‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 3)Chapitre 99 sur 141 · LIVRE II, CHAPITRE VIII. a'jS · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VIII. a'jS

Il y a réellement, dans le feu ou dans la neige, des parties d'une certaine grosseur, figure, nombre et mouvement , soit que nos sens les aperçoivent ou non : c'est pourquoi ces qualités peuvent être appelées réelles, parce qu'elles existent réellement dans ces corps. Mais, pour la lumière , la chaleur ou la froideur, elles n'y sont pas plus réellement que la langueur ou la douleur dans la manne. Otez le sentiment que nous avons de ces qualités, faites que les yeux ne voient point la lumière où les ^uleurs,»que l^ oroilles n'entendent aucun son , que le palais ne soit £rappé d'aucun goût, lïi le nez d'aucune odeur; et dès-lors toutes les couleurs, tous les goûts, toutes les odeurs et tous les sons, en tant ^e ce sont telles» et telles idées particulières, s'évanouiront et cesseront d'exister, sans qu'il reste après cela autre chose que les causes même de ces idées, c'est-à-dire, certaine grosseur, figure et mouvement des parties des corps, qui produisent toutes ces idées en nous.

Prenons un morceau de manne d'une grosseur sensible : il est capable de produire en nous l'idée d'une figure ronde ou carrée; et, si on le a i8

Oi'jl^ DE l'eWTBBTDEMEWT HUMAIN.

transporte d'un lieu dans* un autre, l'idée du mouvement. Cette dernière idée nous représente le mouveinent, comme étant réellement dans la manne qui se meut. La figure ronde ou carrée de la ipanpe est ws$i la même , soit qu'on la considère dan? l'idée qui s'en présente à l'esprit , soit en tapt qu'elle existe dans la manne ; de sorte que le mouvement et la figure soat réellement dans la manne y soit que nous y songions ou quç nous ri^'y songions pas : c'est de quoi tout 1q monde tombe d'accord. Mais, outre cqI^, la manne a la puissance de produira en cous , par le moyen de la grosseur y figure , coutexture et mouvement de ses parties , des sensations de douleur, et quelquefois de vi(^eates tranchées. Tout le monde convient encore sans peine ^ que ce^ idées 4e, dQuleur ne sont pas dans la manne ^ mais que ce sont des e^ts de la mauière dpot elle opère en nous; et que, lorsque BOUS n'avons pas ces perceptions, elles n'existent «nielle part. Mais que ^ douceur et Ut blancheur ne sbieritpas. non plus ré^ll^ment dans la manne , c'^$t ce qu'on a de la peine à se persuader , quoique ce ne soient que des effets de la manière dont la manné agit sur nos yeux et sur notre palais , par le mouvement , la grosseur et la figure de aes particules, tout de méaie que la doi|leur causée par la manne n'est autre

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chose, de l'aveu de tout le monde, que TeUfet que la i»auue produit dans rçslomî^c et daps les intestins par la contextwe, le mouveiQeqt * et la figure de ses parties inaeQSJtbles; car uu «corps ne peut agir p^r ^uciiiiç au^e chose, comme je l'ai déjà prouvé. On a, dis -je, de la peine à se figurer qi;e Ist blancheur et la douceur ne soient pas dans la manne , comme si la manne ne pouvait pas agir sur nos yeux et sur notre palais, et produire, par ce moyen, dans notre esprit, certaines idées distinctes qu'elle n'a pas en elle-rméme, tout aussî-hien qu elle p^t agir, de notre propre aveu, sur nos intestins et sur notre • estomac , et produire par là des idées distinctes qu elle n'a pas en elle-même. Puisque toutes ces idées sont des effets d& la i^ianière dont la manne opère sur différentes parties de notre corps , par la situation , la figure , le noQabre et le mouvement de ses parties , il serait nécessaire d'expliquer quelle raison on pourrait avoir de penser que les idées , produites par les yeux et par le palais, existent réellement dans la^ manne, plutôt que celles qui sont causées par l'estomac et les intestins; ou bien sur quel fondement on pourrait croire que la douleur et la langueur, qui sont des idées causées par Ifi manne, n'existent nulle p^rt, lorsqu'on ne les sent pas, et que pourtant la douceur et la blan-

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cheur, (jui sont des effets de la même manne, agissant sur d'autres parties du corps par des voies également inconnues, existent actuellement dans la manne, lorsqu'on n'en a aucune perception ni par le goût ni par la vue.

' Considérons la couleur rouge et blanche dans le porphyre : faites que la lumière ne donne pas dessus, sa couleur s'évanouit, et le porphyre ne produit, plus de telles idées en nous. La lumière revient - elle , le porphyre excite encore en nous l'idée de ces couleurs. Peut-on se figurer qu'il soit arrivé aucune altération réelle dans le porphyre par la présence ou l'absence de la lumière, et que ces idées de 'blanc et de rouge soient réellement dans le porphyre lorsqu'il est exposé à la lumière, puisqu'il est évident qu'il n'a aucune couleur dans les ténèbres? A la vérite, il a, de jour et de nuft, telle configuratioa des parties qu'il faut, pour que les rayons de lumière, réfléchis de quelques parties de ce corps dur, produisent en nous l'idée du rouge, et qu'étant réfléchis de quelques autres parties, ils nous donnent l'idée, du blanc : cependant , il n'y a, en aucun temps, ni blancheur ni rougeijur dans le porphyre , mais seulement un arrange—

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