‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 3)Chapitre 75 sur 141 · LIVRE II, CHAPITRE I. I9I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I. I9I

homme , qui dort sans en avoir \xam perception actuelle,, je demande si, pendant qu'elle pense de cette manière , elle sent du plaisir ou de la douleur, si elle est capable de. félicité ou de misère ?. Pour l'homme , je suis assuré qu'il n'en est pas plus capable dj^s ce temps-là que le lit ou la terre où il est couché. Car d'être heureux ou malheureux sans en avoir aucun sentiment, c'est une chose qui më paraît tout-àfait incompatible. Que si l'on dit, qu'il peut être, que, tandis que le corps est accablé de sommeil , l'ame ait ses pensées , ses sentiments , ses plaisirs et ses peines, séparément et en ellemême , sans que l'homme s'en aperçoive et y prenne aucune part : il est certain , que Socrate dormant et Socrate éveillé n'est pas la même personne , et que l'ame de Socrate lorsqu'il dort, et Socrate qui est un homme composé de corps et d'ame lorsqu'il veille , sont deux personnes ; parce que Socrate éveillé n'a aucune connaissance du bonheur ou de la misère de son ame qui y

«jamais être effacée entièrement; or, quand nous dormons « sans songer, ou quand nous sommes étourdis par t}uelque <( coup , chute , etc. , il se forme en nous une infinité de <t petits sentiments confus... J'avoue, cependant, qu'en cet « état de confusion, Tame serait sans plaisir et sans douleur, o. car ce sont des perceptions notables. »

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19a DE I»' ENTENDEMENT HUMAIN.

participe toate seule pendant qu'il dort, auquel ét^ il ne s'en aperçoit point d» tout, et n'y ppend pas plus de paît qu'au iioidkeiir ou à la misère d'un homtoe qui est aux Indes et qui lui est absolnmeot inconnu. Cari si nous sépa^ rons de nos actions et de /los seosations, et surtoat du plaisir et de la douleur, le scaitimeot intérieur que nons en atons et fintérét qui raf> compagne , il sera bien Hialaisé de savoir ce qui lait la mmie personne (a).

Si un homme endormi pense sans le saifoir; un homme qui dort y et qui ensuite veille , ce sont deux personnes.

L'aroe pense, disent ces ^tis-là, pendaitli le plus pn^fond soosiineîL Mais lorsque Tame pense 9 et qu'elle a des peroeptions, elle est^ sans doute ^ aussi capable de recevoir des idées de plaisir au de douleur qu'aucune autre idée que -oe soit , A elle doit nécessairement sentir en elle-même s4l propr^ perceptions. Cependant si famé a toutes ses perceptions à part , il est visible que rfaomme qui est endormi , n'eâ a aueun sentiment

{fi) Cest une questioa ^pie M. Iiocte ctaïnine fort au long dans le chap. 27 de ce livre a. •

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en lui-même. Supposons donc que Castor étant endormi, son ame est sépara de son oorps pem dant qu'il àofit : sppposition qui ne doit point paraître impossible à ceux avec qui j'ai présen> tement affaire, lesquels accordent si librement la vie à tous les autres animaiis^ différimts de l'homme , sarys leur donner une amè qui ^^on*naisse et qui pense; ces gens^lli^^dts-je, ne peuvent trouver aucune ififepossibîlite' ou* oontradietion à dire que le coips puisse vivre- sans ame , o« que l'ame puisse subsister, penser, ou avoir des perceptions, itiêrae celles de plaisir ou vie douleur, sans être jointe à un corps. Cela étant, supposons que Famé de Castor, séparée de son corps pendant qu'il dort , a ses pensées à part. Supposons encore qu'elle cboisit , ppur théâtre de ses pensées, le corps d'un aAiti\e..hQaatme^ celui de PoHux , par exemple , qui doï^t sans* 'fittîfe ; car si, tandis que Castor est endormi, son ame peut avoir des pensées dont il j^'a aucun B&cxùnsien^ en lui-même, n-'impofte quel lieu "son ame choisisse pour penser : nous avons par ce moyen les corps de deux hommes, qui n'ont i^ptre eux q[u'ujae seule aime , et que nous supposons «nr dormis et évoUWs tour-à-tôur; de sort© chne Tftme pense toujours dans celui des deux qui est éveillé, de qtuû celui qui e;8jt jen4Qr|ni. n'a (jamais aucun sentiment en hii-m^ej ni-au-^

kgi DE l'eîTTEIVDEMENT HUMAIN.

cune perception quelle qu'elle soit. Je demande présentement > si Castor et PoUux n'ayant qu'une seule ame ^qui agit . en eux par tour , de, sorte qu'elle a, dans l'un, des pensées et des perceptions^^dont l'autre n'a jamais aucun sentiment, ^t auxqxtelles A ne prend jamais aucun intérêt, je deosdnde, dis -je, si dans ce cas-là Castor et Pollux ne sont pas d^^ux. personnes, aussi disliiiQtes , que > Castor et Hercule-, ou que Socrate ^ Platon; et si l'm:! .d';eux ne pourrait, point être fprt ., heureux , . et Vautre tout^-à^éUt . mwéral>le(3îi)? C'est justement par la même raison que

,(32) « La- action d'une ame qui anime tour-à-tour des « corps, différents, sans que ce qui lui arrive dans l'un de ces « cbrf s l'intéresse dans l'autre , est une de ces fictions conff trairas à la'îiatupe des choses, qui iriennent des notions in- «c^inplètes des phi)p$ophes, cojnme l'espace sans corps, « et le corps sans mouvement ; chaque ame garde ses impres- « 'siens précédentes , et né saurait se mi-partir de la manière «*<j[ù'bn vient de dire.' X'avenir , dans chaque substance, a « «lie liaison parfaite>avec le passé; c'est jce .qui fait Tidentitë «,jle l'jpdiyidu. Cependant le souvenir , n'est point toujours (c nécessaire , ni même toujours possible , à cause de la mul- « titude dfeâ imJ3ressioiïs présentes et passées, qui concou- ^ntvent à nos pfnséeë pi?ésentes; carj^^'në crois point qu'il xcy.^t 4«f)^ Vhpmmie des pensées, dont ^ il n'y «it quelque « effets au moins confus , ou quelque reste mêlé avec les pen- «sêes suivantes. On peut oublier bien des choses, mais 'c*o[n pourrait auèsi se ressouvenir de bien loin,. si l'on était ^(ramené comice 'il faut. »

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