‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 3)Chapitre 6 sur 141 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

embarrassaient, il me vint dans l'esprit que nous prenions un mauvais chemin ; et qu*ayant de nous ^ga- .ger dans ces sortes de recherches , il était nécessaire tl examiner notre propre capa<îlé, et de voir quels objets sont à notre portée, ou au-dessus de notre compréhension. Je proposai cela à la compagnie, et tous Tapprouvèrent aussitôt. Sur quoi Ton convint que ce serait là le sujet de nos preQ^ières recherches. Il me vint alors qudques pens^ indigestes sur cette matière t|ue je n'avais jamais examinée auparava/nt. Je les jetai -sitr le papier; et ces pensées, (ormées à la hâte, que -j'écrivis pouf les montrer à ntfes amis , à notre pro* chaine entrevue , Fournirent la première occasion de ce tanaité ,'qiu , ayant été commencé pav hasard , et continué à la soUicitatiôn de ces . mêmes personnes , «Larété écrit que psir pièces détachées : car, après l'avoir long -temps négligé, je le repris selon que mon humeur ou l'occasion me le permettaient; et enfin, pendant une retraite que je fia pour le bien de ma santé, je le mis daiis l'état où vous le voyez présentement.'

En composant ainsi à diverses reprises , je puis être tombé dans deux défauts opposés, outre quelques ânitres;' c'est que je me serai trop ou trcç peu étendu aup divers sujets. Si vous trouvez l'ouvrage trop court , je- sèvai bien aise queice que j'ai écrit vous l&sse souhait«r. que j'eusse été plus loiii. £t. s'il vous parait trop long), vous devez vous- en .prendre à la matière; ear lorsque je commençai de mettre la main à la plume, je «rus que tout ce que j'avais à dire pourrait ^tr^ renfermé dans imefeuiUe'^û:papièr : mais à

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mesure que j^avançai, je découvris toujours 'plus de pays : et,. les découyertes que je faisais m'engag^ant dans de nouvelles recherches , l'ouvrage parvint insensiblement à la grosseur où vous te voyez présentement. Je ne veux pas nier qu'on ne pût le réduire peut-être à un plus petit volume, parce que la ma* nière dont il a été écrit par parcelles , à diverses reprises et en différents intervalles de temps, a pu m'entraîner dans 'quelques répétitions ; mais à vous parler franchement , je n'ai présentement ni le courage ni le loisir de le fiiire jilus court.

Je n'ignore pas à quoi j'expose ma propre réputation , en mettant au jour mon ouvrage avec un défaut si prc^re à dég^ter 1^ lecteurs les plus judicieux , qui sont toujours les plus délicats. Mais ceux qui savent que la paresse se paie aisément des moindres excuses, me. pardonneront, m je lui ai laissé "prendre de l'empire sur moi dans cette occasion , où je pense avoir une fort bonne raison de ne pas la combattre. Je pourrais alléguer pour ma défense, que la même notion, ayant différents rapports, peut être propre ou nécessaire à prouver ou à éclaircir di£Férentes parties d'un même discours y^ et que c'est là ce qui est arrivé en* plusieurs endroits 'de celui que je donne pré» seulement au public : mais , sans appuyer sur cela , j'avouerai de bonne foi que j'ai quelquefois insisté long-temps sur un même argument, et que je l'ai exprimé en diverses inanières, dans des vulss tout-à-falt . différentes. Je ne prétends pas publier cet Essai pour instruire ces pelbsonnes d'une vaste conipréhension ,

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dont Tespiit vif et pénétrait ypit aussitôt; le fond des choses ; je me jreeoji«aifi un simple écolier auprès de ces graods maîtres» G est. |)aui)quoi je les avertis par avance de ne. s'attendre pas à voir ici autre chose que des pensées communes que mon esprit ma fournies, et qui sont proportionnées à^les* esprits de la même portécij lesquels ne trouveront peut-être pas mauvais que j'^e pris quelque peine pour leur faire voir clairement certaines vérités qu^ des préjugés établis , ou ce qu'il y a de trop ali^trait dans les idées mêmes , peuvent avoir rendues difficiles à comprendre. CeBtains objets ont besoin d'être tournés de tous côtés pour pouvoir être vus distîncte^nent ; et lorsqu'une notion est nouvelle à.l'esj^t, ^mme je confesse que quelques-unes de celles-ci le sent à mon égard, bu qu'elle est éloignée du chemin battu, comme je m'ima- ^ne que' plusieurs de celles que je me propose dans cet ouvrage le paraîtront aux autres, une simple .vue ne suffit pas pour la faire entrer dans l'entendement de chaque personne, ou pour Yy fixer par une impression nette, et durable. Il y a peu de gens , à mon avis, qui n'aient observé en eux-mêmes, ou dans les autres , que ce qui^ propos^ d'une certaine manière, a^ak été fort obscur, est devenu^fort clair ^t fort intelligible , exprimé en d'autres ternies ; quoique dans b suite l'esprit ne trouvât pas grande dififiérence dans ces différentes phrases , et qu'il f&t surpris qiie l'une eftt été moilhs aisée à entendre. que l'autre. Mais chaque chose ne frappe pas également Timagination de chaque homme en particulier. U û*y a pas moins*

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de difSérenée dans Tefntendeineiit des hommes que dans leur palais ; et quiconqfue se figure que la même vémé sera ^galemeili! gdùtée de f «ti$ , étstm piroposée à chftcun de la même maii}èi^e,'pe«it«eéf)éiKer aTeQaii'<A tant de fotïdekhëtit de végàïev tous les hdtiimes aretl un même TBgdét. Le roefi^ peut ^tre excéltent enltiU même; mai$ , àds^Lisohné de cette manière ,^ il* iië ^i^ pas au goàt de^ tout le monde : dé sotte qu'à tAiit lappréter autremeht , si tous VOUkz irfiie cemaines pêi^ sonnes, qui élit 'd*aifiéUrs Festom^e lb)^bon, puisSëttt le digérer. L» 'vihité est que i^eu^ qui m otit é9ihi^né à publier pet-dovrage^ m'ont oenseîilé fixt ee|te r^o0 de le puM^r tel qu'il est* £t puisque je nie snu dé^ cidé à le Miset paraître , je suis bien dise d'apprêttd)^ à quicoii(|ûe ^ doni^et^ là peine de le five , que f al si peu d'entie d^êlre imprimé, «Jue, si je tte me flattais que eet Essai pourrait être de qtic^tte cÉSage alUt autres, comme je eroië qtt4> Ta été à moi-même ,> je me setàh contenté de le fsdré voir a ces méMies amis qui m'ont fourni la ptémière- occasion dé le cbm^oser. Mon dessein ayant èonc été', eu pttUi^iM cei'owit^g^^ d'être atitai^it «ttle qu'il dépend de moi , j'âl étiï que je devais nécessairement l'endre de que j'avais 4 diri^, aussi cfaîr et aussi ii^tèlKgible q«ïe je porurmis^ à toutes sojj-tes de lecteurs. J'aime feieïi mieux que leê; esprits spéeulatife et péiiéti»i{nts Se pfeigheiMî ^ue Je les ennuie en Quelques endt^oits de mou livre, (JUé'sîi d'autres personnes , qui ne êgfii pas a6coiuttt<ftées à des spéenlatiotis abstraites, ou cfui sont préve^iues de notions d^jSe^entes de eelles que je teûi* ptop(fsé\

Xxiy PREFACE

n'entraient pas dans mon sens ou ne pouvaient abao* lument point comprendre mes pensées.

On regardera peut-être comme l'effet <^une vanité jet 4[une insolence insupportable, que je prétende instruire un siècle aussi éclairé que le nôtre, puisque c*est à peu près ce que j'annonce, en avouant que je publie cet Essai dans l'espérance qu'il pourra être udle à d'autres : mais , s'il est permis de parler librement de ceux qui, par une feinte modestie, publient que ce qu'ils écrivent n'est d'aucune utilité, je crois qu'il y a beaucoup plus de vanité et d'insolence de ne se proposer aucun autre but que l'utilité publique, en mettant un livre au jour; de sorte que qui fait imprimer lui ouvrage où il ne prétend pas que les lecteurs trouvent rien d'utile , ni pour eux ni pour les autres , pèche visiblement contre le respect qu'il doit au public. Quand ce livre n'offiirait effectivement rien qui flit louable, mon dessein ne laissera pas de l'être, et j'espère que la bonté de mon intention excusera le peu de valeur du présent que je fais au public. C'est là principalement ce qui me rassure contre la crainte des censures auxquelles je n'espère pas échapper plutôt que de plus excellents écrivains. Les principes, les notions et les goûts des hommes sont si cKfférents , qu'il est malaisé de trouver un livre qui plaise ou déplaise à tout le monde. Je reconnais que le siècle où nous vivons n»e$t pas le moins i^lairé, et qu'il n'est pas par conséquent le plus £àcile à contenter. Si je n'ai psis le bonheur de plaire, per^nne ne doit m'en savoir mauvais gre. Je déclare naïvement à tous

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