‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 3)Chapitre 79 sur 141 · LIVRE II, CHAPITRE I. 2o · texte numérisé non relu

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ainsi à part, et comme {a) séparée du corps, elle agit moins raisonnablement que (orsqu^elle agit conjointement avec le corps, ou non. Si les pensées qu'elle a dans ce premier état , sont moins raisonnables, ces^'gens-là doivent donc dire, que c'est du corps que l'ame tient la faculté de penser raisonnablement. Que si ses

[a) Je ne pense pas que ceux que M. Locke combat ici , se soient jamais avisés de soutenir que Tame de Thomme soit plus séparée du corps pendant que Thomme dort , que pédant qu'il veille.... Mais on pourrait fort bien soutenir, ce me semble, et contre Descartes et contre M. Locke, qu'à la rigueur on ne peut ni affirmer ni nier positivement que Vame pense toujours,..,. C'est ce qu'on vitnt de reconnaître fort ingénument dans un petit ouvrage , écrit en anglais, intitulé : Défense du docteur Clarke sur l'existence et les attributs de Dieu, etc. (Londres 1732.) L'auteur venant à raisonner sur la nature de l'ame , et en particulier sur son extension , nous dit : « Que toute la difficulté qu'il y a à se déterminer «sur l'article de son extension, semble fondée sur l'incapa- « cité où nous sonunes de concevoir ce que c'est que pen- « ser, et en quoi il consiste. Que ce soit, dit-il , une opération «de l'ame, et non son essence, c'est, je crois, ce qui est « assez certain , quoiqu'il ne paraisse pas , comme le sup- « pose M. Locke , que penser soit à l'ame comme le mou- « vement est au corps. Car ce peut fort bien être une opé- « ration qui ne saurait cesser. » Ce que cet auteur prouve immédiatement après, par un raisonnement fort subtil à la vérité, mais qui est aussi probable que le sujet peut le permettre. Et de tout cela il conclut, que de savoir si Vame pense toujours , c'est une question fort disputable, et que nous sommes peut-être tout-à-fait incapables de décider.

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pensées ne soatpas alors moms raisonnables que lor$qu'dle difft avec le corps ^ c'est une chose élonnante que nos songes s(Hent pour la plupart si frivoles et si absurdes , et que l'ame ne retienne aucun de' seAoliloques , aucune de ses méditations les plus raisonnables.

Suivant cette hypothèse, l'ame doit a\^oir des Idées qm ne viennent ni p€tr sensation ni par réflexion f à quoi il ny a nuUe apparence.

. Je voudrais aussi que ceux qui assurent avec tant de confiance , que l'ame pense actuellement toujours, nous dissent quelles sont les idées qui se trouvent dans l'ame d'un enfant (a) , avaat qu'elle soit unie au corps^, ou justement dans le temps de son union, avant qu*dle ait reçu

(a) Un enfant n'çst point enfant avant que d'avoir un corps, et, par conséquent^ dèp qu'il a une aroe, cette ame est actuellement unie à son corps. De savoir si cette ame a subsisté avant *que d'être l'ame. d'un enfant, c'est une gestion qu^ n'est point, je pense, du ressqft.de la philosophie. Ceux à qui ML Locke en veut en cet endroit pourraient fort bien dire , sans contredire leur hypothèse , que l'ame coip.mence à penser dans le temps de son union avec le corps; et même qu'il lui vient des idées par voie du sensation.

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aucune idée par voie de sensatkm (36). Les songes d'im bomme endormi ne sotit composée , à mon atis, <}ue des idées -que cet homme a eues en veillant, qtK)iqfi»e pour la pkipait jointes bi£arrement ensemble. Si Tatne a des idées par elle-m^e , qui ne hii viennent ni j«a* sensation ni par réflexion , comme cela doit être , supposé qu'elle pense avant que d'avoÎT reçu aucune impression par le moyen du corps , c'est une chose bien él^fange, que, plongée dans ces méditations particulières ^( qui le JM>ntà tel point -que Oiomme lui '^ même ne s'en aperçoit pas), elle ne puisse jamais èu retenir aucune, dans le même moment qrf^lte vient à en être retirée par le réveil des sens , et donner psrr là à tli^mme le plaisir d'avoir fait quelque nouvelle décodV^èrté. Et qui pouirait tt^mver là raison poufcftioi, peu* dattt tant d'heures qu'on fiasse duns le sommeil, l'ame recueillie en i^Ue - même , et né ' c^siant

'(36) « Les perceptions de l'ame répondent lonjours nam- •isètldtiKiit à la cot^tiAiom da corps ; m^ Ittra^'il y a qUMi- « tité de mouvements confus et peu distingués dans le cer- « veau, comme il arrive à ceux qui ont peu d'expérience , les ft pensée* ^e î'ame (suivant Tordre dm chose* ) ne sauraient «'être ïloo plus ^tinctes. Cependant l'ame li'est jamais «pitvée de l'a ^nslttion, fmisrfu'elle exprime toujours .son ««otps, et ce <joq^s est toujours frappé tl'tme infinité de raa- «niêtes, par les autres corps tpii l'environnent, mais qui ^'- s o nvetn tie font qu^une impression oonftise. «

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de penser durant tout ce temps -là, ne rencontre pourtaat jamais aucune de ces idées qu'elle n'a reçues ni par sensation ni par ; réflexion , ou du moins n'en conserve dans sa mémoire absolument aucune autre que celles qui lui viennent à l'occasion du corps, et qui 4ès-là doivent nécessairement être moins naturelles à l'esprit? C'est une chose, bien, surprenante^ que, pendant la vie d!un homme, son amç ne puisse pas rappeler une SQule fois quelqu'une, de ces pensées pures :et naturelles, quelqu'une de ces idées qu'elle a eues avant que d'en emprunter aucune du corps, et que jamais el^e ne lui présente, lorsqu'il est éveillé, aucunes autres idées que celles qui r<etiennent l'odeur ; du «vase où elle e^< renfennée^ je:yeux dire, qui tirent mamfe$tement leur, origine de l'union qu'il y a entre l'ame et le corps. Si l'ame {a) pense toujours , et qu'ainsi elle ait eu des idées avant quç d'avoir été unie au corps, ou avant que d'en avojr reçu aucune par le corps, on ne peut s'empêcljier de supposer que durant le sommeil elle ne rappelle ses idées na-

{a) De ce que Tami penserait toujours dans rhomme, il ne s'ensuivrait nullement qu'elle eût eu des idées avant que d'avoir été unie au corps, puisqu'elle pourrait avoir commencé d'exister justement dans le temps qu'elle a été unie au corps: et si je ne. me trompe, c'est là l'opinion de la plupart des philosophes que M. Locke attaque dans ce chapitre.

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tureUes, et que, pendant cette espèce de séparation d'avec le corps, il n'arrive, au moins quelquefois , que parmi toutes ces idées dont elle est occupée en se recueillant ainsi en elle-même , il s'en présente quelques-unes purement naturelles, et qui soient justement du même ordre que celles qu'elle avait eues autrement que par le corps , ou par ses réflexiotis sur les idées qui lui sont venuqs des objets extérieurs. Or, comme jamais homme ne rappelle , le souvenir d'aucune de ces sortes dld^çs lorsqu'il est éveillé , nous devons conclure de cette hypothèse, ou que l'ame se . ressouvient de quelque chose dont l'homme ne saurait se ressouvenir , ou bien que la mémoire ne s'étend que sur les. idées qui viennent du corps, ou des opérations de l'ame sur ses idées.

Personne ne peut connaître que Vàme pense toujours j sans en avoir des preuves ; parce que ce nest pas une proposition évidente par elle-même.

Je voudrais bien aussi que ceux qui soutiennent avec tant de confiance, que l'ame de l'homme, ou ce qui est la même chose, que l'homme pense toujours, me dissent, comment

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ils le savent (37) , et par quel moyen ils vien^ nent à connaître qtCils pensent eux-mêmes ^ lors même qu^ils ne s'en aperçoii^nt point Pour moi, je crains fort <jue ûe ne soit une affirmation destituée de preuves ^ et une connaissance sans perceptioh, bu plu«6t tnle notion très-confase qu'on «''est formée pour défondre une hypothèse , bien loin d'être utie de ces vérités cfaiîres que leur propre évidence nous force de recevoir , ou qtiVn ne peut Hier sans • contredire grossièrement !a plus commune expérience. Car ce qu'on peut dire tout au plus sur cet article, c'est, qu'il est possible que î'ame pense tonjours, maïs qu'elle ne conserve pas toujours le souvenir de ce qu'elle pense : et moi , je dis qu*il est aussi possible que l'âme ne pense pas toujours i et qu'il est beaucoup (a) plus pro-

(37) « Je ne sais s'il ne faut pas plus de confiance pour « nier qu'A se passe quelque chose dans Tame , dont nous ne « nous apercerions pas ; car ce qui est remarquable don^ ^être «composé de •parties qui fte le sont .pas : rien ne saurait «naître tout d'un coup, la pensée non plus que le mouve-- <(ment. Enfin, c'est comme si quelqu'un demandait aujour- «d'hui comment nous connaissons les corpuscules insen- « sibles. »

(a) Si M. iiocke vonlsit s'en tenir à -cette espèce de pyrrhonisme qui par^ fort raisonnable sur cet article , la plupart des raisonnements qu'il fait ici , prouveraient trop ; car lia, tendent presque tous à faire voir, non qu'il est plus pro-

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