‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 3)Chapitre 80 sur 141 · LIVRE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I

bable qu'elle ne pense pas quelquefois, qu'il n'est probable qu'elle pense souvent et pendant un assez long-temps de suite , sans pouvoir être convaincue , un moment après , qu'elle ait eu aucune pensée.

Supposer que l'âme pense et que l'homme, ne s'en aperçoit point, c'est, comme j'ai déjà dit, faire deux personnes d'un seul homme ; et c'est de quoi l'on aura sujet de soupçonner ces messieurs, *si l'on prend bien garde à la manière

bable, mais tout- à- fait certain, que Famé de rhomme ne pense pas toujours. Mais qu'aurait répondu M. Locke, si on lui eût dit qu'il s'ensuit de sa doctrine, que l'homme ne pense point un instant avant que d'être endormi ^ parce que nul homme ne peut distinguer par sentiment cet instant-là d'avec celui qui le suit immédiatement. Cependant, selon M. Locke, l'homme pense pendant qu'il est éveillé ; et il ne pense jamais qu'il ne soit convaincu qu'il pense; et par conséquent il ne pense jamais qu'il ne puisse distinguer le temps auquel il pense d'avec celui auquel il ne pense pas, tel qu'est, selon M. Locke, le temps auquel l'homme est enseveli dans un profond sommeil. Je ne> sais si la question que je fais ici n'est point trop subtile; mais elle Test moins certainement que celle que M. Locke fait lui-même à ceux qui assurent positivement que l'ame pense actuellement toujours, lorsqu'il dit au commencement xlu paragraphe qui précède immédiatement celui-ci , qu'il voudrait bien savoir d'eux , « quelles <« sont les idées qui se trouvent dans Tame d'un enfant avant a qu'elle soit unie au corps. »

aïO DE L ENTENDEMENT HUMAIN.

dont ils s'expriment en cette occasion. Car il ne me souvient pas d'avoir remarqué que ceux qui nous disent, que Vame pense toujours^ disent jamais que Vhomm<e pense toujours. Or, l'ame peut-elle penser, sans que l'homme pense? Ou bien , l'homme peut-il penser sans en être convaincu en lui-même? Cela passerait apparemment pour galimatias, si d'autres le disaient. S'ils soutiennent que- l'homme pense toujours, mais qu'il n'en est pas toujours convaincu en lui-même, ils peuvent tout aussi bien dire, que le corps est étendu sans avoir des parties. Car, dire que le corps est étendu sans avoir des parties, et qu'une chose pense sans connaître et sans apercevoir qu'elle pense, ce sont deux assertions également inintelligibles (38). Et ceux qui parlent ainsi, seront tout aussi bien fondés à soutenir , si cela peut servir à leur hypothèse , que

(^8) <r Lorsqu'on avance qu'il n'y a rien dans^l'ane àont

« elle ne s'aperçoive, c'est une pétition de principe Mais

« outre qu'on n'apporte point de preuve de cette assertion , <i il ésl aisé de faire voir le contraire , c'est-à-dire qu'il n'est « pas possible que nous réfléchissons toujours expressément « sur toutes nos pensées ; autrement l'esprit ferait réflexion A sur chaque réflexion , à l'infini , sans pouvoir jamais passer <(à une nouvelle pensée.... Par exemple, en m'apercevant «de quelque sentiment présent, je devrais toujours penser v< que j'y pense, et penser encore que je pense d'y penser, « et ainsi à l'infini »

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