‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 3)Chapitre 67 sur 141 · TT · texte numérisé non relu

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l68 DE l'eNTE]»1>EMEWT HUMAIIf.

pect pour les . sentiments des autres. hommes; mais la vérité doit être respectée par -dessus tout ; et j'espèr^e qu'on ne me taxera pas de vanité, si je d^s que qous ferions peut-être de plus grands progrès dans la connaissance des choses si nous allions. à la source, je veux dire à l'examen des choses mêmes, et que nous nous fissions un devoir de chercher la vérité en suivant nos propres pensées plutôt que celles des autres hommes. Car je crois que nous pouvons espérer avec autant de raison, de voir par les yeux d'autrùi, que de connaître les choses par l'entendement des autres ; hommes. PltK» nous connaissons la vérité et la raison par nousmêmes, plus nos connaissances sont réelles -et véritables^ Pour les ' opinions des autres honçimes, si elles ne font que flotter, pour ainsi dire, dans notre esprit, elles ne contribuent en rien à nous rendre plus intelligents, quoique d'ailleurs elles soient conformes à la vérité. Tant que nous n'embrassons ces opinions que par respect pour lé nom de leurs auteurs, et que nous 'n'employons point notre. raison , comme eux, à comprendre ces vérités, dont la^connaissance les a rei^dus si illustres dans le monde , ce qui en eux était véritable science n'est en nous que pur entêtement. Aristote était sans doute un trèshabile homme, maÎ3 personne ne s'est encore

: LIVRE I, CHAPÏT-RE III. l6g

avisé de le juger tel parce qull embrassait aveu- I

gLétnent et soutenait avec confiance les senti* ments d'aut|rui. Et s'il n'est pas devenu philo- i '

sophe eri recevant sans examen les principes des savants qui l'ont précédé, je, ne vois pas que personne puisse le devenir par ce moyen -là.

Dans les sciences, chacun n'est riche que de ce qu'il connaît et de ce qu'il comprend réellement. Pour ce qui. est des choses qu'il croit, et reçoit simplement sur la foi d'autrui, elles ne sauraient entrer en ligne de. compte : ce ne sont que des. lambeaux entièrement inutiles à ceux qui les ramassent, quoiqu'il^, vaillent leur prix étant joints à la pièce d'où ils. ont. été détachés: monnaie d'emprunt, toute pareille à ces pièces enchantées qui paraissent de l'or entre les mains de celui dont on les reçoit, mais qui.devienneni des feuilles ou de la poussière dès qu'on vient à s'en servir.

D'où vient Vopinion qui établit des principes

innés.

Les hommes ayant une fois trouvé certaines propositions générales, qu'on ne saurait révo-^ quer en doute dès qu'op les comprend , je sais bien que rien n'était plus court et plus aisé que de conclure que ces propositions^ étaient, innées*

170 DE l'entendement HUMAIN.

Cette conclusian , une fois reçue , a délivré lès paresseux de la peine de faire dés recherches sur tout ce qui était déclaré inné, et a empêché ceux- qui doutaient , de songer à s'en instruire par eux-mêmes. D'ailleurs, ce n'est pa^ un petit avantage pour cei^x qui font les maitres et les docteurs, de poser, pour principe de tous les principes , que lés principes ne doivent point êtrç mis en question (26) ; car, ayant une fois établi qu'il y a des principes innés, ils taettent leurs sectateurs datis la nécessité dç recevoir certaines doctrines comme innées, et leur ôt^nt, par ce moyen, Fosage de leur propre raison, en les engageant à croire et à recevçir ces doctrines sur la foi de ieur maître sans aucun aiïtre e^a-men : de Borte que ces paiivre3 dlisciples , de - Tenus esclaves, d'une aveugle crédulité , sont bien

(a6) « Si le dessein de l'auteur est de conseiller qu'on « cherche les preuves des vérités qui en peuvent recevoir, « sans distinguer si elles sont innées ou non , nous spmoies ec entièrement d'accord ; et l'opinion des vérités innées , de « la manière que je les prends , n'en doit détourner per- «sonne; car, outre qii'on fait bien de chercher la raison « des instincts, c'est une de mes grandes maximes, qu'il est « bon de chercher la déiiions|ratioD des axiomes même : pour « ce qj^ eàt du principe de ce^^^ qu^ diset^t qp'U ne, faut « point disputer contre celui qui nie les principes^ il n'a lieu « entièrement qu'à l'égard de ces principes qui ne sauraient ,» recevoir lù doute, ni preuve. »

LITRE I, CHAPITRE III. l-Ji

plus aisés à gouverner, et devienocnt beaucoup plus utiles à une eertaiiie 'espèce de gens, 'qui ont l'adreesect la charge 'de leur doôn^ des priscipés^^et de diriger leur conduite. Or,' Ce n'est pas' un petit pouvoii- que celai qu'Un homme prend sur un autre, lorsqu'il a l'autorité.de lui inculquer tels principes qu'il veut, comme autant de vérités, qu'il ne doit jamais ré-' roquer en doute, etde luifaire recevoir conitne on pvinci^e inné tout ce qui péUt servir à sts propres fins.

Mais si, au lieu d'en user ainsi, l'on eût examiné les mc^ehs par où les hommes vieiinent i' la' connaissance de pluâeurs vérités universelles, on aurait'trouvé qu'elles se forment dans l'esprit par la considération exacte des choses mêmes,' et qu'on les découvre par l'usage de ses facultés,' qui, par leur destination, sont très -propres 'à Dous faire recevcwr ces vérités, et à nous en faire juger droitement ; si nous- les appliquons comme' il ^iit à cette recdierche. ■ , - •

Conclusion.

Je meipropb5e,d»ïs Jehtrie-BUiVaHl, Se itnohtrer coimnent l'entendemeiit y procède; mais j'avertirù d'avance, qu'àfin de mefrayer te che-

17a BE L ENTENDEMEKT HUMAIN.

min à la découverte de ces fondements, qui sont les seuls, à ce que je crois, sur lesquels les notions que nous pouvons avoir de nos propres connaissances puissent être solidement établies , j'ai été obligé de rendre compte des raisons que j'avais de douter qu'il y ait des principes innés. Et parce que, parmi les arguments qui combattent ce sentiment , il y en a quelques-uns qui sont fondés sur le^ opinions vulgaires, j'ai été contraint de supposer plusieurs choseS; ce qu'on ne peut guère éviter lorsqu'on s'attache uniqqe» ment à montrer la fausseté ou l'inconsistance de quelque sentiment particulier; Dans les controverses, il arrive la même chose que dans le siège d'une ville , où , pourvu que la terre sur la* quelle on veut dresser les batteries soit ferme , on ne se met point en peine d où elle est prise , ni à qui elle appartient, pourvu quelle serve au besoin présent. Mais, comme je me propose, dans la suite de . cet ouvragé , d'élever un bâtiment uniforme , et dont touti^s le3 parties soient .bien jointes ensemble, autant que mon expérience et les observations que j'ai faites me le pourront permettre, j'espère de le construire de telle manière sur ses propres fondements , qu'il ne Êiudra ni piliers ni arcs-boutants pour le sou* tenir. Que si l'on montre, en le minant, que c'est un château bâti en Tair, je ferai du moins

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