‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 3)Chapitre 58 sur 141 · LIVRE I, CHAPITRE III. i^y · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III. i^y

et robservation des choses qui se présentent à eux, excitent dans leur esprit; ce qui peut suffire pour nous convaincre que ces idées ne sont pas des caractères gravés originairement dans l'ame.

Preuve de la même vérité.

. S'il y a quelque principe inné, c'est, sans contredit, celui-ci : Il est impossible qu'une clwse soit et ne soit pas en même temps. Mais qui pourra se persuader, ou qui osera soutenir que le^ idées d'impossibilité et d'identité soient innées (20)? Est-ce que tous les hommes ont ces idées, et qu'ils les portent avec eux en venant au monde ? se trouvent-elles les premières dans

(20) « Il faut bien que ceux qui sont pour les vérités in- « nées soutiennent et soient persuadés que ces idées le sont « ausd; et j'avoue que je suis de leur avis. Les idées de ff YétrCy du possible^ du même y sont si bien innées, qu'elles « entrent dans toutes nos pensées et raisonnements, et je « les regarde comme des choses essentielles à notre esprit. « Mais j'ai déjà dit qu'on n'y fait pas toujours une atten-

« tion particulière , et on ne lès démêle qu'avec le temps: '*

« J'ai dit encore que nous sommes, pour ainsi dire, innés « à nous-mêmes; et puisque nous sommes des êtres, l'être • » nous est inné, et la connaissance de l'être est envelop- « pée dans celle que nous avons de nous-mêmes. Il y a quel- « que chose d'approchant, en d'autres notions générales. »

i!à8 DE l'eittendemcitt MVJUXmf.

les enfants 9 et précèdent-elles dam lew esprit toutes leurs autres connaissancea ? Car qVst ice qui doit arriver nécessairement ^i elles sont ior nées. Dira*t-on qu'un enfant a les idées d'inirpossibilité et d'identité , avant que d'avoir celles du blanc ou du noir, du doux ou de l'amer, et ^e c'est de la connaissance de ce principe , qu'il conclut que l'absinthe, dont on frotte le bout des mamelles de sa nourrice, n'a pas le même goût, que celui qu'il avait accoutumé 4e $re^fir aup^ ravant, lorsqu'il tétait? £st-ce. la connaissance qu'il a^ cpi'une chose ne peut pas être^ et n'être pix$ en mène temps; est-ce, dis-je, la oomiais^ sance actuelle de cette maKÎme^ qui &it qu'il distillée sa nouirice d'avec m ^ran^r, qiiHl aime €elle4à et évite l'approcbe de cêlvi'^ci ? Ou bien, est-ce que l'ame règle sa conduite et la détermination de Ses jugements , sur des idées qu'elle n'a jamais eues ? Et rentendement tiret-il dj^ conclusions de principes qu'il n'a point encore <x>nnu$ ni compris? Ces mots d'ilt^toa^ibiKté et d*îdêntité marquent deux idées, <juî sont si éloignées jd'être innées et gravées naturellement dans i!iotre ame , que nous avons l^soki, àmén avvs, d'une grande att^ention peur les former comme il ïaiït dans notre entendement ; et tuen loin de naître avec nous . elles sont si ioftt éloignées 4es pensée^ de l'eft^amofi 0t de la

•ofr

Ï.1VRE t, CHAPiTHE m. laq

première jeunesse, que, si l'pn y prend bien garde , je crois qu'on trouvera qu'il ,y a bien (tes hommes faits à qui elles sont inconnues.

Vidée de /'identité n'est point innée.

Si l'idée de X identité ( pour ne parler que de celle-ci) est ^naturelle, et par conséquent si évidente et si présente à notre esprit , que nous devions la connaître dès le berceau, je voudrais bien qu'un enfant de sept ans,' ou inéme'un hommede soixante-dix ans, me dît si un homme, qui est une créature composée de corps et d'ame,estle même lorsque son corps est changé: si Euphorbe et Pythagore , qui avaient eu là même ame , n'étaient qu'un même homme , quoiqu'ils eussent vécu éloignés de plusieurs ^ècles l'un de l'autre : et si le coq dans lequel cette même ame passa ensuite , était '" m^mi* qu'Euphorbe et Pythagore? Il paraîtra ] par l'embarras où il sera de résoudre c tien, que l'idée d'identité n'est pas si si claire, qu'elle mérite de passer po Or, si ces idées, qu'on prétend être ii sont ni assez claires ni assez distinctes universellement connues et reçues ment, elles ne saurûent servir de foni

ï3ô DE l'eWTBNDEMEJVT flUMAlN.

des vérités universelles et indubitables ;» raais elles seropt , au contraire , une occasion certaine d'une perpétuelle incertitude. Car, supposé que tout le monde n'ait pas la même idée de l'identité , que JPy thagore et mille de ses sectateurà en ont eue , quelle est donc la véritable idée de j l'identité, celle qui nous est naturelle et qui est

proprement née avec nous? Ou bien /y a-t-il deux idées d'identité , différentes l'une de l'autre , qui soient pourtant toutes deux innées ?

C'est en vain qu'on répliquerait à cela que les ^questions que je viens de proposer sur l'identité de Fhomme, ne sont que de vaines spécu- \ lations: car, quand cela serait, on ne laisserait

pas d'en pouvoir conclure qu'il n'y a aucune idée içnée de l'identité dans l'esprit des hommes. D'ailleurs, quiconque considérera, avec un peu d'attention, la résurrection des morts, où Dieu fera sortir du tombeau les mêmes hommes qui seront morts auparavant, pour les juger et les rendre heureux ou malheureux selon qu'ils auront bien ou mal vécu dans cette vie ; quiconque, dis-je, fera quelque réflexion sur ce qui doit arriver alors à tous les hommes , aura peut-être assez de difficulté à détermine? en lui-même ce qui fait le rxitême homme, ou en quoi consiste

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l'identité , et n'aura garde dé s'imaginer que lui ou quelque autre que ce soit, et' lès enfants eiixmémes, en aient, naturellement une idée clair et distincte.

Les idées de tout et de partie ne sont point

innées.

Examinons ce principe mathématique : Le tout est plus grand que sa partie. Je suppose qu'on le met au nombre des principes innés ,' et je suis assuré qu'il peut y être mis avec. autant de raison qu'aucun aùtte principe que ce soit. Cependant, personne ne pëiit regarder' ce principe comme inné , s'il considère que les idées de tout et de partie qu'il renferme , sont parfaitement relatives; et que lés idées positives auxquelles elles se rapportent proprement et immédiatement , sont celles d'extension et de nombre, dont ce qu'on nommé tout et partie ne sont que de simples relations : de sorte ^ue si les- îdééij de tout et de partie ét^ent innées, ilfàùdi'àiît que celles d'extension et de nombre le fussent aussi; car il est impossible d'avoir l'idée d'mié relation, sâtià en avoir aucune de la chose nfêtne à laîquelle cette relation appartient et sur quoi elle est fondée*.- ©u reste J je laissé à efxainîner aux partisans des principes linnésV m 'lè»'iafeé

j32 D« L'EBftJîBrDEMENT HUMAÎN.

d'extension, et de nombre sont naturellement gravées dans Tame de tou^ les. hommes.

L'idée ^/'adoration n'est pas içriée.-

Une autre vérité , qui est , sans contredit , Tune des plus importantes qui puissent entrer dans l'esprit des hommes, et qui mérite de tenir le premier rang parmi tous les principes de pratique, c'est que Dieu doit être adoré. Cependant, elle ne peut en aucune manière passer pour innée, à moins que les idées de Dieu et di adoration ne soient aussi innées. Or, que l'idée signifiée par le terme di adoration ^ ne soit pas, dans l'entendement des enfants , comme un caractèi:e originairement 'empreint dans leur ame, c'est de quoi, l'on conviendra , je pense , fort aisémtent , si l'on considère qu'il se trouve bien peu d'hommes ^ts qui en aient une idée claire et distincte. Cela posé ^ je ne vois pas qu'on puisse imaginer rien , de plus ridicule que de dire que lea enfants Qiit une connaissance innée de ce principe de pratique, Dieu doit être adoré; ip£iis que pourtant ils ignorent quelle est cette adoration qu'il £siut rendre à Dieu , en quoi cou* siste tout leur, devoir. Mais., sans appuyer davantage sur cdU^^; passons outre.. .

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