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peines sont tout-à-Êiit inutiles, pour ne pas dire, injustes, dans cette occasion ^puisqu'elles ne sauraient convaincre l'esprit. Il n'y a donc ni profession de tels ou de tels articles de foi, ni conformité à tel ou à tel culte extérieur ( comme nous l'avons déjà dit ) , qui puissent procurer le sakit d€# âmes , si l'on n'^st bien persuadé de la vérité des uns, et que l'autre est agréable à Dieu. Mais les peines ne sauraient absolument pro-« duire cette persuasion. Il n'y a que la lumière et l'évidence qui aient le pouvoir de changer les opinions des hommes; et cette lumière ne peut jamais être produite par les souffrances corporelles, ni par aucune autre peine extérieure.
En troisième lieu> le soin du salut des âmes ne saurait appartenir au magistrat ,' parce que , si la rigueur des lois et l'efiBcace des peines ou des amendes pouvaient convaincre l'esprit des hommes, et leur donner de nouvelles idées, tout cela ne servirait de rien pour le salut de leurs âmes. En voici la raison^, c'est que la vérité est unique, et qu'il n'y a qu'un seul chemin qui conduise au ciel. Or, quelle espérance qu'on y amènera plus de gens, s'ils n'ont d'autre règle que la religion de la G>ur; s'ils sont obligés de renoncer à leurs propres lumières , de combattre le sentiment intérieur de leur conscience , et de se soumettre en aveugles à la volonté de ceux
l54 LETTRE
y qui gouverne&t) et à la religion que lUgttoratice , l/ IVimbiticMi, ou ii^iaae la sofierâtitîoiï^ont peut^re établie dans le pays où ils sont nés? Si nous consîdéroifô la différence ^t la contiwiété des setttimeiiilis qu'il y a sur le fait de la tetigioii, et que les princes ne sont pas moins partagés là-dessus qu'au * sujet <le leurs intérêts temporel», il feut avouer que le chemin du 6alut, déjà si étroit, lé deviendrait encore davantage. Il n'y aurait plus qu'un seul pays qui suivit cette route ^ et toilt le reste du monde se trouverait engagé à suivre ses princes dans la voie de la perdition. Ce qu^l y a de plus absurde encore, et qui s'accorde fort mal avec l'idée d'une divinité, c'est que les hommes devraient leur bonheur ov leur malheur éternel aux'lieux de leur naissance. •
Ces raisons seules , sans m'arréter à bien d'autres que* j'aurais pu alléguer ici, me paraissent suffisantes pour conclure que tout le pouvoir Su gouvernement civil ne se rapporté qu'à Pititérêt temporel des hommes ; qu'il se borne au soin des choses de ce monde, et qu'il ne doit pas se mêler de oc qui regarde le siècle à venir.-
Examinons à présent ce qu'on doit entel^drè par le mot àiégUse. Par ce terme j'enteAds une société d 'hommes , qui se joignent vohntairemeni ensemblepow^ servir LHeu en pubUc^ etluitendfe
itfa
SUR L4 'TOLBRANGE. l5l5
k cuùe qu^ jugent lui être agréahk, ei propre à leur faire obtenir le salut* « Je -dis que c est ui9^ .Sé»eîété tibre et ^oy^fitcUre^ puisqu'il n'y a persoase <]^i soit membre né d'aucune église. Autrement ^ la religion des pères et des mères pjasserait aux eo&nts, par }e miême drpit que ^iix-ci héritent de leurs l^ieips temporels ; et chacun ti^adcait sa &i par le nipme titre qu'il jouit de ses terres; ce qui est la plus grande absurdité du nM)nde. Yoid donc. 4^ quelle manière il £aut concevoir la cl^pse. Il n'y a personne, qui par sa naissance soit 9t|:açhé^î| pue certaine église ou à une cer-. taiufî secte, plutôt qu'à une autre; mais chai^un se joiul: yploptairement à la société dont il oroit que Ip culte est plus agréahle à Dieu« Comme l'espéraupe du salut a été la seule cause qui Ta fait entrer dans cette communion , c'est aussi • par ce seul motif qu'il continue d'y demeurer. Car s'il viçqt dans la suite a y découvrir quelque erreur dans la doctrine, ou quelque chose d'ir^ régulier dans le culfe , pourquoi ne serait-il pas aussi libre d'en sortir qu'il l'a été d'y entrer? Lçs membres d'un^ société religieuse ne sau* raient y éti*e at^aph^ft pa(r d'autres Uena que ceux qui naissent c|e l'attente asaiirée où ib soDjt de la vie éterii^lle. Une^ église donc est une so-
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ciété de f/brsonnes unies volontairement ensemble pour arriver à cette fin.
// faut donc examiner à présent quel est ie pouvoir de cette^ église y et à quelles lois elle est assujettie.
Tout le monde avoue qu'il n'y a point de société, quelque libre qu'elle soit, ou pour quelque légère occasion qu'elle se soit formée ( soit qu'elle se compose de philosophes pour vaquer à l'étude, de marchands* pour négocier, ou d'hommes de loisir pour converser ensemble ) , il n'y â point, dis-je, d'église ou de compagnie, qui .puisse durer long-temps, et qui ne soit bientôt détruite, si elle n'est gouvernée par quelques lois, et si tous les membres ne consentent à Fôbservatiori de quelque ordre. Il faut convenir du lieu et.du temps des assemblées; il faut établir dès: règles pour admettre ou exclure des membres : on ne doit pas négliger non plus la distinction des offices, ni la régularité dans la conduite des affaires > ni rien de tout ce qui re^ garde la bienséance et les autres choses de cette nature. Mais, comme nous avons déjà prouvé que l'union de plusieurs membres , pour former un corps d'église , est tout-à-fait libre et volontaire, il ^'ensuit de là nécessairement, que le <lroit de faire des lois ne peut appartenir qu'à la société même, ou du moins qu'à ceux qu'elle
. ^. j.-an-MMiti
SUR LA. TOLl^HÀNCE. iS'J
autorise d'un commun consentement à y tra-^ vailler ; ce qui revient à la thème chose.
Quelques-uns objecteront peut-être, « qu'une «pareille société ne saurait avoir le caractère «d'une vraie église ^ à moins qu'elle n'ait un «évêque oji uti prêtre, qui la gouverne aVec «une autorité dérivée des apôtres eux-mêmes, «et continuée jusques à ce jour par une suc- « cession non-interrompue ».
Je leur demanderai d'abord qu'ils me fassent voir l'ordre par lequel Jésus-Christ a imposé cette loi à son église. Je ne crois pas même que l'on puisse. m'accujSier d'indiscrétion , si , dans une affaire de cetle importance, j'exige que les termes de cet ordre soient exprès et positifs. Car la promesse qu'il nous a faite , "que ( i ) par tout où il y aurait deux ou trois personnes assemblées en son nom y il serait au milieu délies y semble signifier tout le contraire. Je le& prie donc d'examiner si une pareille assemblée manque de quelque chose qui lui soit nécessaire pour la rendre une vraie églises !Pour moi, je suis persuadé qu'elle ne manque de rien pour obtenir le salut; et cela doit suffire pour l'obj^et que je me propose.
Ensuite, si l'on prend garde aux disséntiipents
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(i) MaUh. XVIII, r. ao.
l58 LETTRE
très«-prononoés> qu'il y a toujours- eu entre ceux* là même qui^ ont tant fait T^loir l'institutiou' divine et la suooession continuée d'un' certain ordre de directeurs dans Téglise', on ttbuvera que cette dissension nous engage de toute liécesstté à r^exameii, et nous* doAae- par cotiséquent la- liberté de choisir œ^qui notifia paraît le meilleur.
Enfin, je consens^ à ce que'C€» pepsonnés-i-là aient un chef! de :leliréglilse> établi 'pâr^ Une aussi longue succession qu^UeS' le» jugçttt'néèé^âsaitte, pouryu qu'elles me laissent eatk mèËùe teïnps la liberté de me joindre ^à- la société oùjecrofe trouver tout ce qui estMiécessaire au salut de mon ame. Alors tousleB partis- jouiront ^de la liberté ecclésiastiqye^ et ilsiï'«wroilt'd'awlrê-législâteur que celui qu'ils auront choisi.''
Mais, puisque l'on estvsi fort en peine dé'^sàvbir quelle est la vraie^ église', je demanderai seiiteimea4^îci'^ en passant, s'il n'est pias plus du icarM^ tèrè de l'église de Jésus -CShrist d'exigei* pour conditions de sacommuTiion les seules choses que l'ÉciSturé sainte déclaré' en- «termes eipi^ès être nécessaires au* > salut; que d'imposeï^ aux autres ses propres inventions, ou ses exj>liba-' tioW 4)articiîlicres , comme si ' elles étâiéiit appuyées sur une autorité divine, etd'établir par des lois ecclésiastiques, comme absolument néces*
SUR LA TOLÉRANCE. \5g
swes.à la profession dufchristianismé, des choses dont; l'Écriture nedit pas un mot^ ou du moins' quelle ne « cooimande piM^ en termes clairs et* positifs. Tous.qeox qui, pour admettre* quelqu'ua à leun communion ecclésiastique, exigent' de^ lui des. choses que* Jésus *Ghrist n'exige* point' pour; lui< filire obtenir la vie étemelle', peuvent bien fpraieri une société- qui s'accorde' avec leurs opinions ;i et leur» avantage temporel; mais.je^ne conçois pas qu'on lui puisse donner le titre d'Église de- Jésus -Christ, puisqu'elle n'est pa$ fondée sur ses .lois., et qu'elle exclut dç sa cpiuoiunipn. des i personnes qu'il 'recevra; lui-même un jour d^ns le royaume d^s cieux.
Mais^) àQoniDle ce n'est pas ici le lieu d'examiner quelles^ sont les marquas* de la vraie église, je
me contenterai d'avertir ces ardents défenseurs de3 dogmes.de leur sociélé,» qui -crient saas relâche, I'Ég^ss^ I'Église, avec autant de force et peuttétre dans, la >méme vue que les orfèvres de la villft ' â!'jSpkèse exaltaient ' leur Dtnne ( i ) ; je me contenterai, dis^je^ de -les avertir^ que l'Évangile témeigne partout que les véritables disciples . de. Jésus r Christ * soulfiritont - dé- grandes persécutions: mais je ne sache pas avoir lu, dauts aucun endroit du nouveau Testament; que
(i) Adt. XïX».
ï6o LETTRK
l'église de ce divin sauveur doive persécuter les autres, et les contraindre , pai* le fer et par le feu, à i^ecevôir ses dogmes et sa cKaance. i
Le but de toute société religieuse;, comnie nous l'avons 4éja dit , est de servir Dieu en public, et d'obtenir par ce moyen la vie éternelle. C'est donc là que doit tendre lt)ute la discipline, et c'est dai^ ces bornes que toutes lès lois ecclésiastiques doivent être renfermées. Aucun Kles actes 4'une pareille société ne -peut ni ne doit être relatif à la possession des biens civils ou temporels. Il ne s'agit point ici d'e'mployer, pour quelque raison que ce soit, aucune force extérieure. Car la force appartient au magistrat civil; et la possession de tous les biens extérieurs est soumise à sa juridiction;
On me demandera peut-être : « Quelle vigueur «donc restera- 1- il aux lois ecclésiastiques, et « comment sera-t-il possible de les fisûre exécu- « ter , si l'on en bannit toute sorte de contrainte ? » Je réponds qu'elles doivent être établies par des moyens conformes à la nature d'un ordçe de choses dont l'observation extérieure est inutile, si elle n'est accompagnée de la persuasion du cœur. En un mot, les exhortations, les avis et les ccHiseils sont les seules armes que cette société doive employer, pouç retenir ses membres dans le devoir. Si tout cela n'est pas capable de ramener les
daa«>
SUR LA TOLlÉtlANCE. jôl
égarés, et qu'ils persistent dans Terreur ou dans le crime , sans donner aucune espérance de leur retour, il ne lui reste alors d'autre parti à prendre qu'à les éloigner de sa communion.
C'est le plus haut degré où le pouvoir ecclésiastique puisse atteindre; et toute là peine qu'il inflige se réduit à rompre 4a relation qu'il y avait entre le corps et le membre qui a été retranché, en sorte que celui-ci ne fasse plus partie de cette église.
Cela posé, examinons quels sont les devoirs où la tolérance engage ^ et ce quelle exige de chaque individu.
Et d'abord, je soutiens qu'aucune église n'est obligée, parle devoir de la tolérance , à garder dans son sein un membre qui, après en avoir été averti, continue à pécher contre ses lois; parce qu'elfes sont les conditions de sa cotnmunion , l'unique lien qui la conserve, et que, s'il était permis de V
les violer impunément, elle ne saurait plus sul> sister/ Avec tout cela, il faut prendre garde que ni l'acte d'excommunication ni son exmhion \
ne soient accompagnés de paroles injurieuses , ni d'aucune violence qui blesse le corps, ou qui ^ porte aucun préjudice aux biens de la personne excommuniée. Car l'emploi de la force n'appartient qu'au fcagistrat, comme nous l'avons déjà dit plus'd'ime fois, et il n'est permis aux
particuliers que pour leur propre défense, en ca3 d'agression injuste. L'excommunicalion ne peut Qter à l'excomoiunié aucun des biens civils qu'il possédait, parce qu'ils regardent l'état civil, et qu'ils sont souç la protection du magistrat. Toute la force de l'excommunication se rédjuiit à ceci ; c'est qu'après avoir déclaré la résolution de la société, l'union q^'il y avait entre ce eorps et l'un de ses membres^ est rompue, et que de cette manière la participation à certaines choses, que cette société accorde à ses membres, et auxquelles il n'y a personne qui ait un droit civil , vient aussi à discontinuer. Du wtoms l'excommunié ne reçoit aucune injure civile, si, dans la célébration de la cène du Seigneur, le ministre d'une église lui refuse du pain et du vin, qui n'ont pas été adietçs de son propre argent.
En second Ueu, il n'y a point de particulier qui ait droit d'envahir, ou de diminuer en aucune manière les biens civils d'un autre, sous prétexte que celui-ci est d'une autre église, ou d'une autre reli||pk. Il faut conserver inviolablement k c^ dernier tous les droits qui lui appartieanei^ comme homme, ou comme citoyen : ils ue sont nullement du ressort de la religion, et l'on doit s'abstenir de toute violence et de toute injure à son égard , qu'il soit chrétiei^ , ou paien. Bien plus, il ue faut pas s'arrêter dans l^es sîn^le^
SDR LA TOLÉRANCE. |63
bornés de 1a justice ; il faut y ajouter la bienveillanee et la bouté. Voilà ce que l'Ëvangile ordonne , ce que la raison persuade , ce qu'exige la société, que la nature a établie entre les hommes. Si un homme s'écarte du droit chemin, c'est un malheur pour lui, et non un dommage pour vous; et vous ne deVez pas le dépouiller des biens de cette vie, parce que vous supposez qa'il sera misérable dans celle qui est à venir. Ce que je viens de dire de la tbiérance mutuelle que se doivent les particuliers , qui diffèrent de sentiment sur le fait de la religion, doit aussi s'entendre des églises particulières, qu'on peut regarder, en quelque manière, comme despa^ofines privées, les unes k l'égard des autres. Aucune d'eltesn'aaucune sorte de juridiction sur une autre, non pas même lorsque l'autorité civile se trouve de son côté, comme il arrive quelquefois ; parce que l'état* ne peut donner aucun nouveau privilège à l'église, non plus que l'église à l'état. L'église demeure toujours ce qu'elle était auparavant (c'est-à-dire, une société libre et volontaire), soit que le magistrat se joigne à sa communion , ou qu'il l'abandonne ; et, qui plus est, elle ne sfiurait acquérir, par son union avec lui, le droit du glaive, ni perdre, par sa séparation, celui qu'elle avait d'instruire ou d'excommu' niej-. Ge sera toujours un droit immuable de toute
société volontaire, de pouvoir bannir de son sein ceux de ses membres qui ne se conforment pas aux règles de son institution, sans acquérir pourtant aucune juridiction sur les personnes qui en sont dehors, par l'accession de quelque nouveau membre que ce soit. C'est pourquoi les différentes églises doivent toujours entretenir la paix, la justice et Famitié entre elles, de même que les .simples particuliers, sans prétendre à au(5une supériorité ni juridiction les unes sur les autres. '
Pour rendre la chose plus claire par uir exemple, supposons qu'il y ait deux églises à Constantinople , Kune de Calvinistes, et l'autre d'Arméniens. Dira-t-on que les uns ont droit de priver les autres de leur liberté, de les dépouiller de leurs biens, de les envoyer ea exil, ou de les punir même de mort (comme on l'a vu pratiquer ailleurs), p^urce qu'ils diffèrent entre eux à l'égard de quelques dogmes ou de q^ielques cérémonies; tandis que le Turc demeurerait tranquille .spectateur de ces fureurs , et rirait de voir les chrétiens se porter à un tel excès de cruauté et de rage les uns 'contre les autres? Mais, si Tune des deux églises a ce pouvoir de maltraiter l'axitre , je voudrais bien savoir à laquelle il appartient, et de quel droit? L'on me répondra sans doute f> que les orthodoxes ont de droit
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Tautorité sur les hérétiques. Mais ce sont là de grands mots et de» termes «spécieux , qui ne si* gnifient absoluiiient rien. Chaque égUse «st orthodoxe à son égard ^ quoiqu'elle ;soit hérétique à regard des autres; elle prend pour vérité tout ce qu'elle croit , et traite d'erreur l'opinion contraire à la sienne : de «orte que la dispute entre 'çesî deux églises^ sur la. vérité delà doc-: trmeet là jpuretédul culte, eist égale Je part jet d'autre, et qu'il n'y a point de juge. vivant à Gonstantinopie, ni même sur toute la terre, qui la puisse terminer. La dé<»sion de cette question n'appartient qu'au souverain juge dé tous les hommes, et c'est lui seul aussi qui a droit de punir ceux qui sont danjs; l'erreur. JeiAaisse doncà penser quel est le crime de ceux 'qui joignent Tinjustice à l'orgueil, si ce n'est pas même à l'erreur, lorsqu'ils persécutent et qu'ils déchirent, avec autant d'insolence que de témérité, les serviteurs d'un autre maître, qui ne relèvent point d'eux à cet égard.
Il y a plus : supposé qu'on pût découvrir laquelle de ces deux églises est. véritablement orthodoxe ; cet avantage ne lui donnerait p^s le droit de ruiner l'autre, parde que l0s sociétés ecclésiastiques n'ont aucune juridiction . sur les hiens tempol^ls , et que le fer :?t le feu pe sont pas des instruments propres pour convaincre *
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les liomnies de leurs erreuiB et les amener à la coanaissavce de la v^té. Supposons, néanuloms que le magistrat civil incline ea faveur dé l'uqe de ces égli&es^ qu'il lui eouâe scm ^aiitc, et qu'il lui permette d'm agir avec )e& opposants de la manière qu'il lui plaira. Peut-<Hi dire que cette permission, accordée par un empereur turc, donne le droU à des chrétiens de persécuier leurs frères? Un infidèle, qui lui-même n'a pas droit de les punir à cause de la religion qu'ils professent, ne saurait donner ce qu'il n'a pas. I^aiHeurs, il faut entendre ceci de tous les états chrétiens. Ce serait là le cas à Constantinople, et la raison en est la même, p<Hir quelque royaume chrétien que ce soit. Le pouvoir civil est partout le même , en quelques mains qu'il se trouve, et un prince chcétîen ne saurait donnée ^s ^autorité à l'église qu'un prince infidèle, e'est-à-dire aucune. Peut-être aussi qu'il ne sera pas mal à propos de rauarquer en passant, que tous ces zélés défenseurs de la véiité, tous ces ennemis jurés des erreurs et du schisme , ne font presque jamais étaler le zèle ardent qu'ils ont pour la gloire de Dieu , que dans les endroits où le magistrat tes favorise. Dès qu'ils ont obtenu- la pPotectioh du- gouveroeàient civil, et qu'il sont devenus supérieurs k Leurs ennemis, il n'y ^ plus de paix, tit de charité
SUR LA TOLEHANGE. fS']
chrétieniie ; mais ont-Hs le dessous, ils ne parleot qne de tolérance mutuelle. SHls n*ont pas la fbrce en maiu, ni le magistrat de leur côté, ils sont paisibles, et ils endurent patiemment Fid(9lâtrie,la superstition et Tlnérésie, dont le voisinage leur fait tant de péul* en d'autres océa^ sions. Ils ne s'amusent pmnt à combattre le^ erreurs que la cour adopte , quoique la disputé, soutenue par de bonnes raisons , et accompagnée de douceur et de bienveillance, soit l'unique moyen de répandre Ik vérité.
Il n'y a donc aucune personne, ni aucune église, ni enfin aucun état, qui ait le droit, sous prétexte de religion , d'envahii^ les biens d'un * autre , ni de le dépouiller de ses avantages tcimporels. S'il' se trouve quelqu'un qui soit d'un autre avis, je voudrais qu'il pensât au nombre infini de procès et de guerres qu'il exciterait par là dans le monde. Si l'on admet une fois qu«' l^mpire est fondé sur lli grâce , et que la religion se doit établir par la force et par lès armes, on ouvre la porte au vol, au meurtre et à: dés animosités éternelles ; il n'y aura plus ni paix, ni sûi*eté publique, et l'amitié même ne subsistera plus entre les hommes.
En troisième lieu , voyons quel est le devoir que la tolérance exige die ceux qui ont quelque emploi dans l* église , et qui se distinguent des autres hom^
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me$^ qu'il leur plaU de nommer laïques, par les titres d'ÉytquBSf de prêtres., de diacres, cZ^ ministres, e^/^or^^^Zf autres noms^ Ce n'est pas ici le lieu de rechercher rorigine du pouvoir ou de ia dignité du clergé ; je dis seulement que , quelle que soit la source de cç pouvoir^ puisqu'il est ecclésiastique, il faut sans doute qu'il soit renfermé dans les bornes de l'église, et qu'il ne saurait, en aucune manière, s'étendre aux affaires^ civiles, parce que l'église elle-même est entièrement séparée et distincte de l'état. Les bornes sont fixes et imçiuables de part et d'autre. C'est confondre le ciel.avjec.la terre, que de vouloir unir ces deux sociétés, qui sont tout-à-fait distinctes et entièrement différentes l'une de l'autre, soit par rapport à leur*origine, soit par rapport à leur but ou à leurs intérêts. Quelque charge ecclésiastique qu'ait dope un ho0mie,il n'en saurait punir un autre qui n'est pas de son église , ni lui ôter , sous prétexte de religion , aucune partie de s«s biens temporels, n^ le priver de sa liberté^ et encore moins de la vie» Car, ce qui n'est pas permis à toute l'égjise en corps, ne saurait devenir légitime, par le. droit eecléisiastique , dauà aucun de ses membres.
Mais il ne suffit pas aux , ecclésiastiques de js'abstenir de toute violence, de toute riipine et de toute persécution : puisqu'ils se disent les ^uccessetirs des apôtres, et qu'ils se chargent d'in-
struire les peuples, il faut qu'ils leur enseignent àconserver la paixetl'amitié avec tous les homruesî, et qu'ils exhortent à la charité, à la douceur et à la tolérance mutuelle les hérétiques et les orthodoxes, tant ceux qui se trouvent de leur opinion que ceux qui en diffèrent; tant les particuliers que les magistrats, s'il y en a quelq^ilm qui soit meml;>re.de leur Église. En un mot, il faut qu'ils travaillent à éteindre cette animosité, qu'im zèle indiscret, ou que l'adresse d<^ certaines gens .allume dans Tesprit des différentes sectes qui partagent le christianisn;ie. Si l'on prêchait partout cette doctrine de paix et de tolérance, je n'ose dire, quel fruit il en reviendrait à l'Église et à l'état^ de peur de faire tort à des personnes dont je voudrais que tout le monde respectât la dignité , et qu'ils u'y fissent eux-mêmes aucune tachç. Il est du moins certain que c'est leur devoir; et si quelqu'un de ceux qui se disent les ministres de la parole, de Dieu et les prédicateurs de l'Évangile de paix, enseigne une autre docti:ine, il ignore sa. mission ou il la néglige, et il eu rendra compte un jour au Prince de la paix. S'il faut exhorter les chrétiens à ^abstenir de la vengeance, quand même on les aurait- provoqués par des injustice réitérées, combien plus doit-on s'abslenir' de toute colère et de : toute action violente envers des personnes de qui l'on n'a reçu aucun mal.
OU qui même ne pensent qu'à leurs véritables intérêts et qu'à servir Dieu de la manière qui leur parait, loi être la plus agréable , ou qui enfin em^ brassent la religion où ils croient pouvoir mieux faire leur salut? Lorsqu'il s'agit de la dispo^tion des biens tfemporels er de la santé du corps , il eftt permis ^èhacun de se gouvemery à cet égard , comme il le juge à propos. Il n'y a personne qui se mette en colère de ce que son voisin gouvei^ne mal ses affaires domestiques, ou de ce qu'il n'a pas semé son champ comme il Êiut, ou de ce qu'il a mal marié sa fille. On ne s'inquiète point pour ramener un homme qui se ruine par ses'tlé'baucheâ ou au cabaret : qu'il édifie , ou qu'il renverse, qu'il prodigue son bien à tort et à travers; tout ceki est permis, et on lui laisse toute liberté. Mais s'il ne fi[*éqilent6 pas l'église, s'il ne se conforme pas âEacteméût a\ix cérémonies prescrites; s'il ne présente pas ses enfents pour être initiés dans les' mystères de telle ou de telle communion, alors on n'entend dans tout le voisinage que mui^mures^, que clameurs et qu'accusations ; dlacun est prêt à venger un crime si énorme, et peu s'en faut que les zélés n'en viennent au pillage et à la violence, jusqu'à ce que le prétendu criminel soit traîné devant le juge , mis en prison , et condamné' à la mort ou à la perte de ses biens. Sans doute il est permis aui: minîs«
très de toutes les sectes de combattre les erreurs qui sont opposées à leur croyance, et d'y enoployer toute' la force de raisotinemeût dout ils sout capables; mais qu'ils épargnent au moins les personnes. Qu'ils ne suppléent pas au manque de preuves sdides^ en recourant aux instniments de la force , qui appartiennent à une autre juridic* tion ^ et qui coniiiennenf mai aux mains des gens d'égIise;'qH'ils n'appellent pas au secoure de feur éloquence et de leur doctrine le glaive du magistrat , de peur que, peut-être, tout en prél^endant montrer leur amour pcair la vérité,- ce zèle trop ardent, qui ne respire que le fer et le feu, ne trahisse leur ambition, et ne découvre qu'ils cherchent la domination , plus que tout autre chose. Du moins, on aurait delà peine à persuader à des hommes de bon sens qu'on souhaite avec ardeur le salut de ses frères , et qu'on travaille de bonne foi à les garantir des flammeséternelles, de IJenfer, pendant qu'on les livre ici»bas poiur ètpt brûlés vifs par la main du bourreau , et qu'on regarde cet affreux spectade d'un œil sec et d'un air content.
En dernier lieu , il Êmt examiner quels sont les devoirs du maffstroA a V égard de la tolé'^ ronce, et, certes, ils sont très-importants.
Nous avons déjà prouvé que le soin des âmes n'appartient pas au magistrat, s'il est vrai que
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lautorité de celui-ci consiste à prescrire des lois et à contraindre par la voie des châtiments; mais tout le monde peut exercer la charité enters ses frères, les instruire,. les avertir. et les persuada* par 'de bonnes raisoiis. Ain^i, chacun ^ le droit d'à w>ir soin de sou ame, et on ne saurait le J^i ôter* Mais, dira- 1- on peut-être;^ s'il néglige ce soin:?' Mais s'il néglige li santé de son corps, et ses ^affaires domestiques , où la société civile est beaucoup plus intéressée, faudra-t-il que le magistrat publie une ordonnance poUrlui défendre de s'apauvrir et de tomber malaVie? Autant qu'il se peut, les lois mettent les biens et la sauté des sujets à couvert de toutekisult^ et de toute fraude étrangère; mais elles nîe sauraient les garantir contre leur propre négligence et leur mauvaise conduite. On ne saurait forcer personne à^e bien porter, ou à devenir riche, bon gré ^ttalgré qu'il en ait. Dieu lui-même ne sauvera pas les hommes centre leur volonté. Supposons cependant qu'un prince veuille obliger ses sujets à acquérir des richesses, et à se. conserver la force et la santé du corps; faudra -t-iL qu'il ordonne par une loi qu'on* ne consulte queJes médecins de Rome y et qu!on n'ait à suivre pour, sa diète que les règlps qu'ils prescriront? Faudra-t-il qu'on ne prenne aucun remède ni aucune viande, que ce qui aura été préparé au Vatican ou à Genève? et, afin
que les sujets vivent chez eux dans l'abondance et dans les délices, seront^ils tous obligés a être mard^and» ou à devenir musiciens? Faudra-t-il qu'ils deviennent tous rôtisseurs , ou charpentiers , parce qu'il y en a quelques-uns qui se sont enrichis à fsMre ces m^ers-là, et que leurs familles vivent Jans l'aisance? On me dira, sans doute; qu'il y a mille moyens de gagner de ^'argent, et qu'il n'y a qu'un seul chemin qui conduise au salut. C'est ce que disent, en effet, tous ceux qui veulent nous contraindre à suivre des routes opposées ; les ans celle<-ci , les autres celle-«là : car s'il y en ^vait plusieurs , il ne resterait pas le moindre prétexte d'y employer la force et la violence. Si, par exemple, je veux aller à Jérusalem, et que, suivant la carte géographique de la Terpe-Sainte, je prenne le droit chemin, où je marche de toutes mes forces, pourquoi me maltraite -t-on parce que je ne suis pas -monté sur des brodequins, ou que je n'ai pas fait certaines ablutions et reçu quelque tonsiire; parce que je mange de la viande en chemin, et que je me sers de la nouAîture qui est propre à mon estomac et à l'état faible et débile def ma santé ; parce que j'évite quelques détours qui me paraissent conduire dans des précipices ou des broussailles; parce que, entre plusieurs sentiers qui aboutissent au même endroit, je choisis celui
qui me paurait le moins tortu et le moins sale ; que je préfère la compagnie de ceux qui me semblent les plus modestes et de la meilleure humeur; ou enfin parce que j'ai pris, ou je n'ai pirs pris pour mon guide un homme paré d'une mitre ou couvert d'une robe l^lanche? Car, si l'on examine les choses de près , il se trouvera que ce qui divise aujourd'hui la plupart des chrâiens, et qui les anime avec tant d'aigreur les uns contre les autres, n'est gaete plus considérable que tput ce que je viens de rapporter, et qu'on peut le pratiquer ou le négliger, pourvu quai'on soit exempt de superstition et d'hypocrisie , sans jiucun préjudice à la religion et.au salut des âmes* Ce sont, dis- je, des choses de ce genre qui entretiennent dés haines implacables entre les chrétiens, qui d'ailleurs sont tous d'accord sur la par* tie substantielle et véritablement fondamentale de la religion.
Mais accordons à ces zélateurs, qui condamnent tout ce qui n'est pas conforme à leurs opi* nions, que de toutes les circonstances que j'ai déjà marquées, il en naisse autant de chemins ppposés, qui ont di£Bérentes issues; que faudrat-il conclure de là? ËstK^e que de tous ces chemins, il n'y en a qu'un seul qui conduise au salut ?£h bien, soit. Mais, entre ce nombre infini de routes que les hommes prennent, il s^agit
de savoir quelle est la véritable; et je ne crois pas que le soin du gouvernement public ni le droit de faire des lois serve au magistrat à d/écouvrir le chem^ qui conduit au Ciel , avec plus de cert;itude, quq Tétude et l'application nen donnent à un particulier. Sd je suis attaqué d'une maladie grave qui me fait traîner un^ vie languissante , et qu'il n'y ait pour me guérir qu'un seul remède , qui est inconnu ; 1^ magistrat s^at-il en droit de me prescrire un re^oiède, parce que celui qui p^eut xo/d guérir est unique en «on es* pèce , et qu'il est inconnu ? sera-t41 sûr pour moi de faire tout ce qu'ordonne le magistrat , parce qu'il ne me reste qu'un seul f^rti à prendre^ si je veux éviter la mort ? Ce que tous les hommes doivent rechercher avec tout le soin , l'étude , l'àpplica* tion et la sincérité dont ils sont capables, ne doit pas être regardé comme constituant la pro<» Cession d'aucune sorte de personnes. A vrai dire, la naissance rend les princes supérieurs en pou* voir aux autres hommes; mais par la nature ils sont égaux: et le droit ou l'art de gouverner- les peuples n'emporte pas avec soi la connaissance certaine des autres choses, et beaucoup moins celle de la vraie religion. Car, s'il en était ainsi, d'où viendrait, je vou& prie^ que les rois et les souverains d^ la terre sont si peu d'accord sur cet article-là? Mais accordons, si l'on veut, que le
chemin qui mène à la vie éternelle est mieux connu du prince que de ses sujets; ou que du moins, dans l'incertitude où l'on se trouve 4 cet égard, il est plus commode et plus sûr pour les particuliers d'obéir à ses ordres. Cela posé , me direz-voUs, si le prince vous condamnait a vous appliquer au négoce pour gagner votre vie, est-ce que vous refuseriez de lui obéir, sous prétexte que vous êtes incertain si vous y réussirez ou non ? Point du tout; je lui obéirais , au contraire, de bon cœur, parce que, si le succès ne répondait pas à mon attente , il est assez puissant pour me dédommager d'un autre côté, et que, s'il a bonne envie de me tirei^ de la misère , comme il veut me le persuader, il lui est facile d'en venir à bout , quand même j'aurais eu le malheur de perdre tout mon bien dans le négoce. Mais il n'en e$t pas de même pour ce qui regarde la vie éternelle. Si je n'ai pas pris le chemin qui peut y conduire, si j'ai échoué dans cette entreprise, il n'est pas au pouvoir du magistrat de réparer ma perte, ni en tout, ni en partie. Quelle garantie peut -on donner, quand il s'agit du royaume des cieux?
L'on me dira peut-être , « que ce n'est pas au « magistrat civil quç l'on» attribue ces décisions « infaillibles auxquelles tout le monde est tenu tf de s/e conformer, sur les matières de la foi et
■rfkjk.
SUR LA TOLÉUANCE. i*J')
« du salut, mais à l'église; que le fifiagisttat. ne « fait qu'ordoimei? robservatioft de'ce que Vé^ a glisea défini, et qu'il empêche seulement paf «cson autorité que l'on croie, ou qtie Ton en-* « seigne autre chose que k pure doctrine de Fé^ aglise;en sorte que la déciaiouest toujours au a pouvoir de celle^^ci , et que le magistrat ne feit «qu'ohéir lui-même, et qu'exiger l'obéissance a des autres. » Mai? qui ne Voit qué-ce nom dVgiise, qui était si vénérable du temps des apÂ^ très, n'a servi bien des fois, dans les siècles sui* vants, qu'à jeter de la poussière aux yeux du peuple ? Quoi quHl en soit, il ne tious e^t d^cun secours dans FafËiire dont il ^'agit. Je soutiens que le chemin étroit qui conduit au ciel, n'est pas plus connu du magistrat que des simples particuliers, et qu'ainsi je ne saurais le prendre pour mon guide inÊiillible dans cette route, puisqu'il ne la sait peut-être pas mieux que moi , et que d'aiUeurs^f ù'y a tiuUe apparence qu'il sHntéresse à mon salut plus que moi-même. Entre tous les rois des Juife , combien n*y en eut-il pas qui abandonnèrent le culte du vrai Dieu , et qui auraient engagé dans l'idolâtrie et la perdition tous les Israélites qui auraient eu la faiblesse de leur rendre une obéissance aveugle? Cependant vous m'exhmte^à avoir bon courage , et vous m'assurez même qu'il n'y a point de 7. la •
risque, parce qu'aujourd'hui le magistrat n^or* donne p^s au peuple de suivre ses règlements sur le chapitre de la religion, et qull ne fait qu'autoriser par une loi civile les décrets de l'église. Mais de quelle église me parlez -vous, je vous prie ? n'est-ce pas de celle que le prince adopté^ et alors ne juge-t-il pas de la religion, lui qui me contraint par les lois' et par la violence de me joindre à telle ou telle église?
Qti'importe qu'il me. guide lui-même-, ou qu'il me remette à la. conduite des autres ? Je dépends toujours de sa volonté; et, de quelque manière qu'on le p^ne, il déeide de mon Salut étemel. Si un Juif, par l'ordre de son roi, avait sacrifié à Baal, s'en serait-il mieux trouvé , quand on l|ii aurait dit que le roi ne pouvait rien établir. de son chef sur la religion, ni ordonner aucuûe sorte de
culte à ses sujets , qu'avec l'approbation des prêtres et des docteurs de la loi? Si la doctrine d'une ëglise devient vraie et sa^ptaire , parce que ses. prêtres, ses ministres et les dévots en parlent avec de grands élevés, et |'élévent jusques aux nues, quelle religion pourra jamais être décidée erronée^ fausse et pernicieuse? La doctrine des Sociniens me parait dbuteuse; le culte des catholiques roihains et des Luthériens m'est suspect; y aura-t-il pour moi plus de sûreté à me joindre à l'une ou à l'autre de ces églises par
SUR LA TÙhÉKAmClR. ing
Tordre du magistrat, parce qu'il ne commande et n'établit rien sur la religion que de l'avis et par l'autorité des ecclésiastiques qui les compo^ sent? Quoique, à dire le vrai, il arrive «souvent que l'église f si l'oti peut jdu moins donner ce titre à une assemblée d'ecclésiastiques, qui dresse des articles de foi ) s'accommode plutôt à la cour, que la cour à l'église. Tout le monde sait ce
que fut autrefois V^gïîse , sous des'princes successivement orthodoxes et ariens. Mais si cet exemple est trop éloigné de notre temps, l'histoire d'Angleterre nous en fournit de beaucoup plus modernes. Sous les règnes de Henri VIII, d'Edouard VI, de Marie et d'Elisabeth, avec quelle complaisance et quelle promptitude les ecclésiastiques ne changèrent-t-ils pas leurs articles de foi, la forme du culte, et toutes choses, en un mot, suivant le bon plaisir de ces princes? Cependant ces rois et ces reines avaient des idées si différentes sur la religion, qu'à moins que d'être fou, pour ne pas dire athée, on ne saurait prétentlre qu'ust honnête homme, et qui craint Dieu, aurait pu, en conscience, obéir aux ordres opposés qu'ils donnaient à cet égard. En un mot, soit qu'un prince suive ses propres lumière*s, ou l'autorité de l'église, pour déterminer la religion des autres, tout cela revient à la même chose. TjC jugçmeut des ecclésiastiques, dont les
vV^
l8o LETTRE
dtspul^ss et les*aniinosité$ ne sont que trop connues dans le monde,, n'est ni ptus sûir ni plus infaillible que le sien; et tous leurs suffrages réunts ensemble ne saui^aient donner la moindre force au pouvoir, civil ? ojutre que les prinôes ne s'avisent guère de consulter les ecclésiastiques qui ne sont pas de leur religion.
Mais ce qu'il y a de capital et qui tranche le nœud de la question , c'est qu'en supposant que la doctrine du magistrat soit la meilleure , et que le chemin qu'il ordonne de .suivre wit le plus . conforme à l'Évangile, malgré tout cela, si je n'en suis pas persuadé moi-même du fond dû cœuÉT, mon salut n'en est pas plus assuré. Je n'arriverai jamais au séjour des bienheureux par une route que ma conscience désaprouve. Je puis m'enrichir à faire un métier qui me déplaît, et opérer ma guérison par l'usage de certains remèdes .dont la vertu m'est suspecte ; mais je ne saurais obtenir le salut pftr la voie d'une religion que je soupçonne être fausse, ni gar la pratiqile d'un ctilte que j^horre. C'est en vain qu'un incrédule affecte de professer extérieurem'ent un culte qui n'est pas le sien ; il n'y a que la foi et la sincérité du cœur qui puissent plaire à Dieu. C'est en vain qu'on me vante les*effets
merveilleux d'une médecine , si mon estomac la
rejette d'abord; et l'on ne doit pas foreer un
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SUR LA TOLERANCE. l8l
Jbomme à prendre un remède que son tempérament et la nature de ses humeurs ne manqueront pas de cbat;iger aussitôt en poison.
Quelques doutes que Ton puisse avoir sur les différentes religions qu'il y a dans le mondé, il est toujours certain que celle que je ne orois pas véritable, ne saurait être ni véritable ni profitable pour moi. C'est donc ^n vain que les princes forcent jieurs sujets à entrer dans la communion de leur église, sous prétexte de sat^ ver leurs âmes : -si ces derniers croient la religion du prince bonne, ils l'embrasseront d'euxmêmes ; et s'ils he la croient pas telle , ils ont beau s'y joindre , }eur perte n'en est pas moins assurée. En un mot , quelque grand empresse- . ment, quelque zèle que l'on prétende avoir pour le salut des hommes, on ne saurait jamais les forcer à se sauver malgré eux; et, après tout, il faudra toujours finir par les abandonner à leur propre conscience.
A.|près avoir ainsi délivré les hommes de la tyrannie qu'ils exercent les uns sur les autres en matière de religion, considérons ce qui leur reste à fure ensuite. Tout le monde est d'accord qu'il faut servir Dieu en public, et si cela n'était, pourquoi les contraindrait-on à se trouver aux assemblées publiques? Puis donc qu'ils sont à cet égard, ils doivent établir quelque
i8ft Lettre
société religieuse, afin de se réunir ensemble 9 noii-seulement pour leur édification imituelle, mais aussi pour téro^oigner à tout le monde qu'ils adorent Dieu^ et. qu'ils n'ont pas bonté de lui rendre un culte qu'ib croient lui être agréable ; afin . d'engager les autres , par la pureté de leur doctrine^ la sainteté de leurs mœurs et la biens^nce des cérémonies, à aimer la religion et la vertu; en un mot, afin de sa pouvoir acquitter en corps de tous les actes religieux , dont les particuliers ne sont pas capables.
J'appelle ces sociétés religieuses , des églises^ , et je dis que le magistrat les doit tolérer; parce qu'elles neiont autre chose que ce qui est permis à chaque homme en particulier; c'est-à-dire, d'avoir soin du salut dé leurs âmes : et il n'y a, dans ce cas, aucune différence entre l'église nationale et les autres congrégations qui çn sont séparées.
Mais comme, dans toute téglise, il y a deux choses principales a considérer, savoir, le culte extérieur ou les rites, et la doctrine ou les articles de foi , nous traiterons séparément dé l'un et de l'autre, afin de donner une idée plus claire et plus exacte de la Tolérance.
A l'égard du culte extérieur, je soiitiens, en premier lieu , que le magistrat n'a nul droit d'établir aucunes cérémonies religieuses dans sou
SUR LA TOLÉRANCE. l83
église j et encore moins dans les assemblées des autres; non-seulement parce que ces sociétés sont libres, mais aussi par ce que tout ce qui regarde le çuhe.de D8eu, ne peut étire justifié qu'autant que ses adorateurs croient qu'il lui est agréable. Tout ce qui se f£Sï sans cette persuasion, ne saurait lui plaire, et devieilt illégitime. N'est^e pas d'ailleùts Une contradiction mani^ feste, que d'accorder à un homme la liberté du choix sur la religion , dont le ]|>ut est de pls^ifé à Dieu, et de lui commander èn^méme^temp^ àk l'offenser^ par un culte qu'il croit indigne de sa majeisté souTeràine4' Mais on conclura peut-être de là cfCLeje prive lef magistrat du pouvoir que tout 3e n^dûde lai accorde dans les cKos^es indifférentes , et que dés lors il ne lui restera pliîfe rien sur quoi il pmise exercer son autorité législative. Point du tout : jc' Idi* abandonne de bon cœur les- choses indifférentes^; et peut-être n'y a-t-il qile celles-là qui soient soumises, au pouvoir législatif. '
Mais il ne* s'eï^suit pas de là qu'il soit permis au magistrat d'ordotiner ce qu'il lui plaît sur tout ce qui est indifférent. Le bien public est la règle et la mesure des lois. Si une chose est inutile à TÉtat, quoiqu'elle soit indifférente en elle-même, on ne doit pas d'abord en faire «ne loi.
d;^^ d« J^uç, p^ture^ «lies ^le d4]i^nd^Qt point
iW »^t ^wjs i'égl^iqyje 4u Sjsjqt 4çs -^«le^ > et U ftlîçapprtfl.fiQijU: il> r^Pfi*|« <^i ài ;pw*Qn»e , qiw
J;^l^i9Î^»i dfe qiielqïlQ$ ç^réfïlQoi» tï^ jp^ut faire
|>ie^«.4e8 ^»^^,:P£^r ex^emple^ «ilppORé quis o^ soit îii»W:iôbQse iadiîfférçntfe d^laYiWf JW^ enfaiM ^i v^^ de tmître, fit qo^itacnt pernûs^mLi^ fi^trglt d!:ét{^]^ cette i3Qi«feij»iie p^r iweJb^i/toiks pl7éii$xte que <^tfie isIbl^tiiQii $«t Mltilè duneiafïDta, po^r ie$ g}iéi>ir d'Mpe oiaUdîe! à .bqq^lp il» Mojt
sMJ^a ^ ou k^ e» garft»^ir; îife-qlijhatt*^ Jà-dq^sw ^ue ]et «fta^trgi; a le même droit 4'ordoj9toJ»r w» pretT*e3>de haptiseic les e»fail(s:^F ios fonts a^çpé^i pou^ k ^urifieptidu de hm$ ^rUe^i Qw
ne voit, du premier coup-d'Q|;jtl;, ^j^ iÇd.»9»it d^ Cîljo$6$ tout-àrfeit diffi^Feiflfle^? Vom n'a qu'à
f^ppc^^p qu'il $'agi§se ^ dam «a'içaa, de l'wfant d'un juifi Qt k chose p^i^ra d'oUi-toeme^ Car, qui eï«pêi:jlaf? qu'Mn pripw çhyétitn n'ait dfjs
j;^ife au i^anJjri? de $e5 spJQt^ ? $i dg*ic voiis ^royeg qu'il eist injuste d'en agir d^ C^tfce manière avec un juif, dans une chose qui est ia^Hi-
SUR L4 TOL^RAHCB. fSÔ
fér«i)te fied^oata^r^, et cpjCim n« dcât pas 1^ contraipdi^ M pi^aticfuçit» un culte relJi|^eux qu il (l^gaprop^ye^ (K>^u0e^t poiAYes^^vous maif&teDir qf^ Jt'on piûsçji^/fi^is.^ekiue d^iose départ à r^g«d .d'qi^ Ghr4^ei» ? : .,
De flWif il u\a pocqt d'autprî^ buBoali^e qtii fHiis^ intrpdfiire des cho^e^ Ji)dî£Séri^ntejs.4e lear Batjwe d^^P^ le culte quW.retid à Di4v, ^celamême qu''elle$ sotit iadi^rentes,t]u'eUe6 o'oàt ainsi, ^ucui^ yertu propre et ns^turelle d'ap^û^eiT la diyinit^. et de nous la rei)dp?e /^r voi^le^ et que tout le pouvoir des hoipme^ îfimt en^scRuble ne saurait leur dôniaçr cqWci §fr &t%C(^, I>^$ tout oe qui regan^de la vie civile 9 ru$^e flaç cbûses indilTéreopites^ que Dieu n'a pas ei(pres$éaient défendues, «oQs. est persfii^; f^^en ce ca^^ l'autorité buipaaine peut avoir. lieu.: mais; il n'jçn.^^p^fs <)e i^éipe lorsqu'il s'agit ^ç la rôUgipn. Pans le culte divin , les choses \nr différçaf es (i^ç devieaxient légitimas que par f institution dç pie^i ^i a jipgé à propos de ^s élff^fof à ÇAittç, digi)it^ , ^t qui , dans sa grande cpatnpassian pp^r d^ .Jinisérables pécheurs;, l^es ve^ bien recevoir çoruffie. d^ njarque^. de Iquf obéUs^ncç. Lorsque ce Juge suprême uous:d4^ mandera 1^ jour , çui a requis cela de vos viain^ ? il pe suffira pa§ dé lui répondre , que le magisr trat l'a coxQ mandé. Si le pouvoir civil s'élend
l86 • LETTRE
jusqnie^ày qu'y a-t-il qu'on né puisse- légitimement introduire darià 'la ' religion'?' Quel amas confus de cérémoïiîés, quelles inventions superstitieuses n'appûyera*t-on 'pàs sur Fautoritié du magistrat, pour en aècabler la' conscience des adorateurs de Dieu ? Caç là plus grande partie de ces rites ne consiste que dans Tnsage religieux de certaines choses qui sont indifférentes *de leur nature; et il ne devient crîriàinel que parce que Dieu n'en est pas rauteùr. A n'y a rien de plus indifférent- de sa nature, ni de plus commun dans la vie ordinaire, que l'usage de l'eau, du pain et du vin : s'ensuit-îr de là qu'on les pouvait introduire dans le «culte religieux , sans l'iiastitùtion expresse de' là divîiiîlé ? Sî cela dépendait du magistrat, d'oiù vient 'quil rie pourrait pas aussi commander qu'on mahgeât du poisson et qu'on bût de la .bière? 'dafas là- celébration de TEucbaristie ; qu'on immolât des bêtes et qu'on en répaiMît le sang dahë les temples; qu'on fît des luStratiéris^ et* jfyluëîèùrs autres cihoses de cétte^ liattirè ^ qui,'bièri <{u'indiffi^rerites en elles-mêmes, sbrit attssi àborailiables à Dieu,- que Tétait auWefoîS' le' sacrifice d'un fchien? Car quelle différence y • ^-t^il entre un chien >et un bau<r, par rappoi«t à'ia ndlu^e divine, qui est également et infîi>iiiiéht éloignée de toute sorte de matière? si ce n'est qu'elle
SUR LA fOLiftAI^Gf. ïS*J
voulait admettre le dernier de ses animaux'dans le eulte qu'on lui readait , et en exclure l'autre. Nous voyons donc , que les choses indifférentes en elles-m^mes, quoique soumises en général au pouvoir 4u magistrat civil, ne sauraient., sous ce prêt extèi, être introduites dans le service divin , ni être prescrites aux sociétés religieuses; pïirce qu'elles ne sont plus indifférentes, dès qu'on les admet dans le service divin. Celui qui adore Dieu, le fait dans la vue de lui plaire et d'obtenir sa Êiveur; mais il ne saurait y parvenir, si, par Tordre du magistrat, il ofi||e à Dieu un culte qu'il croit lui être désagréable, païce qii'il ne l'a pas Commandé lui-même. Bien loin de lui plaire et d'apaiser son indignation , c'est l'irriter par un mépris manifesté, qui est incompatible avec la nature du culte qu'on lui doit.
Mais, me demandera-t-on , si les hommes ne peuvent rien prescrire dans le culte religieux , d'ôtt vient qu'on» permet aux églises de fixer le temps, le lieu et plusieurs autres choses qui régardent le cuke public? Je réponds qu'il faut distinguer ce qui fait partie du culte , d'avec ce qui n'en est qu'une simple circonstanoe. Tout ce qu'on croit être exigé de Dieu même et lui être agréable , fait partie de son culte et devient par là nécessaire. Mais les circonstances, quoiqu'on ne putsscf pas les séparer absolument du
lK8 IiETTRK
' «Mite f im fiont f^omt fiKçç ni détçroiUiées , aiu moiqs é^Bf b détail et :pQUv \ef çaa p^ticnU^rs, et e est ce qui k^'i^n^l iodifféfei^^te^. P#r, eiieiiiple , le Uei^ où Fpn doit adorer ^ I^ t,eBip& afir quel oa do^t se troiiyer aux asseml^ée§ piibli^ ques ) les habits et la pointure dfis adovaijeur^ soQt des ^cÔQStances de^ ciet ,<iFdrê> Içr^iie Dieu ne les a point expr^sséioent pr^cai^|ejSi. Mais,.cbç2 les Juifs, tout cela. jSiisait pai*tii3 de leur culte; et « s'il veiaait à y manquer )a quoindre chose, ou à s'en introduire quelqu'une qui différât de rîEgtitution , ils ne pouvaient p^s .$€ . âatter qu'elle serait â^é^le à Bdeù* H a'ep.est pas de i^éine k l'égard des chrétiens, que l'i&rangîle a délivrés du j<Oug des cérénM>nie^; cô ne sont pour eus: que dfs simples râ*constanoes , qu'il est permis k chaque église de régler de la manière qui lui paraît la plus séanta ^t la plus .propr0'à l'édification de ses membres i qupiqu'à regard de ceux qui sont persuadés que Piéu a institué le dimanche pour lui être jCbns^cré , )a célébration de ce jour n'e&t plus tu^ne sinfple circonstalice, mais fait une pdp:'tie essentielle du culte' divin 9 qulU ne peuvent ni changer ni nér gliger sans crime. . .
Ensuite, «le magistrat n'ayant nul droit de psefrcnre à quelque église que ce soit les rites 0t les cérémonies qu'elle doit suivre , il n'a pas non plus
SUR LA TOLÉRANCE. fSg
le poatoir d'empêcher aucune église de suitre les dérémonies et le culte qu'elle juge à propos d'é-» tablir : parce que, autrement, il détruirait l'église même, ddnt le but est uniqu^ent de servir Dieu avec liberté et à. sa manière^
Suivant cette règle, dira-t-on peut-être, si les membres d'und église voulaient imfidoler des en* fants , et s'abandonner, hommes et femmes y à un mélange criminel , ou^ à d'autres impm^tés de cette nature (comme on le reprodiait autrefois, sans aucun sujet, aux premiers chrétiens), faudrait «il que le' magistrat les tolérât, parce que cela se féMit dans une assemblée religieuse?
Point du toik : parce que de telles actions doi-» rent toujours être défendues, dans la vie civile même , soit eh pu|)lic ou en particulier, et qu'iinsi l'on ne doit jamais les admettre dans le culte religieux d'aucune société. Mais si l'envie prenait à quelques personnes d'jnmioler un veau, je ne crois pas que le tnagistrat eût droit de s'y ôp» poser. Par exemple , Mélibée a un veau qui lui appartient en J)r9pre ; il lui est permis de le tuer chez lui,*et d'en brûler telle portion qu'il lui plaît, sans fah'e tort à personne, ni diminuer le bien des. autres. De même ^ l'on peut ég(M:*ger un veau dans te culte que l'on rend à Dieu; mais, de savoir si cette victime lui est agréable , ou non , cela n'intéresse que ceux qui la lui offrent. I^
jgo LETTRE
devoir du magistrat est seulement d'empêcher que le public ne reçoive aucun Hommage, et qu'on ne porte aucun préjudice à la vie ou aux biens d'antrui. ï)u reste , ce qu'ota pouvait em- * ployer à un festin, peut aussi bien étl*è employé à un saccrifice.. Mais s'il arrivait, par hasard, qu'il fut de l'intérêt du public que l'on s'abstînt pour quelque temps d^ tuer dès bœufs , pour en laisser croître le nombre, qu'une grande morjtalité aurait fort diminué; qui ne voit que le magistrat peut , en pareil cas , défendre a tous ses sujets de tuer aucun veau, quelque usage qu'ils en voulussent faire ? Seulement il «faut observer qu'alors la loi ne regarde pas la religion , mai^ la politique , et qu'elle ne défend pas d'immoler des vea^x , mais de les tuer.
On voit par là quelle différence il y a entre l'Égtise et l'État. La loi ne saurait empêcher* aucune assemblée religieuse , ni les . prêtres d'aucune secte, de tourner à un saint vsage ce qui est permis à tous les autres sujets dans la vie ordinaire et civile. Si l'oh peut mander du pain chez soi, ou boire du vin, éti'e assis ou ^ genoux, sans qu'il y ait de crime, le magistrat ne saurait défendre cette pratique dans l'église, quoique le pain et le vin y soient appliqués aux mystères ae la foi et aux rites du culte diviu. Mais tout ce qui peut être dommageable à l'état, et que les
lois défendent pour le bien commun de la société y ne doit pas être souffert dans les ritf^ sacrés des églises; seulement il faut que le magistrat prenne bien garde à ne pas abuser de son pouvoir, «f à ne point opprimer la liberté d^aucune ^lise, sous prétexte du biçn public.
(c Quoi! dira*-tron peut-être^ le magistrat dec( vra-t-il tolérer aussi une église qui est idolâtre? »
* Mais je demanders^, à mon tpur, si le même pouvoir, qui autorise le;magistrat à supprimer cette église idolâtre, ne lui pourra pas servir dans l'occasion, à ruiner celle qui est orthodoxe? dar il ne faut pas publier que le pouvoir du magistrat est partout le même, et que. la religfondu priuce est toujours la seule orthodoxe à ses yeux. Pe sorte que , si le magistrat civil a le droit de se mêler de ce qui concerne la religion (comme celui de Genève, par exemple), il pourra extirper, par des violences sanguinaires , la religion qu'il regarde comme idolâtre; tandis que celui de'quelque autre
• pays voisin aura le même droit de persécuter la religion réformée, €t qd'on opprimera, le christianisme dans les Indes. Ou le pouvoir civil peut tout çbanger dans la religion , suivant la volonté du prince, ou il n'y peut rien changer. S'il lui est permis d'employer k force et les suppUces, pour introduire^ quelque chose dans la religion, il n'y a plus de bornes qui puissent l'arrêter, et il pourra
igo. , LETTRE
a v€c autatiit de droite et avec les métne^ armes, inn poser togt ce qu'il s'îmagmé être véritable J II tkfk donc persomié que l'on doive priver de ses biens temporels, à causé de 1^ religion. Lefs peuples même de l'Amérique, assujettis à un prince chré<* tien, ne doivent pas être dépouillés de leurs vies et de leurs terres^ parce qu'ils n'emlirassent pas le christianisme. S'ils croient plaire à Dieu et obte^-
• nir le salut, par la pi;atiqoe deS/ cérémonies qu'ils ont héritées de leurs ancêtres, nous devons les abandonner à ëtix-mêmes et à la miséricorde divine. Mais allons au fond de Ja question : suppo^ sons qu'un petit lioipbre de chrétiens, faibles et dénués de to^t, arrivent dans quelque pays d'idolâtres; qu'ils les «prient d'abord, au nom de l'huinafiité , d'avoir compassion d'eux , et de leur fournir ce qui est nécessaire it la vie; qu'ils l'obtiennent; qu'on leur donne des habitations, et qu'enfin ils s'unissent' avec les naturels du pays, et ne forment qu'uni seul peuple. Supposons ensuite que la religion chrétienne y jette de profondes raânes^ qu'elle s'y i^épaVide detoutes parts; que, durant ces progrès insc^insibles , on voie régner entre eux la psàx , Tunion , la bokinerfoi et la justice. Enfin, ces étrangers, devenus' les plus forts ^r la conversion du magistrat au christianisme, ne songent plus qu'à fouler aux pieds les
^ dix>its les plus inviolaMes et les traités les plus
ilb^
SUR LA TOLIÂRANCE. rgS
solennels, 6mis prétexte- cFextii^ér' rkielâtrie». Alors, si les' naturels dfi'pa^s, cjudique' 'ri^ês x^bservateurs dé réquitë^^liâtùréllé, et qudi(|4'ils n'aieûerien £ût œnti^e^tesf bbiMé^iliiôetu^s ni càtïtre les lots delà. soosétié tejvrie, srcbs pauvres iiiàlreiirenx^ dis-je, neveutenf pas abandonner leuir ancien culte pour en'kdôptéi^ tmtKHivean, sersi^ tKin en droit de les dépt^tiillar de leiiri biens et de la vie mêraePiOn 'Toid>doi)C par-^là ce qu'*i4% prétendu sèle potrr TÉglise; aeboioïpdgné dû àè^ sir de la domination', eslr'ti^pftbte de produire; é(: que, sous prétekte .de religion et. dt| saflut de^ amës, on ouvre là 'pôrte aux meurtres, à la ra^^ pine, aux brigandages et à une Ucenoe effrénée.
Or, ^uii^onque ose soutenir qu'on doit extir^ per partout d'idolâtrie par la rigueur de& lois; é^ amendes eti des-^pplices,* en un mot,' par >le ifer et par leifeuyn'aqtfà s'appliquer la' supposition que je ^en^ défaire; elle $'adresâe à Idi. Certëst; il ii'ya pasipliiis'de justicQ à ravir leurs bien^ aux infidèles^del' Amérique, qu'à les ôter,i en Europe,' aux sectaÎTfs^ quiiie suivent pafs la religîénf qiie faic dom^er unefactionquii^Oûniposeréglise de la cour; et il ne faut jamais, sous ce préte^tte; vi61er, ' ici ilon- ' plus- qufe lil, • les droits des plus légitimés* d« la' tiatûre- et de la'6c^été.
« Mai^,'ditk)n, 'l'idolâtrie est un péché, et par tf €on^é(!{aént on né doit pt^la âoùfifrir. i» Si vous 7 .»3
194 LBTTRf
di^m, tl faut iionc Tévîter avec wÎP, vdlre conséquence sersiit jus|e ; ipais il ne ^'eo^tiit pas que le loagistrat la doive punir^ parce que c'esl un p^hé : aalr^meo^iLtaurate droit d'employer le glaive COQ tre; tout ^œi qu'il regarde coœbie des péchés envers Diei». Vofmeej la dureté envers les pauvre^., l'oîaiveté et plusieurs autres dé&uts sont des péchés » de l^âv^eu de tout le monde : mais qfÀ s'est jamais avisé de. dire que le magistcat a droit de les punir? Gomme ces dé&uts ne portant aucun préjudice aux biens des autres ^ et qu'ils ne troublent point le repos puUic, les lois civiles ne les punissent pas dans les heux même où ik sont reconnus pour des péchés. Ces lois ne prononcent pas non plus de peines contre le mensonge, ni contre le parjure, à moins que ce ne soit en certains cas , où l'on n'a nul égard à la turpitude du crime, ni à la ^vtnité ofifekisée, mais ^ l'injustice faite au public ou liut particuliers. D'ailleurs, si ud prince^ païen èutaiafaoniétany croit que la religion chrétienne^ est fausse et désagréable à Dieu, ne pourra-t-il< pas l'extirper avec le même droit, que vous prétendez avoir pour abo* lir la sienne?
L'on m'obj^ctei^a peqt - être encore que la loi de Moïse ordonnait d'exterminer les idolâtres. Je l'avoue; mais les chrétiens ne ^ont .nullement soumis à cette loi, et p^^onne ne croit que nous
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SUR Là TOLÉRANCE. IqS
soyons obligés de suivre tout ce qu'elle impoi^ait aux Juifs. L'on aurait beau distinguer, avec Içs théologiens , entre la loi morale « la loi judiciaire , et la loi cérémonielle; cette distinction commune serait tout-à-fait inutile dans le cas présent^ puis^ que toute loi positive n'oblige que ceux ^ qui elle est donnée. Ces premiers mots du Décalogue, Écoute,6 Israël^ font assez voir que la loi de Moïse ne regardait q¥e la nation des Ju^fs. Quoique cette considération toute seule pût suffire pour réppndre à ceux qui fondent la persécution des idolâtres sur la loi mosaïque^ il ne sera pas hors de propos de dévdopper up peu plus cet argument, et de le remettre dans tout son jour.
Les idolâtres peuvent être considérés sous un double point de vue dans la république 4J|es Juifs!. Premièrement , il y en avait qui , après içivoir été initiés dans, les rites de Motse et incorporés dans cette république, abain(jk>ismaient le culte du Dieu d'Israël. Ceux-là étaient poursuivis comme des traîtres etide^ criminels de lèse-majesté; car la république des Jutfs , fort différente en cela dé toutes les autres, était une pure théocratie., et il n'y avait ni ne pouvait y avoir aucune distinction entre J'Eglise- et l'État Les lois qviî prescrivaient à cette nation le culte d'un seul Dieu, toutpuissant et invisible , étaient politiques , et faisaient partie du gouvernement civil , doijit Dieuliû-»|né;n(ie
était Fauteur. Or, si Ton peut me montrer qu'il y ait actuellemeut une république ainsi établie, j'avouerai que les lois ecclésiastiques y doivent être Confondues avec les lois civiles, et qiie le magistrat y a droit d'empêcher par la force que ses sujets embrassent un culte différent du sien. Mais, sous l'Évangile, il n'y a point, à la rigueur, dô république chrétienne. Les divers peuples et royaumes qui ont embrassé le christianisme , n'ont fait que retenir l'ancienne forme de leur gouvernement, sur lequel Jésus-Christ n'a rien du tout ordonné. Content d'enseigner aux hommes comment ils peuvent, par la foi et les bonnes œuvres, obtenir la vie éternelle, il n'a institué aucune espèce de gouvernement, et il n'a point armé le magistrat du glaive, pour contraindre les hommes à quitter leurs opinions et à recevoir sa doctrine. ' Eh second lieu, les étrangers qui n'étaient pas membres de la république d'Israël, n'étaient pas forcés à observer les rites de la lot de* Moïse. Au contraire, dans le même endroit de TExode (1), où il est dit que tout Israélite idolâtre sera mis à mort, il est défendu de vexer et d'opprimer les étrangers. Il est vrai qu*on devait exterminer entièrement les sept nations qui possédaient
i.iiiÉ l i r i m i I a^m—mmm l l > i » ^i t t
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SUR LA lIOXf^RAirCE. fQ7
la terre proinîse ams^ ^ {sr^ic^litçs.; M^i^ hm, idolâtrie 71'ei^ fut pas la çau&jç; autremeuf, pojiffr quoi ;vu*ait-ou épargné les.M<jxal;^|;^,s,,.pt c^'au)Li;eâ Dations, idolâlyps ? ,En y<»pi; 1^ ; ridson, D^eij , qiji était le) foi de$ Juifs .dV^]^ manière tout^ Particulière^: ne pouvait pas soupir , qu'on adorât dans son royaume ^ c'est«à'çUre da^is le pays, de GanaaQ, 1^^ aut^e^^ouv^rfûn;;Çe crirae de Içzeri majesté au pr^mi^si* cbff ^t.^J^s^umentijacQi^^ pitible *v0C U gpjjvtfniemeiiit. politique et; çly'}i quel^bm Qi^er^it dans Téteiii^ae, de#:e ,piay$rlà. 11 :ËilbÂ( doiMp;en extirper tpiit^ id9làtrîe>'qui portait >lf&' SI) jft^^àiqecQnnàître.uq {fcufrft Ejif^i^ pouir kur i^oi , çofîtr^ les lois ibnds|ra^iif\ajiefu4s l'empire.' Il fall^iti^ussi' ^ dtasser lçsi habit^J^, afin quei les. Israélite eu ei^^s^ent. ui^ pleine ^K entière possiessio^i... C'^st pdur cela n^éme qufi;!^ postérité d'E^û et de Loth exterminâmes Ëoiims et les 'Horims^ dont. Pieu 4Qi avait destiné: lies teiïës^ pàç tet.m4i9ft,droH;{i)- JV^ais,.quoiqfjLon baoiiît fAe €0{H^ mai^ière toute, idolâtrie du p^y^ de Ca«^an> •V<))nr,nje!fit'pas.npQurir>;Uéa9Qoins tous les idolâtras. I>a fan^Ul^,^ç |L^l|ab;et le$ C'^P^i iiitQS' ol^tiorf n| b^ne composition de Jpsfié « et
il y av4it ii|u^iMji^éid'eS(Clay^ i4Ql4^es pariai le^
■(•li^ D^mWi,H,ij?r : .• !. : ..
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H^brëctk: David et iSal(Hiiôh pdtYS^rt^nt leurs côbcjikétes au-delà -dtei botaes de là terre prohri^é^,' et ils soutbîifent k leur obéissance ^livers ^if^s^ qu( s'étèi^àiéBt just{tiès à l%ùptirate. Cependant, de tout ce nombre Uifini de captife; de tous ces péiiplSëè' Subjugués, nous taelitons pdintf^ù^auctih ti'feta ÎEut châtîé à'tetiiSe dé IHdoïâtwé/iibnt ils étaient' aistn*éfftétlt Cou» côûpableis''; Aï <ju*oh ^ forçat , pai* des supplices et des ^êiiids, à i^mbr^^sèr la t^i^oti;clé Moïse el ie ciiltè:éfti iNKii Dieu. I)'àilieui^v>si uo pitosélyie tbUlàit diéveni^ n)^nibr0 de la rép«d)li^e d?Is^ tkài flfillait qil^a se souiiiit auiÈ.lbis ée fétat, 4!W4-dînê -à^la ^i^etigion d!é k$ë peuple; mais îl reeterchait ee'privîlége^e^scin plein gré^sipis y être èoht}*ai«i!l par ëtitHiHe violence^ Aussitôt cpi'il àtaâi àcqm$ cé^rôit de bourgeoisie , il éf$iit sujet atilc'lôis de la répubKque, qui délenaatent fidoïâhîé dans toute Tètébdue de la^t«rt^ de Catfàktt, i^i& qu^ n'étàbfissaieM rien  Pégard des (Peuples qui se Irôùvatent febi^ dé oes bbmes. ' Tat paHé jusc|uei9 iéi du eiiffe è^élieur, f en vîënk à préàëiil iltoi ÂJtïicttes bi ' i
' >Le8 dogmes dé é!^^ tegaràent Iff
|)l^ti(^ùë ou là spécMàtioti ; ^t,^qbbi<^é les iin& et les autres aient la vérité pour objet, ceux-ci ne s'adressent qu'à l'entendement, au lieu que les premiers influent en quelque ^Matfîère^^ur la
SVR LA TOI*iRAVGE. igg
▼olonté et sur 1m mcMm. Pour ce ^jaà est des dogmes spécoktifiiy qu'on appelle articles dejbi^ et qui li'eiîgeiit autM chose de mms que ki aoyance^ ils ne saiAnenCétw imposés à attcune ^&5e par bloi <fe-rétat; car il est absurde de prescrôpe àwL hommes, en Tcrta de la loi, des choses qu^ n'est pas en lenr potnmr d'aceom^ pim Or, quand même nous le ww^rions, il* nfr dépend pas de nous de croire qo<p Mie on t^e ebose scil ▼éiitsÉrfe. Mais, sans répéter oeqoB j'aî dit liniessns , me soqtiéndra-tK>n qu'nne pvf>< fesaîon ext^ieure de ces artides suffit? SÎ4Belflf est, oh 'la Iwile religion, qui permet aux-hom** me^ d'étve hypocrites et de mental à Dieu pour le salut de leurs aimes! Si c'est ainsi -que le ma«t gistrat croit leur procurer la vie éterfaelb, il me semble qu'il n'en connaît guère le chemin; ou, s'il n'agit pps dans cette vue, pourquoi montre* t«il un aèk si empressé pour les articles de foi , et pourquoi leur donner l'appui de la toi?
bailleurs, le magistrat n?a nul droit d'empécher qu'une ég^se croie ou enseigne des dogmes de spéculation, parce ^e cela ne regarde point les intâ^ Cfviis des sujets* Si un caAoliqne romain croit que ce qu\m autre appelle du pain , est le véritoble corps de Jésus*Christ , il ne fiiit aucun tort à son prochain. Si un Juif ne croit pas que le Nciureau Testament soit' la parole de
Dibu^ies: loutres .eD-louûseat-ibi rnoid» de tdi» l6iirs'!dvoits\ civils? Et si un |>aj;ch ïièjeâe la-iHieux et leNotiTeouTestiiméntf&iit'ilJAfiaDkcoipnie ttn:'mauvù& càtoy«oi'qiii.iMlliiin<lig«i& de:Tivrft? S4ût ijue l'on crtiiev ohu qUie'i'on lad «nfiejï^ Mk^ choses, le pcniyeir du ma^tt'atffi; les iïma desfsujete aont.îirOQUjrert et.pii éûrâté-. J'avoue quettçsiopiàiosft ebot fausset tflt tabsunljes t mièlQ lâi.toisn'bnt pa^ à;décider de 1« véritéidB&dyiçnies;'*]!!^ B'oht,-en-v;iê' que.le.bîÊo ttJa-coil': setvatifni.deirét»tet(lespartiou|ierB,i^;lQ.-GQHi-; pb8e«%- 'Vii^lÀ., idit moias, ce qui) devrait âtré, «t e«irt«i, laiyintôpçutbieftsedéfeodDKleUkiiaêiiief Ûii'<9D cotisent uncr/ois'à l'alnBdofuifer'i^àes ft^ près forces- : 1«. potlvoif des gcandd, 4"î^'^^ '^^ OQwtiaiitfËDt gU€K/ el 4e ^ui<el)Biitfest.pas ioii- J9ur9 ibten t«iule, ne lui a/jflmais.'doti'aïf, et [wobdbiemeàtne lui dcwnem jamais qu'on &ible scoours. Elle n'a paa'besoiD:de. ja vic^Dce pour s'insinue^ dads l'esprit -des homoies, et Ieft<lMS cat'f^'ji*- ]'ÈntetgBéut::piffl^'Sit «Ile . m'iUumlne l'«n(eiijdeaient y»», som propre édl9jt, la «fbrpeieâténB^i^>ne'l<ii«én)'de.ripD<IjeSfQrpeurlau conrferitirb'ilB -domini^t'q^e.'-'parl Je';aMoiH»'étisth^ f)tt'el|le^.eitipimDt«iitiiMMS]eii. voil^ assez siur>oes dpiniQQ& ^pécuUtires^ pàssofib àilcblles qaJ re* gaident la pratique. :i' ■■ i ,,. \u\ .i- .1 M \J^ bonnésinceiiBSyquitleibnt pife U moindrç
sun I.K T,oLéiiArr#£. aoi
p^ltie de larejigion.etdç.^aiyéptaMe pi^té^/^ r^ppQiteqt,,{vi9j5i ,^.,la yic^. civile ^ et le ^^liit de V^fat ^W i^çfii4 ^ère , mpin$ que ceW deç 9fifi^s;,^e sorte qoë les actions. XQM^le^ r^lpv^t <fe Hui^f ^t de raulipç jiffidiçtiçm, exté«fi«rp;/çi Vp^rjiflure, ciyik,ef;,dQfpe^i^Q,,^c^^ à^
flfiagifttïiat ^1 deK^^pwfijeçqçi Jlfi^; dppo fprt à qraindrjç qp/e rpnp p'eiftftiçjte sqr.ï^s dypit^d^ l'9¥hr?r et qi^'U. n'y ait un PWJÊ^ «Rtre > WP7 ^Ry^teur;d# la paix pvMWJWitîPt «pqx.quloftt lar^flQ^on. d9$i ams». M«^i3i,A'oîi:pè&eî^ien ce q»e nous ;9y<wj} d^j^ dil §ur lea liiqit<^ de ces diffJOL ^offtes de gpuveippnïenti. 5m trfo^f^iiera %Memp»t de. ces difficulté^ v^ i r ,1.; : .; ^ j jX^ïMi l^iWTP^ a une ^m^ iiqfpprteUe,: cap^b)i^* dji|9jbon]^C|U^.oud'un n)^^F;i^t9f}n^li*et ^f>nf, lfl«l»t #pcn^<dq rQ)t>éSssa^4?e<{^'M*urai rejçAwj dans ç||^^ svi^ih S^it ordres deDj»eu , qui/lu^;a
Miji tçut .à.rpI>$ffîV)itioa.4e; ces owlres. et,: qu'il tlftiftffl^^îjrçr ftous ftes Sjçi^s jÇttPUjtei ^a diligeace pQ4«i)aih,|>o|qr 1^ conTi^^tr^ et s'y assi^etiir; p;^ qii'|),,n|^fa.,iiri4n.dans le i|U)p()ç qui pui,ssei^C!Ur ffiW'Wi^ C9|np^^<jsf ay^q i;ét«ffiité,;U.if;fips«jt,
«^.ff^^BSie^i?»» imq»:P«i«qv'.Wi.,l»ownifi qjii «ç Ml«nj»|>^«^W'^qiWlte q^'il,reii4^ Di^H, pu dau*
ton tbrtià son proehàin l et qéé sa perte li'entrafne point celle cms autrtes, ehiicàn' à droit de travailler tbut Mut au- éaltrt et soiir anàel Ce h'èst pias que je* veulHe bârihir dé la tociété tes avis charitables et les ëSbifs assidus pour tirer de IVrréur fceui qui s^ tirëtiveiit eSigàgésV pûîiqiïe ée sont lë^ pirincbàiUiÉ dë%i^^ du rihcéûeiSt: €» peut employer 'tàbf âMii et d^' ràitoôs ^ué Ton vbudra\ '^ur ëôntribiièr au sakit die son 1rl¥è ; ixmis on ^oi« slnték^dfrè toute tioîeiK^ et famé contrainte: ^eii'Àédèk se &ire ici par autorité. Nul n*est obligéreît êeite èccàsièiï/ d'obéir mtit cônseils'd'tin é^al, ëii atiicotdt^ éhiû supérietkr, qu'autant qu'il se sent persuadé. Cbàdttâ' dbit juger sur cela pout soi-metne en deriiter rèësért, ^rce qu'il né s'âjgtt <^ùe dé son propre ititâ^ét, et que lés autres hé peuvent ' recéH)ûfr àttiStttî préjudice dé sa déteihnination à eét "égàrdv ^ ' Mds, outre Fàme, qui est immcMeftéyléèhiCMtfr mes oht un corps qui les attache -ft ^ëtte vie ^ rissable et dont la durée est iilcertaine^ éi qoi à besoin , pour s'entretenir, de plusiéu^ éommô* ilîtéa ique ce monde' leur fournit , et qii^ éài* veàt acquérir ou cortserver par teâr'traVail iat leur industrie. Du moins, là tétrë ne' ]^¥ôdtiit pas d^Hè-méme tout ce qui est tiétiè^MK^ |tol^ nous rendre la Vie agriéaWe. ^^t ^cè^VtiàWës^e les nommes dans dé bôiiveaiil: stiflfe, eirk 'â'oc-
iAAm^Ê^Ê^
cAper des choses' qui T^srdetit la TÎe présente. Mais leur oorruption est si grande, qu'il y i^i a ptusîeors qui aiâient mieux jouir du travail des* autres que de s'y adotiner èux^^mémes. De sorte qâç,pour se boaserver la jouissaïkie de leiirp biens et de Iqurs lichiesses , on de te qui leur sert à les acqûârir, comiqe sont la force et la Kberté. du corps ^ ils ^ont obligés de s'unir eif^ semble, afin de se prêter un secours mutuel oon-* tre la violence, et que chacun puisse jouir s^e*ment de ce qui lui appartient en proprew Cepeu^ dant ils laissant i chaqpie piarliculier le soiiî de son salui, pa|«« que racqmsitf on de ce. bonheur étemel dépend de son aDnlioalîbn , et non pas de celle d'un autre ; qu'il n'y a point de fbree extè' Fleure qui lui puisse ravir reqp!érance qu'ileafta conçue, et qiue sa perle ne fàîr aucun préjudice aux. intérêts d'âMtrui. D'ailleurs, quoique les heimmes Ment formé des sociétés pour se pfoléjger mutt^ellement et s'assurer la^possession^de leurs biens temporels , ils en peuvent étire' dë*poiiiUés , soit par la firaude et la rapine de leurs concitoyens, ou par les entreprkes d'ennemis étrangers. Pour remédier 9u pireiXMr djp ces desordres, ils ^nt £iit des lois, et, pifur prévenir on tepoussèr Totitre mal, ils emploient 1^9 armes, les iidi68sês et les bras de lecsrs «oiiipa* triotes; et 9$ ont remis re!i:éo«tioii>iet lefiilMÎe**
ao4 * LETTRE
ment de toitteâ ces- choses. -^u magistrat dvîl. C'est la l'origine et: le but du pouvoir l^slatif, qui constitue la souveraineté de dbaqiiQ état : telles ^OBt les hornë&.où il est renfermé ; c'est-s^-dure que le magistrat doit faire en sinrte que ^chaque particulier poteède sûreAient ce qu'il a , ' que le ptiblîc )oiiissi derla paix et .de v tous les avantages qui faxi sont'nécessaii^ës, qui'il augmente en- force et en iricbesses, et qu'il ait ^ aUtarUf qu'il est possîible^ les moyens de se défendile par lui^ même eontre/l'inirasion des étrangers.
Gda^poséviLest-d^ir que le Inagistriit nfi peut faîfe des', lois^que >pcMu*:le bien, temfiorel: du pu- ; que. c'est l'imiqtie motif qui. a porté îles làse 'joindre en société les. uns aveo les auÊrei, ef: le setd but de tout gouvernement civil. Osilvott aussi ^ pai^^làj que.cliacun a pleine liberté de seinrii: Dieu de lia roanière^ qu'il croit lui être kiplus agréable, puisque, c'est.da bopi^plaisir^du Cbéatêor que dépend le salut des boiinpi'es. Il faut d<>bc >q» ibt (^éissent piremièrement à Dieu^ et Mmitelaux-lois...! ! > ' ''\ L' •. - '
iiK'MaiSr d»ra4K>ïiVâi le lifiagiftvat ordonne des a^Uosw qbi'irréfmgifent à ta ooQ(»<{ieDce des parlai fcîoitKeijSviquf.dQiy/efnt-il^l faire en? parti! cas?» Jef;répbQdsi4|i«effQeU! n^ peut rai^iv^r q)ie r^r^ m^ti^»^ Ifâ 4ffairea.SQnt administrée^; de^boppe fotiiiiQÀ'poiur le<bî«B..ç(^tqmtin dessuj^s; niais 91»
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SUR LA TOLÉRANCE. 2o5
par malheur, il y a un;fe) édit, alors chaque particulier doit s^abstenir de Taôtion qu'il condamne en sou cdeur , et^ se soumettre |t la peine que la loi prescrit , et que du moins il peut snbir sank crime. Car le jugement que chacun porte d'une loi politique, faite pour le bien du public, ne dispense pas de l'obligation où l'on «st de lui obéir, et l'on ne doit y avoir aucun égard. D'ailleurs, si la loi se rapporte à des choses qui ne sont pas du ressort du magistrat; si elle exige, par exemple, qiie tous les sujets, ou une partie d'entre eux, embrassent une autre religion , cent qui désapprouvent ce culte ne sont pas tentts . d'obéir à la loi, parce que la société politique ne s'est formée que pour la conservation des biens temporels de cette vie, et que chacun s'est réservé le soin de son âme, qui n'a pu jamaw dépendre du gouvernement civil. Ainsi*, la protection de la vie et de toutes les choses qui la regardent est l'affaire du public; et il est dqder voir du magistrat d'en conserver la jouissance à ceux qui les possèdent. Il ne peut donc les ôter ni les donner à qui il lui platt, ni en dépouiller quelques-uns, pour une cause qui n'est p^s du ressort du gouvernement civil ; c'est-à-<lire) squs prétexte de leur religion , * qui , soit qu'elle \se trouve fausse ou vraie, ne porte aucun préjudice aux biens temporels des autres citoyens. -
aoG L£XTvR£
« Mais, àjoute-t-oû , si Iç magistfat croit qu'une « parétUe ôtdoaaance ^ utile au bien du pu* « blic, ne doilril |>aa la faire? » Voici ma réponse : CkHnnie le jugement de chaque particuliiçr, sll e$t faiit , ne l'exempte pas de l'obliga^ou où il se trouY^ à l'égard dds k>is i de même le jugement particulier, pQur ainsi dine, dm magistrat ne Im aequiett pas «e nouveau droit d'imposer des lois aiu peuple, puisque ce diroit ne faisait point partie de la constitution civ^e, et qu'il ne dépendait pas même du peuple de l'accordçr ; bien moins encore i, s'il en agit de cette manière pour enrichir ceux de sa secte aux dépens du bien des autres. « Mais si le magistrat croit que ce qu'il « commande est en son pouvoir et utile au pu* « blic, et que les sujets eU aient une toute autre « opinion, qui sei^a le juge de leur différent? » Je répond» : Qne c'est Dieu seul , parce qu'il n'y a point de juge ici*bas entre le législateur et le peuple. C'est Dieu, dis-je, qui est le seul arbitre dans ce cas, M qm, au dernier jour, rendra à chacun seloU ses œuTi^es, c'est^-dire, selon que ncfUs aurons travaiUé santàrement et de bonne foi à procurer le bien et la paix du public <i pratiquer la justice, et à suivre la vertu* « Que faioe « cependant, dira^^tHon, et quel reinèd^ y art-il? » U Êiut qiie chacun tourUe ses premiers soins <du coté de son ame, et ensuite qu'il évite, autant
cpi'il lui dera pos$U)le, de trotibler la paix dé Vttr tat. Mais^ il y a pe^ de persoanes qui s'imagineut de voir rfSff»^T la paix dans lea lieux où tout es( ijéduit à une triste solitude. Le$ hammes ont deux Toies pour termina leurs différends , celle de U justice et celle de la forte ; mais, telle est la nai* ture des choses, que toujours Tune ccânnience là où l'autre finit. Au reste, ce n'est pa$ mon afr &ire d'examiner jusqu'où s'étendent les droits des magiâtraU d^nç chaque nation : je vois seur lement ce qui se pratique dans le. monde, lors* qu'il n'y a point de jc^e pour décider les controverses. « I>e sorte, me direz -vous, que le « magistrat, qui a toujours la force en main, ne « manquera pas de faire prévalwr sa volonté et « d'exécuter ses desseins. » Cela est vrai; mais il s'agit ici de la règle du droit et de l'équité, et non pas du bon ou du mauvais succès que peut avoir une entreprise douteuse^
Cependant, pour en venir à un détail plus particulier, je dis, en premier lieit, que le magistrat ne doit tolérer aucun dogme ,qui soijt contraire au bien de l'état et aux bonnes mœurs, si nécessaires pour la conservation de la société d-; vile. Mais, à dire vrai, il y a peu d'églises où l'on trouve quelque exemple d'une pareille doctrine. £n effet, quelle secte porterait la folie, ju^u'à ce point, que d'enseigner, comnie SM^ticles de foi,
fà^ ■»,
ao8 LETtRlt
des dogmes qui tendent non-seulement à larruitie de la société civile , et sont combattus^ bar t'obi'»^ nion générale de tous les homtneisv mais 'qui Vofît aussi à la priver elle-même de son repbs; de s^ biens, de sa réputation* et de tout cô* qu'elle a de plus cher au mondie?
Mais il y a un autre mal plus caché et pkM dangereux que celui4à: je vcui dire le privilège que certaines gens s'attribuent contre toute stftté de droit, et à Texclusion de toutes les autres sectes, et qu'ils couvrent d'une belle, apparence et sous l'enveloppe de grdikls mots propre p éblouir. Par exemple, onnfe trouvera presque nulle part des personnels qui enseignetit expressément et ouvertement que Toil n'efet pas obligé de tenir sa parole; que les princes peuvent être détrônés par ceux qui ne sont pas de leur 'religion; des gens, en ùïi m6t, qui prétendent qu'eux seuls doivent gouverner tout le restfe du monde. S'ils proposaient la chose d'une 'manière si crue, il ne faut pas douter qu'il n'elcitassent d'abonl le magistrat et la république à prévenir les suites de ce'poison mortel qu ils coiivent dans leur sein. Cependant on voit des personnes qui disent la même chase en d'autres' termes; car que veulent dire ceux qui etiseignent qu'on ne'iloit pasgarder la foi aux héhétiqUe^? ne demândient^ils pas, en effet, qu'ôtt leur accorde le privilège de man-
quer de paiole aux autres, puisqu'ils tiennent pour hérétiques tous ceux qui ne sont pas de leur communion, ou qu'ils les peuvent déclarer tels toutes les fois que bon leur semble? Quel est le but de ceux qui avancent qu'un roi excommunié est déchu de son trône, si Ce n'est de hire voir qu'ils s'attribuent le droit de dépouiller les rois de leurs couronnes, puisqu'ils soutiennent que le droit d'excommunication n'appartient qu'à leur hiérarchie ? Ceux qui supposent ^ que la domination (est fondée sur la grâce, iie ^ prétendent -ils pas jouir en maîtres de tous lés biens que les autres possèdent, puisqu'ils ne sont pas assez ennemis d'eux-mêmes pour ne pas croire , ou ne pas dire du moii^s qu'ils sont les vrais fidèles et le peuple de Dieu ? Ces gen&-là donc et tous ceux qui accordent aux fidèles et aux orthodoxes, c'està-dire, qui s'attribuent à eu^- mêmes un pouvoir tout particulier dans les affaires civiles, et qui, sous prétexte de religion, veulent dominer sur la conscience des autres, n'ont droit à aucune tolérance de la part du magistrat, non plus que ceux qui refusent d'admettre et de prêcher ce support mutuel en faveur de tous ceux qui ne sont pas de leur communion. Qu'est-ce, en effet, qu'enseignent ces intolérants? Leur doctrine n'insinuet-elle pas qu'ils n'attendent qu'une occasion favorable pour envahir les droits de la société, les 7 x4
mAa^^Êb
biens et les privilèges de leurs compatriotes, et qu'ils ne 4^inandent la tolérance du magistrat que pour en priver les autres, dès qu'ils auront les moyens et la force d'en venir à bout?
De plus, une église dont tous les membres, du moment où ils y entrent, passent, ipsofacU)^ au service et sous la domination d'un autre prince^ n'a nul droit à être tolérée par le magistrat , puisque celui • ci permettrait alors qu'une juridiction étrangère s'étabUt dans son propre pslys, et qu'on employât ses sujets à lui faire la guerre. On a beau distinguer ici entre la Cour et l'Église, c'est une distinction vaine et trompeuse , qui n'apporte aucun remède au>mal^ puisque l'une et l'autre sont soumises à l'empire absdlu du même homme, qui, dans tout ce qui regarde le spirituel, et dans tout ce qui peut y avoir quelque rapport, insinue tout ce qu'il veut aux membres de son église, ou le leur commande même sous peine de la damnation éternelle. Ne serait-il pas ridicule qu'un raahométan prétendit être bon et fidèle sujet d'un prince chrétien, s'il avouait d'un autre côté qu'il doit une obéissance aveugle au- moufti de Constant inople, qui est soumis lui-même aux ordres de l'empereur ottoman, dont la volonté lui sert de règle dans tous les feux oracles qu'il prononce sur lé chapitre de sa religion? mais ^ce Turc ne renoncerait - il
pas plus ouvertement î la' sortété chrétienrie où il se trouve , s'il reconnaissait que la même personne est tout à la fois lè jsouverain de Tétat et le chef de son église ? '
Enfin, ceux qui nient l'existence d'un Dieu, ne doivent pas être tolérés , parce que les promesses, les coHtrats, les serments et la bonne foi , qui sont les principaux liens de là société civile, ne sauraient engager un athée à tenir sa parole; et que, si Ton bsinnit du monde la croyance d'une divinité, on né peut qu'introduire aussitôt le désordre et une confusion générale. D'ailleurs, ceux qui professent l'athéisme n'ont aucun droit à la tolérance sur le chapitre de la religion, puisque leur système les renverse toutes. Pour ce qui est des autres opinion^ qui regardent la pratique, quoiqu'elles ne soient pas exemptes de toute sorte d'erreur, si elles ne tendent poitit à faire dominer un parti , ni à secouer le joug du gouvernement civil, je ne vois pas qu'il y ait aucun lieu de les excltœe de la toléi^ance.
U me reste à parler de ces assemblées qu'on croit former le plus grand obstacle au dognie de la tolérance, je veux dire ces églises qu'on nomme des conventicules , et les pépinières des factions et des révoltes. J'avoue qu'elles peuvent en avoir produit quelquefois; mais l'on doit plutôt en attribuei' la cause k la liberté opprimée ou mat
ara lettre.
établie, qu*à l'esprit particulier de ces assemblées. SI toutes les églises qui ont droit à la tolérance étaient obligées d'enseigner et de poser comme le fondement de la liberté dont elles jouissent, qu'elles se doivent supporter les unes les autres, et qu'il ne faut contraindre personne sur la religion , toutes ces accusations s'éva^iouiraient bientôt, et ces assemblées ne. seraient ni moins nuisibles, ni plus en danger de troubler l'état que toute autre réunion. Mais considérons plus particulièrement les principaux reproches qu'on leur adresse.
On craint en effet que ces assemblées nombreuses ne soient dangereuses pour l'état , et ne troublent la tranquillité publique. Mais«i cela est, pourquoi permet-on, je vous prie, que le peuple 5e rende en foule aux marchés publics et dans les cours de judicature ? Pourquoi souffre- 1- on ce concours de peuple dans les villes, et cette foule qui se réunit à la bourse? Vous me répliquerez que ces dernières assemblées ne regardent que le civil, au lieu que les autres, dont il s'agit, ont en vue le spirituel. Est-ce donc que plus on s'éloigne du maniement des affaires civiles, plus on est disposé à les embrouiller et à y causer du désordre ? Ce . n'est pas cela , me direz-vous; mais les hommes qui s'assemblent pour traiter de leurs intérêts civils sont de dif-
SUR LA TOLÉRANCE. ai3
férentes religions , au lieu que les membres des assemblées ecclésiastiques professent tous la même croyance. Comme si l'accord en matière de religion était en effet une conspiration contre Tétat, ou comme àî Ton ne voyait pas tous les jours que moins les sectes ont la liberté ûe s'assembler en publib, plus elles sont unies dans leurs sentiments? Mais il' est permis à tout le monde, ajoutere^-voiis , de se trouver aux assemblées ou il ne s'agit que de la polide et du civil , au lieu qu'il n'y a que les sectaires qui se rendent à leurs conventicules , où il est ainsi facile de tramer lies machinations secrètes au préjudice de l'état. Cela n'est pas exactement vrai, puisqu'il y a dès assemblées où Toii 'ne traite que d'affsHres temporelles, et où l'on n'admet point toute sorte de gens. D'un autre côté , si quelques ' persotines font des assemblées clandestines pour; servir Dieu à leur manière , qui doiton blâmer, je votts prie, ou ceuit qui •les célèbrent , ou ceux qui s'y opposent ? »MaRs>la communion du même* culte, insisterea^vous, unit étroitement les esprits, et c'^st^ oe qui la rend beaucoup phts dangereuse. Je vous dirai à mon tour : Si cela est, d'où vient que k ma^«trat n'appréhende pas la même chose de la part de son église , et qu'il ne lui. défend pas de s'assembler? EstH^e parce qu'il en est le chef et l'iafii
des^s JBembres? ^afSj.ij]cst-ril p^s aussi le chef et l'y n âe& meulières (^J(Q5J|:;.le^pe^ Avouons la,,yérité, U çfm% ï^ ^^^^ popi-rœpïbrnifstes
^}mP^ m^.la sieux?^^ B^^^M^^'^'.P^^.^^Ç c^ll^ci et I4 coflPi^je,fi.e sjes jfavet^s^^^ppcJaAt qu,il uialtrait^e et 5?ppjrino|.e. [l«s jau^f^l^j caresse le^
uns. comnie leg enfapî? jd^ la maison, etjqu'ij a pour eux uije ipduJgjeneeprçsqiM.ayeugJ.e, pçn-. dant qu'il regacde. leç^ aut}:;es çoiaaie ides.escla- Y.^^^qW^i'^^: dpVv^n^^tt^d^e iej;pf.U3 sçuyçut. gour toute, réçonap^nsej. (J'ttPjÇ .,yie,j ipnpceptj^j^
biçqs et.la mort nî,çn)Q;en6n,p?\rce.. qu'il souffre tou|: au^^ uns^ et (jue,le^;au^çs >^qn}: iP^uis pour
lp^.n}pindre. suj^t.; Qu;il, pr^j}^? ^^. s^f^f*^ *9Ut opposées, ou que les ^puj-cqgifpir^ii^tesjqui^sqi^t 4es^ menées privilèges ^çjyils ,que Içws . .çf^pc^^ tpyens, et il.vprra bie^J^J; quil^'^ji^Pj^xr^indyç des assenfiblées reli^iei|3es^;3i; tea^^bOftoro^s pe^s^pt à la rjéyoltev ce ,n'.est:p.a$ è .lesùr. rçlip gioii toi à leurs eonvèu j:içttl^s> que, il'jc^. %fyï% eu p^ti;ibuef' la, cause , mais plutôt .ajuxiicMti^ents lel à l'oppression qu'ils ^udui^nt!^» txtauquillité iràgïie* paitout où, le gou,YtBr^aic«Mî)«st,dôux et i»iodéré;lau lieu'que riuj»$tnie ejt la; tyrannie CQu^ent presque /toiqours Ijç troublé et le désor-^ Are- Je sais bien :qu'il s'jétèY^)S<^yent.de« séditions sous le prét^xt^ de l^T^^igign : jnaijs' il est
SUR LA TOLÉRANCE. ai5
également vrai que les sujets sont souvent maltraités et persécutés à cause de leur religion. Croyez-naoi, cet esprit de révolte, dont on fait tant de bruit, n'est pas attaché à quelques églises particulières, ou à certaines sociétés religieuses; il est comAïun à tous les hommes, qui n'oublient tien pour secouer le joug sous le poids duquel ib gémissent. Supposez, la religion tnise à part, qu'un prince s'avisât de distinguer ses sujets, selon la différence du teint ou des traits de leur visage, en sorte que ceux qui auraient les cheveux noirs et les yeux bleus, ne pussent faire aucun commerce, ni exercer aucun métier; qu'on les dépouillât du soin et de l'éducation de leurs enfajits,et qu'on ne leur rendit aucune justice; ne croiriez-vous )9s que le prince aurait autant à craindre de la part de ces hommes , que leur ressemblance enveloppe' dans la même disgrâce, que de la part de iceux que la même re(igion associe? Le désir du gain et des richesses excite les uns à former des sociétés pour le trafic; l'envie de se divertir fait que les autres ont leur rendez-vous; le voisinage- produit I& liaison de ceux-ci, et la religion porté ceux-là à se rendre dans le même temple pdur adorer la divinité; mais il n'y a que l'oppression toute seule qui engage le peuple à s'attrouper, à se porter h la révolte, et à courir' aux armes.
2l6 LETTRE
Quoi donc! me direz- vous; faut-il que le peuple célèbre des assemblées religieuses contre la volonté du magistrat? Eh pourquoi contre sa volonté? n'est-ce pas une chose qui doit être permise , et qui est même nécessaire? Contre sa volonté? dites-vous, c'est cela même dont je me plains, c'est là la source de tout le mal. D'où vient que le concours des hommes dans une église , choque plus qu'au théâtre ou à la promenade ? Sont-ils moins vicieux et moins turbulente ici que là ? non , sans doute , mais le fait est qu'on les maltraite lorsqu'ils s'assemblent pour prier Dieu, et l'on prétend, à cause de cela, qu'ils ne méritent aucune tolérance. Qu'on cesse d'être partial à leur égard ; qu'on rende la même justice à tous ; qu'on If^ délivre des peines et des amendes, et l'on verra bientôt le calme succéder à l'orage , la paix et la tranquil* lité publique aux murmuras et aux séditions.
Plus les non-conformistes trouveront de douceur sous un gouvernement, plus ils travailleront à maintenir la paix de l'état; et toutes les différentes églises qui le composent, persuadées qu'elles ne peuvent jouir nulle part ailleurs des mêmes avantages , seront comme les gardes fidèles du repos public , et s'observeront les unes les autres , pour empêcher les troubles et les révoltés. Que si l'église, qui est de la religion du
souverain, est regardée comme le plus ferme appui du gouverDement , par cela seul que les lois et le magistrat la favorisent; quelle ne sera pas la force d'un État dans lequel tous les bous citoyens jouiront également de la faveur du prince et de la protection des lois, sans qu'il y ait aucune différence entre eux sous le rapport de leur religion quelle qu'elle soit, et lorsque la sévérité des lois ne sera à craindre que pour les criminels et pour ceux qui cherchent à troubler le repos public?
Ajoutons, pour conclure, que tout consiste à accorder les mêmes droits à tous les citoyens d'un État. £st-il permis aux uns de servir Dieu selon les rites de l'Église Romaine, qu'il soit permis aux autres de l'adorer à la manière de celle de Genève. L'usage de la langue latine est -il reçu en public , qu'on le permette aussi dans les temples. Peut -on se mettre à genoux chez soi, se tenir debout, demeurer assis ou tenir quelque autre posture, faire tels ou tels gestes, porter un habit blanc ou noir, une robe longue ou une courte : qu'on souffre tout cela dans les églises , pourvu qu'on ne choque point les règles de la bienséance. Qu'il soit permis d'y manger du pain , ' d'y boire du vin, d'y faire des ablutions, si quelqu'une de leurs cérémonies le demande; en un mot, que l'on puisse faire, dans l'exercice de sa
2l8 LETTRK
religion , tout ce qui est légitime dans l'usage ordinaire de la vie ; <Jue , pour toutc^s ces choses ou d'autres semblables ,* ou ne fa$se souffrir à personne aucun tort , ni dans sa liberté , ni dans ses biens. Vous est-il permis de suivre la discipline presbytérienne dans votre Église, pourquoi ne voudriei^-voiîs pas que les autres eussent la liberté de recevoir l'épiscopale? Le gouvernement ecclésiastique ^ qu'il soit administré par un seul ou par plusieurs, est partout le même; il n'a nul droit sur les affaires civiles, ni' le pouvoir de contraindre; et il n'a pas besoin, pour se soutenir, de gros revenus annuels. La coutume autorise les asseinblées religieuses; et si vous les accordez à
I une Église ou à une secte, pourquoi les défen-
V driez-VQus aux autres? Si l'on conspire dans quel-
qu'une de ces a^emblées contre le Inen de TÉtat, ou que l'on y tienne des disfcours séditieux, il faut punir cette action de la même manière, et non autrement , que si elle s'était passée dans
j un lieu public. Les églises ne doivent pas servir
d'asy le aux rebelles et aux criminels; mais le concours des hommes y doit être aussi libre que dans une foire ou dans un marché, et Je ne vois pas pour quelle raison l'un serait plus hiâmaUe que l'autre. Chacun doit être responsable de ses
^' propres actions, et l'on ne doit pas rendre un
s. homme odieux ni suspect pour la faute qu'un
SUR L^ TOLÉRANCE. 2IQ
autrp a .cûa)ii}is^e..Qu'on châtie rigoureusenijent les ^édiUçjux;,- les, pieï«*triers, les brigaq4^, les vçr leur3v|€S;?dultjfi\es^ iqç. injuste^, les galoflamar teuns, çp iio mat, jfoute; sorte de iQriipipels, de queIqi^ejfrf;^giofi.qu'«yissoieo^ mais qu'on épargne, /
et.qib'on traite avec la.niéme douceur que les autre^ citoyejis , jcfçux 4opt 1^ doctrine est |>acifique , et dont le^ mqpurs.^^o^ pures et. innocentes. Si ^
Ton pennet aux un$, de célébrer dçs assçpablées splennellei^pt; certains ioT;irs de fçtes, dç prêcher en public ^t.d'qbserver d'autres cérémonies religieusçsi, pn nç* peut refuser la même liberté aux prçsJ^yfénei^s^. aux indépendants, aux arminiens, aux,qpakej?s, aux anaï)^ptistes et autres; et même, pwr./iire franchement la vérité, comme les hommes se' la cjpivent les uns aux autres, l'cni ne doit exclure des droits de, la société civile ni les^paî^s^ ni lesmahométans, ni les juifs, è^ cause de. la religion qu'ils professent. Du moins, rÉ7 yangile ne comiqf^ande rien de pareil; rÉglisjÇ, gui ^cjuge point c&it^ q^ù jont dehors , comme dit l'apôtre (i), n'e;n a; pas besoin; ef l'État, qui em7 brasse çt f eçpit; les^hoqom^^, pourvu qu'ils soient hpi^nétes^ paii^ibles^et industrieux,. ne l'exige pas* Qaoi! vous .permettriez ^ un païien de négocier
(i) Cor. V.' lié, 1?.
chez VOUS , et vous rempêcheriez de prier Dieu et de l'honorer à sa manière! Les juifs peuvent séjourner au milieu de vous, et habiter vos maisons; pourquoi donc leur refusèràit-on des synagogues? Leur doctrine est-dle plus fausse, leur culte est-il plus abominable et leur union estelle plus dangereuse en public qu'en particulier? Mais si Ton doit accorder toutes ces choses aux juifs et aux infidèles, la condition de quelques chrétiens sera- 1- elle pire que la leur, dans un État qui professe rjÉvangîle de Jésus-Christ?
Peut-être me direz-vous : « Oui sans doute ; il « le' faut bien, puisque ceux-ci ont plus dé pence chant aux factions, aux tumultes et aux guerres « civiles. » Mais est-ce la faute, je vous prie, du christianisme? Si cela est, nous devons reconnaître que c'est la plus dangereuse de toutes les religions du monde; et, bien loin que vous de- , viez l'embrasser, elle ne mérite pas qu'aucun ntagistrat la tolère. Si elle est ennemie du repos public et qu'elle soit d'un esprit turbulent, l'église, que le souverain protège, court grand risque de n'être pas toujours innocente. Mais , à Dieu ne plaise que nous ayons une telle idée de la religion chrétienne , qui réprouve l'avarice , l'ambition , les querelles , les animosités et tous les désirs criminels, et qui ne respire que la paix, la douceur et la modération ! H faut donc chercher
SUR LA TOLERANCE. aa I
une antre cause des maux qu'on lui impute; et, si nous examinons la chose de près, nous trouverons la solution de cette question dans le sujet même que je traite. Ce n'est pas la diversité des opinions qu'on ne saurait éviter, mais le refus de la tolérance qu'on pourrait apcorder, qui a été la source de toutes les guerres et de tous V
les démêlés qu'il y a eu parmi les chrétiens , sur le fait de la religion. Les chefs^et les conducteurs de l'Église, remplis d'avarice et d'un désir insatiable de domination, se prévalant de l'ambition des souverains et de la superstition crédule des peuples inconstants, les ont animés et soulevés •contre ceux qui n'adoptaient pas leurs opinions, en leur prêchant, contre les lois de l'Évangile et de la charité chrétienne, qu'il fallait priver de leurs biens 'les hérétiques et les schismatiques , et les exterminer entièrement; et c'est ainsi qu'ils ont mêlé et confondu deux choses tout-à-fait différentes, l'Église et l'État. Or, il est bien difficile que des hommes souffrent avec patience qu'on les dépouille des biens qu'ils ont acquis par leur industrie, et que, contre toute sorte de lois divines et humaines, on les livre à la fureur de leurs compatriotes, surtout lorsqu'ils sont d'ailleurs très-innocents, et qu'on les maltraite pour une affaire de conscience qui ne relève que de Dieu. N'est-il pas naturel que, lassés de tous les
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lî^aux dont on les accable, ils viennent enfin à se persuader qu'il leur est permis de repousser la force par la force, et de prendre les armes pour la défense des droits que Dieu et la nature leur accordent, convaincus ' que le crime seul les en doit primer, et non pas la religion qu'ils professent? L'histoire ne témoigne que trop que tel a été jusqu'ici le cours . ordinaire des choses; et il n'y a nul doute que cela ne continue dans la suite, tant que les magistrats et les peuples croiront qu'il faut persécuter les hérétiques, et que les ministres de l'Évangile , qui devraient être les hérauts de la paix et de la concorde, exciteront, par tous les moy)ens possibles, les peuples à' s'ar-* mer, et emboucheront les trompettes de la guerre. Cependant on pourrait s'étonner que les princes laissent agir ces incendiaires et ces perturbateurs du repos public, si l'on n'avait pas' lieir dé s'apercevoir qu'ils les ont invités au partage des dépouilles, et que les princes se sont prévalti de leur avarice et de leur orgueil , pour augmenter leur propre pouvoir. Qui né voit, 'en effet, que ces botines gens ont plutôt été des ministres d'état que dés ministres de FÉv^fngile ; que , par une lâche complaisance , ils ont flatté l'ambition et le despotisme des princes et des grands de la terre, et qu'ils ont mis toiif en œuvre poufr établir dans PÉtat nne tyrannie; qu'autrement ils n'auraient
-^ T -Il 11 -Mil ~\m^ I ■ ' -} — '
pas pu introduire dans l'Église? Tel est le funeste concert que nous voyons exister entré ces deux sortes de gouvememenl!; au lieu que si chacun se tenait dans ses justes bornes, il n'y aurait pas la moindre occasion de trouble et de discorde , puisque les uns ne doivent travailler qu'au bien temporel de leurs sujets, et que les autres ne doivent chercher que le salut éternel des ames« Sed pudet hœc opprobria^ etc. J'aurais honte de pousser plus loin mes tristes réflexions là-dessus. Dieu veuille que l'Évangile de paix >soit enfin annoncé; que les magistrats civils aient plus de soin de se conformer à ses préceptes , que de lier la conscience des autres par des lois humaines; et qu'en bons pères de la patrie, ils tournent toute leur application à procurer le bonheur temporel de tous leurs enfants, excepté de ceux qui sont revêches, arrogants et injustes envers leurs frères! Dieu veuille que les ecclésiastiques, qui se vantent d'être les successeurs des apôtres, marchent sur les traces de ces premiers hérauts de l'Évangile ; qu'ils ne se mêlent jamais des affaires d'état; qu'ils soient modestes et paisibles dans toute leur conduite, et qu'ils s'occupent uniquement du salut des âmes, dont ils doivent un jour rendre compte ! Adieu.
Peut-être qu'il ne sera pas mal à propos d'ajouter ici quelque chose sur ce qu'on appelle hé-
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résie et schisme. Un mahométan, par exemple, ne saurait être hérétique ni schismatique à Tégard d'un chrétien ; et si quelqu'un passe de la religion chrétienne au mahométisme , il ne devient pas non plus schismatique ou hérétique, mais un infidèle et un apostat. Il n'y a personne qui doute de ceci : de sorte que des hommes de différentes religions ne peuvent être ni hérétiques, ni schismatiques l'un à l'égard de l'autre. I)[ faut donc examiner qui sont ceux qui professent ou ne professent pas une même religion; et, sur cela, il est clair que ceux qui admettent la même ^ègle, dans le culte et dans la foi, sont de la même religion; au lieu que ceux qui ne suivent pas une même règle, dans le cuite et dans la foi , sont de différentes religions. Car, puisque tout ce qui appartient à une religion est contenu dans une certaine règle , il s'ensuit de toute nécessité que ceux qui reçoivent la même règle sont.de la même religion, et tout au contraire les autres. Ainsi , les Turcs et les chrétiens sont de différentes religions, parce que les uns suivent l'Alcoran , et les autres l'Écriture-Sainte , pour la règle de leur religion. De même , parmi les chrétiens^ il peut y avoir différentes religions; les catholiques romains, par exemple, et les luthériens, quoique les uns et les autres professent le christianisme, ne sont pas pour cela de la
is.^
SDR LA, TOLÉRAITCE. 2^5
même religion, parce que ceux-ci n'admettent que l'Écrilure-Sain te pour règle de leur foi; au lieu que les premiers y ajoutent des tradition» et les décrets des papes. De même encore les chrétiens qu'on appelle de Saint-Jean, et ceux de Genève, sont de différentes religions, parce qiie les derniers ne reçoivent que l'Écriture-Saiote pour leur guide dans le chemin du salut; au lieu que les autres y joignent , je ne sais quelles traditions. Cela posé , il s'ensuit :
Premièrement, que l'hérésie est une séparation, dans la communion ecclésiastique (entre des hommes qui professent la même religion), à cause de certaines opinions qui ne sont pas contenues dans la règle elle-même ;
Secondement, qu'entre ceux qui ne reconnaissent que l'Écriture-Sainte pour règle de leur ' loi,- l'hérésie est la séparation dans la communion chrétienne, pour des opinions qui ne se trouvent pas dans les termes exprès de l'Écriture. Or, cette séparation peut arriver en deux manières :
i" Quand la plus nombreuse partie, ou celle, qui est la plus forte partie d'une Église , à cause de la faveur du magistrat, abandonne les autres, et les exclut Ve sa communion , parce qu'ils ne veulent pas professer la croyance de certains j'
dogmes, qui ne sont pas fondés sur les termes ïi
e^p^ès de rÉcriture : tnt^is ni le petit nombre de ces derniers, ni Tântorité du magi«rtrdt ne saurait j«nais foire qu'une personne soit hérétique; celui-là seul mérite ce titre, qui, à cause de pareilles opinions, déchire le sein de l'Eglise, introduit des noms et des marques de distinction, et se sépare volontairement des autres;
2** Quand on s'éloigne de la communion d'une Église , parce que cette Église ne feit pas une professioi^ publique de certaines opinions, qui ne se trouvent ^as dans l'Ecriture-Sainte en termes daîrs et positifs.
Les uns et les autres sont hérétiques, parce qu'ils errent dans ce qu'il y a de fondamental, et qu'ils errent obstinément contre la connaissance. En effet, après avoir admis l'Écriture-Sainte pour l'unique fondement de leur créance, ils admettent néanmoins comme fondamentales d'autrès propositions qui ne sont pas dans l'Ecriture; et , sur ce que leurs frères ne veulent pas recevoir ces- opinions qu'ils ont ajoutées , ni les regarder comme fondamentales ou nécessaires pour le salut, ils font une séparation dans l'Église, en se retirant d'avec les autres, ou les chassant de leur communion. Et il ne leur sert à rien de dire que leurs symboles et les articles de leurt;royance sont confondes à l'Écriture-Sainte et à l'analogie de la foi : car, s'ils sont conçus' dans les termes ex*
Hk^i..'.^.
SUR LA TOLÉRANCE. aay
près de l'Ecriture, il ne saurait y avoir de dispute à ce sujet, puisque tous les chrétiens avouent que ce livre est inspiré, et qu'ainsi tout ce qu'il nous enseigne est fondamental. Que s'ils disent que les articles dont ils exigent la profession sont des conséquences tirées de l'Écriture-Sainte, ils font bien sans doute d'y ajouter foi; mais ils ont tort de vouloir les'imposer k cent qui ne les trouvent pas conformes à l'Écriture; et ils deviennent eux-mêmes hérétiques, si , pour des dogmes qui ne sont ni ne sauraient être fondamentaux, ils se séparent de la communion génél^le'. Du moins, je ne crois pas qu'il y*ait un jomme assez extravagant pour oser donner ses explications de l'Écriture-Sainte et les conséquences qD'il en tire pour des inspirations divines, ni pour comparer à l'autorité de ce même Kvre les articles de foi qu'il en a composés, selon te» faibles lumières de son esprit. Il est vrai qu'il y a de certaines propositions si évidentes, quoiqu'elles ne soient pas conçues dans les termes Je l'Écriture , qu'il est facile de s'aper(îev<^ qu'elles en découlent : ce n'est pas aussi de celles-là dont on peut disputer. Je dis seulement que , si clairement que telle ou telle doctrine nous paraisse être déduite de l'Étriture, nous ne devons pas pour cela l'imposer aux autres comme un article de foi nécessaire, à moins i5.
OilS I LETTRE
que nous ne consentions que d'autres doctrines Qous soient imposées de la même manière, et 'qu'on puisse nous forcer à recevoir et à professer toutes les opinions diverses et contradictoires des Luthériens, des Calvinistes, des Remontrants, des Anabaptistes et des autres sectes que les faiseurs de symboles, de systèmes et de confessions, ont coutume de. donner à leurs adeptes pour des déductions naturelles et nécessaires de la sainte Écriture. Pour moi, je ne puis m'empêcher d'être surpris de l'extravagante arrogance de ces gens qui croient pouvoir expliquer les choses nécessaires* au salut plus clairement que le Saint-Esprit lui-même, que l'étemelle et infinie sagesse de Dieu. Voilà ce que j'avais à dire au sujet de YkérésiCy mot qiii, dans sa signification ordinaire, ne s'applique qu'à la partie dogmatique de la religion. Considérons maintenant le schisme, genre de crime ou d'imputation qui s'en rapproche beaucoup; du moins il me semble que l'un et l'autre de ces termes signifient séparation mal fondée a V égard de la communion ecclésiastique , pour des choses qui ne sont pas nécessaires au salut. Mais, puisque l'usage, qui est la loi suprême du langage, a établi qu'on nommerait hérésie les erreurs dans la foi, et schisme celles qui regardent le culte et la discipline, je prendrai ces mots dans le sens de cette distinction.
Le schisme donc n'est autre chose qu'une separation faite dans la communion de VÉgli^ej à l'occasion de quelque chose dans le cuite diç^in^ ou dans la discipline ecclésiastique, qui n'en est pas une partie nécessaire. Or, il ne peut y avoir de nécessaire à une communion chrétienne, dans le culte on la discipline, que ce que Jésus-Christ lui-même, notre souverain Législateur, ou ce que ses apôtres, par l'inspiration du Saint-Esprit, ont commandé en termes exprès. '
En un mot, celui qui ne nie rien de tout ce qui est enseigné en termes exprès dans FÉcriture- Sainte, et qui n'abandonné aucune Eglise à cette opcasion, ne peut être schismatiqu'e ni hérétique, de quelque nom odieux qu'on le charge d'ailleurs, et quand même toutes les sectes chrétiennes en corps le déclareraient déchu du christianisme.
Je pourrais mettre ceci dans un plus grand jour, et m'y étendre davantage; mais ce peu de mots doivent suffire pour une personne aussi éclairée, et qui a autant de pénétration que vous.