‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 3)Chapitre 64 sur 141 · LIVRE I, CHAPITRE ÏII. l6l · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE ÏII. l6l

sentent à l'esprit , elles produisent un sentiment de réminiscence , c'est-à-dire qu'elles portent avec.. elles, une. perception qui convainc intérieurjement l'esprit, qu'elles ne lui sont. pas entièrement, nouvel! es. Telle étsttit la différence qui se trouve constamment entre ce qui est et ce qui n'est pas dans la mémoire, ou dans l'esprit, tout' ce qui n'est pas dans la mémoire est regardé comme une chose entièrement nouvelle, et qui était auparavant tout-à-fait inconnue , lorsqu'il vient à se présenter à l'esprit : au contraire, ce qui est dans la mémoire, ou dans l'esprit, ne paraît point nouveau , lorsqu'il vient à paraître par l'intervention "de la mémoire ; mais l'esprit le'iTOUve en lui-même, et connaît qu'il y était auparavant. On peut éprouver par là s'il y*a aucune idée innée dans l'esprit avant Fimpressiôn faite par sensation ou par réflexion. Du reste , je voudrais bien voir un homme qui , étant parvenu à l'âge de raison , ou dans quelque autre temps que ce soit, se ressouvînt de quelqu'une de ces idées qu'on prétend être innées-, et auquel elles n'auraient jamais pai*u nouvelles depuis sa naissance. Que si quelqu'un prétend soutenir qu'il y a dans l'esprit des idées qui ne sont pas dans la mémoire, je le prierai de s'explitjtier et de jïie faire compsendre ce qu'il entend par là.

i6ik DE l'entenbement humain.

s ai.

Les principes qu*on veut faire passer pour iri^ nés, ne le sont pas, parce qu'ils sont de peu d'usage y ou d'une évidence peu sensible.

Outre ce que j'ai déjà dit , il y a une autre raison qui me fait douter si ces principes , que je viens d'examiner, ou quelque autre que ce soit, sont véritablement innés. Comme je suis pleinement convaincu que Dieu, qpi est infiniment sage y n'a rien fait qui ne soit parfaitement conforme à son infinie sagesse ^ je ne saurais voir pourqjnoi l'on devrait- supposa que Dieu imprime, certains principes universels dans l'ailie des bommest, puisque les principes de spéculation q^uon prétmid être innés, ne sont pas d^unjort ffrand usage , et que ceux qui concernent la pratique ne sont point évidents par eux-ffiémes ; ei qfie les uns et les autres ne peuvent- ét^ dis tintés de , qfitelqfies autres véri(és qui /afe sont pets reponriues pour innées. Car, pouripioi Dieu aurait-il gravé de son propre doigt^ dans l'ame des li()mmçs,.des caractères qui n'y paraissent pas jjlus nejttement que ceux qui y, sont introduits dans la siA^e^./>ti qui même ne peuv^t être distingués, de cejsdeyniers? Qpe ^ q^qu'un est persuadé qu'il y a effectivement dés idées et des

IJVRE I, CHAPITRE ill. l63

propositions innées, qui^ par leur clarté et leur utilité, peuvent être distinguées de. tout ce qui vient de dehors dans l'esprit, et dont on a une connaissance acquise , il n'aura pas de peine à nous dire quelles sont ces propositions et 'ces idées, e€ alors tout le monde sera capable de juger si elles sont v^ritableçuent innées ou nomu Car,, s'il y a de telles idées qui soient visiblement différentes de toute autre perception pu côn* naissance , chacun pourra s'en convaincre par hpr même, j'ai déjà parlé de Févidence des maximes qu'on suppose, innées; et j'aurai occasion de parler plus au long de leur utilité.

La différence des découvertes que /ont les ham" mes y dépend du diffèrent usage quHlsfant de

leurs facuUés.

. PoiiTi conclure : il y a quelques idé^. qui. s« pr^entent d'abord comme^d'elles-mt^me^iàreEtT tendement de tous les homities* et ciçi^taines. vé* tités qqi résultent de. quelqu^$.i4^$l,.dès que Tes^prit jotal ces idées ensemble: ppw en faire des ^prQpos^tiQn^ U y Jt d'ajutriç^, vérités qui dér pendant d'up^, siytjÇ; d'idées 4îfîpQ$ées<,eQ. bon ordr^ ,. de l'^Mftte, ijompiiwûsûa qul^n ;en lait , et

de c<ii;aia$sj;dé^^i0i}s &iH!s.<a«^ «$ii«^ w»

164 DE l'entendement Hui^UAyr*

quoi l'on ne peut les découvrir, ni leur donner son consenteiàent. Certaines vérités de la première espèce ont tété regardées mal-à- propos comme innées , parce qu ^es sont reçues généralement et sans peine. Mais la vérité est, que les idées, quelles qu'elles soient, ne sont pas plus nées avec lious, que les arts et les sciences, ijuoiqu'il y en ait effectivement quelques-unes qui se présentent plus aisément à notre esprit que d'autres , et^qpi, par conséquent, sont plus généralement reçues, bien qu'au reste elles ne viennent à notre connaissance , qu'en conséquence de l'usage que nous faisons des organes de notre corps et des facultés de notre ame ; Dieu uyant donné aux hommes des facultés et des moyens pour décoy^vrir y recevoir et .retenir certaines vérités y selon qu'Us se serinent de ces fa-cultes et de ces moyens dont il les u pourvus. L'extrême diflférence qu'on trouve entre les idées des t^omme^ , vient du différent usage qti'ils font de' i^rs'^ facultés. Les uns (et c'est le plus grand ûéiîibré ) y^ recevant lès choses sur la foi d'î^utrui, font un mauvais usagé du piouv#ir qu'ils ont de donnei^ leur consentement à telle ou telle chose , eh soumettant lâchement leur esprit à l'autorité dw 'autres , dans des points qull est de leur- devôiif* ^^t^midtr e{lx-mémes avec soin , au 4îeu de les Mcevoif' aveuglément avec- une foi

" - ""hîtrf ■ 't — I ai ii^a-^i' ^ . A ' ■ .*- -.,

---«i-nii ib M ■ >i ^^"-^«rw^p^^pv>^^i^>

Page 1