II
/ De V indifférence,
La première, c'est de ne s'entêter d^aucune opinion, et de ne pas souhaiter qu'elle soit vraie, jusqu'à ce qu'on en ait de bonnes preuves; et alors on n'aura pas besoin de faire un pareil souhait : car rien de faux ne mérite ce zèle, ni que^ nous désirions qu'il tienne la place de la vérité ; cependant il n'est rien de plus commun que cela. Les hommes admettent certains dogmes, sans en avoir d'autre évidence, que le respect qu'ils ont pour leurs chefs, ou la coutume qui les a établis ; et ils s'imaginent qu'ils doivent les soutenir; à quelque prix que ce soit; qu'autrement tout est perdu, quoiqu'ils n'aient jamais
(i) Qui œquum statuent parte inauditd altéra y etiamsi œquum statuent, non œquusfuerit.
DE l'entendement. 4^
examijué les principes sur lesquels ces dogmes sont fondés^ qu'ils n'en soieni pas bien convaincus eux-mêmes, et qu'ils ne soient pas en état de les prouver aux autres. Nous devons combattre avec ardeur pour la vérité, mais il faut être bien assuré que c'est la vérité que l'on défend; puisque , sans une pareille certitude , on pourrait combattre contre Dieu, qui est l'auteur de la vérité, et faire les œuvres du diable, qui est le père et l'apôtre du mensonge. Notre zélé, quelque bouillant et enflammé qu'il soit , ne nous excusera pas, s'il est aveugle et indiscret; ce n'e$t alors qu'un préjugé tout pur.
De V examen,
La seconde chose que doit faire une personne qui aitoe la vérité , c'est d'examiner si les principes qu'il reçoit, sont vrais ou non, et jusqu'à quel point il peut s'y reposer sûrement. Je sais que la plupart des hommes ont de la répugnance pour cet examen, parce qu'ils le jugent inutile, ou qu'ils s'en croient incapables. Mais , sans déterminer s'il y en a peu qui aient le courage ou l'adresse d'en venir à bout ; il est certain que tous ceux qui font profession d'aimer la vérité , et qui ne veulei^t pas se tromper eux-mêmes,
44 OE LA COHDUITE
doivent prendre cette voie. Je n'ignore pas qu'il y en a qui aiment mieux être leur, propre dupe , que de s'exposer aux sophismes des autres.
Cette malheureuse disposition se fortifie avec l'âge ; elle pousse tous les jours de nouvelles racines; on se plait dans son erreur, quoique l'on ne puisse pas souffrir que les autres nous trompent , ou qu'ils se moquent de nous. L'incapacité, dont je parle ici, n'est pas un défaut naturel qui empêche les hommes d'examiner leurs principes. A l'égard de ceux qui en sont atteints , il serait inutile de leur donner des règles pour se conduire dans la recherche de la vérité ; mais le nombre en est petit. La grande foule est de ceux que la mauvaise habitude de n'exercer jamais leur esprit a rendus incapables : toutes leurs facultés sont presque émoussées, pour n'en avoir fait aucun usage, et ils ont perdu cette force et cette étendue d'esprit que la nature les avait destinés à acquérir par l'exercice. Ceux qui sont en étal d'apprendre les premières règles de l'arithmétique , et de supputer une somme ordinaire , seraient capables de l'examen dont il s'agit, s'ils s'étaient . accoutumés de bonne heure à raisonner: mais, lorsqu'ils ont tout-à-fait négligé leur esprit à cet égard, ib ne sont pas moins incapables d'en venir à bout, qu'un homme, qui n'a nulle con-
DE l'emtendement. ^5
naissance • de l'arithmétique , le serait de tirer le bilan d'un livre de comptes; et peut-être même qu'ils trouveraient aussi étrange qu'on attendit d'eux un pareil examen ^ que cette supputation de l'autre. Quoi qu'il en soit, il faut avouer que c'est faire un mauvais usage de son entendement , que de fonder ses opinions ( relativement aux choses où il nous importe d'embrasser la vérité ) , sur des principes qui peuvent nous conduire dans l'erreur. Nous recevons nos principes au hasard, sur la foi d'autrui, sanà les avoir jamais bien examinés, et nous admettonls là-dessus un système tout entier, dans la pensée qu'ils sont vrais et solides : mais qu'est-ce autre chose qu'une crédulité honteuse et insensée?
C'est. dans l'une et l'autre de ces deux choses , l'indifférence où l'on doit être à l'égard des opinions , jusqu'à ce qu'on soit convaincu de leur vérité par de bonnes preuves , et l'examen que l'on doit faire de ses principes, que consiste cette liberté de l'entendement , qui est nécessaire à toutes les créatures raisonnables , et sans laquelle ce ne serait plus un entendement. C'est imagination, fantaisie, extravagance, ou toute autre chose, plutôt qu'entendement, s'il est contraint de recevoir des opinions par aucun autre motif que l'évidence. On peut dire que ^'est la plus dangereuse de toutes les supercheries
46 DE LA. COBTDUITE
quei'on se puisse faire à soi^niéme , et que c'est en imposer à celle de toutes nos £aicultés que lious devrions garantir avec le plus de soin d'un pareil malheur. Il est vrai que le monde blâme beaucoup ceux qui tiennent ipoat V îndij^érence ^ sur tout en matière de religion; mais il est à craindre qu'on ne fasse quelque équivoque làdessus, ou <^u'un panétendu zèle ne soit la source dé bien des erreurs, et de conséquences plus fâcheuses. Être indifférent à l'égard de deux opinions, et ne pas souhaiter que l'une soit plutôt vraie que l'autre , c'est la juste situation où l'esprit doit se trouver, pour seôiettre à couvert de l'illiisioii, et les examiner av«ec tout le calme requis; c'jestleplus sûr, ou même l'unique moyen de parvenir à la vérité. Mais, si l'on croit qu'il est indifSérent d'embrasser la vérité ou le mensonge , c'est le ^rand chemin qui conduit à l'erreur. Ceux qui n'ont pas la première indifférence tombent dans l'autre; ils supposent^ sans aucun examen , que ce qu'ils croient est véritable, et ils s'imaginent ensuite qu'ils doivent le soutenir à quelque prix que ce soit. L'ardeur qu'ils témoignent pour défendre leurs opinions est une :bonne preuve qu'elles ne leur sont pas indifférentes; mais il parait en même temps qu'ils Jie se mettent pas fort en peine si dles sont vraies ou fausses ,, puisqu'ils ne peuvent
DE l'eNTEWDEMEKT. 4?
soulfrir qu'on les révoque en doute , ni qu'on les attaque, et qu'ils ne les ont jamais examinées.
Ce sont les défauts les plus ordinaires où les hommes tombent, et qu'ils devraient -éviter avec beaucoup de soin, s'ils veulent bien conduire leur -esprit ; ils devraient travailler surtout à les prévenir par une bonne éducation ; dont le but, à l'égard de oeux qui s'attachent à l'étude, n'est pas, si je ne me trompe, de les rendre parfaits ^ans toutes les sciences , ni même dans une seule; tnais de donner à leur esprit cette liberté, cet?te disposition et ces habitudes qui peuvent les mettre en état d'atteindre toute partie de nos connaissances, à laquelle ils s'ap^ pliqueront, ou qui peut leur être utile dixrant tout Je cours de leur vie.
C'est en cela seul que consiste la bonne éducation, et non pas à inspirer du respect et de la vénération pour certains dogmes, qui souvent, malgré le titre spécieux que Ton leur donne, se trouvent si éloignés de l'évidence et de la certitude qui accompagnent les principes, qu'on doit les rejeter comme faux et erronés. D'ailleurs, il est assez ordinaire de voir que les étudiants que Ton a imbus de ^cette'soumission aveugle, lorsqu'ils viennent à se produire dans le inonde, :et qu'ils ne se trouvent pas en état de maintenir les ' principes qu'ils ont adoptés, re-^
48 • ..DE LA COICDUITE
nonqent à. toute sorte de principes, donnent dans le pyrrhonisme , et n'ont pas le moindre égard pour tout ce qui s'appelle science, connaissance ou, vertu.
Il y à plusieurs défauts dans Tentendement , qui viennent ou de la disposition naturelle de l'esprit, ou des mauvaises habitudes qu'il a contractées, et qui l'empêchent de faire des progrès dans les connaissances. Si l'on étudiait bien l'esprit, on trouverait que ses défauts sont peutêtre en aussi grand nombre que les maladies du corps ; que chacun d'eux porte quelque préjudice à l'entendement, et qu'ils méritent ainsi qu'on travaille à leui^ guérison. Ten découvrirai ici quelques-uns , pour exciter les hommes , surtout ceux qui s'appliquent à l'étude, à rentrer en eux-mêmes, et à voir s'ils ne tombent pas dans les unes ou les autres de ces faiblesses , qui ne peuvent que leur nuire dans la recherche de la vérité.
Des observations.
Il n'y a nul doute que les faits particuliers ne soient le fondement sur lequel nos connaissances naturelles de la vie civile sont bâties : l'avantage qui en revient à l'esprit , c'est qu'il en tire des
DE l'entendement. /fQ
eonclu^ons qui lui servent de règles fixes, pour la théorie et pour la pratique. Il est vrai qu'il ne profite pias toujours des instructions qu'il reçoit de l'histoire civile ou naturdle, parce qu'il est trop prompt ou trop lent à observer les faits particuliers qui s'y rapportent.
Il y a des gens qui sont fort assidus à la lecture,' et qui avec tout cela n'en deviennent pas plus habiles. Ils se plaisent à écouter les histoires qu'on leur dit, et quelquefois même ils sont capables de les redire à leur tour: mais tout ce qu'ils lisent est purement de l'histoire pour eux; cela passe , ou se loge dans leur esprit, sans qu'ils y fassent la moindre réflexion , ni aucune recherche qui puisse tourner à leur avantage. Ils se piquent de lire beaucoup , sans rien digérer , ce qui ne peut que causer un amas de crudités inutiles.
S'ils ont la mémoire bonne, on peut dire qu'ils ont les matériaux de la connaissance , mais que ces matériaux ne servent de rien ; non plus que ceux qu'on destine à bâtir un édifice , si l'on n'y touche pas, et qu'ils restent accumulés les uns sur Jes autres. Il y a des personnes au contraire qui perdent le fruit de leurs lectures, par une conduite opposée. Ils tirent des conséquences générales de tous les faits particuliers qu'ils trouvent, et ils en font des axiomes. Ceux-
5o DE LA cournuiTE
ci tirent aussi peu de profit de Fhistoire que les premiers, ou plutôt il leur en revient plus de dommage, à cause de la vivacité de leur esprit ; car il est plus dangereuic de suivre une mauvaise règle, que dé n'en point avoir du tout , et Terreur fait beaucoup plus de mal aux esprits actifs et bouillants , que l'ignorance n'en cause à ceux qui sont grossiers et tardifs. On ne doit imiter ni les uns ni les autres; mais, après avoir fait quelques observations importantes sur des événements particuliers , on doit les retenir, pour en juger sur ce que Ton trouvera dans l'histoire, soit pour les confirmer , soit pour les rejeter; et lorsqu'on les a justifiés par une bonne et solide induction, l'on peut en établir des principes généraux. Ceux qui ne réfléchissent pas de cette manière sur ce qu'ils lisent , ne font que se charger l'esprit d'un ramas de contes, qui ne sont propres qu'à être débités l'hiver auprès du feu ; et si l'on prétend réduire en maximes tous les faits particuliers, l'on se remplit d'observations contradictoires, qui ne servent qu'à donner de l'embarras lorsqu'on vient à le^ comparer ensemble ; ou à jeter dans l'erreur ^ si l'une plaît mieux que l'autre par sa nouveauté, ou par quelque fantaisie.
DE l'entendemewt. 5i
Du penchant.
On peut joindre à ces mauvais raisonneurs ceux qui souffrent que leur tempérament, et les passions qui les dominent, influent sur le jugement qu'ils portent des hommes et des choses qui ont quelque rapport avec leur int^ét présent, et avec les drconstances où ils se trouvent. La vérité est toute simple et toute pure ; elle ne saurait souffrir de mélange avec aucune autre chose : elle est roide et inflexible à toute sorte d'intérêts particuliers ; et il en devrait être de raèïn^ de Tentendement dont l'excellence consiste à la suivre. Son occupation propre et naturelle, c'est d'avoir une juste idée de chaque chose; et , quoique tous les hommes en tombent d'accord , il y en a très - peu qui l'emploient à cet usage : ils s'excusent là-dessus, et ils s'imaginent avoir raison , s'ils peuvent prétendre que c'est pour la gloire de Dieu, ou pour une bonne cause, c'est-à-dire, en effet, pour eux-mêmes, pour leurs opinions, ou pour leur parti. Du moins • les différentes sectes ne manquent presque jamais , surtout en matière de religion , de mettre Dieu et la bonne cause à la place de leurs intérêts particuliers. Dieu ne demande pas que les
5i 1>K LA. CONDUITE
liommes fassent pour lui un mauvais usage de leur esprit , ni qu'ils se trompent eux-mêmes ou qu'ils dupent les autres en sa faveur : cependant ceux qui ne tâchent pas d'avoir une juste idée des objets qu'on leur propose, ou auxquels ils doivent s'intéresser, et qui en détournent la vue, se rendent coupables de tous ces désordres. Pour ce qui est de la bonne cause , elle n'a pas besoin de tels secours ; si elle est bonne , la vérité la soutiendra, sans qu'on y emploie lé mensonge ou la fraude.
Des arguments.
On voit des hommes qui suivent une méthode qui n'est pas fort éloignée de la précédente; ils cherchent partout des arguments pour appuyer wn .côté de la question , pendant qu'ils négligent ou qu'ils rejettent ceux qui favorisent l'autre côté. Leur autorité , leur avantage et leur crédit en dépendent; cela seul les détermine. Mais n'est-ce pas s'aveugler de gaieté de . cœur, et fouler aux pieds la vérité, au heu d'en avoir tonte l'estime qu'elle mérite? Supposé qu'on la rencontre de cette manière , c'est un pur haaard , et l'on pourrait embrasser l'erreur tout de même. Celui qui trouve la vérité sur le
DE l'entendement. 53
chemin qui conduit aux emplois, court risque de ne s'acquitter pas trop bien de son devoir.
Il y a une autre voie plus innocente de se munir d'argumentis, et que les personnes qui lisent beaucoup suivent ordinairement: c'est de se remplir la tête de tout ce qu'ils trouvent pour et contre sur toutes les questions qu'ils étudient. Ceci ne leur sert pas à décider juste , ni à raisonner avec fçrce , niais à discourir à perte de vue dans l'un ou l'autre sens. Les a^^guments qu'ils puisent chez les autres ne font , pour ainsi dire , que nager dans leur mémoire, et s'ils leur fournissent de quoi babiller avec quelque apparence de raison , ils ne les aidetit guère à porter un jugement fixe et solide. Gett^ variété de preuves ne sert qu'à confondre l'esprit , à moins qu'il ne les ait examinées avec touie l'attention requise ; en un mot, c'est embrasser l'ombre pour le corps, et chercher plutôt à flatter son orgueil qu'à devenir habile. Le seul moyen d'y réussir , c'est de se former des idées claires et distinctes des choses , et d'y joindre des termes fixes qui les représentent. Il faut considérer ces idées en elles-mêmes , avec leurs différentes relations , et ne pas s'amuser à des termes vagues et indéterminés , qu'on peut prendre en divers sens , selon le besoin qu'on en a. C'est dans la perception des rapports que nos idées ont les unes
54 I>E LA CO«,DUlTE
avec les autres , que consiste la véritable science ; et lorscpi'on voit une foi^ jusqu'où elles s'accordent ou sont opposées entre elle^, on peut juger de ce que les autres en disent, et il est inutile d'avoir recours à leurs arguments, qui . ne sont pour la plupart que des sopbismes plau** âbles. Nous apprendrons par cette méthode à bien poser la question , à voir ou en est le uœud > et à nous servir de nos propres lumières ; au lieu qu'on ne fait que suivre celles des c^Utrçs» lors* qu'on se charge la mémoire de leurs arguments ; et «i l'on vi^nt à révoquer en doute les principes sur lesquels ilsi sont fondés , on ne sait plus ou Ton en est , et L'on se trouve réduit à abandonnei: cette Gonnaissance implicitle. ,
De la précipitation.
Il est conti« la nature d'aimer le travail pour le travail même. L'entendement , comme toutes les autres facultés , choisit toujours le dbtemin le plus court pour arriver à son but ; il voudrait parvenir tout d'un coup à la connaissance qu'il a en vue , et passer ensuite à quelque nouvelle recherche. Mais, soit paresse, ou précipitation, c'est ce qui l'éloigné de la vérité , et qui £ût qu'il se contente d'un examen trop léger et trop su*
DJE JL'ïiîîTi5Nl>£MKWT. 55
perfici^l. Quelquiefoid U a appuie mul à propos $ur le témoignage d'autrui, parce qu'il est plus / facile de croire que de méditer et de s'instruire. Quelquefoâs il s^ paie d'un seul argument , qu^il regarde coùmae une démonslratioit , quoique le sujet dont il s'agit en soit ineapaHe, et qu'il faille avoir recours aux probabilités , après avoir bien pesé tcmtes les raisons qu'on -peut dire pour et contre. Quelquefois la probabilité le détermine, lorsqu'il lui faudrait une déaK>nstrasio!n . Tous ces égarements, et plusieurs autres, où la paresse, la coutume, l'impatience ou le manque d'exercice et d'attention entraînent les hommes, viennent du mauvais emploi qu'ils font de leur esprit dans la rechercbe de la vérité. Dans toute (fuestioo, il faudrait co^idérer d'abord la nature et l'espèce de preuves dont elle est susceptible. De cette manière, ou s'épargnerait beaucoup de peine inutile , et l'on arriverait plus tôt au but que l'on se propose. Un amas confus de toutes sortes de preuves , surtout de c^les qui ne consistent qu'en mots, n'est pas seulement une peine perdue, mais il charge la mémoire et l'empêche de retenir les plus solides. Par la voie de l'examen l'esprit découvre ce qu'il y a de certain et de vrai, il s'en nourrit et se le rend propre; au lieu que , par la soumission aveugle , il ne fait qu'entrevoir la vérité et ne se repaît que d'in-
certitudes. Si une grande lecture le met en état de raisonner à perte de vue sur bien des choses , il n'en est pas plus babile ni plus éclairé pour cela^ Nous devons à la même impatience de l'esprit le peu de soin qu'il a de remonter jusques à la source des arguments; nous apercevons quelque lueur, nous présumons beaucoup de nos lumières , et nous passons d'abord à la conclusion. C'est le plus court chemin pour arriver à la chimère, à l'entêtement et à l'opiniâtreté , mais le plus long et le plus difficile pour atteindre à ce qu'on appelle science. En efFet, celui qui la cherche, doit découvrir la vérité, et le fondement sur lequel elle est appuyée, par la liaison des preuves ; de sorte que, si l'impatience lui fait négliger ce qu'il aurait dû examiner avec attention, il faut qu'il recommence tout de nouveau , ou bien xil n'arrivera jamais à la connaissance.
S '7- De l'inconstance.
Un autre défaut , qui a d'aussi fâcheuses conséquences que le précédent , et qui vient d'un principe de paresse mêlée d'orgueil , est la légèreté avec laquelle on passe d'un objet à l'autre, il y a des hommes qui se lassent d'abord de tout ,
DB L'EIfTEKTOEMENT. SfjT
ils ne peuvent souffrir l'application et l'assiduité ; et ils ont autaiit de répugnance pour une étude suivie et continuée, que les dames de cour en ont pour porter long-temps les mêmes habits.
De l'étude superficielle.
Il y en a d'autres qui , pour se donner la réputation d'un savoir universel , tâchent d'acquérir une légère teinture de tout. Ces deux sortes de gens peuvent se former des idées vagues sur bien des choses ; mais ils sont fort éloignés du chemin qui conduit à la science et à la vérité.
• S 19- Du sa^foir uni^erseL
Je n'ai pas dessein de blâmer ici ceux qui veulent avoir quelque idée de tQuJesles sciepces : cela est utile, et nécessaire pour former l'esprit ; mais on. devrait s'y prendiie d'une toute autre manière qu'on ne fait la plupart du temps , et se proposer un tout autre but. Il y a des personnes qui se remplissent la tête de lambeaux, pour ainsi dire, de toutes les sciences , afin dé pouvpir raisonner sur tout avec le premier veiïu : leur mémoire est, à ce qu'ils croient, un magasin inépuisable, d'où ils peuvent
58 DK LA COBrDlIlTE
tirer de quoi fournir à toutes sortes de conversations ; mais cela ne sert qu à flatter leur orgueil et à les rendre babillards. J'avoue que c'est un mérite réel , que d'avoir une connaissance e!i^acte et solide de la plupart ou de tous les objets sur lesquels on peut réfléchir. Mais un seul homme n'est pas capable d^atteindre à cette perfection : du moins les exemples de ceux qui en approchent sont si rares, que je ne sais pas si on doit les proposer comme des modèles à suivre dans la conduite ordinaire de l'esprit humain. L'étude exacte de nos devoirs^ en qualité de citoyens, et de la religion , en qualité d'hommes, suffit pour nous occuper tout entiers ; et il y en a peu qui s'instruisent à fond de l'un et de l'autre, comme ils le devraient. Mais , quoique cela soit ainsi , et qu'il y ait très-peu d'hommes qui portent leurs vues jusques à une cbnnaissanoê universelle; je tte doute pas que, si l'on pt^ieusiit le bon chemin et si Ton suivait une bonne méthode , les pcrsonnes qui ont beaucoup de loisir n'allassent infiniment plus loin qu'on ne va d'ordinaire. Au reste, le but qu'on se propose, dans une étude superficielle des connaissances que l'on n'a pas un intérêt immédiat à acquérir, c'est d'accoutumer l'esprit à toutes sortes d'idées, et à examiner comme il faut les rapports qu'elles ont les unes avec les autres. L'usage des diffé-
DE l'eJI^TKJV DEMENT. 5^
rentes manières de raisonner et de chercher la vérité, que les plus habiles ont pratiquées, ne peut que donner à l'esprit de l'étendue , de la sagacité , de la pénétration , et beaucoup de fa* cilité à envisager de tous les côtés le sujet qu'il médi te. D'ailleurs, cette teinture générale de toutes les sciences , jointe à l'indiflerence , dont nous avons déjà parlé , sert à prévenir un autre défaut qui n'est que ttop commun , et où toxnibent les hommes qui se sont consacrés à une science particulière. Accoutumés à cet imique objet, ib y raniènent tous les autres , et les envisagent sous le même point de vue , quelque léloignement qu'il y ait entre eux. Un métaphysicien réduira le jardinage et le labourage à des notions abstraites, sans avoir aucun égard à l'histoire de la nature. Un alchimiste, au contraire, soumettra la tibéo. logîe aux maximes de son laboratoire ; il expli* quera la morale par le sel, le soufre et le mercure; il aUégorisera toûjte la Bible , et il trouvera la pierre philosophale dans les mystères que Dieu nous y a révélés. J'ai connu moi-même un très-^habiie musiden, qui expliquait £brt sérieusement les sept jours de Moïse par des notes de musique , comme si cette harmonie avait servi de base à la création. De sorte qu'il est très -important d'empêcher l'esprit de se prévenir en faveur d'une science particulière, et il me semble que
6o DE LA CONDUITE
le plus suF moyen d'en venir à bout, c'est de loi donner ttne vue exacte de tout le monde intellectuel, où il peut voir4'ordre, le rang, et la beauté de toutes ses parties , et laisser à chacune des sciences les bornes qui la renferment et l'usage qu'on en doit tirer.
• Si les hommes avancés en âge croyaient que cette précaution «est inutile, et qu'on ne puisse pas les y amener, il est du moins raisonnable qu'on la prenne à l'égard de la jeunesse. Le but die l'éducation , comme je l'ai déjà remarqué , n'est pas Ae rendre les hommes parfaits dans aucune science, mais de leur ouvrir l'esprit, en sorte qu'ils soient capables de réussir dans tout ce à quoi ils s'appliqueront. Si l'on s'accoutume long- temps à penser d'une certaine manière, l'esprit en devient si inflexible qu'on ne saurait fllus le tourner 1 d'un autre côté qu'avec peine. Afin 'donc de lui procurer toute la liberté requise, je crois qu'il est bon de l-exercer sur «ne grande variété d'objets, et de lui donner une teinture de toutes les sciences, non pas pour le mudir d'un savoir plus étendu, mais pour le rendre plus actif et plus libre.
DE l'entendement.
De la lecture.
C'est en ceci que bien des gens se trompent.
Ceux qui ont lu beaucoup, passent pour fort habiles; mais cela n'est pas toujours vrai. La lecture nous fournit les matériau?c de nos con* naissances , mais il n'y a que la méditation, seule qui les convertisse à notre usage. On peut dire que nous sommes à. cet égard des animaux qui ruminent ; il ne suffît pas de nous charger d'un tas de recueils ; à moins que nous ne les mâchions à diverses reprises , ils ne peuvent servir à notre nourriture , ni à nous rendre plus robustes et plus vigoureux. Il est vrai qu'il y a des écrivains où l'on trouve des marques visibles d'une méditation profonde, un raisonnement exquis, et des idées bien suivies. Ils pourraient être d'un grand secours , si tous ceux qui lés lisent voulaient .ou savaient profiter de leurs lumières et suivre leur exemple; il n'y a que ceci d'essentiel, tout le reste n'aboutit qu'à des faits qui ne servent tout au plus qu'à enrichir la mémoire : mais à l'égard du principal, il n'y a que la méditation qui en puisse venir à bout ; il faut examiner l'étendue, la force et la liaison de ce qui est dit, et, à moins qu'on n'aperçoive tout
631 DK LA COÎfDUITB
cela , il ne saurait nous être utile ; ce ne sont <jue des pièces détachées qui flottent pêle-naêle dans le cerveau. Si l'on ne fak que répéter ce que les autres ont dit, ou produire leurs raisons, ce n'est qu'un acte de la mémoire, le jugement n'en est pas meilleur, et Ton n'en devient pas plus savant. Une science de cette nature n'est fondée que sur le rapport d'autrui, et l'ostentation qu'on en fait, n'est tout au plus que l'art de discourir par routine , et très-souvent sur de faux principes. Car tout ce qu'on trouve dans les livres , n'est pas toujours fondé sur des principes dàirs et solides; et la plupart tle ceux qui lisent ne sont pas trop bien disposés à l'examiner avec tout le soin requis, surtout ceux qui, après s'être dévoués à un parti, ne cherchent que ce qui peut favoriser leurs dogmes. De tels esprits se privent eux-mêmes de la vérité, et de tout l'avantage réel qu'ils pourraient tirer de la lectiure. D'autres , qui ont plus d'indifférence à regard des opinions, manquent d'attention et d'application. L'esprit n'aime pas de lui-même à se donner la peine de suivre chaque argument juàques à la source, pour voir s'îr est bien ou mal foiidé ; mais cet examen tout seul fait qu'un homme profite beaucoup plus qu*un autre de la lecture. Quoique cette tâche soit d'abord assez pénible , il faut y accoutumer l'esprit par la sévé-
i>E l'entendement. 63
rilé de quelques bonnes règles , et lexercice la rendra bientôt facile. Ceux qui en ont pris l'babîtnde voient , pour ainsi dire ^ d'un coup d'oeil le principe, bon ou mauvais, sur lequel porte tin argument; et l'on peut ajouter, qu'ils ont trouvé la véritable clef des livres , et ie fil qui peut les conduire , à travers le labyrinthe d'une infinité d'opinions et d'auteurs, à la certitude et à la vérité. C'est ce qu'on devrait apprendre aux jeunes étudiants, afin qu'ils pussent profiter de leurs lectures. Ceux qui^ie connaissent point ce procédé, ne manqueront pas de s'imaginer que si , dans les livres qu'ils lisent , ils s'attachaient à suivre en détail chaque argument jusr qu'à son origine, ils ne feraient presque aucun progrès dans leurs études.
J'avoue que c'est une bonne objection , et qu'elle peut frapper ceux qui ne lisent que dans la vue de parler beaucoup , et d'acquérir peu de connaissances : c'est là tout ce que j'en puis dire. Mais je recherche ici quelle doit être la conduite de l'entendement pour arriver à la science et à U certitude , et j'ose dire à ceux qui ne se proposent que ce but , que celui qui marche à loisir, mais d'un pas ferme et constant , dans un chemin droit et sûr , arrivera plus tôt à la finde sa course , que celui qui s'arrête avec tous les voyageurs qu'il rencontre , quoiqu'il aille tout le jour au grand galop.
. On peut ajouter que cette manière de lire, avec réflexion, n'est pénible qu'au commencement f et que , sitôt que l'habitude en est for* mée, on la pratique sans aucun embarras, et sans interrompre le cours de sa lecture. L'action et les vues d'un esprit fait à cet exercice sont fort promptes , et un homme accoutumé à réfléchir de la sorte , pénètre si avant du premier coup d'œil , qu'il lui faudrait un long discours pour l'expliquer à un autre. D'ailleurs , aussitôt qu'on a surmonté les premières difficultés, le plaisir et l'avantage qu'on en reçoit excitent beaucoup l'esprit à la lecture, qui sans cela ne peut s'appeler que très-improprement une étude.
§ ai.
Des principes intermédiaires.
Il me semble que l'esprit, pouç s'aider en ceci et s'épargner la fatigue de remonter chaque fois aux premiers principes, par une longue suite de pensées , doit se ménager plusieurs stations; c'est-à-dire, des principes moyens, auxquels il puisse avoir recours dans l'examen des cas particuliers qu'il trouve sur son chemin. Quoique ces derniers principes ne soient pas évidents par eux-mêmes, avec tout cela, si on les a tirés des autres par une bonne et juste dé-
DE l'eNTEH DEMENT. 65
doetioii. Ton peut s'y r^Kiser oomme sor des vérités incontestables, et s'^i servir à prouver d'autres points qui en dépendent, par une liaison plus immédiate que celle qu^ils ont avec les maximes générales. Ces principes moyens peuvent servir d^indices, pour Êûre voir ce qui est dans le drcMt chemin de la vérité, et ce qui s'en éloigne. Cest ainsi que fout les mathématidens, qui, <lans diaque nouveau problème, ne remontent pas aux premiers axiomes , à travers toute la suite des jHropositions qu'il y a entte deux. Certains théorèmes, qu'ils se sont fixés sur de bonnes démonstrations, leur servent à résoudre une infinité de propositions, qui en découlent avec autant d'évidence , que si l'esprit repassait de nouveau tous les chaînons de la chaîne qui les he avec les premiers j»incipes qui s<mt éyidents par eux-mêmes. Mais, dans les autres sciences, il fiiut bien prendre garde à établir ces principes moyens avec tout le soin, l'exactitude et l'indifieroiGe que les mathématiciens ont pour établir quelqu'un de leurs grands théorèmes. Si Ton n'en vient là , et que l'on adopte dès principes, dans quelque science que ce puisse are, sur la f(H d'autrui, par inclination , ou par intérêt, à la hâte, sans un examen sérieux, et sans les preuves les plus convaincantes', on se tend uu piège à soi-même , et on se livre pieds et poings 7 5
gg SB LA COKODITE
liés wtaBt qu'il dépend de nous, à l'erreur, au mcDOOUge et à la fausseté.
S aï- De la partiaîUé.
De mêRte qu'il y a une partialité à l'égaid des opinion^, qui égare l'esprit, comme nous l'avons déjà vu , il y a aussi une partialité pour les études , qui est pr^udidEdile à l'étendue de nos connaissances. On estime d'ordinaire les sciences auxquelles on s'est adonné, plus que les autres qu'on a négligées , comme si les prehiières étaient seules dignes de notre application, et que tout le reste ne fût qu'un vain et inutile amusement. C'est un effet de l'ignorance, et c'est se remplir, pour ainsi dire, de flatuosités qui viennent de ta faiblesse de notre conception. Il n'y a point de mai que chacun ait du goût pour la silence dont -il a feit son étude particnhère; la vue et uA sentiment vif de ce qu'elle a de beau et d'utile, servent à l'aniroer k sa poursuite, et l'encouragent à la pousser plus loin. Maïs le mépris de toutes les antres sciences, comme si elles n'étaient rien en comparaison de la jurisprudence , de la médecine , de l'astronomie, ou de la chimie , ou de quelque art infét^eur; ce mépris, dîs-}e, est )a marque d'UD
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petit génie plein d oigueil et de vanité. Ce n'est pas tout, il renfenne Te^prit dans des bornes étroites, et Fempéche de jeter la vae sur d^anties parties du monde intellectud, qui sont peut^lre plus belles et plus fertiles que le terrain qu'il a déjà cboisi , et qui, outre la nouveauté des objets, poinraient lui fournir l'oocasion de le mieux cultiver.
De la théologie.
Il est vrai qu'il y a une science, de la manière dont on les distingue aujourd'hui , qui est infiniment au*dé$sus de toutes les autres, lors<pie, pour des vues basses ou perverses, et pôilr dès inténêts temporels , on n en fait pas un métier ou une Ëiction. Je veux parler de la théologiis , (poi, en ce qu'dte renferme la connaissance, de Dieu et de ses créajtures, notre devcnr envers lui et envers nos semblables , et nous instruit de notre état présent et à venir , vaut seufe toutes les autres sciences , si elle est dirigée à son véritable but, c'est-à-dire, à la gloire de Dieu et au bonheur du genre humain. C'est là cette noble occupation qui doit £aire les déKces de tous ks fapmmes , et il n'y a point de créature doutée de raison qui n'en soit capable. Les ouvrages de la nature et ceux de la révélation l'exposent
à nos yeux en des caractères si grands et si lisi^ biee^ qu'à moins que l'on ne soit tout-à-fait aveugle on y peut lire, et voir quels en sont les premiers principes et les parties les plus nécessaires. On peut ensuite passer de là, à proportion du temps et de l'application que l'on a, aux parties plus abstraites , et pénétrer dans ces infinies profondeurs qui cachent des trésors de sagesse et de connaissance. Si l'on étudiait, ou s'il était , permis d'étudier partout cette science , avec la candeur, l'amour de la vérité et la charité qu'elle enseigne, et qu'on ne la fît pas servir, contre sa nature, de sujet aux querelles, aux factions, à la haine , et à la tyrannie , elle donnerait une véritable étendue à l'esprit. Je n'insisterai pas ici là*dessus ; mais il me suffira de dire que je ferais sans doute un mauvais usage de mon entendement, si je prétendais qu'il fut la règle et la mesure de celui d'un autre : c'est un usage auquel il n'est point propre , et dont il est même incapable.
De la partialité.
Quoique la partialité n'aille pas toujours jus* qu'à inspirer du mépris pour toutes les autres études, il arrive souvent qu'on a trop de prévention .pour une certaine étude particulière,
DE l'eICTEKDEMENT. 69
et qu'on la fait servir mal à propos à expliquer d'autres sciences, avec lesquelles on peut dire qu'elle n'a pas la moindre liaison» Par exemple, il y a des mathanaticiens si prévenus en faveur de leur méthode, qu'ils introduisent des lignes et des figures dans l'étude de la théologie , pu dans les recherches de politique, comme si l'on ne pouvait rien développer sans leur secours. 11 y en a d'autres , qui , accoutumés aux plus profondes spéculations, traitent la physique en métaphysiciens, et l'expliquent par les généralités abstraites de la logique. Combien n'en voiton ^is qui écrivent sur la morale en termes de chimie? Mais celui qui veut bien, conduire son esprit, doit fuir avec soin tous ces mélanges bizarres, et ne pas transporter , par un entête* ment ridicule , ce qu'il y a de bon et d'utile dans une science , à une autre , où il ne sert qu'à confondre l'entendement. S'il est certain que les affaires ne veulent pas être mal dirigées ( i ) , il ne Test pas moins qu^eUes ne veulent pas être mal entendues (a). Il faut considérer les choses telles qu'elles sont en elles-mêmes, et alors elles nous montreront de quelle manière on doit les entendre. Pour en avoir une juste idée, il faut
^ (i) Res noluntmatè administrant (a) Res nolunt malè inteiligi»
yo DE LA CONDUITE
am^er Fesprlt à leur nature inflexible, et k leurs reli^tions inaltérables, et non pa(à s'efforcer d'amener les choses à nos préjugés.
Il y a une autre partialité fort commune aul gens de lettres , et qui n'est ni moins dangereuse ni moins ridicule que la précédente , je veux dire la manie quç les uns ont d'attribuer un savoir universel aux anciens , et les autres aux modernes. Horace , dans l'une de ses satires ^ se moque avôc beaucoup d'esprit, de cet entête*» ment pour l'antiquité, en fait de poésie. On peut trouver une folie du même genre à l'égard de toutes les autres sciences. Les uns ne veulent pas recevoir une opinion , $i elte n'-est autorisée par les anciens, qui étaient tous des géants ^i littérature. On île doit rien mettre, selon eux, dans le trésor de la science ou de la vérité , s'il n'est marqué au coin de la Grèce ou de Rome; et, depuis ces beaux jours, à peine veulent«iis que les hommes aient été capables de voir, de penser ou d'écrire. I^es autres , non moins extravagants, méprisent tout ce que les anciens nous ont laissé ; et amoureux de nos découvertes et de nos ihventions modernes, ils ne font aucun cas de ce qdi lés a précédés ; comme si tout te qu'on appelle ancien, devait être sujet aux injures du temps, et que la vérité fut aus$i exposée à se moisir et à se corrompre. Je crois que