DES IDEES SIMPLES
Idées qui ne sont pas composées,
Jr OUR mieux comprendre quelle est la nature et retendue de nos connaissances, il y a une chose qui concerne nos idées à laquelle il faut bien prendre garde : c'est qu'il y a de deux sortes d'idées , les unes siïnples et les autres composées. Bien que les qualités qui frappent nos sens soient si fort unies , et si bien mêlées ensemble dans les choses mêmes, qu'il n'y ait aucune séparation ou distance entre elles , il est certain néanmoins que les idées que ces diverses qualités produisent dans l'ame , y entrent par les sens d'une manière simple et sans nul mélange. Car, quoique la vue et l'attouchement excitent souvent dans le même temps différentes idées parle même objet, comme lorsqu'on voit le mouvement et la couleur tout à-la-fois , et que la main
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sent la mollesse et la chaleur d'un même morceau de cire, cependant les idées simples qui sonfr ainsi réunies dans le même sujet, sont aussi parfaitement distinctes que celles qui entrent dans l'esprit par divers sens. Par exemple, la froideur et la dureté qu'on sent dans un morceau de glace, sont des idées aussi distinctes dans l'ame, que l'odeur et la blancheur d'une fleur dç lis, ou que la doucçur du sucre et l'odeur d'une rose ; et rien n'est plus évident à un homme que la perception claire et distincte qu'il a de ces idées simple:?, dont chacune , prise à part, est exempte de toute composition, et ne produit par conséquent dans l'ame qu'une conception entièrement imiforme, qui ne peut être distinguée en différentes idées (4a). •
(42) « Je crois qu*on peut dire que ces idées sensibles « ne. sont simples qu'en apparence, parce que, étant confuses, « elle& ne donnent point à l'esprit le moyen de distinguer «ce qu'elles contiennent.... Par exemple, le vert naît du « jaune et du bleu mêlés ensemble, et pourtant l'idée du vert « nous paraît aussi simple que celle du bleu , ou que celle « du chaud.... Je consens donc qu'on traite ces idées de « simples , parce qu'au moins notre aperception ne les divise «pas; mais il faut venir à leur analyse par d'autres expé- « riences , et par la raison , à mesure qu'on peut les rendre « plus intelligibles. »