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1 des choses. En
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rien du tout, et, satisfait de son sort, il ne travaille point à se munir de nouvelles connaissances. C'est un champ qui produit de hiiinéme ; à quoi bon le laboureur ? Mais ces heu* reux génies feront bien de n'exposer pas leurs richesses auA yeux des clairvoyants. Nous naissons dans Tignorance de toutes, duoses ; on n'en voit que la seule ëcarce , et il n'y a que le ira* vail, Fattention et l'industrie qui puissent pénétrer jusques à l'intérieiu'. Quoique les matériaux pour bâtir, les pierres et le bois , croissent d'eux-mêmes , ils ne formeront jamais un édifice propre à loger , et où règne la symétrie , à moins que l'art ne s'en mêle. Dieu a fait hors de nous le monde intellectuel plein d'harmonie et de beauté; mais il ne peut entrer tout d'un conp dans nos esprits, il faut que nous l'y amenions , pour ainsi dire, pièce à pièce, et que nous l'y rangions par notre industrie : sans cela , il n'y aura que chaos et ténèbres chez nous, quelque m^dre et qael({ue lumière qu^il y ak au dehors.
Du découragement
D'un autre coté , Ton voit des personnes qui ont mauvaise opinion de leur esprit ,, qui perdent courage à la première difficulté qu'ils trouvent ,
DE l'entendement. , m
et qui se croient d'abord incapables d'approfondir aucune science, ou de faire aucun progrès au*delà de ce qui peut servir à leurs occupations ordi* naires. Ceux-ci ne se rerouent point, parce qu'ils s'imaginent qu'ils n'ont pas des jahibes pour marcher : comme les autres, dont je viens de dire un mot, restent les bras croisés, parce qu'ils se flattent d'avoir des ailes , et de pouvoir prendre l'essor jusqaes aux nues, toutes les fois qu'il leur plait Pour ramener les premiers , je leur appliquerai le proverbe anglais qui dit , Servez^ vous éie vas jûmbes et vous en aurez. Il nV a personne qui sache jusqu'où ses forces peuvent s*étendre, à moins qu'il ne les ait éprouvées* Cela est surtout vrai à l'égard de l'esprit; sa capacité va plus loin qu'il ne s'imagine ( i ) , et il acqniert de nouvelles forces à mesure qu'il avance dans l'étiide et la méditation.
Pour guérir donc ce faible , il n'y a qu'à donner de l'ouvrage • à Tesprit, et tourner toutes ses pensées du côté de l'objet qu'il veut con* naître. VLea est du moitis de ses efforts comme de <îeux <lës armées (a) ; /évjg^^W&i^ se flatt&tt de vaincre j elles ont presque toujours le dessus: ainsi la persuasion où l'on est de surmonter
(ij f^iresque acquirit eundô.
(a) Dtati putant se vincere , vintunt.
H2 DE LA COITDITITE.
toutes les difficultés qui se trouvent dans les sciences 9 ne manque presque jamais d'en venir à bout. D'ailleurs, il est certain qu'un homme qui se met en marche avec des jambes faibles , ira non-seulement plus loin, mais deviendra plus robuste que celui qui demeurera en repos, quoiqu'il jouisse d'une santé ferme et vigoureuse.
On peut observer quelque chose d'approchant à ceci, lorsque l'esprit ne considère les objets qu'en gros. et à une distance trop éloignée. Il n'y voit d'abord que de la confusion , de l'embarras et des obscurités impénétrables. Mais ce ne sont au bout du compte que des spectres ' qu'il se forme lui-même pour flatter sa paresse; et s'il ne voit rien .de clair dans les objets éloignés , il conclut trop vite que tout y est obscur. Il n'a qu'à les examiner de plus près ; alors ces nuages qu'il a élevés lui-même, se dissiperont, et ce qui lui paraissait gigantesque et monstrueux ^ deviendra d'une taille médiocre et fort naturelle. Il Êiut qu'il considère les objets peu à peu ; qu'il s'arrête d'abord à ce qu'il y a de plus aisé et de plus visible ; qu'il en distingue toutes les parties , et qu'il réduise en ordre et à des questions claires et faciles tout ce qui mérite d'être su à l'égard de chacune d'elles : alors ce qu'il croyait inaccessible se rapprochera de lui, et tous les mystères qui l'effrayaient au premier abord s'é-
DB L'Bf^^TEWDKMEBTT. n3
vanoiiiront à sa vue. J'en appelle à l'expérience de mes lecteurs, et je leur demande si pareille chose ne leur est pas arrivée plus: d'une fois, surtout lorsque attentifs à l'examen de quelque objet, ils sont Venus à réfléchir par occasion sur un autre. Cette expérience doit nous encourager à ne craindre pas ces vains fantômes, et servir plutôt à exciter notre vigueur qu'à énerver notre industrie. Pour réussir dans cette étude, comme dans toutes les autres, on ne doit point, en commençant, se piquer de faire de grands pas, mais il faut aller lentement, examiner d'abord ce qui approche le plus de ce qu'on sait déjà, passer ensuite à quelque chose de nouveau , et avancer ainsi pied à pied. Quoique cette méthode paraisse longue et pénible, tout homme qui voudra l'essayer, trouvera bientôt que c'est la plus courte et la meilleure, pour gagner du terrain et le conserver, je veux dire pour acquérir une connaissance ferme et solide , qui ne roule presque toute que sur les idées distinctes qu'on a des choses. En effet, ceux qui savent bien poser l'état d'une question , ne font que distinguer les différentes parties qui U composent, et les mettre dans un ordre naturel; et ils instruisent plus par là, que d'autres par de longs raisonnements à perte de vue. Cela seul aide souvent à trouver le nœud de 7 8 -
:il4 BE I^A .CONI>€ITB
la difficulté » et à découvrir la vérité. Lorsqu'on al une fois développé: lés idées qu'on exaxmue , on s'aperçoit bientôt de leur accord ou cie ^leur répugnance 9 et c'est en ceci que. consiste <ie véritable savoir; au lieu qu'à prendre les choses en gros et isans les anatomiser ,. pour ainsi ' dire , on n'acquiert qu'une science confuse, qui ne mérite pas même de porter ce nom.
De Vanalogië.
L'anèilogie iiide beaucoup l'esprit en bieh-des rencontres, suMout dans cette partie de la'physique qui consiste en expériences. Mais il famt prendre garde ici à se renfermer dans les jiï^és bornes de l'analogie. Par exemple', on trouve qlie* l'huile acide du vitriol est bonne en certain cas, donc' l'esprit de nitre ou de vinaigre petit être utile' dans le même 'cas(. Si Tàcide seul du vitribl a produit le bon effet, là conséquence éàt juste; mais si, outre cet acide, il y a quelquêailtre chose da s cette huile,- qui est la Vëritâbld ' 'Cause de" Veffêt qu'on ëherche , ' alors nous siJppésôns faifx, et ntttls prënbns pour atlalogte ce qui ne l'eçt point du tout.
DE l'entendement. ii5
De Vassociation des idées qui ne s'accordent
point ensemble,
: Quoicpie j'aie parlé de cet inconvénient ida^ lé second livre de mon Essai, sur. l' entendement humain y ce n'a été que d'une manière «historique, deriiéme que /des autres opérations de l'espi^it, sans. chercher ;les remèdes qu'on y poun^ait appliquera De sorte qu'il né sera pas inutile rfdri (&eici un mot à ce dernier égard , d'autant pl^ls qu'il n.'y appoint dQ maladie dé l'esprit, du moitis que je-sacl^e, qui soit plus difficile à guérir, et qui cause plus d'erreurs. que >cet asseihblage vicieux d'idées ;. xîaT' il est presque impossible de eoovainere quelqu'un que les choses ne sont pas naturiellement telles qu'il les a toujours conçues.
i C'est par là que des fondementsrtiineux passent pour des principes très-sblides, el qu'on ne peut pas même souffrir qu'on les révoque en doute : ces liaisons monstrueuses deviennent à> la longue aussi naturelles à l'esprit, que celles de lalqmière et di^ soleil , du feu et de la chaleur, et semblent dèsTlor^; avoir une évidence aussi ' naturelle cgoit celle des vérités évidente par elles-^eK^s. Quel remède^ trouver^ donc -à ce.mâl, et qnielle eipé* rance y a-t-il d'en venir à bout? La plupart des
Il6 i>E LA CONDUITE
hommes, accoutumés à ne rien examiner de ce qu'ils ont unç fois admis, embrassent si fortement l'erreur et le mensonge , qu'il est très-difficile de les en délivrer. Pour vaincre cette mauvaise habitude, il faut une vigueur et une liberté d'esprit qui n'est pas comi!nune, dont il y a même peu de gens qui aient l'idée , et moins encore à qui l'on en permette l'usage. Il n'y a presque point de sectes dont les docteurs et les guides ne tâchent de supprimer, le plus qu'ils peuvent, cet examen libre auquel. tous les hommes sont obligés, et qui est le premier pas qu'ils doivent faire pour régler leur conduite et leurs opipions. Un artifice aussi criminel doit faire soupçonner que ces docteurs sentent bien la faiblesse ou la fausseté de leurs dogmes , puisqu'ils ne veulent pas souffrir qu'on examine les principes sur lesquels ils sont fondés. Il n'en est pas de même de ceux qui ne cherchent et qui n'ont en vue de répandre que la vérité: ils exposent leurs principes aux yeux de tout le monde ; ils sont bien aises qu'on les examine à la rigueur, et qu'on découvre ce qu'il peut y avoir de. faible ou de mal digéré, afin que personne n'admette que la vérité toute pure. Je sais qu'il se commet une faute générale dans l'éducation des enfants, et dans la manière dont on* instruit la jeunesse. A.rexaininèr de près, ou voit qu'elle ne tend qu'à leur faire
DE L ENTENDEMENT. ÏI7
embrasser, par une foi implicite, les notions et Jes dogmes de leurs maîtres, et à les y assujettir, en sorte qu'ils n'en démordent jamais , soit que la vérité s'y trouve ou non. Je ne rechercherai point ici de quel prétexte on peut colorer une si dangereuse méthode, ni de quelle utilité elle peut être , lorsqu'on s'en sert à l'égard de la populace toute occupée des soins de cette vie. Mais pour ce qui est des personnes d'une autre condition, qui ont le temps et les moyens de s'appliquer à l'étude et à la recherche de la vérité , je ne vois pas qu'il y ait de meilleur expédient pour les instruire , que de prendre garde , le plus qu'il se peut, que, dès leur plus tendre enfance , ils ne joignent pas ensemble des idées quiu'ortt aucune liaison naturelle entre elles, et de leur inculquer souvent cette règle, pour leiir servir de guide dans tout le cours de leur vie et de leurs études. Il faut leur répéter sans cesse, que leurs idées ne doivent jamais avoir de connexion qu'autant que leur nature et leur rapport mutuel le permet, et qu'ils doivent examiner souvent celles qu'ils trouvent unies ensemble dans leur esprit, pour voir si cette' liaison vient de la correspondance visible qui est entre elles, ou de l'habitude qu'ils ont prise de les joindre dans leur pensée.
Le remède que je propose peut être une pré-
^ Jr *
Il8 DE LA CONDUITE.
caution utile, ay;int que cçtte habitude soit enraci9éiç de longue main; mais si elle est déjà coi^tractée, alors iifa^ut, pour s'en guérir, qu'on observe avec une extrême vigilance les mouvements presque imperceptibles de l'esprit dans sess actions habituelles ; et ce que j'ai dit ailleurs de sa facilité, à substituer des jugements aux impressions des sensf, en est une preuve. Qu'on fasse voir à quelqu'un, qui ne se connaît pasren pe^iiiture , certains tableaux , qu'on inontre eh quelques endroits, et où il' y a clés bouteilles ^^ des pipes, et autres choses de cette sorte représentées au naturel, et qu'on lui dise qu'il nte voit aucun' relief dans tout cela, vous ne sauriez Yen convaincre que par l'attouchement : il- ne *peut s'imaginer que" son esprit substitue si vite une id^e à la place d'une autre. Combien d'exemples de ce tour de souplesse ne trouve^t-on ptas dans la manière de raisonner de qùelqueë savants, qui, accoutuïnés à joindre deux idées ensveimble, mettent l'une à la place de l'autre i, et le font miême.^à ce, que je crois, sanfe y prendre garde? Peinant que cette illusion dure ^ il est impossible de les convaincre; et ils s'applaudissent àiépÊe zélés pour la défense de la. vérité^ lôTsqu'iisr ne combattent que. pour le mensongei Lfhfabitudie qu'ils ont prise de confondre deux idées 'très^ différentes , et de les réduire presqàei en une
DE L EX^TEITJOEMElfT. 1 19
seuk., remplit leurs têtes de fausses vues, et leurs ratsoDii6niei|ts de faussés conséquences.
Des sophismes.
La véritable intelligence consiste à découvrir et à enfibrasser la récité v qui dépend de l'accord ou dej Ja T^Mignipice visible ou probable des idées , que l'bn affirme ou q^ue Ton ^nie les unes des antres. Ot\ >voit . pas là , que ' pour bien conduire son^espril: dane la. recherche de la vérité,. qui doit é^e. son <] unique but, il &ut garder une pleine: indifférence,: et ne pencher ni d'un coté m d'autre, jusqu'à ce qu'ion «ait de bonnes raisons qui: mous. déterminent Gefyendaint on ne voit poesqueiaucun livce, où l'on «ne s'aperçoive que l'auteurt noA^se^ilement. défend sa thèse , ce qui est^ juste 'et'râisonnable,( .mais qu'il incline tout* àr£adt de - oe :cQté-'là v ^t qu'il sou halte > qu'elle > soit vraiq. Si l'o».me> demande ^ài quelle 'marque on p^t recotonaitfe les auteurs qui ont' ce faible; jeTépondf^que c^est parafa soih «qu'ils preiment de dbonger souvent les^tfnnes de la question, oa:d'j en> joindrei'de nouveaux;' ce qui cause lâie si grande différence dans, lies idées, qu'elle^ en deviennent plus utiles au but ^ qu'on a en V4a«, et qu'elles ont plus de rapport ou d'opposition
les unes avec les autres. C^est>là un sophisme tout clair; quoique je sois bien éloigné de croffe qu'on s'en serve toujours pour tromper les lecteurs. Je n'ignore pas que les hommes, séduits par leurs préjugés, s'en^imposent souvent à euxmêmes , et que leur zèle pour la vérité, quand ils sont>prévenus pouir un parti, est ce qui les en écarte le plus. L'inclination pour un certain dogme leur inspire des termes radoucis , qui font naitpe des idées favorables, jusqu'à ce qu'après l'avoir ainsi paré, ils viennent, à conclure qu'il est de la dernière évidence; au lieu qu'à > le prendre dans son état naturel et à n'y employer qae de& idées fixes et déterminées , il ne :sierait pieut^tre point admis. Les tours, les gloses v lesexplicar tions, et les ornements, dont les auteurs, embellissent leurs discours , composent à tel point ce qu'on appelle le talent d'écrire, et cette méthode leur est si avantageuse pour répandre leurs opinions et acquérir. du crédit' dans le mondé, qu'il n'y a nulle apparence qu'ils l'abandonnent, pour en suivre nue autre plus sèche et pLusistérile, qui joigne toujours les mêmes idées aux^ mêmes termes; roideur brusque et inflexible^ qu'on ne peut souffrir que dans les seuls mathématiciens , qui percent jusques à la vérité par. leurs démonstrations sans réplique.
Mais si les auteurs ne veulent p^s renoncer
D£.L EïTTENDEMENT. 121
à celte manière insinuante d'écrire, quoique peu solide, s'ils ne jugent pas à propos d'employer des termes précis et des arguments clairs et solides, il est de l'intérêt dçs lecteurs de se tenir en garde contre les sophismes et tous les agréments du discours. Le plus sûr moyen d'y réussir, c'est de se former des idées claires et distinctes de la question dépouillée de tous les roots, et devoir de quelle manière l'auteur qui en traite les joint ehsemble,,ou les sépare les unes des autres. A suivre cette route, on ne peut que rejeter ce qui est superflu, et sentir ce qui fait, à la question, ou. qui s'en éloigne, ce qui s'accorde ensemble ou qui se contredit. On découvrira bientôt par là toutes les idées qui ne sont pas du sujet, et les endroits où l'auteur les a glissées; et, quoiqu'il en ait été peut-être ébloui lui-même, on s'apercevra . qu'elles ne donnent aucune lumière, ni la moindre force, à ses raisonnements.
Sans* doute , c'est là le moyen le plus court et le plus aisé pour lire ayec profit et se garantir de l'erreur où les grands noms et les discoure plausibles nous entraînent d'ordinaire; mais il est difficile et ennuyeux pour les. personnes qui n'y sont pas accoutumées , et l'on . ne doit pas s'imaginer quelle petit nombre de .ceux qui cherchent la vérité. de bonne foi puissent tous
ia2 1>E LA. CONDUITE
se mettre à coui^rt ^r là des sophismes.étudiés, ou involontaires, qui se; glissent dans .pre6<|ue tous' les! livres- de mtsonnenient.. Omx qisitécri* yant contre leur: persuasion- intémeure, iou, oe qui revient à ipçufprè&à la même chôsey^qui sont résolus de maintenir à tort et à.tilavers les dogmeciklu parti qu'ils ont émibrassé^ ne peuvent qu'employer, fiôuteei sortes d'flprmes ,: borinesî ou maruvaises ^ . pour • défeuidre leur causé ;. et c'est pdur.tâela même quk)il doit Ic^ lire aivec bôau-f coup de.précaution^ D'un autre cotéy ceUx qui écrivent 'pour? des lopiofiiorïs dont ils soi|tibiep persuadés et qu'ils croient yéritables y se^flattent qiie l'ia^dùr- qu'ils oni/pour lac •vérité , leur périme t de la - dépeindjre sous les couleiars îles, plus avantageuses ^t^et de la. revêtir des* plus beaisx ortiementi^v ^fi^* de là mieus insinuer dans l'es^ prit dés (lecteurs , et qurcUe^y jcWe de plu»piH>-» fondes racine&i i ' • • • itu .1 * ..i-
Comme la plupart des écrivains se trouvent dans i'une ou l'autre de ce^ deux. différentes situattoi^ d'esprit 4 ^ «il^ .est j u^te que ' Iqurs lecteurs , quiiauneatlaivéritévsdieniiien' garde ocmtpe tout de qui; peut rob50Hi*cir.ou Isidégaisier. SW^nV^nt pas l'adresse (de ise représenter le sens d^^V^n^ tei;r] qu'ils disent par «desiidée» pures*^ dégagées d€^>to(ifls les sons^et4e Août lé c^nquant» d'une Ênusse rhétoriqde, ils(>€loiii^ent:<lù'n»éins>retenir
DE l'sittbivdement. 1^3
le véritable état de; la ^question ,. ne le perdre jamais de vue (^ et. ne pas souffrir qu'on, y ajoute^ ou que Ton en retranche aiicuH' terme. C'est oe* que peuvent faire tous ceuxq^i en ^ ont bonnet eavie^ et celui qui ne veut pas* se doBoer cette. p€&ne, ne fait de «on! esprit qu'un magasin <de« guenillies qui* appartiehnei^t à fj'auU'es ; je veux dire de faux;raik)nneni0nts^ plulôtt qu'un dépôt de vérités , d'où il pourrait tirer de i grands set* cours tdiifis leibesd^in.; Je laisse » un tel homme à juger lui;^ même s'il, se :ooiiduit bien dans la r-echerche d'un<si ptécisttxi trésor. » . {• *
Des vérités foridûmentales,
.Notre esprit est ,&i borné et si lent à pénétrer le fond, des objets qu'il* contemple^ qu'il n'y a; point «d'homme: qui* puisse ' oonnaitre .toutes les vérités, «IqiHaiM même, la vie sevàili: beafucbup' pltis Jon^e; de aorte qu'il- est rde la prudence dé 'nou^' fixer ) aux que^tàons^' lesi plu^ impocl tantes^ ^ iel 'de^ ]!iégliger les 'autres- qui iie làignifieot rien, oui qui nous éloignent de ce but ptrincipal.' Tout Je mondes saitr.combién dé ilemps k jeunesse-^ peil4 k se rempliit la tété ) de ; questions de logique, la plupart inutiles, et quittt'abou^ tisseni; qu'à des mots jC-'està^peU'' prés comme
ia4 ^B I^A CONDUITE
si un homme qui veut devenir peintte , s'occupait tout entier à examiner les fils des différentes toiles sur lesquelles il doit travailler, et à compter les soies de tous les pinceaux et de chaque brosse dont il doit se servir pour appliquer ses couleurs. C'est même quelque chose de pis : du moins celui-ci s'aperçoit à la fin que ss^ peine est inutile, et qu'il n'en est pas plus avancé dans son art; au lieu que les autres ont la tête si échauffée des disputes de l'école, qu'ils prennent* des notions creuses et vagues pour des vérités constantes, et s'imaginent. être si habiles, qu'ils ne daignent pas approfondir la nature des choses, ni descendre jusqu'aux expériences. Peuton abuser plus grossièrement de l'esprit, surtout dans la recherche de la vérité, et n'est-il pas juste de relever ce défaut, qui est accompagné de bien d'autres, soit à l'égard des questions en elles - mêmes , qui s'agitent dans les écoles , ou de la manière dont on y procède ? Il est impossible de compter les erreurs de cette sorte, dont un homme est ou peut être coupable; mais^ il suffit d'avoir insinué que les observations 'superficielles, qui ne coritiennent frien. d'important et qui n'aidentt pas k pousser nos connaissances plus loin,' doivent être négligées, et ne méritent pas de nous occuper.
Il y a des vérités fondamentales qu'on ne dé-
DE l'entendement. ia5
couvre , pour ainsi dire , qu'en creusant , et qui servent de base à plusieurs autres. Ce sont des vérités fécondes, qui enrichissent l'esprit, et qui semblables à ces feux célestes qui roulent sur nos têtes, outre l'éclat qui leur est naturel et le plaisir qu'il y a de les. contempler, répandent leur lumière sur bien d'autres objets, qu'on ne verrait pas sans leur secours. Telle est cette admirable découverte de M. Newton , que tous les corps gravitent les uns vers les autres; découverte qu'on peut regarder comme la base de la philosophie naturelle, et qui .lui a donné les moyens de faire voir, au grand étonnement de tous les philosophes , qu'elle est d'un usage merveilleux pour comprendre le mécanisme admirable de notre système- solaire. Il n'y a même aucun doute qu'elle ne puisse nous conduire à l'intelligence de bien d'autres choses , si l'on sait en profiter et la mettre en œuvre. Le précepte de Jésus-Christ, qui nous ordonne A^ aimer notte prochain comme nous-mêmes ^ est une vérité si capitale pour la conservation des sociétés humaines, qu elle suffittoute seule pour déterminer la plupart des cas qui regardent les devoirs de la vie civile. Ce sont des vérités de cette nature qiie nous devrions rechercher avec ardeur, et dont il faudrait munir nos esprits. .
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DE LA COJNDUITE
Du fond de la question,
' Ce » que je viens de dire me conduit à une âiitrc- wraarque , qui n'est pas moins utile que la« précédente, el qui nous- engage à examiner toujours le nœud de la question qu'on propose , et à voit 'sur qtioî elle est fondée. La plupart 'des difficultés qu'on y trouve, si on veut les suivre jusques au bout, nous mènent à quelque proposition daire,* qui «nous sert? à lever les doutes €ft à rési<mdre<la question. Il n'en est pas de méfne de»)ai^ïnenls superficielqet qu'pn titre des lieux commun8i;i'on^en peut «trouver en foule pour et contre, qui suggèrent >naille pensées diverses à Fesprit, et une grande>affltienGe de paroles k là bouche; mais qui 'servent' plutôt à nous- amust^r^qti'à venir au fond de la^ question et à>dëcouvrir k^îvérité, qui^est l'unique but d'un esprit itivestigateur et le termes de son repos. « - ' « Par exemple i supposé" que 4'on demande si. le gpand-seigneur«^'droit 'de prendre toujt ce qu'il veut de soin peuple^€m:ne saurait bien féportVtre, sans- examiner d'abord si 'tons »les hommes sont naturellement égâuîc , «car c'est là^dessus que Ja question roule. Oette- vérité une^ fois prouvée, on n'a qu'à la retenir, au milieu de toutes les
DE. I<'ENXE']fDEM£NT.
disputes qui ^'agitent sur les différètitsl droits des hommes unis en société , et l'on trouvera qu'elle sert beaucoup à montre^ où est la vérité.
De la difficulté qt£il j a de touMer ses pensées
du côté que F on veut.
Peut-être n'y a-t-iLrien.au monde qui contribue plus à l'avancement des sciences, au repos de la vie et à l'expédition des affaires, ^que l'habileté à tourner ses pensées, du coté que l'on veut; et peut-être aussi n'y a-t«il rien de plus difficile que d'en venir à 'boUt^i.. L'esprit' d?un homme qui veille -s'occupe toujours de> quelque objet, qu'il; peut changer À sa goiise pour un autre, et passer du second à un troisième qui n'a nul rapport avec ries deux premiers^ siotout lorsqu'on tue- s'intéresse point aux uns ou aux autres^ et qu'on n^est guère 'attentif. De là Viefit qu'on répète souvent, qu'il m'y a rien'de^iptus libre que. la. pensée, et il serait à souhaiter ' que .oelafôt; mais on ne voi;t que trop d'exemples du contraire i« et iqui prouvent qu'il li'y a rien de plus opiniâtre que nos pensées^ ni.de plus^<Jîffi* cileà gouverperj elles» ne ^veulent/ pas' qu'on leur indique' les «objets quelles doivent poursuivre , ni qu'on. les détache de celui auquel elle» 3e sont
une fois attachées; elles s'envolent, pour ainsi dire , après lui , et emportent un homme , quoi qu'il puisse faire.
Je ne répéterai point ici ce que j'ai déjà dit sur la difficulté qu'il y a d'amener quelqu'un , qui ne s'est entreténu , l'espace de trente ou quarante années de suite, que d'un petit nombre d'idées communes, de l'amener, dis-je, à s'en faire de. nouvelles et de plus importantes, et à s'occuper de celles qui lui fourniraient une moisson beaucoup plus abondante et plus utile, ce n'est pas de quoi il s'agit à présent. Le défaut dont je parle ici , et auquel je voudrais bien trouver un remède, est la peine qu'il y a quelquefois de tourner notre esprit d'un, sujet à un autre , lorsque les idées nous sont également familières des deux côtés.
Les objets que nos passions nous rendent cherS', s'emparent de nos esprits avec tant d'autorité, qu'il est très -difficile de les en bannir quand on veut; mais comme si la passion dominante était ime espèce de prévôt, muni de tout le pouvoir de la justice , elle entre à main forte dans l'esprit, y loge son objet et veut qu'il y soit regardé comme le seul digne ' de considération* Il n'y a personne, à- ce que je crois, queLque calme que puisse . ét^e son tempérament, qui n'ait éprouvé quelquefois cette ty**
DE L ENTENDEMENT
rannie, et* qui n'en ait éprouvé les inconvénients. Quel est Thomoie, dont l'espril^ obsédé par l'amour ou la colère, la crainte ou la douleur, n'ait été , pour ainsi dire, chargé quelquefois d'entraves , qui l'ont rendu incapable de se tourner vers tout autre objet ? Né soi)t-ce pas en» e£fet des entraves , puisqu'elles arrêtent l'activité de l'esprit, et l'empécheot d'acquérir de nouvelles connaissances, ou de faire aucun progrès dans celles auxquelles il Rapplique tous les jours? Ceux qu'une passion violente possède ne diâerent pas beaucoup de ceux qu'on appelle possédés dans le sens littéral, et l'on dirait, à les voir, qu-il y a quelque enchantement qui les engourdit et les av^gle. Aussi ne voient-ils lien de ce qui se passe devant leurs yeux ,' et n'entendent-ils pas ce qui se dit en leur compagnie. Mais si, à force de leur adresser la parole, on les réveille un peu, ils ressemblent à des hommes qui viennent d'un autre monde; quoique concentrés en eux-mêmes, ils né s'occupent que de quelque bagatelle, qui £ait leur marotte. La honte que ces distractions causent aux personnes bien élevées, prouve que rincapacité où l'on se met de tourner son esprit du coté que l'on veut est un défaut considérable. L'esprit devrait toujours être libre et disposé à réfléchir sur tous les objets qui se présentent,. et à donner à chacun toute l'attention
l3o DE LA CONDUITE
requise. On peut dire qu'il nous devient inutile, si nous Toccupons tout entier d'un seul objet, et que iious ne puissions pas l'appliquer à un autre, qui nous parait plus digne de nos soins. Il nj a* personne qui fît serupule d'a{>peler cette situation d'esprit une parfaite folie, si elle continuait toujours; et pendant qu'elle dure, à quelques intervalles «qu'elle revienne^ ce fluK et nefkix de pensées , à Tégard du même objet , ne nous avance pas plus dans nos connaissances, qu'un cbeval qui tourne la roue d'un moulin ne peut nous coatiduire au terme d'un voyage , lorsque nous nmntons sur son dos.
J'avoue qu'on doit accorder quelque chose aux passions légitimes et aux inciinaEitions naturelles. Outre les amusements que Tooeasion fait naître, diacun aime une «certaine étude plus que tpute autre, et y attache son esprit avec plus d'ardeur; mais il vaut mieux qu'il soit toujours libre, et qu'on puisse le diriger du côté que l'on veut .C'est une pareille liberté qu'on devrait s'efforcer ,d'obtenir , à moins qu'on ne s'embarrasse guère d'un défaut qui nous xend quelquefois notre e^rit inutile ; car c'est^ comme si l'on n'en avait point du tout , lorsqu'on ne. peut s'en servir au besoin et dans les vues, que l'on se propose. ,
Mais, avant que de chercher les remèdes pro-
^>r-..:JL-
iUM
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près à guérir ce mal, il fayt en connaître les différentes causes /et se régler là-dessus pour )â cure , si l'on veut du moins y travailler avec quelque succès.
Nous avons déjà indiqué une de ces causes, si connue de tous ceux qui réfléchissent un peu , jet dont ils ont feit si souvent Texpérience en eux-mêmes, qu'il n'y a personne qui en doute. Une passion dominante attache si fort nos pen* sées à son objet et à tout ce qui le regarde, qu'un homme, par exemple, qui est passion* nément amoureux, néglige ses affaires les plus importantes , et devient incapable d'y penser ; et de même une tendre mère, désolée de la perte d'un fils unique , ne saurait entrer en <|Dnversation, même avec ses plus in tiares amies.
Mais, quoique les passions en généml soient la principale cause de cette maladie , ce n'est pas la s^tule qui abs^be , pour ainsi dire , l'esprit , et qui Le borne pour un temps à un seul objet , dont on ne peut le détourner. D'aillenrs , nous expérimentons bien des fois que notre esprit, occupé de quelque sujet que le hasard ou une légère occasion lui x>£fre , s'échauffe peu à peu à le contempler , sans qu'aucune passion s'en mêle^ qu'il s'ouvre une carrière où il acquiert du mouv^ent à mesure qu'il aTance , comme une boule qui roule de haut en bas d'une mon-
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tagne , sans pouvoir ni se détourner, ni s'arrêter; quoique, quand toute cette ardeur est passée , il reconnaisse que c'est peine perdue, et qu'il s'e^ amusé à une bagatelle, indigne de la moindre de ses pensées.
Il y a'une troisième cause, plus ridicule encore, si je ne me trompe, que celle-là; c'est unç sorte de puérilité, pour ainsi dire, de l'esprit, qui se joue quelquefois avec un fantôme de sa propre création , dont il ne peut se délivrer que difficilement , quoiqu'il n'y ait ni but , ni dessein. Ainsi un proverbe trivial , ou un morceau de poésie s'empare quelquefois de l'esprit, et y fait un tel carillon , qu'il n'y a pas moyen de l'arrêter : H n'y a ni paix , ni trêve , ni aucune attention pour tout autre objet; et cet hôte importun%ie veut point lâcher prise, malgré tous les efforts qu'on emploie pour le bannir. Je ne sais si tout le monde a éprouve la hardiesse de ces idées capricieuses, qui nous empêchent de nous occuper à quelque chose de meilleur; mais je connais des personnes très - habiles qui s'en plaignent* beaucoup , et qui m'en ont parlé à moi-même. Lé doute quf j'ai là -dessus vient de ce que j'ai nuï dire sur un autre cas, qui approche de celui-ci, mais qui est encore plus étrange ; c'est à l'égard de certaines visions qui paTaisscnt à quelques personnes, lorsque, tran- ,
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quilles dans les ténèbres^ elles veillent pourtant les yeux ouverts ou fermés. Il leur apparaît quantité de visages fort extraordinaires, qui se succèdent les uns aux autres; en sorte que l'un n'a pas plus tôt. paru sur la scène, qu'il- se retire et qu'un autre occupe sa placé, sans qu'iji y ait moyen de les retenir un seul moment. Je me suis entretenu de ce phénomène avec plusieurs personnes, dont quelques-unes le connaissent parfaitement bien, et d'autres y étaient si novices, qu'elles ne pouvaient pas croiçe qu'il fût vrai. J'ai connu une dame d'un très-bon esprit, qui, à l'âge de plus de trente ans, n'avait jamais eu fci moindre idée d'une pareille chose, et qui, lorsqu'elle m'entendit raisonner la- dessus avec un» de mes amis , crut que nous voulions nous moquer d'elle; mais, quelque temps après, ayant bu, par ordonnance du médecin, une forte dose de thé, et s'étant couchée ensuite, elle nous dit, à notre première entrevue, qu'elle avait éprouvé alors. ce que nous n'avions pu lui persuader. Quoi qu'il en soit, il semble que ce phénomène ait une cause mécanique, et qu'il dépende de la matière et du mouvement du sang , ou des esprits animaux.
Pour en venir aux remèdes du mal dont il s'agit, lorsqu'une pas6ion nous occupe et qu'on ' veut tourner son esprit d'un autre côlé, je ne
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sache* pas qu'il y ait de meilleur moyen que de calmer cette passion, autant qu'il est possible , ou dé la contre-balancer par une autre , ce qui est une adresse qu'on acquiert par l'étude, et la connaissance intime des passions..
A régar4 de ceux qui se laissent entraîner à leurs propres pensées, sans que l'intérêt ou la passion les anime , il faut qu'ils aient grand soin d'en arrêter le cours, toutes les fois que l'occasion s'en présente, et de ne souffrir jamais que leur esprit s'amuse à des niaiseries. Si la plupart des lionlmes connaissent bien le prix de la liberté corporelle , et ne souffrent pas volontiers qu'on les enchaîne, l'esclavage de l'esprit est certaine- ' ment un plus grand mal, et ils ne doivent rien oublier pour s'en garantir. Des efforts continuels peuvent en venir à bout , et si , dès que l'esprit s'attache à quelque vétille, nous l'en cihétoumons au plus vite , et que nous lui présentions quelque nouvel obfet plus solide , il n'y a qu'à tenir ferme et retourner plusieurs fois ài la charge, on réussira tôt ou tard* D'aillçurs, quand on a fait quelque progrès dans cet exercice , et qu'où peut écarter de son esprit toutes les pensées qui l'occupent, il ne sera pas inutile de passer outre, et de méditer sur des sujets plus importants , jusqu'à ce qu'on obtienne un plein pouvoir sur son esprit , et qu'on puisse faire passer
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ses pensées d'un sujet à un autre , avec la même facilité qu'on quitte une chose qu'on tenait à ia ihain, pour en prendre une toute différente. Celte liberté de l'esprit est d'une merveilleuse utilité pour l'expédition des affaires et pour le progrès des études; et celui qui la possède ne manque presque jamais dfe réussir dans tout ce qu'il entreprend.
Pour ce qui est, enfin, de la troisième et dernière cause, je veux dire du bruit et du tumulte qu'une sentence , ou qu'un proverbe fait dans la tête, cela n'arrive guère, à moins que l'esprit ne soit lâché et paresseux , et qu'il ne s'occupe d'aucun objet fixe; de sorte que, pour le délivrer de ces répétitions incommodes et inutiles, il n'y a qu'à mettre en usage le remède dont je viens de parler; il faut redoubler son attention, et lui fournir ati plus tôt un autre objet, capable de l'entretenir agréablement et d'une manière avantageuse.
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