DB £SHTB1ID£M£HT
les hommes cm tonjoeis été à pai jms les mêmes à regard des talents aaturels, L'dduc^ lion et la mode ont mis une graude dîflGi^'eooe entrelcsdiflEéreotsâgésdeplusieuispays^et fiât qu'mie génération Fa de beaucoup emp<xté sur une autre, pour ks arts et les adences ; mass la vérité est toujoun la même; le ten^ ne l'altère pas , et Ton peut dite- qu'eUe n'en vaut ni plus ni mcnns, pour être d'une tradition andetme ou modema II j^a eu des personnes fort âninentes, dsms les premîcts siècles du monde , pour ce qu'ils ea oat découvert et laissé par éai^; msôs, quoique cela mérite noti^ étude ^ ils n'ont pas épinsé tous ses trésors; ik en ont laissé beaucoup, pour eiiercer l'industrie et la sagacité des sièdes suivants, et nous en ferons de même à noirç tour. Ce que l'on- reçoit aujourd'hui avec rea^ pect à cause de sim antiquité , a paru autrefois nouveau ; mais il n'-en valait pas moins pour cela, et ce que nousr embrassons aujourd'hui pour sa nouveauté, paraîtra bien antique chez \e^ nflces futures , mais n'en sera ni nKéas vrai ni moki$ naturel. U n'y a pas lieo d'opposer en ceci les anci^is et les modernes , et d^avoir' du dëdaîn pour les uns' ou pour les' autres. Tottt homme qui se condoli sagmneBt dans là recher> che de la connaissance , doit ramasser tout ce qu'il peut de lumières et d,^ secours, dç quelque
7a DIE LA CONDUITE
part quHl lui vieone ; sans respecter FeiTeur , ni abandonner la vérité , quoiqu'il les trouve mêlées ensemble.
On voit une autre partialité, qui attache les uns aux doctrines reçues , et qui en .éloigne les autres. Les premiers croient qu'il est impossible que tant d'hommes se trompent, et que les yeux d'une si grande foule de gens ne voient pas bien clair; ils. n'osent pas même porter leur. vue au delà des opinions admises dans le pays et dans le siècle où ils vivent, ni se flatter d'être plus sages que leurs voisins ; d'où ils concluent . que l'opinion commune est la seule. véritable. Contents de suivre la foule, ils s'imaginent aller droit; du moins ils vont à leur aise, et c'est à peu près la même chose pour eux, ils n'en de* mandent pas davantage. Mais, quoique le proverbe ordinaire qui dit , Fbùc du peuple , 7)oix de Dieu (i), soit regardé comme une maxime, je ne sache pas que Dieu ait jamais rendu ses oracles par la multitude y ni que la nature ait communiqué ses secrets par l'organe de la foule. D'un autre côté, il y a des personnes qui rejet* tent toutes les opinions vulgaires , comme si elles étaient fausses ou ridicules. Aussitôt que la bête à plusieurs têtes embrasse un parti , cette
(i) Vax popali , vox DeL
DE l'entendement. ^3
raison leur su£6t pour conclure, que la vérité ne s'y trouvé pas. Ils s'imaginent que les opi* nions du vulgaire sont accommodées à sa portée , et aux fins de ceux qui gouvernent , et que si Ton veut découvrir la vérité , il faut s'éloigner du chemin battu, où l'on né trouve, à leur compte, que des esprits rampants et serviles, qui marchent en aveugles sur les traces de leurs guides. C'est ainsi que ces rares génies n'ont de goût que pour les notions extraordmaires : tout ce qu'on reçoit communément , a pour eux la marque de la béte ; et ils croient qu'il est indigne de leur pénétration d'y prêter l'oreille, ou de le recevoir ; toutes leurs pensées ne roulent que sur des paradoxes ; ils les cherchent , ils les embrassent, ils les débitent, et c'est par là qu'ils espèrent de se distinguer dé la popu* lace. Mais, qu'une chose soit commune ou non ^ ce n'est pas une marque de sa vérité ou de sa fausseté , et par conséquent cela ne doit pas influer sur nos recherches. Nous ne devons pas juger des choses par les opinions , mais des opinions par les choses. 11 est vrai que la multitude ne rai^nne pas trop bien , et qu'ainsi on doit la tenir pour suspecte, et ne pas la suivre comme un guide infaillible; mais les philosophes qui' ont abandonné les opinions du vulgaire, sont tombés eux-mêmes dans des erreurs aussi ex-
74 ^E l'A. COB^DUITS
travagantes: que celles de k populace. Ne seraitce pas une msigne folie de ne vouloir pas i*espiter l'air , ni boire de l'eau , parce que le conunun peuple en fait le même usage que nous ? Et se* rait*il raisonnable de se priver de certaines commodités de la vie, par<:e qu'elles ne sont pas en v^gùe dans lé pays où l'on est, et que tons les villageois ne les connaissent pas?
La vérité ^ qu'elle soit à la mode ou non , est la mesure de nos connaissances , et l'objet de i'entendemerit. Tout ce qui s'en éloigne^ quelque approbation quHl ait d'ailleurs , et quelque rare qu'il paraisse, n'est qu'une ignorance toute pure, ou même quelque chose de pis. .
Il y a une autre sorte de partialité, qui fait qu'on s'en impose à soi-même , et qu'on ne tire que peu' de profit de ses lectures ; je veux p£q*Ier de la coutume qu'on a d'embrasser les opinions des auteurs qu'on lit , dès qu'elles favorisent les nôtres, et de.s'appuyer sur leur autorité coiâme sur un fondement solide.
Il n'y a presque rien qui a|t fait plus d& Idal aux gens de lettres, que de donner le npm d^étude à la lecture , et de prétendre qu'un homme qui a lu beaucoup, est la même chose qu'un habile homme, ou que du moins c^est un- titré d'honneur.
' TcHtt ce qu'on peut édrire , se rédttil ou h dte
feits, OU à des raisonnements. Les faits sont /le trois sortes:
t ^ Oti ils regardent les agents naturels et leurs opérations les uns sur les autres , soit qu'on les laisse agir dans le cours ordinaire de la nature ^ ou que ^industrie des hommes les applique à dessein |es uns aux autres d'une manière particulière ; V
a^ Ou bien ils regardent les agents volontaires , surtout les actions des hommes vivant en so-* ctëtë, ce qui form^ l'histoire de k vie dvile et des mœurs ;
y Ou ils regardent les opinions.
C'est dans ces trois choses, si je ne me trompe ^ que con^ste ce qu'on appelle communément le savoir. Peut-être que d'autres y ajouteraient la oritique ; mais ce n'est au bout du compte qu'une matière de fait, et qui se termine à ceci, qu'un tel homme, ou plusieurâ d'entre eux ont em-^ ployé tel mot ou telle phrase dans un tel sois , c'est-à-dire , qu'il» ont attaché de certaines idées à certains sons.
je comprends sous les raisonnements toutes les découvertes que la rafêon humaine peut faire des vérités générales , -soit qu'on les trouve par intuition, mi par démonstration, ou par des déductions probables. Si ce* n'est pas en cela seul que consiste la science ( parce qu'on peut
connaître aussi la vérité ou la probabilité des propositions particulières) , il est toujoiu^ certain que cela même doit être le but de ceux qui cherchent à cultiver leur esprit, et à se rendre habiles par la lecture.
On croit communément que les livres sont d'un grand secours pour l'esprit, et qu'ils lui fournissent les moyens de parvenir à la science; mais il est à craindre qu'ils n'empêchent bien des hommes d'arriver à celle qui est solide et véritable. J'ose même dire qu'il n'y a rien où l'esprit doive se conduire avec plus de retenue que dans l'usage des livres , qui sans cette précaution lui servent plutôt d'un amusement honnête que d'une occupation utile, et n'ajoutent que très-peu de chose à nos connaissances.
Il n'est pas rare de trouver des hommes qui s'attachent à la lecture avec une assiduité infatigable , qui en perdent le manger et le dormir , et qui avec tout cela n'en deviennent pas plus savants, quoique l'on ne puisse pas attribuer le peu de progrès qu'ils font, à aucun défaut de leurs fecultés intellectuelles. Le mal est, qu'on suppose ici que la science d'un auteur s'infuse dans l'esprit de celui qui lit ses ouvrages ; et cela est vrai , mais ce n'est pas la simple lecture qui produit^cet effet. Il faïut aussi entendre ce qu'on lit: non pas seulement ce qui est affirmé
DE L ENTENDEMENT. * "77
OU nié dans chaque proposition (quoiqu'il y ait bien des lecteurs qui ne vont pas même si loin) ; mais voir l'ordre et la suite des raisonnements^ prendre garde à la force et à la clarté de leur liaison , et bien examiner les fondements sur lesr quels ils s'appuient. A moins d'observer tout cela , on peut lire les ouvrages d'un auteur fort raisonnable, dont on entend bien la langue et les propositions , et he retirer aucun fruit de son savoir; puisqu'il ne consiste que dans la liaison certaine ou propable des idées qu'il emploie, et que ^ l'on n'aperçoit cette connexion , l'on ne peut juger de la certitude ou de la probabilité de ce qu'il avance.
Tout ce. qu'on admet sans cette perceptioti , est admis sur la foi dé l'auteur , et l'on n'en a pas la moindre certituile soi-même. Aussi je ne m'étonne pas qu'il y ait des hommes qui abondent en citations , et qui ne parlent. que par autorités; c'est l'unique fondement sur lequel ils bâtissent leurs systèmes. On peut dire qu'ils n'ont qu'une science implicite et de la seconde main , et qu'ils rencontrent juste, si l'auteur, d'où ils ont emprunté leurs opinions, ne s'est pas égaré; ce qui ne s'appelle point savoir les choses. Les écrivains de nos jours , ou ceux des siècles précédents , peuvent être de bons témoins des faits qu'ils nocis racontent, et nous pouvons les recevoir sur leur
^8 1>E LA COITDUITE
parole; mais leur autorité ne s'étend pas plos loin , elle ne saurait iafijuer sur la Vérité ou la fausseté des opinions , qui doiveht étire exami* nées par une toute autre réglé ^ que ces aateiurs «Dx-méra^ ont été obligés de suivre^ s'il& ont voulu parvenit* k tme solide connaissance , et que nous deTons pratiqua à notre tour , si nous Voulons arriver au mé^e but. Il est vrai qu'Us ont cherché les preuves pour nous ^ et qu'ils les ont mises dans un tel ordre, qu'on peut voir bientôt la vérité ou la probabilité de leurs s^enciments. Us nous ont épargné cette fatigue , et p€<it«^re que nous l'àiinons essuyée eti vain nous-mêmes , et que nous n'aurions pas si bien réussi qu'eux k cet égard. Quoi qu'U eu s<>it, tious sommes fort redusvablés aux écrivains jufdir deux de tous les siècles de noiis avoir fait part &e leurs découvertes. Il ne ^^'agit que d'en feire un boa usage, qui consiste, non pas à feuMle* ter leurs livk'es à la bâte , et à se ichargeir la mémoire de leurs <^)îmons^ oci de ce qu'ils ont dit de plus remarquable; mais à suivre leurs raisoiiTiemienés', k examiner leurs pi'eixvês , et à juger ^ensuite de la vérité eu de la fams&etë , de ia probabiUlié ou de l'improbabilité dé ce qu'ils avtancent. Connaitre c'est voir; et c'est la plcis haute de tetites les folies de s'imagiiier qu'on pe^A voir par les yemi d'un aiotife , quoiqu'il
DE h fiCTTENDEHENT. ^Q
nous asfiure d'un ton ferme qu'il b'est rien de fias visible que ce qu'il nous dit. Jusqu'à ce que nous le voyions nous*méme die nos propres jreux 9 et qu^ liofere entendemeat l'aperçoive , nous jxiarehons toujiours dans les ténèbres^ et noas n'en sommes pas mieux instruits,. quelque idée avantagebse apie nous ayons 'de l'habileté d'un auteur.
Eûclide eX'jdrchiniède passent avec raison jpaur hsdHles^ et pour avoir par&itement démbntré leurs théorèmes ; avec tcMit cela, si quelqu'un Usait leurs écrits, sans apercevoir la connexiota de leurs preuves «t la judjesse de leurs démonstrations, il aurait heau entendre la signification de leurs termes, il t^'en serait pas plus avancé dans les mathématiques : il pourrait croire à la Vérité ce qu'ils ont dit , mais il n'en •aurait aU^ cune Ibdée.
De la connaissance.
L'ardeur et le penchâd^t qui porte l'et^prit vers la connaissance^ y forment souveïit un obstacle, si on n'a le soin de les bien régler. Il i^'empressie toujours à £aire de nouvelles découvertes; il cherche la vioriété des objets, et il ne s'arrête psfis asàez loogrtemps & examinek* ce ><|u'}l a de** vaut les yeux, p<kir caurir après ce qu'il ne
8o DE LA CONDUITE
' voit pas. Celui qui court la poste à travers un pays, peut bien dire en. général de quelle manière il est situé , et donner une légère description d'une montagne, d'une plaine, d'un marais, d'une rivière , de quelque forêt , et de quelques prairies qui se trouvent ici ou là; mais, pour ce qui regarde l'essentiel , la nature du terroir ,' les différentes espèces d'animaux, la vertu des plantes et les mœurs des habitants,, il est impossible qu'il fasse aucune observation là-dessus. Aussi ne découvre- t-on guère de mines riches et abondantes , si l'on ne se donne la peine de creuser un peu avant. La nature cache d'ordinaire ses trésors et ses joyaux dans les entrailles des rochers. Si la matière est épineuse, et que le nœud soit profond, il faut que l'esprit em* ploie topte son industrie pour le découvrir, et il ne se rebute point jusqu'à ce qu'il en soit venu à bout. D'ailleurs, on doit prendre garde ici à ne pas tomber dans l'extrémité opposée ; je veux dire , à ne point s-arréter à tous les détails inutiles qui se présentent , et à ne pas s'imaginer que la moindre question triviale renferme des mystères de science. Tout homme qui s'amuserait à ramasser toutes les petites pierres qu!il trouverait sur son chemin , ne reviendrait pas plus riche ni plus chargé de diamants que celui qui courrait la poste au travers d'un pays. Les véri-
Di: l'ent£ND£Mkjeit. 8i
tés n*en valent ni pias ni tnoins, soit qu'on les trcMiye difficilement ou sans peine , et l'on doit juger de leur prix par l'influenoe et • l'utilité qu'elles peuYetit avoir. Nenis ne devrions pas employer une. seule minute de notre temps à faire des observations inutiles ; mais il ne faut pas négliger celles qui peuvent serni* à étendre nos vues, et à pousser nos découvertes plus loin sur des matières de quelque importance, quoiqu'elles interrompent notre course, et quoiqu'elles demandent une longue et pénible attention.
Il y a une autre précipitation qui peut souvent égarer l'esprit , s'il est abandonné à lui-même et 4i sa propre conduite. Plein d'ardeur pbur la variété des objets et pour Tétendue dés connaissance^, il passe d'abord il des conclusions générale^, sans en venir AUX détails requis sur lesquels il devrait fonder ses axiomes. On s'imagine ^étrepstr là beaucoup plus habile; mais, au li^u de se nourrit* de réalités, on se repaît de chimères. Les spéeur lacions bâties sur des fondements si légers ne saturaient étife fiçrmes, et si elles ne tombent pas d'elles-mêmes, il est certain qu elles ne peuvent soutenir le choc d'une opposition vigoureuse. C'est ainsi que trop prompts à se former des idées générales et une théorie mal conçue , il y a des hommes qui ne se trouvent pas aussi avan- 7 6
8vl de la conduits
ces qu'ils le croyaient , lorsqu'ils viennent à examiner de plus près les maximes qu'ils ont adoptées, ou que d'autres les attaquent. Il faut avouer que les observations générales fondées sur un détail exact sont un véritable trésor, qui renferme beaucoup dans un petit espace; mais on doit être d'autant plus attentif à les tirer justes, qu'on court risque de prendre du clinquant pour de l'or pur, et de s'exposer à une perte honteuse, au lieu de faire quelque gain. Une ou deux particularités peuvent donner occasion à nos recherches, et l'on fait bien de s'en.servir à cet usage ; mais si on les tourne aussitôt en règles générales, on ne manque jamais de se tromper soi-même, et de prendre l'ombre pour le corps. Nous l'avons déjà dit, les &its ne sont tout au plus que les matériaux des sciences , et si l'on se contente de s'en charger la mémoire , ce n'est qu'un embarras inutile : de même celui qui érige tout en principes s'accable du même poids, et s'expose à receyoir outre cela beaucoup d'erreurs. Ce sont deux extrémités qu'on doit éviter avec soin , et celui qui peut tenir un juste milieu, est le mieux en état de rendre bon compte de ses études.
^w^^^^^^m^^ ww^' ■ ™ -»j>
DE L'cNTeiTDSHEirT,. 81
Des jugements anticipés.
ie ne sais si c'est pal*ce que l'on s'entête de ce qu'on a une fois conçu^ ou parce qu'on est amouf'eux de ses premières connaissances, et qu'on manque de vigueur et d'industrie poiu* pousser ses recherches ; ou parce qu'on se contente de la moindre connaissance vraie ou &usse; mais il est certain que la plupart dçs hommi^ s'abandonnent aux premiers jugements, de leur esprit^ et qu'ils ont la même tendresse pour leur^ premières idées que pour un fils aîné. C'est une faute dans la conduite de l'esprit, puisque cette fermeté, ou plutôt cette opiniâtre té «^ ne vient pas d'un sincère attachement à ce qui est vrai, mais d'une soumission aveugle au préjugé. On peut dire que c'est rendre un injuste hommage , non pas à la vérité, qu'on ne cherche pascom^scie on devrait, mais à l'opinion dont on se trouve imbu par hasard , quelle qu'elle puisse être. C'est qn abus visible de nos facultés ; c'est prostituer^ pour ainsi dire , son esprit au premier venu. Qe n'e^^ pas le moyen de parvenir à une véritable', connaissance, à moins que l'entêtement ne change la nature des choses ; ce qui n'arriyera jamsas. Quoi que nous puissions nous imaginer, les êtres
84 DE lA CONDUITE
continueront toujours à suivre le même cours, et ils auront à perpétuité les mêmes rapports les uns avec les, autrçs.
■' ' ■ " ' De lia résignation aveugle.
''''^Ail "dôhtl^tti^^ il y à des hommes qui résïgfl«hl IfWr jugertiiehf au derniei- qui parte, ou àti denier liVr'e qu'ils tiâënt. Là vérité né S'*én> twitie jaiOiàis • dans leut esprit, et n'yfait pas U' -infnnd^ ItiapïèssioVi. Seniblables au tsaaé- 1éOlhr,iil 'p^ermébt là côùlèor de tout ce qui les «iviKïnoev'et ifs efl' chatigeiit, aussitôt qu'un îiViuv^ objet Jès appiroch*'.' Cepetidlant, l'ordre ■dahs' lequel Ifei opimons sôut prc^osées ou re- ■çues n'est pas uïie marqiiedeleur certitude, et ne d6it pàSTiousejigiger à leur donner la préférence. Un peu plus tôt ou ptué tard , en ce cas, est un ^ufr'effetdu'hasard, et non pas la règle d» vrai yra du'fâus; H n'y a personne qui ne l'avoue, et par CTjnséqtient, lorsqu'il s'agit de chercHer la vérité i chacuii devrait se garantir de l'influence ^e tons les' accidents de cette nature. On ponrtàit aussi bien tirer à la courte paille, ou jeter au sort, pour déterminet' <ie que Ton doit croire, qu'embrass'eir un dogme à cause de sa nouveauté, où le retenir paçce qu'on l'a reçu de
Ipngue maiii , et que Tçiï a'sl jamais ^té 4'uiie autre opinion. Quoi q^'il et| soit^ 1^^ l^p^neji raisons tontes seules doive^it ^i^er te Jt^ei^çqt^ l'esprit doit toujours être prêt à le^ j^çQu%^i et c'est sur leto: suffrage qu'il doit rejeter ou admettre indifféremment toutes sortes de dogip^s^ , soit qu'il les connût déjà, ou qu'il les igiiôK4t tout-à-fait.
De l'exercice ou de l'habitude.
Quoique les facultés de l'esprit acquièrent de l'étendue par l'exercice , on ne doit pas les pousser au-delà de leurs justes bornes. Il faut que chacun essaie jusqu'où peuvent aller ses forces (i), et qu'il prenne ses mesures là-dessus , s'il veut du moins entretenir la vigueur de son esprit , et ne le rebuter point par des occupations trop difficiles. L'esprit engagé dans une tâche au-dessus de sa portée , de même que le corps épuisé pour avoir levé un fardeau trop lourd, perd souvent sa force , et se met ainsi hors d'état de faire à l'avenir aucune action vigoureuse. Un nerf foulé ne se rétablit qu'avec peine , ou du moins ^1 lui reste une grande faiblesse pour long-temps, et le
(i) .Quid valeant )iiimeri , qi^id fçrre. récusent
mr tf
86 DE LA GONDUITE
souvenir en est si vif, qu'on ne se hasarde guère à le mettre d'abord à un rude exercice. Il en est de même de l'esprit : s'il est une fois accablé sous le poids d'une contention trop forte, il n'y est plus propre à l'avenir; ou du moin^il ne s*attache qu'avec peine à un sujet qui demande une profonde et sérieuse méditation. Il faut conduire l'esprit insensiblement et par degrés à ce qu'il y a^ de plus abstrus et de plus relevé dans les sciences, et de çettç manière il n'y trouve presque rien dont il ne puisse venir à bout. On m'objectera peut-être qu'avec cette lenteur il y. a des sçienees qu'il est impossible d'approfondir, lyiais l'exercicç est capable de mener plus loin qu'on ne s'imagine ; outre qu'il vaut mieux marcher à pas comptés dans un cl^emin scabreux et difficile^ que de se rompre une jambe , et de s'estropier pour le reste de ses jours. Cçlui qui s'accoutume de honne heure à porter up veau, peut à la fin porter un bœuf; mais s'il vçut essayer du premier coup à porter un bœuf, il court risque de se mettre hors d'état de porter un veau par la suite. Lorsque l'esprit s'est habitué peu à peu à réfléchir et à se rendre attentif, il n'y a presque poiqt de difficultés qu'il ne surmonte, sans qu'il en revi^ne aucun préjudice, et il peut continuer toujours sur le même pied. Ce ne sera pas toute sorte de problèmes abstrus , et Aj^
«Mt
DE l'eNTEWDEMEWT. 87
questions embrouillées qui lui feront perdre courage, ou qui épuiseront ses forces. Mais, si Ton doit éviter une trop grande contention d'esprit , de peur de l'accabler, il ne faut pas aussi qu'on ne lui demande aucune application; c'est €e qui l'énervé , le rend paresseux et incapable de la moindre fatigue. Accoutumé à voltiger autour de la superficie des choses ^ sans pénétrer jusques à l'intérieur, il se met hors d'état de les approfondir , pour dévelopçr les beautés que la nature y cache.
On i>e doit pas s'étonner que la méthode que les étudiants ont suivie dès leur plus tendre jeunesse, influe sur leurs esprits le reste de leurs jours , surtout si elle se trouve établie par un usage universel. Puisque les écoliers sont d'abord obligés de croire tout ce qu'on leur dit , et que les règles de leurs maîtres passent chez eux pour des axiomes , faut-il être surpris qu'ils s'égarent , et qu'ils n'osent pas se détourner du chemin battu?
Des mots.
Quoique j'aie parlé assez au long , dans un au* tre endroit, de^'abus qu'on fait des mots, les sôeiices sofit si remplies de termes particuliers,'