‹ Œuvres philosophiques de LockeChapitre 20 sur 28 · COMTE DE SHAFTESBURY · texte numérisé non relu

COMTE DE SHAFTESBURY

BT. aaAVO-CHAirCU.X£& D^UraLSTB&RK sous CHARLES II

Tirés des papiers de feu M. Jean Lockb, et rédigés par M. Jkâx lb Clerc.

AERSoNirE n'ignore, en Angleterre, que le comte de Shaftesbury, dont j'ai parlé dans le petit Abrégé de la Vie de M. Locke , qui a. paru dans le y I^ tome de là Bibliothèque choisie, n'ait été l'un des plifs habiles hommes de son temps, et qa'il n^it eu beaucoup de part aux affaires publiques de son pays, durant la meilleure partie de sa vie. Le peu. que j'en ai dit a fait que plusieurs personnes de deçà et de delà la mer ont souhaité de connaître plus particulièrement ce grand homme, dont la mémoire n'est pas moins digne d'être transmise à la postérité, que celle des Phocions, des Timoléons et des autres

illustres Grecs que l'amour de leur patrie a rendu fameux. ^

Quoique je sois fort é}o^é de pouvoir donner une histoire complète du comte de Shaftesbury, j'ai cru qu-e je ferais plaisir aux personnes curieuses de ces sortes de choses, si je pubUais, daQ6 ppt article, ({uelqu^^ particularîtéa de sa vie qu'on a trouvées parmi les papiers de feu M. Locke, et qui méritent d'être conservées, non-seulement à cause qu'elles peuvent servir à faire connaître le génie de milord Shaftesbury; mais encore parce que quelques-uns de ces faits sont des morceaux considérables de ce qui s'est passé en Angleterre de son temps.

Ajbttoins ASHliEV, chevjdieTy qui dans la suite reçut du roi Charles II le titre de comte de Shaf* tesbury, ^t^it âgé d'environ vingt «ins-, vers le ooraipencement de la guerre civile , qui s'alluma en Angleterre sous le règne de diarles L

tf Ayant suivi ( 1 ) le roi à Oxford ( car U demeura dans ce parti aussi kmg^temps qu'il eut quel** que espérance d'y pouvoir servir sa patrie), il fut introduit un jour auprès de ce prince par milord Falkland, son ami, qui était alors secré^

(1) Ici coinmencent les Mémoires, écrits par M. Locke. qii*on a eu %ù\n de distitigiier par dos guillemets.

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taire d^état, comme ayant à lui proposer quel* que chose, qui était digne de l'attention de

Sa Majesté. Dans cette audience, le chevalier dit

au roi qu^il croyait pouvoir mettre fin à la guerre, si Sa Majesté le trouvait à propos, et qu'elle voulût le soutenir dans l'exécution de son dessein. Le roi lui répondit, qu'il était bien jeune pour une si grande entreprise. Sire, ré^ pliqua-t-il aussitôt, vos affaires n*en iront pas plus mal pour cela, supposé que fen vienne à bouL Sur quoi le roi témoignant avoir envie de l'entendre , il lui parla à peu prèsde cette manière: Les gentilshommes et tous ceux qui ont des terres^ qui se sont engagés les premiers dans cette guerre, voient présentement qu après un ou deux ans, elle ne parait pas pluspr^s de sa fin qu'elle Vêtait dans sa naissance , et commencent d^en être ennuy es. Je suis persuadé quHls seraient bien dises de vivre en repos chez eux, s'ils pouiH^ient être assurés qu'on affermirait leurs droits et leurs libertés. Je suis oont^incu que c'est là présentement la disposition générale de tout le royaume, et surtout des ( i ) lieux oh j'ai mon bien , et le plus de crédit. Si donc Votre. Majesté voulait me

(i) L'ouest d'Angleterre, qui envoie, à proportion, un beaucoup plus grand nombre de membres du parlement, qu'aucune autre partie du royaume.'

donner pouvoir de traiter ai^c les garnisons du Parlement'^ et de leur accorder un plein et général pardon , rn^ec assurance qu'après qu^on aurait mis bas les armes des deux côtés j une amr nistie générale remettrait toutes choses dans le même état oit elles étaient auant la guerre y et qu^ alors un^ Parlement libre ferait ce qui resterait à faire pour régler le gouvernement de la nation y f entreprendrais cette affaire. Il ajouta qu'il commencerait par sa propre province (i), persuadé que le boa succès , cpîi suivrait là son premier essai , engagerait d'autres gatnisons voisines à lui ouvrir leurs portes, dès qu'il leur ferait savoir, qu'en mettant bas les ai*mes, elles seraient en paix et en sûreté.

tf Le roi parut approuver ce projet; et le chevalier Ashley, ayant reçu un plein pouvpir, cpiïime il le souhaitait, s'en alla dans la comté de Dorsety et ménagea un traité avec les garnisons de Poçly de Weitnouihy de Dorchestery et d'autres lieux; et cela avec tant de succès, qu'une de ces places fut actuellement mise entre ses mains , comme les autres l'auraienl; été peu de jours après. Mais le prince Maurice, fils de l'électeur palatin , qui commandait quelques troupes du roi 5 étant alors dans ces quartiers-là

(i) La comté de Dorset .

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avec sou armée , n'eut pas |4us tôt appris la reddition de la place, qu'il y entra avec ses troupes et leur en donna le pillage. Le chevalier Adiley, sensiblement touché de ce manquement de parole, ne put s'empêcher d'en témoigner son ressentiment au prince ; de sorte qu'ils en vinrent, de part et d'autre, à des paroles assez forâtes ; mais le mal était fait , et par là son dessein fut entièrement rompu. Tout ce qu'il put fsiire , fut d'envoyer avertir les autres garnisons avec lesquelles il était en ti^aité , de se tenir sur leurs gardes, parce qu'U ne pouvait point garantir les articles dont ils étaient convenus.

« Mais, bientôt après, le chevalier Ashley, qui avait l'esprit naturellement actif, et qui ne cessait de songer aux moyens de sauvei^ sa patrie (dont le bien a été le grand but de ses pensées et de ses actions, durant tout le cours de sa vie)^. forma un autre projet, dans le même dessein de terminer la guerre civile , qui avait iort incèm^ ^ mode le royaume, et dont personne ne pouvait dire quelles seraient les suites. La première ou- * verture de ce nouveau projet se fit, dans une conversation entre loi et le serjeani en lois (i),

(i) C'e|^ en Angleterre le nom d'un olBce dans' là loi, cpii est d'un degré au-dessus de cdui Aé simple avocat ploi* îant.

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Fontaine 9 à Hungerftkd, où ik se renconliPerent pw hasard* MéconK^nts rtm et Faatre de la coti' tinualiion die la go^re^ et ^épIoaoAî les maux dont leur pays était menàJQé^ l'un d'eux s'avisa d« 'dire que dans tcnite l'Au^tarre ka provinoea demraieiit prendre les airipesy pouc tâcher de dissiper les -années des deux- pairtis. C6t«e juropûsi'^ tiufipv de la xuaniàre dotit eUevfu4; discutée y pea<- 4»it un iaprès^-csoilpé^ pwfâssodt Ixvei» « ptiib On simple souhait', produit pav une bonne inteti^ tiitemy qu'uii dessem .formée œaâS' lé chevalier Ashky Tei^ainina^ dans^ la suite tiplu&à lQi»t*>et en fit un projet bien té^t; t^ès-^apjddile» ^étre mt^ eii pratique t et dèB-loqr&' il ne «rài^ de sonfffSP 41U9I mpyiena dW«emr à l'eKëculkm^ et il y fit entrer k «plupai^t des geflntUshomixie^ les' plus ssensés çt les »iteii% intentionnés^ des deux = pâu^. ^'ttst là m qui mât msf» ^iied')aetttt.trâi6iène es^ pèceid'arméeyi^ parut tout |dU^ coup en divers emtooits dé lî A<iglet|ri?e ^ wx grand étooncmeot die» apcpées 'duM<^''qt do pavl^ment^ qui ea fiin * reoat fôrt^éponsvàntéës:;^ et certainement^ qu«è^ ques^në de (»^u± qtiii( &'éiajieiil «iigagés dans cette iaHait^^ et qui avâteM^ptiaiiaÂsi'dd psoraiive au temps marqué, o'eussept pas {panqué de parp]e rà ce x^miyeaiii parti, des Clukmen (q«^ qest aiHb^ii qu'on ie$knDmt»ait)^ikfauraiei9^t été asses forts pour venir à bout de leur dessein, qiÉ

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était d'âigogei' les deux parus k imetlre bas les alTn[es,'etfS'il9ne voulaient pas le £ure^ dé les y forcer^ de se déclarer potiif uiie onmistie géné-^ i^ale, d'obleaîr la dissottttian du parlement séant alors , et d'eii faire convoquer on ndutesfu y pcyur fedress^ar les griefs et. povir régler le gouvernément. de la nation. Ce n'était point là ufle ta* trepHse romasesljuev mais un dessein §onàé sur de grtodeé apparences de succès:- car le peuple avait déjà beaucoup souffert de eêtte gueri*ev et les gtenlilshojûnmes et les personnes accomtiiodées éfaifint Ibrt révenus de leur premier emporteméat y et souhartaient de renltejf dàtis leur ânçireui état y de jouir en suret è du calnte et de Fabondance dôoâîla.étaÂ^nt privés depuis cette levée de bail-» elic^'4 Haie sôuliatitaleiitsurtouft alors ^ parce qu'ils s'â^rçèvaimit c^ toute espétaoscé de retirer qiiek|ue avantage de la guerre cofnmençait à leUi^ être ôtéb, particulièrement dans le parti da roi; que^e'étaieiit les. soldats de fortune qu'ont considérait lé pins, à la^ cour, et qui avaient les places de conBÉiandèment et le pouvoir entre leuiis maiink

« ]JB chevalier Ashley avait été quelque temps dans là comté de Darséi^ occupé à asaembletr les parties de cette grande madxine^ juscpi'à ce qu'enfin il l'eût nœe en état de se mouvoir.

Mais dés gens qui avaient témoigné beaucoup

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de passion d'entrer dans cette entreprise, furent bien éloignés d'ayoir autant de vigueur et de courage , lorsqu'il fiit temps de venir k rexéciition; et la cour, qui avait appris ou soupçonné que c'était de lui que ce dessein tirait son origine, l'observa de si près, qui! ne pouvait point entretenir de correspondance avec les provinces éloignées et animer les différents membres de ce nouveau corps, comme il était nécessaire. Enfin, avant qu'il fut*temps de lever le masque, il reçut ordre, par une lettre du roi fort civile et qui n'était pas du style ordinaire , d'aller trouver Sa Majesté à Oxford. Mais il ne manqua pas d'amis en cour, qui l'avertirent du danger qu'il courait de se rendre en ce lieu--là, et qui le confirmèrent dans le soupçon oà la lettre du rei T-a^t déjà jeté, qu'au lieu de lui vouloir tokxt le bien qu'on lui témoignait dans cette lettre, on hiî préparait quelque chose de fort difSérent. Outre cela , milord Goring , qui commandait nn corps d'armée dans cas quartiers-là, ayant reçu ordre de la cour de se saisir de sa personne, lui avait civilement envoyé dire qu'il vint dîner chez lui, un jour qu'il lui marquait. Tout cela joint ensemble lui fit voir qu'il ne pouvait plus être en sûreté dans sa maison , ni dans les quartiers qu'occupaient les troupes du roi. Il alla donc se jeter où Ton lé poussait, c'est-à-dire.

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dans les quartiers où ébùent le» troupes du parlement, et se réfugia dans Portsmouth. C'est ainsi que, pour avoir tâché de sauver son roi et sa patrie , il bit chassé du parti qu'il avait choisi. 'La cour, qui était alors enflée de vaines esp^nces , ne s'atteudant à rien moins qu'à une entière conquête du royaume, et à devenir maîtresse absolue de tout, évait une extrême aversion pour tous les conseils modérés, et pour les gentilshommes de son parti qui avançaient ou qui favorisaient la moindre proposition d'accommodement.. Geus -qyi cherchaient sincèrement le bien de leur patrie , avaient heau avoir Élit de<gra&des dépenses, et hasardé tout potusoutenir le parti du -roi; bieà' I«n de leur en teoir compte, dàs>.i|ii'ils parurent se proposer dans la ^erre une autre fin que la réductkm du parlement par laibrce, on les regarda comme ennemis; et tout expédient qui- tendait, à un acoommodesnent passait pour trahison. Un homme aujssi considérable que le chevalier Asbley, ainsi rejeté -pan :1« rai, futreçu à bras ouverts par coux idu parlement : et quoiqu'il vînt à eux, afwès.avoir;été dans l'autre parti, et qu'il se mît entre leurs biain8,.saiis avoir &it aucunes conditions, il y avait pourtant parmi eux des personnes, (piî connaissaient si bien son mérite et le cas qu'on .en devait faire, qu'on lui offrit

378 U^MOÈnES SUR LA VIB

bientôt après deseniploi» cdusîdérable^ de la part du parlement, et qu'on- lui confia, ea elfel, des places de commandement, sans qu'on se Init en peine de ce qu'il pouvait savoir tt>i;i(^At les personnes ôu les desseins xla ports bpposé 4 où Ton é^t assuré que M grandes pénétfaticm ne poermit Taroif kissé d^ns l^igtiomu m > hii qfot voyait les personnes qm y 1€;âaîent les premier^ rangs, qui tous étaient de sd côVinatestilice et au htdMibre de ses amis pour ia^ plupart.

« Mais quoique le ebevalieir AAlDy »'eût pas ett la litbertë dé "deiâenrer parâii cet» avec qui il s'étail d'àfiord embduqué, et avec .^qui, par conséquent, ila^ait vécadansouie liâisométroitet et qu'il eût été &nreé de ^se jeter dans le parti du parlem^snt , it s'y vendit tout eeuly là n'y pxMrta €fa% sa persobae, et ritrn de xse qtdpmvait ap» partentr it afitrtn.Il laissa, pour ainsi dire, deiv riàrëlia^ioas deux da parti qu'il quittait ^ tears personnes, leurs intérêts, 4euiis< aodoD8,*4eon dessins, leurs conseils y àé^mtte qa'îi n'y evt qui que oe fôt, danslepJirtîïJdiii'rba, qui pût se plaindre; qu-api^ le jour qoli ^«câ: quitté sa innscin,r un il nëipbu^âit'plus' vîsre ta^^surelé^ il 'eût iUâisBwà le^ouvenirtdeeoe qu'il eevait sn^ hstsqtt'il était avec «ux. '

• iitt' fr'était £att un devoir si ssNnré de cette et»pèe0 d'ouBi, que sa femielé àné s'endépat-^

BU COMTE D£ SHAFTfiSBUkY. 3^9

tir J9iKïm^ pensa lui coàter cher dans bi suite. M. Denzil HoUis (qui fut depuis lord HoUis) avant été un d^s commissaires employée ptfr le pflorlement dans le traité d'Uiftridge* U était ckitré là dans quelqneB négociations secrètes et partieu*' Hères avec le roi. Gela îie put être tenu li secret , ^n'ii ne lut éventé , et qM quelques «embres dtt parlement »*eti eussent connakisàkice. Quoique temps âpvès^ M» HoUîs étant attaqué sut« cela y en plein parlemeni^ par un p|Hrti contraire^ rien ne ' manquait pour le perdre entièrement ^ que de& témoins pour appujKrr Taote d'accosation qu'on intentait contre lui d'avoir entretenu in-» teUig^ace âv^eo les iroyaUstes. Ceux de ce parti crurent que le chevalier Asbley les sévirait in* failUbkment dans celte affaire; car ils ne dou^ taient point qu'il ne fût assea instrulr de la cbose, et ils con^taleiit hattlimetlt sur loi; persuadée qu'il nei ittanqùerait pas d'embrasser ime si belle Qoèasîdny'et qcii se présentait d'elle-même, de ruiner >M/ HoUis» qiti était depuis lolig^temps son ennemi^ à l'ocoasion d'^n déméié de familtev qlie M. HoUis avai^'poutoé si loin, que^ par- son crédit dans k cbambre des communes , U 4Btv«t faji eMd«Ere du parlement ie chevialier Aihley; qHKÔqtie légitii|ieÉiient élu» Dans cette suppôt sittoli»,>0ii' le-oîta: dans lai chambre, et, ayfiAt comparu, on lui demanda si, lorsqu'il était à

38o MiHOIRES SUR LA YIE

Oxford, il n'avait rien su ni ouï *dire d'une négociation secrète de M. Hollis avec le roi, dans le temps du traité d'Uxbridge : sur quoi le cheyalier Ashley répondit , (fb'il ne pouvait rien répondre à cette question ; qar, quoique ce qu'il aurait à dire dût peut-être servir à justifier JM. Hdilis , il ne pouvait pourtant pas se donner la liberté de parler dans ce cas, parce que,, quelque réponse qu'il fît, ce serait avouer que,, s'il avait su quelque chose au désavantage de M. Hollis, il aurait eu recours à cette voie infâme de lui nuire, et de se venger d'un homme qui était son ennemi.

ff Ceux qui l'avaient fait comparaître , le pressèrent extrêmement de parler, mais en vain^ quoiqu'ils ajoutassent des menaces de l'envoyer à la Tour. Enfin; comme il persistait résolument dans le silence , on li|i ordonna de se retirer ; et ceux qui avaient compté qu'il découvrirait ce qu'ils souhaitaient, frustrés dans leur q^tfeente, et pour cette raison très-mécontents, proposèrent avec beaucoup de chaleur de le faire ar-« réter. Le chevalier Ashley, qui se tenait à la porte de la chambre, en ayant été averti , attendit Sa sentence sans s'émouvoir; quoique plusieurs de ses amis sortissent du parlement pour le presser instamiûent de céder aux BoUicitations

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