnue , il faut tâcher de les réduire « aux premiers principes , c'est-à-dire aux axiomes iden- « tiques ou immédiats, par le moyen des définitions^ qui « ne 3ont autre chose qu'une exposition distincte des idées. »