‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 3)Chapitre 87 sur 141 · LIVRE II, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE II

V esprit ne peut ni faire ni détruire des Idées

simples.

Or, ces idées simples, qui sont les matériaux de toutes nos connaissances , ne sont suggérées à Famé que par les deux voies dont nous avons parlé ci-dessus , je veux dire par la sensation, et par la réflexion. Lorsque Fentendement a une fois reçu ces idées simples , il a la puissance de les répéter , de les comparer , de les unir ensemble , avec une variété presque infinie, et de former par ce moyen de nouvelles idées complexes , selon qu'il le trouve à propos. Mais il n'est pas au pouvoir des esprits les plus sublimes , et les plus vastes , quelque vivacité et quelque fertilité qu'ils puissent avoir, de former dans leur entendement aucune nouvelle idée simple, qui ne vienne par l'une de ces deux voies que je viens d'indiquer; et il n'y a aucune force dans l'entendement qui soit capable de détruire celles qui y sont déjà. L'empire que l'homme a sur ce petit monde, je veux dire sur son propre entendement, est le mêine ^que celui qu'il exerce dans ce grand monde d'êtres visibjes. Comme toute la puissance que nous avons sur ce monde matériel, ménagée avec tout l'art et

aa4 DE l'entendement humain.

toute l'adresse imaginable, ne s'étend dans le fond qu'à composer et à diviser les matériaux qui sont à notre disposition, sans qu'il soit en notre pouvoir de faire la moindre particule de nouvelle matière , ou de détruire un seul atome de celle qui ej^iste déjà; de. même nous ne pouvons former dans notre entendement aucune idée simple , ^ui ne nous vienne par les objets extérieurs à la faveur des sens, ou par les réflexions que nous faisons sur les propres opérations de notre esprit. C'est ce que chacun peut éprouver par lui-même. Et pour moi , je serais bien aise que quelqu'un voulût essayer de se donner l'idée de quelque goût dont son palais n'eut jamais été frappé, ou de se former l'idée d'une odeur qu'il n'eut jamais sentie ; et lorsqu'il pourra le faire , j'en conclurai tout aussitôt qu'un aveugle a des idées des couleurs, et un sourd des notions distinctes des sons.

Ainsi, bien que nous lie puissions pas nier qu'il ne soit possible à Dieu de fatire une créature qui reçoive dans son entendement la connaissance des choses corporelles , par des oiçanes différents de ceux qu'il a donnés à l'homme, et en plus grand nombre que ces derniers qu'on nomme les sens , et qui sont au nombre de cinq ,

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selon l'opinion vulgaire (cl); je crois pourtant que nous ne saurions imaginer ni connaîti^ dans les corps, de quelque manière qu'ils soient dis-

(a) Montaigne a exprimé tout cela à sa manière. Comme le passage est curieux , quoique un peti long , je crois qu'on ne sera pas fâché de le Toir ici. « La première considéra- «tion, dit -il, quej'a^ sur le subjeet des sens, est que je « mets en doute que l'homme soit pourveu de tous sens na- « turels. Je vois plusieurs animaux qui vivent une vie entière tt et parfaicte, les uns sans la veue, les autres sans l'ouye : « qui sait si à nous aussi il ne manque pas encore un , deux , « trois y et plusieurs autres sens ? Car , s'il en manque quel- « qu'un , notre discours n'en peut descouvrir le défaut. a C'est le privilège des sens d'être l'extrême borne de notrs « apercevance : il n'y a rien , au-delà d'eux , qui nous puisse « servir à les descouvrir :. voire ni l'un jdes sens ne peut des- « couvrir l'autre.

« An potenint oculos aures repreheadere , an aures « Tactus ? an hune porrô tactum sapor arguet oris ? « An confutabunt nares , oculîve revincent ?

« Us sont trestous la ligne extrême de notre faculté. — Que « sait-on à les difficultés que nous trouvons en plusieurs ou- « vrages de nature , viennent du défaut de quelques sens ? <f Et si plusieurs effets des animaux qui excèdent notre ca- « pacité , sont produicts par la faculté de quelque sens que «nous ayons à dire ? Et si aucuns d'éntr'eux ' ont une vie « plus pldne par ce moyen, et plus entière que la n^tre .^ a Nous saisissons la pomme quasi par tous nos sens : nous <c y trouverons 'de la rougeur, de la polisseure / de Tbdeur «et de la douceur: outre cela elle peut avqir d'autres ver- 5:tus^ cqoime. .d'asseicher ou restreindre, ausquelles nous ^ n'avons point de sens qui se puisse rapporter. Les prtv

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i,%& DE L'EWVDrDElirEXr^ IttfUt^IN.

pwéfir ^ aiunm^s qualités dontr nous ptûsfiioas aif^oir quelque coi»naââsasiic%^ qui SQÔait dîffi^ MîHeâ tlei» sonsv ^^ goûts, dëa odenii:)», et é&é qualités visibles et tangibles. Par la même raison, si l'homme n'avait reçu que quatre de ces sens , les qualités qui sont les objets du cinquième sens aujcaient. été aussi éloignées de^ uotre coo^^ fiaisaanec, inaa^ina^oii' et coneepliîoQ» , qi4e* le sont présentement les qualités cjuî appartiennent au sixième ,^ septième, et buitièm© sens, qtie.vaaus' suf>(¥aa(^i$» pos^ible^^ eli dont qu »« saoraît dffe , sans ifne grande- présoiBptio», que quelques autres créatures ne puissent être enrichies,, dans quelque autre^ partie de. ce vaste ittivver& Car quiconque n^aor» pajk Ik vanité ri-dicule de s'élever au-dessus de tout ce qui est sorti de la main: éet Créateur , mais considérera sérieusement Timmensité de ce prodigieuit édifice , et la grande variété qui paraît sur la tQrre , cette petite et si peu considérabie piirtie de l'uni* vevs., sur laqueUe il sa troiave placé, seta porté

«f^iétés i^ «kot» afi^peli^os oceukes ^i phtsi^urs. choses, ««A«H»e à VaÎpifaDA d'attmr k» fer, ii'«it-U pMiTvaiiMiUiUe «L^'il y a isk fftfflïUéfli sestitivea tm natucfe fjt&pBe» à te» '^i^^t «S à Wft apieffoevoiv , et qjo» le déôiut de telles fa^ «eulrté% QQU& apporte' Figtiorataoe éa la. Yraye «ssence dm. , <4iWUes clleee»? p essais^iimil Ii,liT^]i,eiMp.XiS^p«g. &S»

à croire que, dans d'autres demeures, il peut y avoir d'autres êtres intelligents dont les facultés lui sont aussi peu connues, que les sens ou rentendement^erho^i^ql^SOiilt ^ un ver caché dans le fond d'un cabinet. Une telle variété et une telle. çxççUeiiçe danç»^ les, ouvrages de Dieu , conviennent à la sagesse et à la puissance d$ ce grand ouvrier. Au re^to, j'ai suivi dans cette occasion le sentiment commun, qui ne donne que cinq sens à l'homme, quoique peut-être on eût droit d'en compter dai^antage. Mais ces deux suppositions servent également à mon dessein.

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DE L EirTENDEMEUT HTTMAIIT.

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