‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 3)Chapitre 83 sur 141 · LIVRE II, GHAPITRf ï- 2l · texte numérisé non relu

LIVRE II, GHAPITRf ï- 2l

dant il est bien malaisé de concevoir qu'une ame raisonnable puisse penser beaucoup, sans raisonner en aucune manière. D'ailleurs, qui considérera que les enfants nouvellement nés passent la plus grande partie du temps à dormir, et qu'ils ne sont guère éveillés que lorsque la faim leur fait désirer de té^er, ou lorsque la douleur ( qui est la plus importune de nos sen- ^sations ) , ou quelque autre violente impression £3dte sur le corps , forcent l'atne à en prendre oonnaissaace, et à y faire attention : quiconque , dis-je, oonsidérera cela, aura sans doute raispn de croire que le fœtus , 4^n$ le venfpe de la mère , ne^ d^jfère pas beaucoup de V4^at d'un vér gétabde^idt qu'il passe la plus grande partie dp temps sans p^ception ou pensée, ne faisant guère autre chose que donmr dans un lieu Ofix il «'a pas besoin de téter pour se nourrir j et où il e^ environné d'une liqueur toujours également fluide, et presque toujours également te&pérée ; où les yeux ne scmt frappés d'gi^Gu^e lumière , où les oreilles ue sont gi^èc^ ei| étaf: de

quepit iû pense ci^ps le. tenq^s qii'il voit wp chandeljp ^lumée. pût -il ne raisonner jamais sur la lumière, jl ne laisserait pourtant pas de penser durant tout le temps que son esprit serait frappé de cette perception, il ea «st de* même de toute autre perception.

216 DE l'eUTENDEMENT HUMAIIN.

recevoir aucun son ; et où il n'y a que peu , ou point de changement d'objets , qui puissent émouvoir les sens.

Suivez un enfant depuis sa naissance, observez les changements que le temps produit ]pn lui , et vous trouverez que Famé venant llFtsfe fournir de plus en plus d'idées par le moyen des sens , se réveille , pour ainsi dire , de plus en plus, et^ pense davantage , à mesure qu'elle a plus de matière pour penser. Quelque temps après, elle commence à connaître les objets qui ont fait sur elle de fortes impressions , à mesure qu'elle est plus familiarisée avec eux. C'est ainsi qu'un enfant vient , par degrés, à connaître les personnes avec qui il est tous les jours , et à' les distinguer d'avec les étrangers, ce qui montre en efifet qu'il commence à retenir et à distinguer les idées qui lui viennent par les sens. Nous pouvons voir par le même moyen comment Famé se perfectionne, par degrés, de ce coté^là, aussi-bien que dans l'exercice de» autres facultés. qu'elle a d'étendre ses idées, de les composer, d'en former des abstractions , de raisonner et de réfléchir sur toutes ses idées, de quoi j'aurai occasion de parler plus particulièrement dans la suite de ce livre.

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