‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 3)Chapitre 74 sur 141 · LIVRE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I

juger qu'un fait est vrai parce qu'il le supposé tel ; manière d« prouver qui se réduit à ceci : Il faut nécessairement que j'aie pensé pendant toute la nuit précédente, parce qu'un autre a supposé que je pense toujours, quoique je ne puisse pas apercevoir moi -même que je pense efifectivement toujours.

Je ne puis m'empêcher de remarquer ici , que des gens passionnés pour leurs sentiments sont non-seulement capables d'alléguer en preuve une pure supposition de ce qui est «en question, mais encore de faire dire à ceux qui ne sont |Mb de leiir avis, tout autre chose que ce qu'aïs ont dit effectivement C'est ce que j'ii ^irouvé dans oette ticcasion ; car il s'est trouvé un auteui* qui, ayant lu la première édition de cet ouvrage^ et n'étant pas satisfait de ce cpie je viens d'avaucei" contre l'opinion de ceux qui soutiennent que Vame pense toujours , me fiiit dure i^une chose cesse d* exister parce que nous ne sentons pas qu^élle existe pendant notre sommeil. Étrange conséquence qu'on ne^peut m'atttibuer sans avoir l'esprit rempli d'une aveuglp préoccupation I Car je ne dis pas qu'ij n'y ait point d'orae dans l'homme , parce que , durant te sotnttieil, l'homme n'en a aucun sentiment; mais je dis que lliomroe ne saiu*ait penser, ^i quelque temps que ce soit , qu'il veille ou qu'il

igO DE L ENTSNOEMEirT HUMAIIT.

donne , sans s'en apercevoir. Ce sentiment n'est nécessaire à l'égard d'aucune chose, excepté nos pensées, auxquelles il est et sera toujours nécessairement attaché jusqu'à ce que nous puissions penser, sans être convaincus en nousmêmes que nous pensons.

Vcane ne sent pas toujours qu^ elle pense.

Je conviens que l'ame n'est jamais sans penser dans un homme qui veille, parce que c'est ce qu'emporte l'état d'un homme éveillé. Mais de savoir s'il ne peut pas convenir à tout l'homme, y compris l'ame aussi-bien que le corps, de dormir, sans avoir aucun songe, c'est une question qui vaut la peine d'être examinée par un homme qui veille : car il n'est pas aisé de concevoir qu'une chose puisse penser, et ne point sentir qu'elle pense (3i). Que si l'âme pense dans un

(3i) « n faut considérCT que nous pensons à beaucoup de chosçs à-l^-fois; mais nous ne prenons garde qu'aux pensééls qui sont les plus distinguées : et la chose ne saurait aller autrement; car, si nous prenions garde à tout, il faudrait penser avec attention à une infinité de choses en même temps, que nous sentons toutes, et qui font impression sur nos sens. Je dis bien plus : il reste quelque chose de toutes nos pensées passées, et aucune ne saurait

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