‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 3)Chapitre 93 sur 141 · LIVRE II, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VII

Le souverain auteur de notre être , dont la sagesse est infinie , noua a donné la puissance de mouvoir différentes parties de notre corps, ou de les tenir en repos, conrnie il nous plaît; et, par ce mouvement que nous leur imprimons, de nous mouvoir nous-mêmes, et de mouvoir les autres corps contigus, en quoi consistent toutes les actions de notre corps. Il a aussi accordé à notre esprit le pouvoir de choisir, en différentes rencontres, entre ses idées, celle dont il veut faire le sujet de ses pensées , et de s'appliquer, avec une attention particulière, à la recherche de tel ou tel sujet. Et afin de nous porter à ces mouvements et à ces pensées , qu'il est en notre pouvoir de produire quand nous voulons , il a eu la bonté d'attacher un sentiment de plaisir à diflférentes pensées et à diverses sensations. Rien ne pouvait être plus sagement établi: car, si ce sentiment était entièrement détaché de toutes nos sensations ei^térieures , et de toutes les pensées que nous avons en nousmêmes, nous n'aurions aucun sujet de préférer une pensée ou une action à une autre ; de préférer, par exemple , l'attention à la nonchalance, et le mouvement au repos. Et ^nsi nous ne soDgeri#ns point à mettre notre corps en mou<-

aSo DE i.'£avTSiri>£iijE::DrT huicain.

veraent, ou à occuper notre esprit; mais, laissant aller nos pensées à l'aventure , sans les dirigier vers aucun but particulier , tioti6 ne ferions aucune attention sur nos idéiest.qui, àèsh là semblable» à da vames ombres, rieodrw^mt 3e oHHitrer à notre ei^irit, sans que nous nom eu jQQÔssiom autrement en peine. Dans cet état, rjbomme , quoique doué des facultés de l'ent^i^ dément et de la volonté , »e serait qu'uue créa^ture îauitile, plongée daists une pai^aite inaictûm, passant toute sa vie daos une laebe ^ cimtinu^le UâxàTgi^, Il a don^ plu À noUre sage créateur 4'attacber à plusieuiv» objets 9 et aui^ idées que nous recevons par leur mof^m , aussîr bien iiix'k la plupart de nos peuâées, o^ain plaisir qui les acconp^ne; et cela en différents de^és^ s'eWn les différen4;s objets dont noiu^ SKKmnes frappés , afin que nous ne laissions pA6 ipes facultés, dont il nous a enrpûchis, dans une entière îna^bion, et fim$ en €aîre aucun usage.

La douleur nW pas nK>i»s prière à nous mettre <en mouveMieiKt que le plaisir ; car nous sommes tout aussi prête à hke ueage ide sos faf^dtés fpovLT éviter la douleur, cp|e pour recher«cher le pbttsir. La sesule chose qui wérito d'être remarquée en cette loccasîon, c^est çue Issfdouieur

LIVEB II) GHAPIXAH ¥11. a5l

eu souvent produite par les mêmes objets, j et par les mêmes idées ^ ^ui nous causent du plaisir. L'étroite liaifioia qu'il y a entre Tua et l'autre, et qui UOU6 cauM souvent de k douleur par les mêmes sensations d'où im>us atteodoas du plaisir , nous fournit un nouveau sujet d'admirer k sagesse et k bonté i^e notre orateur, qui, pour k conservation de notre être, a établi que cettaines choses veiuuit à agir sur nos corps, nous causassent de kr douleur , pour nous avertir par là du mal qu'elles nous peuvent faipe, afin que nous songioas à nous en éloigner.

Mais, •comiKie il n'a pas eu seuiement ien vue k conservation de xios personnes en général, i»ats k conservation enàére de toudes les parties et de tous les organes de notre corps en particu* lier 9 il a attaché, en plusieuis occasions , un seiar liment de douleur aux mêmes idées qui noids liacit du |>laisir en d'autres rencooltpea. Ainsi k chaleur, qui <kns un certaîn degré iMus est fort agréable, veciaat à s'augnneMer un peu plus, nous cause une extnême douleur. La lumière ette-anéme , qui «est le pius charmant de tous les objets seiisibles^ dstous inoGopmode beaucoup, si elle frap^ nos yeuK avec \xa^ de iorct ^ et audek d'une œiteine . proportion* Or., c'est une chose 'Si^ment et utilement établie par k laature, que, lorsque quelque objet met en dés-

a5a DE t'EUTENDEMENT HUBIAIN.

ordre , par la force de ses impressions , les organes du sentiment, dont la«structure ne peut qu'être fort . délicate , nous puissions être avertis, par la douleur que ces sdirtes d'impressions produisent en nous, de nous éloigner de cet objet , avant que l'organe soit entièrement dérangé , et par ce moyen mis hors d'état de faire ses fonctions à l'avenir. Il ne faut que réfléchir sur les objets qui causent de tels sentiments, pour être convaincu que c'est là effectivement la fin ou l'usage de la douleur. Car, quoiqu'une trop grande lumière soit insupportable à nos yeux, cependant les ténèbres les plqs obscures ne leur causent aucune incommodité , parce que la plus grande obscurité, ne produisant aucun mouvement déréglé dans les yeux , laisse cet excellent organe de la vue dans son état naturel, sans le blesser en aucune manière. D'autre part, un trop grand froid nous cause de la douleur aussibien que le chaud ; parce que le froid est également propre à détruire le tempérament qui est nécessaire à la conservation de notre vie, et à l'exercice des différentes fonctions de notre corps : tempéraipent qui consiste dans un degré modéré de ^chaleur , ou , si vous voulez , dans le mouvement des parties insensibles de notre corps, renfermé dans de certaines limites.

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Outre cela, nous pouvons trouver une autre raison pourquoi Dieu a attaché différents degi'és de plaisir et de peine à toutes les choses qui nous environnent, et qui agissent sur nous, et pourquoi il les a joints ensemble dans la plupart des choses qui frappent notre esprit et nos sens. C'est afin que trouvant, dans tous les plaisirs que les créatures peuvent nous donner, quelque amertume, une satisfaction imparfaite et éloignée d'une entière félicité, nous soyon3 portés à chercher notre bonheur dans la possession de celui (a) en gui il y d un rassasiement de joie y et à la droite duquel A y a des plaisirs pour towjours.

Quoique ce que je viens de dire ne puisse peut-être pas servir à nous faire connaître les idées du plaisir et de la douleur^ plus clairement que nous les connaissons par notre propre expérience, qui est là seule voie par laquelle nous pouvons avoir ces idées ; cependant , comme , en considérant la raison pourquoi^ ces idées se trouvent attachées à tant d'autres, nous

(a) Ps. XVI, II.

a54 DE l'entendement humain.

sommes portés par là à concevoir de justes sentiments de la sagesse et de la bonté du souverain régulateur de toutes choses, cette considération convient assez bien au buf principal dç ces recherches 9 puisque la principale de toutes nos pensées, et la véritable. occupation de tout être doué d'enteudemept , c'est la connaissance et Tadoration de cet Être suprême»

Comment on vient à se former des idées de /existence et de f unité.

\J existence et V unité sont deux autres idées, tpi sont communiquées à rentendement par chaque objet extérieur, et par chaque idée que nous apercevons en nous-mêmes. Lorsque nous avons des iàé^s dans l'esprit, nous les considé.rons comixie y étant aetueliement « tout ainsi que

nous considérons les choses comme étant ac^

tuellement hoxs dç nouç, c'est-à-dire comme actuellement existante^ en elles-mêmes. D'autre part , tout ce .que nous cojnsidérons comme une seule chose, que ce soit un être réel ou une simple idée> fiu^ère à n^tre eutendement l'idée de l'unité.

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