‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 3)Chapitre 59 sur 141 · LIVRE ty CHAPITRE III. l · texte numérisé non relu

LIVRE ty CHAPITRE III. l

Vidée de Dieu n^est point innée.

Si aucune i^ée peut étxe regardée comiue innée, on.doit^pour plusieurs raisons recevoir endette qualité l'idée de Dieu,.pi'éférableixient à toute autre : car il est di£G^ile de concevoir comment il pourrait y a;vQir des principes de morale iiuiés , sans une idée innée de ce qu on nomme Divinité; parce que, ôté l'idée d'un législateu]::, il n'est plus possible d'avoir l'idée d'une loi, et' de- se croice obligé de Fobservef. Or,sans parler des athées, dont les apçiens ont fait' mentiÔA,^f^ qui sont flétris de ce titre odieui^ sur la foi de l'histoire, n'à-t-on pas découvert , dan» ces derniers s^çLes, par k miqiyen de la ^fivir gation, deSr nations entière^ qui n'avaient, aucune idée de Diçu^àla. b^ie. *de Soldaiûe'(a)^ dans le Bi:ési|(&), et dans^les }lf^ Cairibes (e) , etc., Voici les propres tenp§e:*de Nicolas del Techo,

*^a) tilioê^âpnid Thfetèttdt, p. %. Te«y, p. r7-545/Oyington', pL 48g-6d€, . •

{c) Dans le Boranday , Vpjjige dés pays septentrionaux , par le deur de La Martinière j^. p^- ^io-3:3a.

i34 DE l'jeitteiîdemewt humain.

<?ans les lettres qy.'il écrit {d} du.Paraguai, touchant la conversion des Caaigues : Reperd cam gentem{l?) nullum nomèn habere, quôd Deum et hominis animant significet; nulla "sacra habet, nulla idola; c'est-à-dire: a J'ai trouvé que* cette c( nation n'a aucun mot qui sighifië Dieu et l'ame «de rhomme; qu'elle n'observe ati'ciinî culte re-' « ligiëux , et n'a. aucune idole. » * Ces ' exemples sont pris de nations où la nature inculte a été abandonnée à elle-méitee sans avoir tjeçu aucun

^cours des lettres., de la discipline et 'd« la cul-

tute des arts et des sciences. Mais il se trouve d'autres peuples qtii, ayant joui die toiis œs avatitages dans mi degré tirèsHX>nsîdéràble , ne* laiisscnt pas d!être privés de l'idée et dé la côhiiàisi5anèie* de Dieu. BieSi'des-giétià seronft' saùs dbqïe*sàr-* pris y coiiime jè^Vai été j de, voir que les Siamois sont de ce nombre. Il ne! faut/ pbur*' s'«n ks^u-^ rér,' que consulte**La'TiOubèrè](c)',*ény6yé dii vùt deKFrance , Louis K1V, dahs; .c^ j^ày^ -là ; 1er ^5ei (^ ne ttéus dbuni i>às vùete idéè'^tîs avari*-

(<i);3Ex Faraquarîa^/de Caâiguaruni coiiversiopLC.

{b) . ItelatiD triple]^ 4^ nebus indicis Gaaiglmctui^ . ^ . '

(c) Du royainne^4^ . Siam , tom. l', pâït.*-ïi, ch. ^, sect. i5; ei part. .111^ chap. ao^'-sect i%%\ ei>eha|>. ^A,

sect. 6. ': .. • . • . ..f . 1

{d) Ibid, paru m; chap. jàp/sect 4, etchl »}•

LIVRB I, CHAPITRE- III. 1 35

tageuse à cet ^ard des Chinois eux-mêmes.

Et si nous ne voulons pas Feh ' croire , les missionnaires de la Chine, sans en excepter même les jésuites , grands panégyristes des Chinois , qui tous s'accordent unanimemeiit sur' .cet article, nous convaincront que dans là i^ecte des lettrés , qui sont le parti dominant , ef se J:iejan\ent attachés à Fancienne religion -du pays ^ ils ^oi^ tous athées. Voyez Navarrètte, et le livre intitulé: Historia cultûs $inenfium y Histoire du culte des

Chinois.

- £t peut-être que si nous examinions avec soin . la .vie ebles discours, de bien des geins ^ qui ne . sont pas si loin d'ici, nous n'auriops* que ^ttop de sujet d'appréhender que dans les pays les pluscivihsés il ne se trouve plusieurs personnes qtd ont des idées fort faibles et fort ohécjiçe^ d'une divinité , 'et que les plaintes qu'on fait en chaire du progrés de l'athéisme ne soient que trop bien fondées. De sorte que , bien qu'il n'y^ ait que quelques scélérats entié^'ement corromip pus* qiii aient l'impudence de se déclare^ athées, nous en entendrions peut-être beaucoup plus qui tiendraient le mém)^ langage, .si^; la cramte de Fépée du magistrafcou les ceiîst(fés,'tlç leurs voisins ne leur ferrii^îeiit la bouche ; tout prêts d'aiHeurs à publier /aussi oiivérMment leur athéisme par teurs discours < qu'ils le font* par

l36 DE L'ETf^TEfTBEMENT HUMAIN.

les dérèglement^, de^ leur vie., s'ils étaient délivrés de la crainte* ttu châtiment, et qu'ils eussent étouffé toute pudeur.

Mais , sùppb$é que tout le genre humain eût queflque* idéefde^Dieu dans tous les endroits du mpnde ' ( quoique l'histoire nous enseigne directement le contraire ) ^ il ne s'ensuivrait nullement ^e là qfue cette idée fut innée. Car*, quand il n'y aurait aucune nation qui ne dé- /^nat Dieu par quelque nom , et qui n'eut qùel^ ' ques notions obscures de cet être ' «uprèift^ , , cela ne prouvek*ait* pourtant pas que ces notons fussent .autant de caractères * gravés natlitjpUemeiit'dans l's^ïne ; non plus que les mots de Jeu ^ de soleil, de éHaleur y ou de nombre ^ ne prouvent point q\ie les idéê^ que ces mots ' signifient soient innées, parce que les hommes connaissenf et .reçoivent universe&ement les noms et les idées de ces xihoses : coipme, au contraire , dç^ c^« que les libmmes ne désignent Bîeû par aucu^' nom^ et n'en. ont aucune idée,' on n'en pëxit xien cpnclure cpi^trf! l'existence de

Dieu^jadh'f^HC^^^^^ Oéi^^^^^ P^^ une 'preuve qu'il n'y a point d^aima)K^ns le monde, parce

qu'une graiid^ pisirtie des homrçes n'ont auSune

idée d'une telle chese^ ni auenQ *ndm pour la

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