LIVRE II, CHAPITRE I. ai
Si une telle définition est de quelque autorité, je ne vois pas qu'elle puisse servir à autre chose qu'à faire soupçonner à plusieurs personnes qu'ils n'ont point d'ame, puisqu'ils éprouvent qu'une bonne partie de leur vie se passe sans qu'ils aient aucune pensée. Car je ne connais point de définitions, ni de suppositions d'aucune secte, qui soient capables de détruire une expérience constante; et c'est sans doute cette afïectatîou» de vouloir connaître au-delà de ce que nous pou^ vons percevoir, qui fait tant de firacas, et cause tant de vaines disputes dans le monde.
Vame n*a aucune Idée que par sensation ou
par réflexion*
Je ne vois donc aucune raison de croîiié {a) que l'ame pense, avant que les sens lui aient fourni des idées pour être l'objet de ses pi^Atsëes ;
[à) Dès le moment que Tame est unie au corps , les sens peuvent lui fournir des idées, par Viropression qu'ils re^ çoivent des^ objets extérieurs , laquelle impression) éiaafi communiquée à Famé , y produit ce qu'on appelle percep- ^tion on pensée. C'est ce que doivent soutenir ceux qui croient que l'ame pense toujours : j)hilq$ophes irop déc^ifs'sur cet article, mais que M. Locke combat à son tour par.4^« raisonnements qui ne.sonf pas toujours démonsUratifsycoiattfi j'ai pris la liberté de le faire voir.
ai4 JDE l'entendement humain.
et comme le nombre de ces idées augmente , et qu'elles se conservent dans l'esprit , il arrive que i'aÉHe perfectionnant , par l'exercice , sa faculté de penser dans ses différentes parties, en combinant diversement ses idées , et en réfléchissant sur ses propres opérations , augmente le fond de ses idées, aussi-bien que la facilité d'en acquérir de nouvelles , par le moyen de la mémoire, de l'imagination , du raisonnement , tt des autres manières de penser.
s ai.
(y est ce que nous pouifons observer éi^idemment
dans les enfants.
Quiconque voudra prendre la peine de s'instruiiie par observation et par expérience, au lieu d'assujettir la conduite de la nature à ses propres hypothèses, n'a qu'à considérer un enfant nouvellement né , et il ne trouvera pas , je m'assure , que son ame donne de grandes marques d'être
accoutumée à pe^nser beaucoup, et ipoins en-
oore {a) à former aucun raîsonnnement. Gepen-
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{a) Je rie sais pourquoi M. Locke mêle ici le raisonnement à la pensée* G^Ia ne ^ert au'à embarrasser la questM»i. Il est certain qu'un enfant qui, en naissant, voit une chandelle allumée, a l'idée de la lumière, et par consé-