SUR QUELQUES OUVRAGES DE M. NORRIS
« trouvent ces natures universelles qui sont les « objets propres de la science; et par conséquent m c'est en Dieu que nous connaissons toutes les « vérités que nous connaissons (i). » Existerait-il donc en effet quelque nature universelle? ou toute chose qui existe dans quelque lieu ou en quelque temps , peut-elle né pas être une chose singulière ? .On ift saurait nier , je pense , que de même' que Dieu a le pouvoir de produire en nous des idées, àï peut aussi donner à un autre un tel pouvoir, ou (pour m'expliquer en d'autres termes) faire qu'une idée soit l'effet d'une opération sur notre corps. Cela n'implique aucune contradiction ; par conséquent cela est possible. Mais , direz-vous, on ne conçoit pas comment cela se fait. Si vous vous attachez à ce principe de croire qu'une chose ne peut se faire , parce que vous ne concevez pas les moyens par lesquels elle se fait, c'est nier que Dieu puisse la faire, par la raison que vous ne comprenez pas les moyens qu'il eniploie pour arriver à cette fin. Si les objets visibles ne sont vus que parcç que Dieu montre à l'esprit leurs idées, à l'occasion de leur présence , pourquoi le tout-puissant ne montre-t-il pas à un aveugle-né (devant lequel on placerait-, à la distance convenable , et dans un jour suffi-
(z) La Raison, etc., pag. to6.
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satit, des: objets visibles, qui devraietit éfiCé pôur lui la cause occasionnelle de voir leurs idées en lui ) ces mêmes idées des objets , comme il les tnbntre à ceux qui ont l'usage de lears yétit? Cependant f malgré cette égalité de eaudes occasionnelles^ l'iin a ridée des objets, et Tautré ne Ta pas; et cela constamnlent ; ce qui fait asse2 raisonnablement supposer qu^il^ a dans la vision quelque chose de plus , et que cette ftt^ésènce des objets est plus qu'une cauàe occasiofinelle.
1 3< D'ailleui^ y si la lumière , en fuEippant HM jeux^ n'est que la càui^ occasiorthelle de la vision, Dieu, en faisant les yèdx d'une stniéture si ingénieuse , n'agit pas par les voies les plus simples; car il pouvait produire des idées visibles, à l'occasion de la lumière, sur le front ou sur les paupières ^ comnle dans le fond de l'oèil.
i4* Les objets extérieurs, qûaiid ils sont présents , ne sont pus toujours des causes occa* sionnelles. Si l'on reste long-temps dans tme chs^mbre pleine de fleurs odorantes, on finit par ne plus sentir leur parfum ; tandis que ^ si Ton revient dans cette chambre, aprè^ une absence de quelques instants ^ on éprouve de mmveaiz la sensation des'odeui's. De même, lorsqtr'en sortant de la vive clarté clu soleil^ on entre dans une chambre où il ne pénètre que peu de lumière, on n'y distingue d'abord aucun objets quoique
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ceux qui y sont depuis quelque temps voient clait^emeol tont ce qu'elle rei^ferme. Il est dif« ficite d'expliquer l'un ou l'autrie de ces phéno-^ œèneè^ d'après le principe que I^teu produit lés idées pôF des causes occasionnelles ; mais on lek explic|ue aisément, d'après l'opinion que les idées sont produites par l'opération des objets sur les organes des sens.
• 1 5. Que les idées de la lumière et des cdUkurs arrivent ou non par les yeux ^ il est toujours vrai que ceux qui n'ont pas des yeux n'ont jamais ces idées. £t que l'on accorde ou non que Dieu a voulu qu'un certain mouvement^ imprimé ailjL fibres ou aux écrits du nerf optique^ pût exciter ou produire en nous ces idées , quelque dôm qu'on lui donne, c'est cônome s'il l'avalit fait; puisque^ lorsqu'un tel mouvement n'existe pas, la perception ou l'idée n'existe pas non plus. Car j'espère qu'on ne niera pas que Dieu ne puisse donner un tel pouvoir au mouvement, s'il ' le veut/ Oui , disent-ils , ce mouvemèqt est caiise occasionnelle, ^t non pas cause 'efficiente; oaais cela ne saurait être , car ce serait prétendre que Dieu aurait donné à ^ iiiouvemelit du ilerf optique le pouvoir d'agir sur Itii ^ tandis qu'il ne pourrait lui donner le pouvoif d'agir sur uoubt Ainsi , ce mécanisme opérerait sur l'esprit infini ^i impassible, et l'avertirait des moments
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où il devrait à son tour agir sur l'esprit huraain , €t lui exposer l'idée, par exemple, d'une couleur qui serait en lui-*méme. Le créateur^ infini , éternel , est assurément la cause de toutes choses, la source de toute existence , de toute puissance : mais, parce que tous leà êtres dérivQpt de lui, ne peut-il exister rien hors de lui? ou, parce que toute puissance a son oHgine en lui, ne peut*il en communiquer quelque parcelle à ses créatures ? Ce serait assigner à. la puissance divine des bornes bien étroites ; et, en paraissant chercher à l'étendre , ce serait l'anéantir en effet. Car , je le demande, quelle est (autant que nous pouvons en juger) la puissance la pjus parfaite^ celle de faire une machine, une montre, par exemple, qui, une fois sortie des mains de l'ouvrier , peut aller seule , par l'effet de la combinaison habile de ses parties ; ou d'en faire une qui exigerait que l'on touchât un ressort, chaque fois qii'elle aurait à sonner ou à marquer les heures?- Dieu ne peut construire une machine .'qui aille d'elle-même. Et pourquoi cela? parce que les créatures n'ont aucun pouvoir; parce qu'elles rie peuvent ni se mouvoir, ni faire quoi que ce soit d'elles-mêmes. Comment alors tout ce que noi& voyons arrive-t-il? Esl-ce que les créatures ne font rien ? non : elles ne sont que des causes dccasiounelles , qui le déterminent à
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produire en elles certaines pensées et certains mouvements. Les créatures ne peuvent produire aucune idée, aucune pensée dans l'homme. Comment donc parvient-il à percevoir ou à penser? Dieu, à l'occasion de certain mouvement du nerf optique , montre à l'esprit la couleur d'une rose ou celle d'un souci. Mais, comment ce mouvement du nerf optique a-t-il lieu ? A l'occasion de quelques particules de lumière qui viennent frapper la rétine , Dieu produit ce mouvement , et ainsi de suite. En sorte que toutes les fois qu'un homme a une pensée. Dieu la produit, fut-ce une pensée de révolte, de murmure ou de blasphème. Notre esprit ne fait rien , il n'est qu'un miroir recevant les idées que Dieu lui présente , et telles qu'il les lui présente : l'homme est entièrement passif dans toutes les opérations de la pensée.
i6. Un homme ne peut mouvoir de lui-même ni son bras ni sa langue; il n'a aucune puissancg; seulement , à l'occasion de la volonté qu'il a de 'faire tel mouvement , Dieu l'opère en lui. Mais , si l'homme veut, il fait donc quelque chose; autrement , i^ faudrait que. Dieu , à l'occasion de quelque chose que lm-mé|ne aurait fait avant, produisit dans l'homme la volonté, puis l'action. Cette hypothèse , que l'on nous dtfiine pour un moyen d'éclaircir nos doutes , conduit , en der-
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'1 1 . Tout ce . qui existe , soit en Dieu , soit hors de lui, est singulier (i).
aa. Si Ion ne faisait aucune proposition, il n'y aurait ni vérité ni' fausseté; quoique les mêmes relations^ subsistant toujours entre les mêmes idées ,' soient le fondement de l'immuable vérité dans les mêmes propositions (2) , toutes les fois qu'elles isont faites.
: .a3* Il n'y a rien de surprenant à ce que la même idée (3) sotl: toujours la itiéiùe idée; Car, cela revient, à dire que le mot triangle à toujours la même signification.
. a4-, <^ Je désire connaître les choses que Dieu a « préparées pour cjeux qui l'aiment (4) »; j'ai donc déjà quelque connaissance de ces choses, quoiqu'elles soient «telles que l'CBil n'en a jamais tcYu, ni l'oreille jamais entendu de semblables, a telles que l'esprit de l'homme ne saùraitles com- «prendre.» ^ ^ .
25. Si «j'ai toutes, choses actuellement présentes à mon esprit (5) ,»• pourquoi n'ài-jepas une connaissance exacte de toutes ces choses?
(i) Ibid. , sect. 3d , pag. 206. . •-
(a) Là Raison y etc., sect. 3a, pag. 207.
(3) Ibid., sect. 33, pag. 108, 109.
(4) Xa Raison, etc. , part. Il, conté^mf)!. II , s^t.' 34 iV- ^^^
(5) Ibid., sect. 35, pag. an à ai3.