‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 3)Chapitre 63 sur 141 · LIVRE I, CHAPITRE III. l/^S · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III. l/^S

sans que son esprit- ait jamais été poussé plys loin , ni appliqué à d'autres recherches ; de sorte que s'il n'a eu aucune idée de Dieu , ce n'est que pour n'avoir pas suivi le fil des pensées qui l'y auraient conduit.

Les idées de Dieu sont différentes en différentes ^ personnes.

Je conviens que s'il y avait quelque idée naturellement empreinte dans l'ame des hommes, nous avons droit de penser que ce devrait être l'idée de celui qui les a faits , laquelle serait comme une marque que Dieu aurait imprimée lui-même sur son propre ouvrage, pour faire souvenir les hommes qu'ils sont dans sa dépendance, et qu'ils doivent obéir à ses ordres. C'est par-là , dis-je que devraient éclater les «premiers rayons de la connaissance humaine. Mais combien se passet-il de f emps avant qu'une telle idée puisse pa- * raitre dans les enfants? Et lorsqu'on vient à la découvrir , qui ne voit qu'elle ressemble beaucoup plus à une opinion ou une idée qui vient du maître de l'enfent, qu'à une notion qui représente directement le véritable Dieu? Quiconque observera le progrès par lequel les enfants parviennent à la connaissance qu'ils c*t , ne man-

2 lO

146 DE fi'EITTENBEMENT HUMAIN.

quera pas de reconnaître que les objets qui se présentent premièrement à eux^ et avec qui ils ont, pour ainsi dire, le plus de familiarité, font les premières impressions dans» leur entendement , sans qu'on puisse y trouver la moindre trace d'aucune autre impression que ce soit. Il est aisé de remarquer, outre cela, comment leurs pensées ne se multiplient qu'à mesure qu'ils viennent à connaître une plus grande quantité d'objets sensibles, à en conserver les idées dans leur mémoire, et à se faire une habitude de tes assembler, de les étendre et de Ijes combiner en di£férenl:es manières. Je montrerai, dans la suite comment, par ces différents moyens, ils viennent à former dans leur e^it l'idée . d'un Dieu.

.Peut-c»i se figurer que les idées qfoe les hommes* ont de IMeu soient antaat àe caractères de cet être suprême qu'il ait gravés dems leur ame de son propre doigt, quand on> v^iL qçe dans un même pays lès. hommes qui le désignent par un seul et même nom , ne laissent ms d'en a^oir des idées fort différentes, souvent disonétralé* ment opposées, et tout *à- fait iiiC(»npatibles? Dira- 1- on qu'ils ont une idée innée de Dieu, dès-là seulement qu'ils s'accordei»! sur le nom qu'ils lui d^nent.^

l^IVEE l, CHAPITRE III. xj^j

Maïs cpielle vraie OU stippcxrtable idée de Dieu pourrait -od.trooyer dans Te^rit de ceux qui reconnaissaSeot: et adoraient deux ou trois centa dieux ? Dès^là (Ju'ils en recoimaissaient plus d'un , Ss Eàisaàtnt' yxxt d'une maasiîère daire et ih*contestable cjue Dieu leur était inconnu , et qu^ils o'aTaieiit aacune Ttèritablc idép de cet être sapréi»e>vpuisq«i'il8 loi ôtaienff l'unité -, Tinfinité' et ëëtemité. Si idous ajoutons à cda les idées gros^ sîères qu^ik a^v^aient d'un dieu corporel , idées qu'ils exprimaient par les images et les repré^ snilations qu'ils Élisaient de leurs dieux; si nous considércms les amours, les 'mariages, les impudîcités , les^débauches , les (pxerelles et les atiKre& bassesses qu'ils attribuaient à leurs dirinitiés, ' quelle ratsoh pourrons-nous aroir de croire que le mondé > païen', c'est - à - dire la ^us grande partie du genre humain , ait eu dans l'esprit des idées de Dieu, que Dieu lui- même ait eu -soin d'y graver de peur qu'ils ne tombassent dans l'erreur sur son sujet? Que si ce consentement universel qu'on presse si fort , prouve qu'il y a quelque idée innée de Dieu, elle ne signi6era autre chose , sinon que Dieu a gravé dans l'ame de tous les hommes qui 'parlent le même lan- gage im nom poiu* le désigner, mais sans attacher

lo.

HE L £ If TETT DEMENT HUMAIN.

à Ce nom aucune idée de lui-même : puisque ces peuples qui conviennent du nom ont en même t^jtips des idées fort différentes . de la chose signifiée. Si Toa m'oppose que. par ^çtte diversité de dieux que Les païens .adôraiènt^^xb n'avaient en vue que d'exprimer figurément les- différente attributs de cet .être incompréhensible , ou lés différents emplois dé sa providence > je réponds que, sans m'amusçr ici à rediercher ce qu'étaient ees-xlifférents dieux 8ans leur première origine , je ne crois .pas que personne ose. dire que lé vtidgaire les ait, regardés comihe.'de siioaples attributs d'un' seul dieu. £t eq effet ^ sans recour rira d'autres témoignages, on* li'a qu'à consulter leyoyage de Tévêque de Berite (*ckàp. X/II) pour être convaincu que la théologie des Sià-i-f * qtïois admet ouvertement là phiralité des dieux, ou plutôt , comme le remarque judicieusemen|:. l'abbié de . Ghoisy, dans son Journal du vojragé de Siam. (a),, qu'elle consiste ^proprefpent à ne reconnaître aucun Dieu.

Si Fon dit que parmi toutes les nations du monde , les sages ont eu de véritables idées de

'* ' I 1 ifii > i

(a) Page 107^117,

liiyR'£ I^ CHAPITBE III.. x49

Tunité et de rinfiBké..de E^p^ j'en .tombe d'ao« cord. Mstis sur cela jerëinaipqUe deux choses.: : : La première^ ^ c'est qiie * cel» exclut TuniVersalité de conseoatement à Tégard de topt ce qui concerne Dieu, ^xcepitéson nofai; car ees sages étant en fort' petit >nott)bre,!^a!peut-étre fintre mile, cette uni^ecsalttié se tbèiF^è resserrée dans des boarnes fort étrokes. ; .1 :

. Je dis eii' seccMid::' lien ,. qu'il s!ensuit cljiir^ UKnt de là * que «Ids idées l6fr:pkis.par£arites que les hommes sdèntdeiDieu, n'ont pas été naturel^ l^neat gravées ;d;m^ h&ar . ame , mais )qu'il& les obi acquises paslevir.méditatîoii; et par un légifiçoe usage ;d^ leurs facultés; puisqu'en diffé-^ nènts lieux du monde les personnes sages, et ap« piifl^ées à la ïechefbhe de la ^çérité^ sesont fait des idées Justes sur ce: point, aussi-bien que sur plusieurs autres, partie. soin qu'ils ont^pris de faire un «bon usage de Içur raison, pendant que 4'autr^, crotipi^sant dans une iâcbé négligence (et c'a toujoura^ :été le plus grand nombre ) , ont forftié leurs i^éeh au has(ard,.fiuria: commune tradition , et sur les notions isulgiikes , sans> se mettre fort en.- peine de les eiuiminer. Ajoutez à cela, que si l'on* a droit de conclure que l'idée de Dieu soit innée, de ce que tous les gens sages en ont eu cette idée , la vertu doit aussi être

l^-»wi«^v««w^v««^pw«^lVi^riw«*w^^iWHi^^^v"^ •■ w t.i.

|$0 DE L'EimiTDEBrEVT HITMAJN.

innée (aa), .parce que les grâs sages en ont îtoii^ jours eu une vérît£|bie idée, i '.'.■••.. -,

' Tel était visiblement le cas où se itcouvaient tous les païens : ist quelque soin qu'on ait pris parmi les juifs, les chrétiens et les niahométaiis, qm ne reconnaissent qu'un 4seul 'Dieu, de doi|<' ner de véritables idées de ce souverain étre^, cette doctrine n'a pas assez prévaèâ sur l'esprit des^^euples imbus de ces diifiéreHtes religions, pour faire, qu^ik «aient une véritaUe idée de Dteu , et qu'ils eo aient tous la-meine idée. Combien trouverait-on de gens, même parmi nous, qui se représentent Dieii assis dasxsi les* (cieuft sous la figure d-u^ homme vCt qui s'isn forment plusi^iir^ ai|tres. idées absurdes et totvt-^à^&it indigneii'ide Cet éixe souverainement parikit? il y a eo pap»i4 les Chrétien», aussi-bien que pftfmi les Turcs^ dais sectes entières qui ont soutenu fbit sérienseme»^ que DieH lél^it' corporel et'dts fomie liamainie; etquoiqiie à présent on ne trouve, guère (l«>per^ sonnes parmi nous qui fiassent jprofe^lonoofeitq d'être Ajithropomôiphitès' ( j'éfi' aï poin^tatif ^ qui me l'ont; 'ttvoué ) y je wois qœ qui voudrait ft'apfiliqiier à le i^echerchér ; irouverait pamii les

(la) « Noti pas la vertu, mais lldée ile la vertu est innée ; » et {)ettt-é(i>e TaUteur ne» veut- il dit* <jûe cela. »

LITRE I, CHAPITRE III. l5t

chrétiens ignorants et mal instraits,' bien des gens de cette opinion, "^ous n'avez qu'à vous entretenir sur cet article avec les gens de la campagne , presque de tout âge, et avec les enfants, dans, presque toutes les conditions, et vous trouverez que, bien qi^'ils aient fort souvent le nom dé Dieu dans la bouche, les idées qu'ils attachent à ce .mot sont pourtant' si étranges , si grotesques; si basses et si' pitoyables , que personne ne pourrait se figurer qu'ils les aient apprises d'un homme raisonnable; et encore moins que ce soient des caractères qui aient été gravés dans leur ame par le pi'opre doigt de Dieu. Et dans le fond, je ne vois pas que Dieu déroge plus à sa bonté en n'ayant point imprimé dans nos âmes des idées de lui-même, qu'en nous envoyante tout nus dans ce monde sans nous donner des habits , ou en nous faisant naître sans la connaissance innée d'aucun art. Car, étant doués des facultés nécessaires pour apprendre à pourvoir nous-mêm'ês à tous nos besoins , c'est faute d'industrie et d^àpplicatiori 3e notre part, et non un défaut de bonté de la part de Dieu , si Yious en ignorons les moyens. Il est aussi certain qu*il y- a un Dieu , qu'il est certain que les angles opposés qui se font par l'intersection de deux ligne? droites, sont égrfUx. Et il n'y eut jamais de créature raisonnable qui se soit appliquée

l5a DE L'ENTEirDE'MENT mJ^JilV.

sincèremjeni; à examiner la vérité 4e ces deux |Mr07 positioDS 9 qui ait manqué (Ty doiuier son cou*sentement. Cependant, il e$t hprsMe doute qu'il y a bien des hommes qui, n'ayant pas tourné leurs pensées de ce côté-là, ignorant également ces deux vérités (a 3).; Que si quelqu'un jqge à propos «de donner à cette di^osition où sont tous Tes hommes de découvrir un Pieu , pourvu qu'ils s'appliquent à rechercher les preuves de son existence , le nom de consentement Ymiversel (ce qui, au fond, n'emporte autre chose dans cette rencontre), je ne m'y oppose pas : mais Un tel consentement ne sert non plus à prouver que l'idée de Dieu soit innée, qu'il ne pi:^ûve l'idée innée de ces angles dont je viens de parler-

Vf.

suidée de Dieu n* est pas innée ^ aucune autre

, idée ne peitt être regardée comme telle.

Puis donc que , quoique la connaissances de Dieu soit Tune des découvertes qui se présentent le plus naturellement à la raison humaine, l'idée, de cet être suprême n'est pourtant pas innée ^

(a3) « Je l'avoue : mais cela n'empêche point qu'elles ne soient innées, c'est-à-dire, qu'on ne les pmsse trouver

« en soi. » .

rV ^^^ • --. -^ ^.^^ •♦'"• ir — s ♦»

f ' J^lJtSilR I, CHAPimE III. * j53

comme je ^eqs de le:ixi0iïtt^'Vévi4<9iffî}eâl,< si je ne me trompe, je crois ^uV^fa atirâ de^k-pèinè à trouvep aucune autre^ iéée- qefon ait difoft de faire ^passe^ potir innée; Oar, si; Dieu eiititxspvikaé quelque c^u|aotère dans l'esprit des hotttnie^l,^ il est ' phiS' • raisonnable' de • penser ' que c/auraift été quelque idée claire et unifeniiie de Jui-nkêmli qu'il amrail: grmée pFofondémemt dans:notre'iây!e, antant que^ riotve faâbk entendement e)9t'Paplltdë de recevoir l'impression- d'un «obj^t infini '^t qui est si fort a»dessus deiiotre portée. Mais'p^is-^ que notre amigi se trow^e d'abord sans cette idée qu'il nouft ii|ipôrte le *plu^ d'aviM", c'éh^^lk Uti^d forte présomption contre tou^ les autres çâralc* tères qu'on voudrait ^ fairei ^s$êr pour futiés. Et /pour moi;. Je ne puis* m'empéchier de dire (ftië je n'en saurais voir aucun- de*eétle espèee, quép que soin que j'aie pris pour 'cela ; et que je' serais bien aise que quelqu'un voulût m'apprendre sur ce point ce que je n'ai' pu découvrir de moim^e.

Vidée ^ la Substance nest pat innée.

J'avoue qu'il y a une autre idée qu'il serait

généralement avantageux aux hommes d'avoir,

parce que c'est le sujet général de leurs discours^

où ils font entrer cette idée comme s'ils la con-

('54 DE < L'EsrjtxrDJ&MXNT kmij^'^'

xmBiB^mt «ffèetiyieqpieait : je veux parier «de Vidée de la substance^ que jctoiia n'âivqQs u» ne pouvons avoir pbr voie de Beildsiti<m tm de jréflexioit (a4)' Si la oaCure se dniicgeait du soin deiious donner ^elques idées,: nous aurions Bujet d'eispërer que ce seraient^ celles' q«e nous ne«|>ouvoiis poiDt acquérir aôàisrméines par l'ùsa^ de nos facultés. Mm iïohs :vby6tiS(» au contraire, que purce que ciçtte idée ne. nous ¥iisnt> pas par les toenaes voies que les autres idées, nous ne la cpmais$<Wis poidit du tout d'une! «anièM distiaicte:.de sorte qtte le mçt de «ubsianee n'emporte lautre. cbiose à notre égards qu'un certain sujet déterminé. ^ue noua ne coonaisscHla point , c'est*^-dtre quelque chose, dont nous nJavoas auc^upe idée particuJiièré ^ idisl;inete et positive, mais que, nous r^ardonsxQinwe \»*suksP:aium, ou s^utiçn ^ des idées oue nous . coônaisâons/

Nulles propositions ne peuvent êtte innées , /H^ir*quil n'y a point d! idées qui soient innées.

Quoi qu'on dise donc des principes innés , tant de ceux qui regardent la spéculation que de

II» > ■ ■■ ■ Il .11, I I 1.1

(24) « Je suis persuadé que la réflexion, suffît pour trouver « l'idée de la substance en nousHuémcfs, qui sommes des sub- « stances; €$t cette notion est des plus importantes. » '

LIYKE I, CmAPITRE ÎII. j55

qui aj^artîemieni; à ht pratique , 4èiê sérail; Aussi hieu fondé à soutenir qu'un homm^svMiMk cebt.^ancs diaas sa p6che^ argent comptsint', quoiqu'on niât qu^U n'y eût ni denier^ ni^soit^, ni épu vcu aucime pièce rde monnaie qui put jÊur^ cette scymme; bnjserait , idis - je ^ tout &os^ bien fbndéîà^dJrpîcelay qu'à se âgut^er que certaines propoBitians': sont' innées ^ quoiqu'on lie* poisse sopposet\'€9ifc|iuduneinaMière'que les idées dont elles sdhtt^^ompbsées isoûepit innées; car en pi» sieurs rencontir^y /d'où^e^ viennent les idées; on reç(rà|:iftéeëssairen2eiiit> deis ptV)^si!lion8 qui exv primentj la convenance ou k disconvenanoê de ces i4ée$; Qu^Donque avpar temple , un« véritable idée.. de ^ieu et du iculle qu'on doit lui rendre, dpnqeira son consentement à cette pro-positiony^lFett doit être ad^réy si elle eàt ex^ primée dans; voi^ langage qull eiïtevide i et tout homme raisoimable, qui ri^ a pas fait réISeition aujourd'hui^ sera prêt à la recevoir demain san& aucune lUfficullé. Or, nous pouvons fort hien supposer qu'un million d'homines manquent ^àu^ jourd'huide l'une de ces idéiesx^u de toute)» d^ini: ensemble. Car, posé le cas que les sautaigés et la plus grande partie des paysans aient effectivement des idées de Dieu et du culte qu'on doit lui rendre ( ce qu'on n'osera jamais soutenir, si on entre en conversation avec eux sur

l56 DE. L'siTTENDEJHElIfT HU^HAIIT.

jses matières ) /je cmis dtr ]n(Mils»>qi|i'o]iipe.sau>' sait supposer qu'i^* y ait .beaucoup d- enfants qui aient ces idées. Ceh élant^..il faut:. que. Les enfants coipmenceutrà les. avoir dans un'cerliain temps y quel .qu!il soit, -let !ce^seraB:akrs' qu'ils comm^neeront aussi à . donner ' Içur « oonsente-* ment à. cette proposition ^ pqur jEffin^plos «douter. Mais 'Un tel con^enteipieilt , donné à.une|iroposition dès qu'on Fentend pourdaipieinière fqis, ne prouve pas plus q«ieJes(^> id:éis&r.qa'i9U& con* tient sont innéest^ qu'éprouve ^uluna^ieugle de naissance, à qu^ on lèveapad^oijûn^ le^caCaractes, avait des idées ikinées^du aoleilYîde, la! luiBÎére, du safran, ou du jaun^v p^r^^ .qui^ *dÀs que- sa yue sei'a éclaircie^ il ne niaiiquerâ..{^ijide don* ner son consf{ntiçi9Qnt.à ces deux propositions : Le.soleil est lumiwuxy Le sqf/xui ^stjxumé,^ Or, si un. tel consentelnent ne prouve poînt cfueles idëes dont ces propositions sont4:o»potées3oient innées, il prouve encore moins^. que ibèfi. propositions le soie^att. Que. si qiieIiqpEi'uii!ade9*idées innées, je j^rais^. bien aise 4^'il "voulut prendre la peine de me dire quelles sont .ces idées «et combien il en connait^de cette espèce.

LIVRfc r, CHAPITRE ill. i5t

Il n'y a point didées innées dans la mémoire.

A quoi j'ajouterai que , s'il y a des idées inoées qui soient dans l'espriti sans que l'esprit y pense.actuellement , il faut, du moins, qu'elles soient dans la mémoire , d'où elles doivent être tirées par Voie.; de réminiscence, c'esf-à-dire être connues lorsqu'on eu rappelle le souvenir, comme autant.^e perceptions qui ont été auparavant dans l'ame, à moins que la réminiscence Qe puisse subsister sans 'réminiscence. Car se ressouvenir d'une chose , c'est l'apercevoir par mémoire, ou par une conviction intérieure qui nous Éass^e sentir .que nous avons eu auparavant une connaissance ou nue perception particulière de cette chose. Sans cela, toute idée qui vient dans l'esprit est nouvelle , et n'est point aperçue par voie de réminiscence ; car cette persuasion où l'on est intérieurement qu'une tell« idée a été auparavant dans notre esprit, est proprement ce qui distingue ta réminiscence de toute autre manière de penser. Toute idée que l'esprit n'a jamais aperçue , n'a jamais été dans l'esprit;, et toute idée qui est dans l'esprit, esc une perception actuelle, ou bien, ayant été actuellement aperçue, elle est en telle sorte dans

l5tf> DE l's NTErrDBMENT aUMAlK.

'esprit, qu'elle peut redevenir une perceptipn

actuelle par le moyen *de la mémoire. Lorsqu'il y a dans l'esprit une perception actuelle de quelque idée sans mémoire , cette idée paraît toutàf fait nouvelle à l'entendement; et lorsque la tuémtMre recul) quelque idée actuelTeiBeet présente à If esprit 9 c'est en faisant senlâr intéiieurement que' cette idée a été àctueUemenl dans Fesprit , et qu-'ellé ne lui éCak pas tout-à'^fatt inconnue. J'en) appdle à ce qne chacm» observe en soi* même, pour savoir si cela n'^t pasr aiotsi; et je voiuxinus: bien qu'on mé donnât un exeèiple de quelque idée ^ prétendue innée , qUe quelqu'un pât rappeler dans son. esprit comkne une idée déjà connue , avant qoe^ d'en^ avoir reçu aucune impresaion par ks voies doqt nous parlerons dans la suite : car, encore un coup , sans ce sentiment intérieur d'une perception qu'on ait dëja eue, il n'y a point de réminiscence^ et on ne sauitût dire d^ctme idée qui vient< dans l'espritsans cette conviction, quf ons'en.ressoavieimey ou qu'elle sorte' de 1» mémoire , ou. qu'elle soit dans l'esprit avant qu'elle commence de se mon* ti«r actuellement à nous. Lonqu^ime njée n'est pas^ actuellement présente à l'esprit ou en resserve, pour ainsi dire , dans la mémoire , elle n'est point du tout dans l'esprit, çt c'est comme si elle n'y avait jamais été. Supposons lîn ei^nt

. XIVKE I, CBAPITRE III* • iSq

qui ait l'usage de ses jeux jiisqa'à ce q^'il connaisse et distingue le» couleursi, maâs (|a'a)oi?& les catM^àctes Yaoaiïl; '. à fennet l'entrée k la lu^ mière, il spit quarante^on ciiiquaDte aii&^ansi . rien Toir afasohnnent, et cpjue pendant tout €e temps'là il perde entièrement te souvenir des idées des couleurs qu'il a^ait*eues aupio^avant. C'était là» justement le cas où se trouvait un aveugle auquel î'ai pAvié une fois, qui, dès l'en^ fance, aivattété privé de la* viKe par la petite vérole , et n'avait aucune idée^ ans couleurs , non . plus qu!u& jraèiL^^-*né (a 5). Jet detnaadè û tia homme y dans* cet état)4àva dans l'esprk qilelque idée des cofileurs^ plutôt qu'fin aveuglé^ né? Je ne croîs pas cpté perscmne dise que l^un ou Fau« tre en aienft absolument aucune. Mais , qn'oii lèv^

(25) «Il se peut qu'un enfant^ devenu ftVaugle^ oublie « d'avoir jamais vu la lumière et les couleurs, comme il ar- « riva, à l'âge df deux ans er demi, par la petite vérole, au « célèbre Ulric- S<|lionlberg , natif de Wéide, au baâ Pàlati-^ » nat) tpâ meurut à Kœmgsbcrg en Prusse , en 164^, où il » avait enseigné la philosophie et les mathématiques avec « Tadmiration de tout le monde. Il se peut aussi qu'il reste « à^ un tel homme des effets des anciennes impressions , sans « qnfil s^n souvienne. Je cDois.qne les songes nous renou-

« vellent aussi d'anciennes jiensées du moins je iie vois

« aucune nécessité qui nous oblige d'assurer qu'il ne, reste « aucune trace d'une perception , quand il n'y en a pas «t assez pour se souvenir qu'on Ta eue. >» "*

}6o DE l'entendement HUlkOLIN.

le& cataractes de ;GeitiL qui est devenu aveuglerai aura de. nouveau îdes idées des, couleurs , qu'il ' ne ise 'souvient huUement d'avoir eues ;.idées que . la ivue qu'il vient dé recouvrer, ^era passer dans son ftesprit, sans, qu'il; soil; : cofovaxncu :<en lui-* OiièniQ* de les avoir cofimaîesauparavËint: après quoi/y il. [pourra i les rapjpeter «t use ries rendre, comme . présentes à^ l'esprit au milieu dés ténèhres> £t c'est k l'égierd de toutes ces idées des couleurs qu'on peut rappeler, d^ns l'esprit, quoiqu'elles ne soient pas 'présentes àuxyeilx, qu'on dît qu'>étant* danë la mémoire elles :sont aussi danfi l'çsprit. D'où je.iconclus : que toute idée qui est dans l'esprit , ^ans être actuellement présente à l'esprit > n'y . est • qu'en laot qu'elle est 4s^n$ .la «mémoire .:j que si elle ut est' pas dans la mémoire, elle n'est point dans l'esprit; et 4|ue si elle est dans la mémoire, elle né peut devenir actuellement présente à l'esprit , sans uhe perception qui.fa^sé connaître que cette idée procède de la mémoire , c'est-à-dire qu'on Ta auparavant connue , et qu*bn ^'en ressouvient* présentement. Si donc il y a des idées innées^ elles doivent éfre dans la mémoire , ou bien on ne saurait dire qu'elles soient dans l'écrit ; et si elles sont dans la méînoire , elles peuvent être retracées à l'esprit sans qu^aucune impression extérieure précède; et toutes les fois* qu elles se pré-

Page 1