DE hk CON01]1T
qii'U ^st à 'propos d'avertir ceux qui veulent bien conduire leur esprit dans la recherche de la «vérité 9 de, n'admettre aucun de ces termes, qudlque autorisés qu'ils soient dans lés écoles , s^ns en avoir une idée exacte. Un mot peut être fort en vogue chez de certains auteurs , et employé par eux comme exprimant quelque chose deréel; mais , si celui qui Ut leurs ouvrages y ne peut se former une idée distincte de. cet être prétendu , ce «QOt ^n'est à son égard qu'un vain son qui ne signifie rien , et il n'est pas plus instruit par tout ce qui en est dit, que si on l'affirmait d'un pur néant. Ceux qui veulent avancer dans la connaissance , et qui n'ont point envie de se tromper eu2f:-mémes , ni de s'enfler d'un peu d'air articulé , doivent poser comme une règle fondamentaie, de ne point prendre des mots pour des choses^ de ne pas s'imaginer que les noms qu'ils trouvent dans les livres signifient des êtres réels dans la nature, jusqu'à ce qu'ils aient des idées claires et distinctes de ces êtres. Je ne sais si l'on m'accorderait la permission de placer les /ormes substantielles et les espèces intentionelles ^ au rang des termes qui ne signifient rien : mais je suis persuadé que ces grands mots de l'école n'ont aucun sens pour celui qui n'y attache aucune idée distincte ; et que tout ce. qu'il croit savoir là-dessus , aboutit à une pompeuse igno-
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tance. On n'a pas tort de se plaindre qu'on trouve quantité de ces termes dans }es écrits de quelques savants , et qu'ils n'y ont recours que pour supléer aux défauts de leurs systèmes , et cacher sous un voile ce qu'ils n'entendent pas. Quoi qu'il en soit , la pensée où Ton est d'ordinaire qu'il y a^ dei êtres dans la nature qui répondent à ces mots , a causé bien de l'embarras à quelques-uns , et en a fait égarer beaucoup d'autres. Ce qui dans le discoure signifie je ne sais quoi y mérite d'être examiné /e ne sais quand. Si l'on a réellement des pensées , quelque abstraites qu'elles soient, on peut les expliquer, et définir les mots qui les expriment : car nos conceptions, n'étant composées que d'idées simples, doivent nous donner les idées que représentent les mots qui lès expriment, ou bien elles ne sont rien. Pourquoi donc se £atiguerait-on à saisir les conceptions de gens qui n'en ont point du tout , ou qui n'en ont aucune de distincte ? Celui qui emploie un terme Scientifique , et qui ne sait point ce qu'il veut dire, ne m'apprendra jamais rien par l'usage qu'il fait de ce terme, quand il m'en rebattrait les oreilles jusqu'à satiété. Il ne s'agit pas de savoir si nous pouvons comprendre toutes les opérations de la nature et les règles qu'elle suit ; mais il est certain que nous ne pouvons en comprendre que ce qu'il
go . BE LA COMDDITE
nous est possible de concevoir distinctement; et qu'uinsi .employer des mots, quand nous n'avons pas des idées distinctes, comme s'ils renfermaient quelque chose de réel , n'est que l'artifice dont se sert nne vaine science , pour couvrir les défauts d'une hypothèse ou ceux de notre esprit. Les mots ne sont pas faits pour cacher les choses , mais pourles indiquer; il est vrai que si on les destine k.un tout autre usage , ils cachent alors quelque chose, mais c'est l'ignorance, l'égarement, ou Ifs sophismes de celui qui parle.
Des Distractions.
Nous avons déjà remarqué qu'il y a dans nos esprits un flux perpétuel d'idées, qui se succèdent les unes aux autres , comme chacun peut l'observer en soi-même. Il est donc de notre intérêt de les diriger, en sorte qu'elles ne viennent point en foule, et que nous puissions choisir celles qui servent à notre but présent. Cette habitude ne s'acquiert que par un long exercice, et il n'est pas si facile d'y arriver qu'on se l'ima- £ine. Cependant elle est une des causes princiles de la supériorité qu'un homme' a sur un re en fait de raisonnements, quoique d'aillys tous deux aient naturelleoient des talents
DE L EHTeNDEMEKT. gi
égaux. Je voudrais bien trouver un remède cajKtfole de prévenir les distractions auxquelles nos esprits sont sujets ; et , si l'on en proposait quel* qu'un de cette nature, je ne doute pas qu'on ne rendit un service signalé aux gens de lettres, et que cela ne contribuât à faire penser ceux qui ne réfléchissent presque jamais. Pour moi, je n'ai, découvert jusqu'ici d'autre moyen de fixer l'esprit à une chose, que de l'accoutumer par tous les efforts possibles à se rendre attentif. Si l'on observe la conduite des enfants, on verra que, lors même qu'ils se tiennent le plus sur leurs gardes, ils s'égarent après mille pensées frivoles qui les assiègent de toutes parts. Mais je ne crois pas que, pour les guérir de ces distractions, on doive les gronder ou les battre, puisque cela ne sert qu'à les remplir de crainte, de frayeur ou de honte, et les empêche de s'appliquer à ce qu'on leur recommande. 11 faut, au contraire, les ramener avec douceur, et leur montrer le bon chemin , sans leur faire apercevoir (autant que cela est possible) qu'on remarque leurs cUstractions. C'est le plus sûr moyen da • les rendre attentifs; les coups et les menaces ne peuvent que produire un effet tout opposé.
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9^ i)£ LA CONDUITE
Des distinctions.
La distinction et la division sont des choses bien différentes, si je ne me trompe, puisque l'une est fondée dans la nature, et que l'autre dépend de Tart; du moins, s'il m'est permis de les envisager de ce coté^là, j'ose dii^e que l'une est absolument nécessaire , pour arriver à la certitude, et que l'autre, si l'on en fait trop d'usage, ne sert qu'à brouiller l'esprit. C'est la marque d'une grande pénétration d'observer jusques à la moindre petite di£féretice qu'il y a dans les ehoses, et c'est le moyen de fixer l'esprit et de le bien conduire dans la recherche dé la vérité. Mais , quoiqu'il soit utile de prendre garde à toutes les variétés qui se trouvent dans la* nature, il n'est pas à propos d'examiner toutes les différences qu'il y a dans les choses, et de les diviser en autant de classes distinctes. Cela nous engagerait dans un détail infini , puisque cha- W que individu a quelque chose qui le distingue , d'un autre, et ne servirait qu'à nous embarrasser l'esprit, sans nous fournir les moyens d^établir des vérités générales. La réunion de plusieurs choses en différentes classes, donne à l'esprit des vues plus étendues ; mais il faut que nous ayons soin
DE L'EîTTEïrDEMKlfT. q3
de les unir en cela seul où elles s'accordent , parce que aiitrement on ne doit pas les considérer ensemble.- L'être même, qui i»nfernie toutes chor ses , peut , tout général qu'il est ^ nous fournir des idées claires et distinctes* Si tious voulions bien peser et retenir dans notre esprit quel est l'objet de nos HCohsidérations^, cela nous euseignecait à ne ipultiplier pas trop les distiiictibns, quijne doivent (être prises -que de . }a; nature même, defc choses; Il n'y a rien de plus^ioôiitrairîe à cela que celles qu'on invente à plaisir, 'eib qu'on exprime en termes scientifiques et ^arbitraires , auxquels on n's^ad^e aucunia idéiè distincte y et qui sont ainsi tout»-à-iait propres poiar raisonner à perte de vue dans Içs disputas, Sauséclaircir lamoindre difficulté , -ai avancer-no& coïitiaissances* i^uelque sujet qu'on examine iet qu'on veuille approfondir, il me semble qu'on dioit le traiter d'une manière aussi générale qu'ïlse petit, et qu'il n'y a pçint de danger à cela, si l'idée qu'on s'en forme est bien déterminée; poisqué, cela posé,, nous la distinguerons facilement de toute autre idée, qui sera comprise sous le mêm<e nôw. Car c'est pour éviter l'équivoque et les sophismès qu'il Cache , qu'on a multiplié les distinctions, et qu'on a trouvé leur usage si nécessaire* Mais, si chaque idée abstraite avait un nom qui lai fut propre^ on n'aurait pas besoin de ce nombre infini de
distinctions schokstiques^ et l'on n'en devrait pas moins observer les différences qu'il y a dans les choses , et les distinguer par ..là les unes des autres. Le véritable moyen de parvenir à la science n'est donc pas de se remplir la tête de ces dis^ tinctions de l'école , dont les écrits de quelques savants sont souvent si chargés, que l'homme du monde le plus attentif perd de vue le sujet qu'ils traitent; et il y a grande apparence. qu'il leur échappe à çux- mêmes, après l'avoir divisé et subdivisé un million de fois; car c'est en vain qu'on affecte l'ordre, et qu'on aspire à la clarté > dans les choses qu'on a réduites en poudre^ Le trop ou le trop peu de divisions dans nos peu» sées et dans nos écrits ne peut qu'y causer de la confusion, et il faut être bien habile pour ne pas tomber dâms l'uji ou l'autre excès; mais on ne saurait guère exprimer par des mots quel est le juste milieu qu'il faut tenir. Tout ce qui peut servir à le trouver consiste, du moins autant que je puisse le savoir, à n'admettre que des idées claires et distinctes. Pour ce qui regarde les distinctions verbales, qui servent à expliquer les termes équivoques, c'est plutôt l'objet de la critique et des dictionnaires que de la philosophie et d'une science réelle , puisqu'ils traitent de la différente signification des mots. Je sais que l'intelligence des termes et le secret de les
DE l'entendement. gS
employer adroitement à porter ou à parer les coups dans la dispute, ont passé autrefois, et passent encore aujourd'hui pour une bonne partie de l'érudition; mais c'est un savoir distinct de la connaissance^ qui ne consiste qu'à observer les rapports que les idées^ ont les unes avec les autres; ce qui peut se faire sans les mots. De là vient que la science la plus certaine n'a jamais recours aux distinctions; je veux parler des mathématiques , où l'on a des idées déterminées, sans aucuns noms qui les représei|tent ; et comme il n'y a pas lieu aux équivoques , Iqs distinctions s'y trouvent, inutiles. Dans l'argumentation, au contraire, l'opposant cherche les termes les plus équivoques et les plus généraux qu'il peut trouver, pour embarrasser son adversaire : et celui-ci met tout en oeuvre pour se tirer de l'embarras , à la faveur des distinctions , qu'il ne croit jamais pouvoir pousser trop loin: et à cet égard il n'a pas tort,^ puisqu'il s'agit d'une victoire qu'on peut obtenir^ sans que la connais^ sance et la vérité y soient pour rien. Il me semble du moins que les équivoques d'un côté , et les distinctions de l'autre, font tout l'artifice de la dispute. C'est pouj* cela même que certains savants ont cru que l'habileté se réduisait à cette vaine science de mots , et qu'ils ont tourné toutes leurs études à multiplier les divisions et les distinc-
96 v«E LA CONDUITE
tiâns , beaucoup plus que la nature des bhoses ne le demaqdait. Mais celui qui a des idées fixes dans Tesprity avec des noms qu'il y a joint, peut très-bien discerner en quoi elles diffèrent les lïnes des autres, ce qui s'appelle proprement distinguer ; et si la stérilité d'une langue ne lui fournit pas des termes qui r^ondent à chaque idée ! en patticùKCT , rien n'empêche qu'H n'applicpie des noms dbtinctifs aux termes éqmvo«quésou trop généraiix, dont il est obligé de.^e servir. Lès distinctions verbales* n'ont pas d!àutre usage qui me soitconna,«t chaque iteroie qu'on aJQUte à celui dont on veut déterminer ie sens , n'est qu'un nouveau nom, pour marquer ùtie idée distincte. Lorsque cela se trouve aihsi , et qu'on a des idées claires qui répondent à ces distinctions verbales, on peut dire qu'elles tout justes, et faites à propos^ si elles contribuent à éclairdr le sujet qu'on examine.^ C'est. l'unique règle que je puisse donner à l'égard des ditisions et des distinctions; et tout homme qui veiit bien cultiver son esprit , ne doit pas lés chercher dans la fitiesse de l'invention , ni dans l'autorité* des écrivains, mais il les trouvera dans l'exainen des choses mêmes, Sfbit qu'il y vienne par la méditation , ou» par la lecture.
D-un autr^ oôté, c'est un défaut de l'esprit de brôuïllerei de conibndpe tout ce qm peut îivoir
DE L ENTEND£]kIENT. 97
quelque petite ressemblance. Il n'y a pas dé plus sûr moyen de s'égarer, et de n'avoir jamais aucune conception exacte dès choses.
Des comparaisons.
Nous pouvons ajouter ici un autre défaut, qui n'est pas éloigné du précédent , du moins à l'égard du nom , et qui consiste à soufirit qu'à la vue de quelque nouvelle idée, l'esprit cherche d'abord des comparaisons, pour se la rendre plus famihère. Mais, quoique ce soit une bonne voie pour expliquer nos pensées aux autres, ce n'est pas le moyen de nous former de justes idées, parce que toutes les similitudes pèchent par quelque endroit , et qu'elles n'approchent pas du. rapport exact qu'il doit y avoir entre nos idées et les choses mêmes. J'avoue , d'ailleiurs , qu'un homme qui les met en usage se rend agréable en conversation, et qu'il insinue ses pensées avec plus de facilité «dans l'esprit des autres, qui d'ordinaire ne se mettent pas fort en peine si elles sont justes , ou mal digérées : il y a peu d'hommes qui ne veuillent être instruits à bon marché. Ceux qui dans leur discours frappent l'imagination dès auditeurs , et l'entraînent après eux avec la même-rapidité qu'ils pro-
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nonôent leurs paroles , sont de beaux parleurs qu'on applaudit , et qui passent pour les plus habiles. Il n'y a rien qui contribue plus à ceci que les similitudes , qui font accroire à bien des gens qu'ils s'entendent mieux eux-mêmes, parce que les autres les entendent mieux. Mais c'est une chose de penser juste , et c'en est une autre de savoir étaler nos pensées, avec avantage et clairement^ soit qu'elles se trouvent justes, ou non. Pour en venir à bout, il faut employer des comparaisons, des métaphores ^tdes allégories^ et leë dtspoficp' . avec ordre; et comme on les tire d'objets déjà connus et familiers à l'esprit, il les conçoit aussitôt qu'on les a mis au jour, et, après avoir conclu la justesse de leur rapport, il s'imagine entendre la chose même qu'elles servent k édaircir» C'est ainsi que Tima* ginatioii passe pour une véritable ^ence, et qu'on prend pour solide ce qui est joliment dit. }« ne parle pas de cette manière , pour décrier la métaphore , ou dans la vue de bannir cet or*» nement du discours; je ne m'adresse pcant ici auit rhétoricieus ni aux orateurs , mais aux pbi* losophes et à ceux qui aimeut la vérité , eC c'est aux derniers que je demande la permission de leur donner une seule règle , pour voir s'ils entendent bien le sujet qu'ils se flattent de connaître. Le moyen donc de le découvrir, c'està mon
DE L EIïTEWOEMBNT. ^
avis de prendre garde, sî , lorsqu'ils l'examinent eux-méines, ou kM'squ'ils l'exposent à d'autres, ils ne font usage que d'idées empruntée^, qu'ils accommodent, à cause de quelque ressemblance on affinité qu'ils j trouyent, arvec le sujet qu'ils traitent. Les expressions figurées et métapfao-^ riques servent beaucoup à illui&trer les idées ab^ struses et peu fsunilières à l'esprit; mais alors on doit les employer à éelaircir les idées que nous avons déjà , et non pas à exposer celles que nous n avons pas encore. Les allusions peuvent accompaguer des vérités solides, et laor donner de l'éclat : mais on ne doit jamais les mettre à la place de ces vérités, ni prendre les unes pour les autres. Si toutes nos recherches ne nous ont pas
cmiduxt plus loin qu^aux métaphores et aux sih mslitudes , nous pouvons compter sûrement que BOUS n'avons pas pénétré jusques à l'intérieur des choses, et que toute notre science est une véritable chimère.
De V assentiment,
W n'y a rie» qui soit de plus grande importance, dans toute la conduite de l'esprit, que de savoir jusqu'où et comment il doit acquiescer aux choses, et peut-^étre qu'il n'y a rien de plus difficile. Tout le monde tombe d'accord , que
lOÎ DE LA CONDUITE
tues obligés de les recevoir à proportion de leur évidence. Tous <^etix cfui en agissent de cette sorte , trouveront qu'ils ne imanquent pas de lu* mières pour distinguer ce qui est évident de ce qui né l'est pas , ce qui est certain d'avec le douteuK ; et s'ils n'accordent ou ne reftisent leur aquiescement que par cette règle , Us ne risquent point de se trovnper* D'ailleuiis, cette indiffié-^ renée les engagera à un examen plus rigoureux des opinions reçues, sans lequel notre esprit n'est qu'un réoeptade de contradictions, et non pas un magasin de vérités* Ceux qui i»e s'en tien* nent pais à cette indiffiérence universelle, jusqu'à ce qu'ils dient des preuves convainoan^es de ce qui est vrai , ne regardent les objets qu'à travers des lunettes colorées ; et , s^ils tombent dans l'erreur , ils en sont- eux-mêmes la cause. Avec tout cela , je ne crois point que l'assentiment puisse être toujours proportionné à tous les degrés d'éviderace dont une vérité peut être capable , et que les hommes se puissent garantir tout- à -fait de l'erreur : c'est une perfection où notre nature ne saurait atteindre , et un privilège auquel je n'aspire pas; aussi je me contente d'indiquer le chemin que nous devons tenir pour bieil conduire notre esprit , et faire un bon usage de nos facultés^ dont nous abusons plutôt qu elles ne nous abusent. Ce n'est pas tant du manque
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de capacité qu'on a sujet de se plaindre , que du mauvais usage qu'on fait de ses lumières, comme la plupart des hommes le reprodient à i^ux qui n'adoptent pas leurs opiiiions. Si l'on n£ se déterminait jque par l'évidence des chpsçi^ et après un sérieux examen , il n'y a persqpn^ qui fut exposé au risque de ne pas embrasser les vérités qui lui sont néoessatres dans l'état et la situation où il se trouve, £n suivant toute autre règle, on peut dire que tout le monde naît orthodoste, puisque chacun s'imbibe, dès 3on eufançe, des opnions reçues dans son parti , et qu'il n'y en a pas un sur cent qui les examine , pour voir si elles sont vraies. Au contraire, on leur applaudit de ce qu'ils se croient de bonne foi. dans le droit chemin^ et celui qui veut procéder à4'examen des dogmes reçus est, ipso/actOj un ennemi de l'orthodoxie , parce qu'il en pçttt re|ejtei: quelquesruo». C'est ainsi que, sans aucune fatigue, on bérite de certainies vérités loç»lesi, ejt qu'on s'accoutuiaae à donner, sofi assentiment . à des choses dont on n'a pas la moindre pr^j^uve^ Ceici va pàis loin qu'on ne s'imagine , ^t de xîent bigots zélés de tous les partis , il n'y en a peut-être pas un seiil^ quelque rigide qu'il 3oit è maintenir, ses dogmes , qiû en ait jamais f^it l'examen y ni qui croie qu'il est de son devoir de. les fi^tateioçir. On est soupçonné de tiédeur, aussitôt qu'^» orpit
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cela nécessaire, et de tendre vers Tapostasie, d'abord qu'on l'entreprend. Mais, si l'on peut être affirmatif et tranchant sur des dogmes de la dernière conséquence, quoiqu'on ne les ait jamais examinée, qu'est-ce qui nous empêcherait de suivre CQttew méthode courte et abrégée , dans des matières beaucoup moins importantes? C'est ainsi qu'on nous enseigne à devenir esclaves. de la mode à l'égard des opinions , de même que pour les habits, et qu'on traite de fantasques, ou de quelque chose de pis , ceux qui ne veulent pas s'y soumettre. Cette coutume, qu'on n'oserait critiquer , rend bigots les simples , partout où elle prévaut , et pyrrhoniens ceux qui sont plus éclairés. Si l'on s'en affranchit , on s'expose à être taxé d'hérésie; car dans quel endroit du monde est - ce que l'orthodoxie et la vérité ne régnent pas ? La raison et l'évidence ne servent de rien, et il faut que, dans toutes les sociétés, elles plient sous l'orthodoxie infaillible du lien. Mais ce n'est pas le moyen de parvenir à la vérité* et à un acquiescement solide : les opinions dominantes nous en pourraient fournir de bonn^es preuves. Quoi qu'il en soit, je n'ai vu jusques ici aucune raison qui empêche qu'on ne: confie la vérité à sa propre évidence : si cela n'est pas capable de la soutenir, je suis persuadé qu'il n'y a point de remède contre l'erreur, et que le
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vrai et le faux ne sont alors que de vains noms qui signifient la même chose. En un mot , il n'y que l'évidence toute seule qui doive déterminer racquiescement de l'esprit, et c'est l'unique chemin qui peut conduire à la vérité.
Les hommes peu éclairés sont d'ordinaire dans l'un ou l'autre de ces trois états : ou ils sont toutà-fait ignorants; ou ils doutent de quelque proposition qu'ils ont déjà embrassée, ou vers laquelle ils penchent; ou enfin ils tiennent opiniâtrement à une opinion qu'ils n'ont jamais examinée, et dont ils ne sauraient alléguer aucune preuve convaincante.
Les premiers sont dans l'état le moins dangereux de tous ; parce que , exempts des préjugés qui aveuglent les autres, ils conservent une pleine indifférence , et sont ainsi mieux disposés à poursuivre la vérité.
En effet , l'ignorance jointe à l'indifférence est plus proche de la vérité que l'opinion accompagnée d'un penchant mal fondé , qui» est la principale source de l'erreur ; et ceux: qui marchent sous la conduite d'un mauvais guide courent dix fois plus de risque de s'égarer , que celui qui n'a pas encore fait un seul pas , et qui ^ peut souffrir qu'on hii montre le bon chemin.
Io8 DE Li CONDUITE
ner dès son origine avec une pleine indififérence,' sans avoir aucun égard aux opinions des autres. J'avoue qu'il est difficile d'en venir à bout , mais je cherche plutôt le droit chemin qui conduit à la vérité, que le chemin aisé qui mené à l'opinion; et tous ceux qui veulent avoir quelque soin de leur entendement et de leur propre salut , ne peuvent se dispenser de suivre le premier, quelque rude qu'il soit d'ailleurs.
De Vétat de la question.
L'indiflFérence , dont je viens de parler , sert encore à bien établir l'état de la question qu'on examine, sans quoi il est impossible de la résoudre clairement et avec succès.
De la perséi^érance à examiner.
Cette même indifférence fait que chacun peut examiner les choses de la manière qui est la plus conforme à leur nature ; mais on doit y procéder constamment et avec ordre, jusqu'à ce qu'on en vienne à une solution fixe et bien fondée. Si l'on m'objecte qu'en pareil cas tous les hommes seraient obligés d'avoir de l'instruction , et d'abandonner leurs autres affaires pour s'appliquer
DE L EITTENDEMEWT. «09
tout entiers à Fétude; ma réponse est que je n'attends de chacun d'eux, à cet égard, que ce que son loisir peut lui permetti^e. Je sais qu'il y en a plusieurs qui se trouvent dans une situation, qui n'exige pas une grande étendue de connaissances, et qui emploient presque tout leur temps à pourvoir aux besoins de cette vie. Mais leur- manque dé loisir n'excuse pas la négligence de ceux qui en ont de reste; il y en a peu qui n'en aient assez pour acquérir les lumières qu'il leur £aut, dans le poste où Dieu les a mis; celui qui ne le fait pas en est responsable, et l'on peut dire qu'il aime les ténèbres.
De la présomption.
Les maladies de l'esprit sont en aussi grand nombre que celles du corps ; il y en a d'épidémiques, auxquelles très-peu de personnes échappent , et il y en a d'individuelles. Si chacun s'examine là-dessus , il trouvera quelque défaut^ qui est propre à son génie particulier. Tel homme s'imagine que ses talents naturels ne lui manqueront jamais au besoin, et qu'ainsi ce serait une peine perdue d« les cultiver. Il se flatte que son génie, semblable à la bourse de Fortunatus, ne s'épuisera jamais, quoiqu'il n'y^ mette
to8 DE Li CONDUITR
ner dès son origine avec une pleine indifft **' sans avoir aucun égard aux opinions des ^^ J'avoue qu'il est difficile d'en venir à bo' ' je chercbe plutôt le droit t^emin qui coi '^^ vérité , que le chemin aisé qui mCTie à ' ^^^ et tous ceux qui veulent avoir quelqi. *:*^^ leur entendement et de leur propre ^^^ peuvent se dispenser de suivre le prerr w^^ que rude qu'il soit d'ailleurs.
De l'état de la queition
I/iudilïércTicc, dont je viens de J encore à bien établir l'état de laqr tixainine^ sans quoi il est imposs souclre clairement et avec succès.
De la persévérance à exan. 1
Cette même indifférence fait que c^ examiner les choses de la manière qu> conforme à leur nature ; mais on doit constamment et avec ordrt, jusqu'à vienne à une solution fixe et Lien I l'oD m'objecte qu'en pareil cas lous le^ auraient obligés d'avoir de l'iiistructioi iMiidoniier leur» autres afl'iiires pour r'k
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