‹ Œuvres philosophiques de LockeChapitre 13 sur 28 · SUR QUELQUES PARTIES DES OUTRAGES DE IMU NORRIS · texte numérisé non relu

SUR QUELQUES PARTIES DES OUTRAGES DE IMU NORRIS

> DaDS lesquelles il soutient ropinion du Père Mallebranche, Que nous

vojrons toutes choses en Dieu,

i^uBi^QUES philosophes croient eitpliqqer, d'une manière satisfaisante, la natore de nos idées, en disant que , Nous les voyons en Dieu{i); comme si nous pouvions mieux concevoir ce que sont les idées dans l'entendement de Dieu, que jce qu'elles sont dans le notre, ou, comme si l'on faisait mieux connsdtre leur nature en affirmant que « L'objet immédiat de notre esprit , ce sont « les idées de la divinité , l'essence omniforme « de Dieu partiellement représentée ou expo-

(i) Voyez Réflexions sur l*£ssai sur l'Entendement hun main, écrites par J. Norris, et imprimées à la fin de son ouvrage intitulé : Félicité chrétienne, ou Discours sur les Béatitudes de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, pag. 3o de l'édition in>8^, Londres , 1690.

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a sée(i). » En sorte que par là tout* est édairci, * et il n'y a plus de difficulté quand on nous a dit que nos idées '<c sont les idées de Dieu, et que «ces idées de Dieu » sont son essence omniforme. Car, nous connaissons aus^i pleineipient ce que sont les divines idées , que nous connaissons ce que c'est que un , deux et trois ; et c'est nous expliquer très-intelligiblement la nature de nos idées, que de *nous informer qu'elles ne sont autres que les idées de la divinité, et que l'essence divine est plus Ssunilière à notre esprit, plus à sa portée, qu'aucune des choses auxquelles il pense. De plus , nous ne pouvons trouver aucune difficulté à concevoir que les divines idées sont l'essence de Dieu.

2. On se plaint de ce que je n'ai point « défini , « ou expliqué la nature de nos idées (2). » Mais , on n'entend pas, sans doute , par là, qu'il me fut possible de faire connaître aux hommes leurs idées ? Persbnne ne pourrait imaginer, que des sons articulés, sortis de ma bouche ou de celle d'un autre individu de mon espèce, puissent faire connaître à un de nos semblables ce que sont les idées qu'il a , c'est-à-dire , ses perceptions ,

(i) Réflexions, etc. pag. 3i.

(2) Ibid.,pag. 3.

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mieux que lui-même ne. les connaît ou perçoit actuellement : ce qui est suffisant pour donner lieu à îles négations ou à des affirmations, à leur égard. On eqtend donc ici , par a la nature des <c idées 9 » seulement leurs causes, et la manière dont elles sont produites dans l'esprit, savoir; l'altération de i'esprit en quoi consiste la perception des idées. Et qubnt à cela^ j'affirme que pei^onne ne peut rien en dire ; et j'en appelle non-seulement à.rexpâ^ience, mais au seps commun, pour prouver la vérité de ce que j'avauce , car il est reconnu impossible de rendre raison d'aucune altération faite dans une simple sub^ stance , quelle qu'elle soit : toutes lès altérations possibles à concevoir pour nous étant celles des substances composées et consistant uniquement dans quelques transpositions de leurs parties. Suivant ces* auteurs, nos idées sont les idées de la divinité , ou l'essence omniforme de Dieu, que l'esprit voit quelquefois, et quelquefois non. Maintenant, je demande à ces messieurs quelle altération se fait dans l'esprit quand il voit ? Car c'est là que gît la difficulté sur laquelle on veut s'éclairer.

Quelle différence sentez-vous en vous-même entre l'instant où vous voyez un souci , et celui où vous ne le voyez pas ? Cela n'est point du tout difficile à trouver ; c'est simplement avoir dans

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un instant une idée que vous n'aviez pas dans i'aulare* Mais /la difiEk^ûité e$t de savoir quelle altération est fiadte dans votre'espiit » quel ehaB* gement il subit , quand il voit ce qu'il ne voyait pas avant , que oe soit une idée divine dans Tin-^ telligence de Dieu, ou que ce soit, comme pensent les ignorants , le soqd qui est dans le jaftlin.^ Pour ce dont il s'agit, les deux suppo* siiions sont égales ; car , dans l'une et l'autre , l'objet fst extérieur à l'esprit, jusqu'à ce qu'il en ait la perception. Et quand il l'a , je demande quel autre changement pst produit en lui par cette perception, si ce n'est , comme le dit le vulgaire , qu^il a une perception qu'il n'avait pas un moment auparavant. C'est la difiPérence entre percevoir et ne; pas percevoir, di£Sérence reconnue de tous comme point de fait^ sans que personne sache, autant que j.e puis Voir, en quoi elle consiste ; seulement les uns avouent ingénument leur ignprànce,et lès autres prétendent à des connais^nces qu'ils n'ont pas en effet.

3. icDieu, dit le P..Mallebranche, fait toutes a choses par les voies les plus simples et les plus « courtes. » C'est-à-dire , suivant l'interprétation que M.- Norris donne de ces paroles dans son ouvrage (i), « Dieu ne fait jamais une chose en

(t) La Raison et la Religion, ou Bases et Règles de la

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a vain. 1» On leur accordera facilement cela ; mais comment pourront-ils concilier avec ce principe , sur lequel repose tout leur système, la structure merveilleuse de l'œil et de . Toreille , pour ne point parler des autres parties du corps? Car^ si la perception des sons et des couleurs ne dé* pendait que de la présence de l'objet (qui donnerait au tout-puissant l'occasion d'offrir à l'es^ prit l'idée des figures, des odeurs et des sons), tout cet ingénieux arrangement des organes serait entièrement inutile ; puisque le soleil , les étoiles, tous les objets visibles dont nous sommes environnés , le battement d'un tambour , les discours du peuple, le changement produit dans l'air par le tonnerre, soiit également présents à un homme sourd et aveugle ^ et à ceux dont les yeux et les oreilles sont dans la plus grande perfection. Avec la moindre connaissance en optique , Ton ne peut s'empêcher d'admirer la construction merveilleuse de l'œil, non-seulement pour la variété et la netteté de ses parties , mais pour leur convenance au but de peindre les images des objets sur la rétine , suivant les lois de la réfraction; et ceux qui soutiennent

dévotion j considérée d'après la nature de Dieu et celle de r homme y etc., par J. Tîorris. Part. II, contempl. II, sect. 17, pag. 195. Édition in-8^, Londres, 1689.

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ropinion ci-dessus mentionnée, sont forcés d'avouer que tout ce beau travail est perdu , puisqu'il ne contribue en rien à la production des idées dans l'esprit, à la manière ordinaire des causes et des effets. On veut que la présence de l'objet serve simplement à donner l'occasion à Dieu de montrer à l'esprit l'idée de cet objet en lui-même, idée qui doit assurément pouvoir être aussi présente-à celui qu'afflige une cataracte, qu'à l'homme le plus clairvoyant. De ce que nous ne connaissons point comment la présence des objets produit les idées dan» l'esprit , de ce que nous ne pouvons expliquer cet effet par aucune opération naturelle^ faut-il en tirer cette conclusion étrange î que Dieu, l'auteur de la nature, ne peut les produire par cette voie? comme s'il était impossible au^ tout-puissant de produire une chose psu* des moyens incompréhensibles pour nous ; quand nous voyons notre auteur lui-même, si satisfait dé sa science universelle , sL persuadé qu'il sait comment Dieu perçoit et comment rhomme pennet, ne pouvoir expliquer la cohésion des parties dans les derniers degrés de la chaîne des êtres créés, les corps inorganiques.

4. La perception des universaux prouve aussi (selon eux) que tous les êtres sont présents à l'esprit, et qu ils ne peuvent l'être que par la présence de Dieu, puisque <t toutes les choses créées

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SUR QUELQUES OUYIiAOES DE M. NOREtS. 3a ï

«sont jindividiiieUes(i).>^ Toutes les choses qui existant ne sont- elles pas iudividuelles? Et, s'il en est ^inùt ne dites pas que toutes les choses créées» tnais que toutes les choses existantes SQpjt iiidividuélles. Eu ce cas, avoir une idée général n.« proHve pas que: tous les objets soiit présent» à l'esprit. Mm» on misonne dd cette ma,nièrf .y/aut§. d^ copsidérer en quoi consiste l'uniyersaJû^ ^ qui n'^t que dans la représentatiob > ^str^atiPP. fmt^ des particularités. L'idéqîd'un cercie d'un ponce de dia;i4ètn<fc représente^ par-j tout et en tous tereps, tous Les cercles d'un ppu<Qe d(8 ^v^mètjçe ; / ^î cnh^ en faisant abf. StriajC^ion dn ^pmps pt du lieu où il exiatâ. CeitQ idée: r^pfé^çQte ^us^i tous les ceccles de toutes Jlies^nlMtewis, fin, i^auta^issi abstraction de g^ gîfandçMr particulière;, cit. retenant s^ukr HXenj; h rej^^fipn d'égalité de distance de toutes Ip^ pf^rtie^ dç U /circonférence au centre.

. 5, ^9us Avons « ^m idé§ disjtincîie de Dieu (a)» par laquelle nous pouvons en effet le distingiter cl'M\%mwf' dp$ (rré^tup^; lirais je craindrais d'être pf^^PB^ptuemti, M JQ dirais qufe; nous awns de If^ U:i|6 idé^ ^siiz claire f^QOJ'. le.5Yoir,;t€l qu^il est en lui-même.

(i ) La Haison-ieie:, part. II, cohtèfnftl. 'II,''sect.' kg, p. 197. (2) Ibid., sect. ao, pag. 198. *• * <

3aa axMARQiTES

6. Dans le passage suivant, où l'on prétend «que « nous avons Tidée de l'infini avant celle du.fini, «parce que nous concevons Tétre infini, en con- «c^vaiit simplement l'être, sans considérer s'il « est fini ou infini (i); » je laisse à juger si l'on ne fait pas une méprise, en confondant la prioi^ité de nature avec la priorité de conception.

7;' « Dieu a' fait toutes choses pour lui-même (2) : drionc nous voyons toutes choses, en lui. » Et Ton appelle cela une démonstration! comme si toutes choses n'étaient pas également faites pour Dîéb; et comme si les l^ommes n'avaient pas alitant de raison de le glorifier, s'ils avaient pour percevoir les choses, tout autre mpyen que fcelui de les voir en lui; puisque celui-^i ne sert pas pius que l'autre >à nous' faire cbnhl^îfr^^ Dieu , et que , sur un million d'ho^nïmes' • qui l'admet-* tront', il n'y ^ en aura pas un qui soit capable de

le connaître, ptotôt que parmi ceux qui crôieiHt percevoir tes choses là où ellefs siont, et par l'intennédiail>e de leurs sens.'' * -• ;•»* '

.8. «-rSt Dieu faisait un esprit et lui dominait lié (c soleil pourtsou idée, on p^up robj«tînfiriiédiisit de ce sa cobÀaissarnce^ Dieu aurait fait alors cet' ës{)Ht'

(i) La RaisoFi^^e\ç., part 11^ secU ai.>i)^.,i,i>Ç. A (i)- Ibid., sect. 22, pag. 199; > . .r î. «1» '*•

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